Messe à la Concathedrale du Patriarcat Latin
Pour la seconde fois, comme vient de
le rappeler le Patriarche Michel Sabbah, je célèbre ici une messe en tant qu’envoyé
du Pape Jean-Paul II. Le premier janvier 2001, c’était pour la clôture de l’Année
Sainte. Aujourd'hui, c'est pour implorer instamment la Paix sur cette terre
plus ensanglantée que jamais.
La paix? Qui n'en parle pas? Qui ne
la désire pas? Mais combien croient encore qu'elle est possible? Combien la
veulent vraiment de toutes leurs forces? Quelle paix solide à bâtir coûte que coûte
entre peuples aux mémoires meurtries par une histoire jalonnée de rivalités et
d'humiliations!
Avec confiance monte notre
supplication vers Dieu: Seigneur, sauvez la Terre Sainte et tous ceux qui y
habitent, juifs, chrétiens et musulmans! Seigneur, sauvez la sainteté de cette
terre arrosée par l'Evangile de l'amour et du pardon! Seigneur, sauvez la paix
du monde en sauvant la paix de la Terre Sainte!
Ici, a Jerusalem, les forces en faveur
de la paix sont plus pressantes que partout ailleurs parce que nourries d'une
vision prophétique, de cette vision messianique décrite par Isaie. Tout
chercheur de paix doit être un prophète, un pionnier lucide et intrépide qui va
jusqu'au bout d'une marche tortueuse vers la paix.
Ici, a Jérusalem, la responsabilité
des chrétiens est plus grande que partout ailleurs, parce qu'illumines par la mémoire
glorieuse du Christ qui, en mourant sur la croix, comme dit saint Paul, a détruit
le mur de la haine et a créé dans sa propre chair, a partir des frères ennemis,
un seul homme tout neuf (cf. Ep. 2,11-17).
Depuis Pâques, plus rien n'est
fatal, plus rien n'est absurde, l'impossible devient possible. Je suis heureux
de m'associer aux Eglises orthodoxes et orientales qui, conformes a leur
calendrier, célèbrent aujourd'hui la Pâques du Sauveur des hommes.
Et Dieu veut que ce matin même
pointe à I 'horizon la libération de la Basilique de la Nativité de Jésus a Bethléem
qui, depuis cinq semaines, était devenue I 'humiliation de la chrétienté entière
et un scandale pour toute l’humanité.
J’étais venu, au nom du Pape, pour
demander instamment la fin la plus rapide d'une situation tragique et
inacceptable. Je m'y suis engage de Toutes mes forces avec le concours avise du
Nonce Apostolique et nous pouvons remercier les abeilles silencieuses qui, avec
une ferveur obstinée,
cherchent a ouvrir l’étroite porte
de la paix a Bethléem. J’espère, avant mon départ, célébrer a Bethléem
l'Eucharistie de louange, d 'expiation et de réconciliation, telle que le
Christ I 'a accomplie par sa mort et sa résurrection et confiée a l'Eglise
«pour le salut du monde». Mais des maintenant nous prions pour toutes les
victimes innocentes, pour les communautés franciscaine,
grecque-orthodoxe et arménienne de ce lieu saint, pour la ville de Bethléem et
ses environs. Je remercie et encourage les organisations caritatives et
humanitaires, locales et internationales, qui apportent aux populations
meurtries soutien et réconfort.
Hier matin, j'ai célébré la mess dans
le sanctuaire du «Dominus flevit» face à la cité de Jérusalem et ses remparts,
comme Jésus l'a contemplée si souvent depuis le mont des Oliviers au point de
verser un jour des larmes par amour pour ses habitants. J'avais devant moi une
cité encore plus complexe qu'il y a deux mille ans avec les trois familles
issues de notre père commun Abraham. Toutes peuvent se réclamer de Jerusalem,
mais aucune ne peut la réclamer en excluant les autres. Elle n'est pas un lieu qu'on
possède, mais un lieu qui nous possède; elle est une cité ou chacun doit se
dévêtir de ses allégeances humaines pour être tout entier a la seule allégeance
qui compte, celle de Dieu. Ah, ces larmes de Jésus : « Jerusalem, Jerusalem,
combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants a la manière dont une poule
rassemble ses poussins» (Mt. 23, 37-40).
La paix, au sens biblique le plus
divin et au goût humain le plus juteux ne se décrète pas. Elle précède d'une
conversion des esprits et des coeurs. Si la justice et la vérité ne sont pas égales
pour tous sur cette Terre Sainte, elles ne seront alors ni justice ni vérité et
il n'y aura pas de paix durable.
Mais tout reste à faire encore pour
la paix et pour la prospérité des deux peuples israélien et palestinien, désespérément
entre-déchirés jusqu'ici mais pourtant déjà unis dans leur aspiration profonde
a une véritable paix et a une véritable prospérité. Que Dieu donne le courage
de la paix a tous ceux qui s’attellent a cette cause qui est aussi celle de
Dieu.
L'Evangile de ce sixième dimanche
pascal embrasse d'un seul regard l'Ascension toute proche de Jésus vers le ciel
et la descente parmi nous de son Esprit, l'Esprit même Dieu. A ce propos, je
pense à une jolie légende que m'a racontée un jour un moine orthodoxe. Jésus après
sa résurrection était en train de monter vers le ciel quand, a un moment, il
baisse les yeux vers la terre et dans l’obscurité il distingue douze petites lumières
sur la cité de Jerusalem. Juste alors il croise l'ange Gabriel qui descendait
pour quelque mission terrestre et lui demande: «quelles sont ces lumières?». Et
Jésus de
répondre: «ce sont les douze apôtres
rassembles autour de ma mère et je monte vers le Père pour lui demander précisément
de leur envoyer l'Esprit-Saint afin de transformer ses petits feux en un grand
brasier d'amour pour toute l’humanité». L'ange, devenu plus audacieux,
poursuit: « et si votre projet ne réussit pas, que ferez-vous?» Jésus répliqua
sans hésiter : « Je n'ai pas d'autre plan».
Que cette messe nous aide à entrer
pleinement dans ce seul plan de Dieu et à recevoir avec confiance son Esprit de
sainteté, Celui qui nous donne la paix par la justice et la justice par le
pardon, selon le message de Jean-Paul II au nouvel an.
Oh ! Jérusalem, la préférée de Dieu,
de toi chacun peut dire: «voilà ma mere, en toi tout homme est ne» (cf. psaume
87).
Paix, Salam, Shalom!
Cardinal Roger Etchegaray