THE VOICE OF THE LATIN PATRIARCH OF JERUSALEM
FIRST HAND DOCUMENTS FROM HIS BEATITUDE PATRIARCH MICHEL SABBAH
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Betheleem 2000
NATIONS UNIES
       Bethleem 2000
       Rome 17-19 fev 1999

1. Cette rencontre nous réuinit autour de la ville de Bethleem, car l'événement célébré en l'an 2000 eut lieu en elle, il y a 2000 ans. C'est d'abord autour du mystère de Dieu et puis devant la réalité de l'homme qui ne cesse de souffrir de l'incapacité de vivre ce mystère en paix avec son frère que notre réflexion se porte. 

2. Le mystère de Dieu est posé devant le croyant, pour un approfondissement de toute l'oeuvre divine du salut: c'est l'élévation de la nature humaine, son rétablissement dans la paix de Dieu; c'est la question qui se pose toujours à nous: comment vivre le salut dans notre société? C'est le mystère de Dieu avec les hommes qui est posé à l'occasion de toutes les célébrations de l'an 2000, à ceux qui croient en Dieu et à ceux qui n'y croient pas. Car 2000 ans ne sont pas seulement un temps écoulé, et un nouveau temps qui va s'écouler. Le contenu de ce temps est  le divin qui a accepté d'être contenu dans des limites, et d'être  l'objet de notre intellegence et de nos sens, comme le dit S.Jean dans sa première épître: "Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché, du Verbe de vie, car la Vie s'est manifestée: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie nouvelle" (1 Jn 1, 1-2).

Le Pape Jean Paul II, dans sa Lettre Apostolique "Tertio Millenio Adveniente" (Au seuil de l'an 2000 dit à ce sujet: "L'étenrité est entré dans le temps: peut-il y avoir un accomplissement plus grand que celui-là? Certains ont pensé à des cycles cosmiques dans lesquels l'histoire de l'univers et en particulier de l'homme se répéterait constamment. L'homme naît de la terre et il retourne à la terre (cf. Gen 3,19): telle est la donnée de la première évidence. Mais il y a en l'homme une irrésistible aspiration à vivre toujours... Certains ont imaginé de formes diverses de réincarnation jusqu'à ce qu'il ait atteint sa complète purificaiton.  Cette croyance, très enracinée dans certaines religions orientales, tend à montrer, entre autres, que l'homme n'entend pas se résigner au caractètre irrévocable de la mort… La Révélation chrétienne exclut la réincarnation et parle d'un épanouissement que l'homme est appelé à réaliser au cours d'une existence unique sur terre. Cet épanouisssemnt de son destin, l'homme l'atteint par le don désintéressé de lui-même, un don qui n'est possible que dans la rencontre avec Dieu" (Tertio Millenio Adveniente, Jean Paul II, par. 9)

  L'an 2000, centrès sur l'entrée du Verbe Eternel de Dieu dans l'histoire humaine, par le mystère de l'Incarnation, rend cette rencontre possible d'une façon toute particulère. S.Jean, dans le prologue de son Evangile l'exprime en ces termes: "Au commencement était le Verbe" i.e. de tout éternité était le Verbe de Dieu. Il poursuit: "Et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu", pour indiquer à la fois la distinction et l'unité dans le mystètre de Dieu. Ce verbe de Dieu "s'est fait chair et il a habité parmi nous" (Jn 1, 1.14).

 Voilà le mystère que le Grand Jubilé et le grand événement de l'an 2000 propose à notre réflexion. 
Il y a 2000 ans, les anges annoncèrent, dans le ciel de Bethlem, la venue d'un Messie Sauveur qui sauvera toute l';humanité. L'ange dit aux bergers, et par eux, à l'humanité: "Soyez sans crainte", d'abord libération de la crainte qui fait partie intégrante de toute vie humaine, et de notre vie à Bethleem aujourd'hui, "car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple: aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur" (Lc 2, 10-11). 

3. Après le mystère de Dieu, et plutôt à la lumière de ce mystère, c'est la réalité humaine qui se vit à Bethleem aujourd'hui qui attire notre attention à la veille de l'an 2000. D'ailleurs c'est pour Bethleem en l'an 2000 et après, que nous sommes réunis. Une ville qui contient  encore un nombre de chrétiens, et dont le nombre diminue, à cause de l'instabilité générale, politique, économique et sociale, qui couvre la pays, comme la ville de Bethleem.  Le nombre diminue, une première réalité qui occupte tout le monde, l'Eglise, l'Autorité Nationale Palestinienne comme toutes les Eglises. Tous voudraient toujours voir une vie chrétienne autour du lieu de la Nativité de Jésus. Or cela dépend de la situation de paix ou de conflit qui peut se faire à Bethleem et dans la région. C'est là la responsabilité des chefs politiques comme de la communauté internationale engagée dans le processus de paix.

