Mot d’accueil
Envoyé spécial de
S.S. le Pape Jen-Paul II
Eminence
Nous avons la
joie de vous accueillir, ce matin, dans votre deuxième mission de paix à
Jérusalem - la première fois, le premier janvier 2001quelques mois après la
deuxième intifada - comme envoyé spécial de sa sainteté le Pape Jean Paul II.
Le Saint-Père a toujours porté dans son cœur la Terre Sainte et tous ses
habitants. A plusieurs reprises, il s’est exprimé par des paroles claires et
fortes à cesser toute oppression et toute violence et à respecter la sainteté
de la terre et de toute personne humaine en elle. En ces jours, depuis le début
de la grande épreuve dont nous souffrons encore, depuis le Vendredi Saint, le
29 mars, il n’a cessé de réitérer ses appels dramatiques afin de retourner aux
voies de la justice et à la reconnaissance des droits du peuple palestinien,
comme base de la sécurité du peuple israélien. Aujourd’hui, il couronne ses efforts
par votre mission de paix parmi nous.
En ces jours
de mort par lesquels les villes et villages palestiniens sont passés et y sont
encore, et en ces jours du siège imposé à la Basilique de la Nativité, nous lui
sommes très reconnaissants comme Eglises de Jérusalem, hiérarchies et fidèles,
pour sa parole et son action insistante auprès des pouvoirs de ce monde, afin
de mettre fin à la tragédie de cette terre et de la Basilique de la Nativité.
Nous lui sommes reconnaissants aujourd’hui pour votre présence parmi nous, car
l’heure de la libération approche.
Tous nos fidèles
cependant n’ont pas entendu sa voix, ni connu son action qui se fait sans
bruit. Bientôt ils entendront et verront, même si l’épreuve a trop duré.
Il est vrai que le siège imposé à la Basilique voilà bientôt cinq semaines est
un scandale et une humiliation imposée à toutes nos Eglises locales, mais aussi
à toute la chrétienté, Bethleem étant ce qu’elle est pour la chrétienté. Il
n’était pas vraiment nécessaire d’imposer cette humiliation au monde chrétien
et de transférer la guerre au cœur de la Basilique et de garder en otage les
140000 personnes de la région ; jusqu’au dernier jour de la fête. Mais
vous voilà aujourd’hui parmi nous pour nous annoncer la libération, pour mettre
fin au scandale et à l’humiliation, au nom du Saint-Père. Béni soit celui qui
vient au nom du Seigneur.
La guerre terminée, le calme revenu, la dignité humaine retournée à tous les humiliés, à ceux qui ont retrouvé les décombres de leurs maisons, ou les décombres de leurs consciences, les militaires israéliens retournés à leurs familles et à leur dignité de personnes humaines, libérés de l’ordre de tuer et d’humilier leurs frères palestiniens, il faudra reconstruire la paix et la sainteté de cette terre. Pour cela, il faut commencer par y voir le mystère de Dieu. Pour les croyants, tous les croyants, juifs, chrétiens et musulmans, il s’agit de se demander en quel Dieu nous croyons, car si c’est le même Dieu, si notre foi en Dieu, nous tous, chrétiens, musulmans et juifs, n’est pas simplement une routine de dévotions et de coutumes, nous devrions tous nous rencontrer dans la même dignité devant lui, et dans la même vision de l’oppression imposée par l’homme à son frère, et par suite nous devrions nous trouver dans l’impossibilité de nous entretuer ou d’excuser des massacres. Et nous, Eglises de Jérusalem, il faudra nous requestionner sur notre rôle, notre vrai rôle : sommes-nous constructeurs de l’avenir ou gardiens du passé ? Sommes-nous éducateurs de croyants incarnés dans les exigences des réalités humaines, y compris cette longue confrontation meurtrière entre deux peuples, ou sommes-nous, nous aussi, conservateurs de rites et de dévotions désincarnées, dans un vide politique et social, qui permet d’emporter facilement nos chrétiens dans les divers pays d’émigration.
Votre présence,
Eminence, est celle de Sa Sainteté parmi nous. Elle nous redonne courage. Elle
nous assure de la fraternité des chrétiens du monde, et nous rappelle en même
temps nos obligations à l’égard de notre foi et de tous nos frères dans ce
pays, musulmans avec lesquels nous formons un unique peuple palestinien, et
israéliens avec lequel nous cherchons péniblement les voies de la justice et de l’avenir.
Avec vous, nous
offrons l’Eucharistie, implorant le Dieu Très-Haut, de nous donner à nous,
comme aux pouvoirs politiques de ce monde, sagesse, lumière et courage, afin de
percevoir son mystère dans cette terre et afin que sa volonté y soit accomplie.
Amen.
+ Michel Sabbah, Patriarche