THE VOICE OF THE LATIN PATRIARCH OF JERUSALEM

FIRST HAND DOCUMENTS FROM PATRIARCH MICHEL SABBAH

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Homélie du Patriarche au Monastère Bénédictin Abu-Gosh

Action de grâce pour 25 ans de presence et pour l’église rénovée

St Joseph 1 Mai 2001

Frères et soeurs,

1. Nous sommes réunis ce soir, avec nos frères et soeurs de la communauté bénédictine de la Résurrection, en présence de l’abbé majeur… Devant le Seigneur nous nous réunissons pour prier, pour renouveler notre foi en Dieu, notre espérance en un monde meilleur, ici en Terre Sainte, et notre amour par lequel nous commençons, dans cette terre, à réaliser un peu de ce monde meilleur.

2. Je vous salue tous, frères et soeurs, ici présents, juifs, chrétiens et musulmans. Ce lieu est un lieu symbole de rencontre: un monastère, une communauté chrétienne de prière, en un village arabe et musulman, dans l’Etat juif d’Israël. Les différents sont ici réunis, et c’est devant Dieu que se fait la rencontre. Nous rendons grâce au Seigneur ce soir pour 25 années de présence bénédictine, 25 années de présence de Dieu en ce lieu, d’amour, d’écoute et de vie quotidienne avec les frères chrétiens, musulmans et juifs. Tous ensemble essaient d’écouter Dieu, de le contempler, dans la situation confuse, pénible, sanglante de cette terre, dont chacun de nous fait partie, et chacun de nous se situe en un lieu différent de la souffrance; mais, nous sommes tous unis parce que nous sommes tous enfants de Dieu, et nous sommes tous responsables de comprendre et de voir la main de Dieu, et de coopérer avec lui dans l’histoire qu’il nous veut faire.

3. Nous rendons gloire à Dieu dans cette église renouvelée, qui nous relie par ses fresques rénovées, par delà les siècles, à la foi et à la prière de ceux qui nous ont précédés en cette église même, dans d’autres circonstances historiques et culturelles. Autres circonstances historiques, mais la même prière et la même louange, et la même foi. Les moeurs étaient aussi autres: la présence de Dieu, la foi, la sainteté, la sincérité de la prière n’arrivait pas à écarter toute exclusivité dans les circonstances de guerre de ces années lointaines dans lesquelles s’élevaient leurs prières.

4. Dans la première lecture, le prophète Isaïe, nous invite à nous réjouir avec Jérusalem: “Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez en elle, vous tous qui l’aimez, soyez avec elle dans l’allégresse, vous tous qui avez pris le deuil sur elle”.  Jérusalem ne peut être que source de joie, parce que Dieu l’a choisie, parce qu’elle est la ville de Dieu, parce qu’elle est la ville de la Rédemption de l’humanité. De fait, par la croix, le pardon sur la croix, la rédemption par la croix, et par la résurrection qui vainquit le péché et la mort, Jérusalem fut et reste citée de la réconciliation avec Dieu et des hommes entre eux.

5. Elle fut source de joie pour des millions et des millions qui ont cru et vu Dieu en elle, et de toute religion, puisqu’elle est devenue sainte pour tous: juifs, chrétiens et musulmans. Et. cependant, aujourd’hui, elle reste ville de conflit: et c’est dans ce conflit que nous sommes invités à trouver aujourd’hui notre rédemption; et, notre rédemption c’est l’autre, c’est par l’autre frère et soeur différents, que chacun de nous dans nos différentes religions, arrivera à faire sa  propre Rédemption. Car l’autre est l’image de Dieu, c’est dans l’autre que Dieu nous invite à le contempler. Comme lui-même a voulu mettre ses “délices” dans l’homme qu’il a créé, pour lequel il est mort et ressuscité, nous aussi, invités à être “parfaits comme notre Père céleste est parfait”, nous trouverons notre salut dans le frère et la soeur différents, mais porteurs de l’image de Dieu. L’autre, pour le chrétien c’est le juif et le musulman, dans leur prière, dans leur foi, dans leurs aspirations, car c’est Dieu qu’il voit en chacun d’eux. Il en est de même pour le juif et pour le musulman, l’autre ce sont les deux autres différents de chacun d’eux. Notre foi en Dieu, à chacun de nous, est la marque d’identité la plus profonde. A elle s’ajoutent les aspirations nationales, et celles-là restent marquées par la foi en Dieu, non pour faire de Dieu un agent de lutte et de guerre, mais une lumière qui nous rappelle sa présence en nous tous et dans nos aspirations humaines respectives, culturelles et nationales.

6. “Réjouissez-vous avec Jérusalem vous qui avez porté le deuil sur elle”. Nous sommes encore dans le deuil, tant que Jérusalem est disputée, tant que l’image de Dieu dans l’autre reste déchirée ou défigurée ou pas vue.

La 2eme lecture de St Paul (Col 3,12-17) nous dit comment nous pouvons voir Dieu dans l’autre, avec quel combat spirituel, un combat avec nous-mêmes et avec notre tendance de voir en l’autre l’ennemi, et par là avec le risque de ne plus voir Dieu, malgré toutes nos manifestations religieuses extérieures. St Paul dit: “Vous donc les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience; supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte: le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. Et, puis, par-dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection”.

7. Tel est le combat qui est à mener par tout croyant, à côté de ceux qui portent les armes et qui voient dans la violence une voie pour répondre à la violence ou pour retrouver la justice.

Frères et soeurs, nous avons lu l’évangile des deux disciples d’Emmaus, qui ont retrouvé leur foi dans le Christ ressuscité, après avoir ouvert leurs coeurs à sa parole. Le Christ nous accompagne tous. Dieu est notre compagnon de route, Il est l’Emmanuel présent avec nous. Il est tout proche de nous. Demandons-lui la grâce d’ouvrir nos coeurs, afin de le reconnaître dans notre prochain et de marcher dans ses voies, en ces jours, dans lesquels Dieu a besoin de tout croyant pour refaire de Jérusalem sa ville sainte une ville de réconciliation et de paix. Amen.

 

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