Messe à la Concathedrale du Patriarcat Latin

Jerusalem, dimanche 5 mai 2002

 

Pour la seconde fois, comme vient de le rappeler le Patriarche Michel Sabbah, je célèbre ici une messe en tant qu’envoyé du Pape Jean-Paul II. Le premier janvier 2001, c’était pour la clôture de l’Année Sainte. Aujourd'hui, c'est pour implorer instamment la Paix sur cette terre plus ensanglantée que jamais.

 

La paix? Qui n'en parle pas? Qui ne la désire pas? Mais combien croient encore qu'elle est possible? Combien la veulent vraiment de toutes leurs forces? Quelle paix solide à bâtir coûte que coûte entre peuples aux mémoires meurtries par une histoire jalonnée de rivalités et d'humiliations!

 

Avec confiance monte notre supplication vers Dieu: Seigneur, sauvez la Terre Sainte et tous ceux qui y habitent, juifs, chrétiens et musulmans! Seigneur, sauvez la sainteté de cette terre arrosée par l'Evangile de l'amour et du pardon! Seigneur, sauvez la paix du monde en sauvant la paix de la Terre Sainte!

 

Ici, a Jerusalem, les forces en faveur de la paix sont plus pressantes que partout ailleurs parce que nourries d'une vision prophétique, de cette vision messianique décrite par Isaie. Tout chercheur de paix doit être un prophète, un pionnier lucide et intrépide qui va jusqu'au bout d'une marche tortueuse vers la paix.

 

Ici, a Jérusalem, la responsabilité des chrétiens est plus grande que partout ailleurs, parce qu'illumines par la mémoire glorieuse du Christ qui, en mourant sur la croix, comme dit saint Paul, a détruit le mur de la haine et a créé dans sa propre chair, a partir des frères ennemis, un seul homme tout neuf (cf. Ep. 2,11-17).

 

Depuis Pâques, plus rien n'est fatal, plus rien n'est absurde, l'impossible devient possible. Je suis heureux de m'associer aux Eglises orthodoxes et orientales qui, conformes a leur calendrier, célèbrent aujourd'hui la Pâques du Sauveur des hommes.

 

Et Dieu veut que ce matin même pointe à I 'horizon la libération de la Basilique de la Nativité de Jésus a Bethléem qui, depuis cinq semaines, était devenue I 'humiliation de la chrétienté entière et un scandale pour toute l’humanité.

 

J’étais venu, au nom du Pape, pour demander instamment la fin la plus rapide d'une situation tragique et inacceptable. Je m'y suis engage de Toutes mes forces avec le concours avise du Nonce Apostolique et nous pouvons remercier les abeilles silencieuses qui, avec une ferveur obstinée,

cherchent a ouvrir l’étroite porte de la paix a Bethléem. J’espère, avant mon départ, célébrer a Bethléem l'Eucharistie de louange, d 'expiation et de réconciliation, telle que le Christ I 'a accomplie par sa mort et sa résurrection et confiée a l'Eglise «pour le salut du monde». Mais des maintenant nous prions  pour  toutes  les victimes  innocentes,  pour les communautés franciscaine, grecque-orthodoxe et arménienne de ce lieu saint, pour la ville de Bethléem et ses environs. Je remercie et encourage les organisations caritatives et humanitaires, locales et internationales, qui apportent aux populations meurtries soutien et réconfort.

 

Hier matin, j'ai célébré la mess dans le sanctuaire du «Dominus flevit» face à la cité de Jérusalem et ses remparts, comme Jésus l'a contemplée si souvent depuis le mont des Oliviers au point de verser un jour des larmes par amour pour ses habitants. J'avais devant moi une cité encore plus complexe qu'il y a deux mille ans avec les trois familles issues de notre père commun Abraham. Toutes peuvent se réclamer de Jerusalem, mais aucune ne peut la réclamer en excluant les autres. Elle n'est pas un lieu qu'on possède, mais un lieu qui nous possède; elle est une cité ou chacun doit se dévêtir de ses allégeances humaines pour être tout entier a la seule allégeance qui compte, celle de Dieu. Ah, ces larmes de Jésus : « Jerusalem, Jerusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants a la manière dont une poule rassemble ses poussins» (Mt. 23, 37-40).

 

La paix, au sens biblique le plus divin et au goût humain le plus juteux ne se décrète pas. Elle précède d'une conversion des esprits et des coeurs. Si la justice et la vérité ne sont pas égales pour tous sur cette Terre Sainte, elles ne seront alors ni justice ni vérité et il n'y aura pas de paix durable.

 

Mais tout reste à faire encore pour la paix et pour la prospérité des deux peuples israélien et palestinien, désespérément entre-déchirés jusqu'ici mais pourtant déjà unis dans leur aspiration profonde a une véritable paix et a une véritable prospérité. Que Dieu donne le courage de la paix a tous ceux qui s’attellent a cette cause qui est aussi celle de Dieu.

 

L'Evangile de ce sixième dimanche pascal embrasse d'un seul regard l'Ascension toute proche de Jésus vers le ciel et la descente parmi nous de son Esprit, l'Esprit même Dieu. A ce propos, je pense à une jolie légende que m'a racontée un jour un moine orthodoxe. Jésus après sa résurrection était en train de monter vers le ciel quand, a un moment, il baisse les yeux vers la terre et dans l’obscurité il distingue douze petites lumières sur la cité de Jerusalem. Juste alors il croise l'ange Gabriel qui descendait pour quelque mission terrestre et lui demande: «quelles sont ces lumières?». Et Jésus de

répondre: «ce sont les douze apôtres rassembles autour de ma mère et je monte vers le Père pour lui demander précisément de leur envoyer l'Esprit-Saint afin de transformer ses petits feux en un grand brasier d'amour pour toute l’humanité». L'ange, devenu plus audacieux, poursuit: « et si votre projet ne réussit pas, que ferez-vous?» Jésus répliqua sans hésiter : « Je n'ai pas d'autre plan».

 

Que cette messe nous aide à entrer pleinement dans ce seul plan de Dieu et à recevoir avec confiance son Esprit de sainteté, Celui qui nous donne la paix par la justice et la justice par le pardon, selon le message de Jean-Paul II au nouvel an.

 

Oh ! Jérusalem, la préférée de Dieu, de toi chacun peut dire: «voilà ma mere, en toi tout homme est ne» (cf. psaume 87).

 

Paix, Salam, Shalom!

 

Cardinal Roger Etchegaray