La réalité humaine à Bethleem est dure et difficile: la vie quotidienne, la sécurité, la pleine liberté, le travail, les assurances contre la maladie, l'éducatuion, l'avenir des enfants et la tentation de l'émigration. C'est un combat spirituel et moral qui se vit au jour le jour à Bethleem. Il n'est pas possible de ne pas voir cette réalité, lorsque le monde entier tourne ses yeux en l'an 2000 vers Bethleem, et lorsque nous nous rencontrons aujourd'hui pour réfléchir ensemble sur Bethleem 2000. A la veille de l'an 2000 et en l'an 2000 et peut-être après, les pauvres à Bethleem sont nombreux; tous ceux qui souffrent de l'absence de la paix sont nombreux. A côté de divers projets qui sont pensés, le souci de la paix et des familles qui passent des moments durs dans leur vie doit trouver une place de choix. 

Le monde passera à Bethleem pour voir le passé et pour méditer le mystère de Dieu en elle. Il passera devant le mystère de l'habtant d'aujourd'hui à Bethleem, dont la situation est un signe, un avertissement et une invitation  à ne pas perdre plus de temps, et à retrouver la justice, l'égalité et la paix qui sera sécurité pour tous.

4. C'est dans cette vision et dans cet esprit, devant le mystère de Dieu et devant la réalité de la vie humaine présente à Bethleem, qu'auront lieu les célébrations nationales Palestiniennes à Bethleem ou internationales. Mais aussi les célébrations religieuses particulières à chaque Eglise et oecumeniques. C'est toujours une espérance de foi et de prière, que l'oecumenisme entre nos différentes Eglises puisse dépasser le stade de l'amitié et de la fraternitè qui règne aujourd'hui, grâce à Dieu, parmi nous. Nous espérons toujours croître dans cet esprit et commencer une marche oecuménique réelle qui nous oriente vers plus d'unité, moins de Statu Quo, moins de vie dans le passé, plus de vie dans le présent et plus d'attention aux défis de l'heure présente. Nous resterons fidèlles à toutes les richesses de nos traditions ecclésiales et nationales, nous en ferons une nourrrituere spirituelle commune qui puisse nous aider  lutter ensemble, comme des frères, avec les défis qui se posent, et nous permette de collaborer à la construction de la cité terrestre qui a besoin de ceux qui prient comme de ceux qui administrent et gouvernent.

5. Dans cette vision, nous avons besoin aussi d'une plus grande ouverture interreligieuse, qui dépasse, ici aussi,  les bons rapports pour s'engager dans une réflexion profonde sur notre vocation, chrétiens, musulmans et juifs, dans notre société qui lutte afin de conquérir la paix. Un dialogue interreligieux là où Dieu a voulu la coexistence des trois religions monothéistes, dans lequel chacun participera avec toute la fidélit à sa propre foi, mais s'ouvrira en même temps pour avoir une vision plus juste de l'autre.

Un dialogue qui a son rôle dans la conquête de la paix. La religion et la parole du chef religieux ont toujours son influence sur le peuple et sur le cours des événements . Mais cette parole commune n'a pas été encore dite: elle n'est pas encore trouvée. Elle est à trouver. C'est pourquoi, Bethleem 2000 invite les religions monotheistes présentes dans la Terre sainte à dire leur mot, afin de commencer une vie nouvelle dans toute la région et pour toutes les religions.

Les religions, ou plutôt les croyants, ont causé, au nom de la religion, au cours l'histoire, beaucoup de conflits et de guerres. Aujourd'hui, au nom de la religion, mieux comprise et mieux vécue, les chefs religieux ont la responsabilité de changer le comportement des croyants. Ils ont la responsabilité d'ouvrir une nouvelle voie pour eux-mêmes et pour leurs croyants, afin de diriger le monde vers plus de paix, et afin de témoigner de la vraie valeur de la religion et de l'unique appel de Dieu à l'humanité: Dieu créateur de tous et qui veut le bien de tous. Il est notre modèle: l'homme croyant est celui qui imite le Dieu Créateur et aimant de toutes ses créatures sans distinction.

5. Bethleem 2000 nous réunit pour réfléchir sur notre devoir envers Bethleem et envers l'humanité. A Bethleeem les anges ont chanté: "Gloire à Dieu et paix aux hommes qui accomplissent sa volonté" (cf. Lc 2,14). Voilà notre vocation à tous rendre gloire à Dieu dans le service de l'homme, et à l'occasion de l'an2000, de la communauté humaine qui est à Bethleem, qu'en elle resplendissent en elle la volonté de Dieu, sa paix et sa justice.

      +Michel Sabbah,
      Patriarche Latin de Jérusalem
      Jérusdalem, 11 février 1998
 
 

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