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I.
Dans la ville d’Assise, Saint François, le pauvre de cette ville s’était
pose la même question en son temps, il y a sept siècles. Pour lui, créer un
monde meilleur est possible et c'est un travail de conversion intérieure
quotidienne et d’attention chargée d'amour envers toutes les créatures de
Dieu. Il commença par cette conversion en lui-même, puis des milliers
d'hommes le suivirent et le suivent aujourd’hui encore, D’ailleurs c'est
son esprit et son message de paix et d'amour qui nous réunissent
aujourd’hui, dans sa ville, à la recherche d'un monde meilleur. Et, venant
de Jérusalem, je poserai la question savante aussi: Un monde meilleur peut-il
être construit à Jerusalem?
2. Aujourd'hui,
le monde en désarroi par suite des attentats du 11 septembre, et les grandes
puissances de ce monde, elles-mêmes, soumises à la peur d'un ennemi
invisible, le terrorisme, se demandant comment protéger les valeurs de
1'humanite et permettre aux peuples de la terre de vivre en paix et en sécurité.
2.1 Cet
attentat a produit une secousse dans 1'humanité, car il a mis à nu la
fragilité des puissances de cette terre. Cette secousse a invite tons les
peuples de la terre à s'unir dans une lutte commune. Mais elle invite aussi
bien les responsables de ce monde, dans leur lutte contre le terrorisme, à
avoir le courage de regarder dans les profondeurs de leur conscience, comme
dans tes structures de notre civilisation, basées souvent sur les intérêts
des peuples forts aux dépens des plus faibles. En effet, au nom des intérêts,
des injustices sont commises ou permises: La limitation des richesses du monde
entre les mains de 20% de l’humanité, faire des pays du tiers-monde le
marche des armements produits par le premier monde, injustices imposées aux
peuples faibles, et je mentionne parmi ceux-là le peuple palestinien qui réclame
toujours sa liberté, et le peuple iraqien soumis à un embargo qui, depuis
une dizaine d’années, continue a faire des milliers de victimes innocentes,
quels que soient les raisonnements politiques qui voudraient justifier cela.
Tout cela nourrit un ressentiment dans 1’àme des pauvres.
Pour
se libérer du terrorisme, la civilisation contemporaine, ou 1'ordre mondial
contemporain, doit pouvoir faire son examen de conscience et avoir le courage
de voir les sources du ma) en lui, et de les déraciner, afin de permettre à
un monde de mourir, et à un
autre de naître, nouveau, basé sur la justice et l’amour.
2.2
Un autre moyen de lutte contre le terrorisme: rendre Dieu plus présent dans
la société et la conscience des personnes, favoriser une meilleure
éducation religieuse
dans les
sociétés sécularisées ou croyantes, afin de couper le chemin face à ceux qui
transforment la religion en fanatisme et extrémisme.
Le
dialogue des religions et des cultures est aujourd'hui plus nécessaire que
jamais. Ce dialogue entre les religions doit dépasser tout ce qui s'est fait
jusqu’à présent: congres,
cérémonies et
publicité. Dans ce dialogue entre les religions, il faut plutôt développer
un programme universel d'éducation, qui est une éducation de tous les
croyants à la paix et au respect de la religion de l’autre. Il ne s'agit
pas d'une éducation au syncrétisme. Chacun doit rester fidèle à sa propre
religion, mais en même temps ouvert e l’estime et au respect de l'autre
religion. Il faut aussi que tombent tous les préjugés que chaque religion,
chaque croyant, peut avoir vis-à-vis des autres.
2.3
Toutefois, si un effort vers phis de respect mutuel est nécessaire de la part
des institutions religieuses, un même effort de la part des institutions
civiles et
politiques laïques
est lui
aussi tout
aussi indispensable. La civilisation occidentale doit effecteur un
retour vers les valeurs religieuses. II ne peut pas oublier que ce monde est
compose de gens qui croient et que les religions sont une donnée essentielle
de l’humanité. C'est pourquoi l'Occident sécularisé doit
revenir sur ses
positions
laïques et créer les conditions d'un dialogue entre la laïcité et les
religions. Les pouvoirs laïcs doivent prendre garde au fait que si leur
logique est une chose, celle des religions en est une autre. Ils doivent
prendre garde aussi à ne pas utiliser les religions dans leurs calculs de
domination, car le détournement de la religion peut leur échapper, soit en
se dirigeant vers l’extrémisme et le fanatisme donnant lieu au terrorisme,
soit vers une exploitation de la démocratique qui permettrait à
l’extrémisme
religieux d’accéder
au pouvoir
par les
moyens démocratiques et de le transformer ensuite en dictature.
