Action de grâce pour 25 ans de presence et
pour l’église rénovée
St Joseph 1 Mai 2001
Frères
et soeurs,
1.
Nous sommes réunis ce soir, avec nos frères et soeurs de la communauté bénédictine
de la Résurrection, en présence de l’abbé majeur… Devant le Seigneur
nous nous réunissons pour prier, pour renouveler notre foi en Dieu, notre espérance
en un monde meilleur, ici en Terre Sainte, et notre amour par lequel nous
commençons, dans cette terre, à réaliser un peu de ce monde meilleur.
2.
Je vous salue tous, frères et soeurs, ici présents, juifs, chrétiens et
musulmans. Ce lieu est un lieu symbole de rencontre: un monastère, une
communauté chrétienne de prière, en un village arabe et musulman, dans
l’Etat juif d’Israël. Les différents sont ici réunis, et c’est devant
Dieu que se fait la rencontre. Nous rendons grâce au Seigneur ce soir pour 25
années de présence bénédictine, 25 années de présence de Dieu en ce
lieu, d’amour, d’écoute et de vie quotidienne avec les frères chrétiens,
musulmans et juifs. Tous ensemble essaient d’écouter Dieu, de le
contempler, dans la situation confuse, pénible, sanglante de cette terre,
dont chacun de nous fait partie, et chacun de nous se situe en un lieu différent
de la souffrance; mais, nous sommes tous unis parce que nous sommes tous
enfants de Dieu, et nous sommes tous responsables de comprendre et de voir la
main de Dieu, et de coopérer avec lui dans l’histoire qu’il nous veut
faire.
3.
Nous rendons gloire à Dieu dans cette église renouvelée, qui nous relie par
ses fresques rénovées, par delà les siècles, à la foi et à la prière de
ceux qui nous ont précédés en cette église même, dans d’autres
circonstances historiques et culturelles. Autres circonstances historiques,
mais la même prière et la même louange, et la même foi. Les moeurs étaient
aussi autres: la présence de Dieu, la foi, la sainteté, la sincérité de la
prière n’arrivait pas à écarter toute exclusivité dans les circonstances
de guerre de ces années lointaines dans lesquelles s’élevaient leurs prières.
4.
Dans la première lecture, le prophète Isaïe, nous invite à nous réjouir
avec Jérusalem: “Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez en elle, vous
tous qui l’aimez, soyez avec elle dans l’allégresse, vous tous qui avez
pris le deuil sur elle”. Jérusalem
ne peut être que source de joie, parce que Dieu l’a choisie, parce
qu’elle est la ville de Dieu, parce qu’elle est la ville de la Rédemption
de l’humanité. De fait, par la croix, le pardon sur la croix, la rédemption
par la croix, et par la résurrection qui vainquit le péché et la mort, Jérusalem
fut et reste citée de la réconciliation avec Dieu et des hommes entre eux.
5.
Elle fut source de joie pour des millions et des millions qui ont cru et vu
Dieu en elle, et de toute religion, puisqu’elle est devenue sainte pour
tous: juifs, chrétiens et musulmans. Et. cependant, aujourd’hui, elle reste
ville de conflit: et c’est dans ce conflit que nous sommes invités à
trouver aujourd’hui notre rédemption; et, notre rédemption c’est
l’autre, c’est par l’autre frère et soeur différents, que chacun de
nous dans nos différentes religions, arrivera à faire sa
propre Rédemption. Car l’autre est l’image de Dieu, c’est dans
l’autre que Dieu nous invite à le contempler. Comme lui-même a voulu
mettre ses “délices” dans l’homme qu’il a créé, pour lequel il est
mort et ressuscité, nous aussi, invités à être “parfaits comme notre Père
céleste est parfait”, nous trouverons notre salut dans le frère et la
soeur différents, mais porteurs de l’image de Dieu. L’autre, pour le chrétien
c’est le juif et le musulman, dans leur prière, dans leur foi, dans leurs
aspirations, car c’est Dieu qu’il voit en chacun d’eux. Il en est de même
pour le juif et pour le musulman, l’autre ce sont les deux autres différents
de chacun d’eux. Notre foi en Dieu, à chacun de nous, est la marque
d’identité la plus profonde. A elle s’ajoutent les aspirations
nationales, et celles-là restent marquées par la foi en Dieu, non pour faire
de Dieu un agent de lutte et de guerre, mais une lumière qui nous rappelle sa
présence en nous tous et dans nos aspirations humaines respectives,
culturelles et nationales.
6.
“Réjouissez-vous avec Jérusalem vous qui avez porté le deuil sur
elle”. Nous sommes encore dans le deuil, tant que Jérusalem est disputée,
tant que l’image de Dieu dans l’autre reste déchirée ou défigurée ou
pas vue.
La
2eme lecture de St Paul (Col 3,12-17) nous dit comment nous pouvons voir Dieu
dans l’autre, avec quel combat spirituel, un combat avec nous-mêmes et avec
notre tendance de voir en l’autre l’ennemi, et par là avec le risque de
ne plus voir Dieu, malgré toutes nos manifestations religieuses extérieures.
St Paul dit: “Vous donc les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés,
revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité,
de douceur, de patience; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous
mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte: le
Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. Et, puis, par-dessus
tout, la charité, en laquelle se noue la perfection”.
7.
Tel est le combat qui est à mener par tout croyant, à côté de ceux qui
portent les armes et qui voient dans la violence une voie pour répondre à la
violence ou pour retrouver la justice.
Frères et soeurs, nous avons lu l’évangile
des deux disciples d’Emmaus, qui ont retrouvé leur foi dans le Christ
ressuscité, après avoir ouvert leurs coeurs à sa parole. Le Christ nous
accompagne tous. Dieu est notre compagnon de route, Il est l’Emmanuel présent
avec nous. Il est tout proche de nous. Demandons-lui la grâce d’ouvrir nos
coeurs, afin de le reconnaître dans notre prochain et de marcher dans ses
voies, en ces jours, dans lesquels Dieu a besoin de tout croyant pour refaire
de Jérusalem sa ville sainte une ville de réconciliation et de paix. Amen.
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