2.4
Les effets du terrorisme peuvent se manifester au loin, mais les racines sont
en nous. II est inutile de frapper au loin, si or n'a pas le courage de déraciner
les causes qui sont dans nos consciences ou dans nos structures sociales. Le
terrorisme frappé ai loin ne fera que
renaître, si les causes qui le produisent, et qui sont en nous, restent
inchangées.
Nous
sommes confiants que les éventants de ces jours, au lieu de lancer
l’humanité dans des guerres aux effets imprévisibles, puissent plutôt la
faire passer d'une ère des intérêts et des injustices en faveur des grandes
puissances, à une nouvelle ère de collaboration entre les peuples, basée,
non plus sur les intérêt des plus forts, mais sur
la dignité de toute personne humaine et de tout peuple.
3.
Et,
venant de Jerusalem, je pose la question: Un monde meilleur peut-il être
construit à Jérusalem
Entre
Assise et Jerusalem, il y a un
lien humain et spirituel
fondamental. C'est pour le Christ né à Bethléem, mort et ressuscité à Jérusalem,
que François d'Assise décida de se convertir et de s'atteler à la tâche
ardue de collaborer à la construction d'un monde meilleur.
3.1
A
Jerusalem ainsi, le justice et la paix, et donc un monde meilleur doivent Sure
possibles. A Jerusalem, et dans la Terre Sainte, Palestine et Israël, il y a
un conflit qui dune depuis plus d'un siècle. Mais c'est en 1948 qu’Israël
crée son Etat sur les 78% de la Palestine historique. En1967 il occupe le reste de la
Palestine, i.e. les 22% qui restaient, et cette partie reste jusqu'aujourd'hui
avec le statut de territoires occupés. Les Palestiniens, au début, expropriés,
majoritaires, refusèrent de reconnaître le nouvel Etat crée en 1948. Depuis
1988 et avec le processus de paix. Ils ont reconnu et ont fait leur
concession. Aujourd’hui, ils ne
demandent que les 22% de la Palestine historique, occupés en 1967. En résumé,
le conflit aujourd'hui consiste donc en ce qui suit: les Palestiniens réclament
leur liberté et la fin de l'occupation militaire
israélienne. Les
Israéliens de
leur c6te
demandent leur sécurité.
Cette double demande, la liberté pour les Palestiniens et sécurité pour les
Israéliens, n'est pas contradictoire. Au contraire, l'une est conditionnée
par l'autre. La sécurité pour Israël est tout simplement le résultat de la
liberté redonnée aux Palestiniens et la fin de l'occupation militaire. Les cœurs
amis sont la meilleure sécurité et les meilleures frontières.
Ils sont beaucoup plus
efficaces que les armées et les
représailles. Et les Palestiniens peuvent devenir les cœurs amis
et les voisins pacifiques, une fois que leurs territoires et leur liberté
leur sont redonnés.
3.2
La
phase du conflit que nous sommes en train de vivre aujourd’hui est l'une des
plus violentes que nous ayons vécue. J’espère que ce soit la dernière.
Après elle, une nouvelle génération de leaders doit se manifester, avec une
nouvelle vision, celle du respect mutuel, et vision de l'antre qui n'est pas
l'ennemi à haïr et tuer, mais le frère avec lequel il
faut construire
la nouvelle société
palestinienne et israélienne.
Une nouvelle vision, et un nouveau courage prêt à réaliser la paix Juste et
définitive, un nouveau courage du chef prêt, non plus a sacrifier le peuple,
mais a se sacrifier lui-même, si nécessaire, pour la paix des générations
à venir.
3.3
Jérusalem est la ville sainte pour les trois religions monothéistes, elle
est un patrimoine de
l’humanité. Source
de Rédemption pour l’humanité, sa situation de paix ou de guerre se
réfléchit aussi sur la paix on la guerre dans le monde. C'est pourquoi, ce
conflit mérite de nouveaux efforts de la part de la communauté
internationale afin d'aider les deux peuples à se réconcilier sur les bases
de la justice et de la dignité égale de tons les peuples.
Un
nouvel ordre mondial base sur la justice et la paix partira d'un monde
meilleur base sur la justice et la paix a Jerusalem.
+Michel Sabbah
Patriarche
Latin de Jerusalem
Assise,
13 octobre 2001
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