Troisième rencontre
des Patriarches et des chefs des Eglises du Moyen-Orient
La troisième rencontre des Patriarches catholiques et orthodoxes
et des chefs des communautés protestantes du Moyen-Orient, organisée
par le Conseil des Eglises du Moyen-Orient, eut lieu le 20-21 novembre
2000, à Bkerki, le siège du Patriarcat Maronite au Liban.
La première eut lieu en 1985 et la deuxième en 1998 à
Chypre.
Prirent part à la rencontre
Pour la famille greque orthodoxe: le patriarcat d’Alexandrie, S.B.
le Patriarche Petros II, le patriarcat d’Antioche, S.B. le Patriarche Ignace
Hazim, le Patriarcat de Jérusalem, S.E. le métropolite Damschinos
de Jaffa, représentant S.B. le Patriarche Diodoros.
Pour la famille orthodoxe orientale: S.S. le Patriarche Zakka I Iwas,
patriarche d’Antioche pour les Syriens Orthodoxe, S.S. le Catholicos Aram
I, Catholicos de Cilicie pour les Arméniens orthodoxes, résident
à Antelias au Liban. S’absenta S.S. le Pape Shenouda III, patriarche
d’Alexandrie pour les Coptes Orthodoxes et n’envoya pas un représentant.
Pour la famille catholique: LL.BB. les Patriarches Stephane II Ghattas,
patriarche d’Alexandrie pour les Coptes catholiques, Maximos V Hakim, pour
les grecs catholiques, représenté par S.E.Mgr. Jean Haddad
de Tyr, adminsitrateur apostolique, Card. Nasrallah Butros Sfeir, pour
les maronites, Ignace Mousa Ier Daoud, représenté par
Mgr.George Masri., Rafael I Bidawid de Babel pour les Chaldéens,
Nerces Pedros XIX de Cilicie pour les Arméniens catholiques,
et Michel Sabbah de Jérusalem pour les Latins.
Pour la famille évangélique, Pasteur Selim Sahyouni, de
la communauté évangélique en Syrie et Liban, Riyah
Aboul-Assal évêque anglican de Jérusalem, Pasteur Safwat
Bayadi, des Eglises évangéliques d’Egypte, Evêque anglicvan
Clive Hanford de Chypre et du Golfe, et pasteur Magreditch Karakozian pour
l’Union des Eglises evangéliques arméniennes du Moyen-Orient.
L’ouverture eut lieu à Bkerki siège patriarcal maronite.
Des mots d’ouverture par le président de chacune des quatre familles.
Pour la famille catholique S.B. le cardinal Nasralla Butros Sfeir, pour
la famille orientale orthodoxe Aram I, pour la famille greque orthodoxe
Ignace I Hazim et pour la famille évangélique pasteur Selim
Sahyuni, et le secretaire general pasteur Riyad Jarjour.
La rencontre dura deux jours le 20 et 21 novembre. Le thème de
travail “Les soucis et les préoccupations des chrétiens du
Moyen Orient”: l’identité chrétienne et communautaire face
à la globalisation, aux medias. L’oecumenisme: beaucoup d’attente,
beaucoup de rencontres et peu de réponses; interraction entre le
dialogue qio se fait au niveau régional et celui qui se fait au
niveau mondial. Le témoignage chrétien: émigration,
participation à la vie publique, rapports musulmans chrétines.
La rencontre fut conclue à la basilique de Harisa dans l’après-midi
de la deuxième journée par une prière oecuménique
à laquelle tous prirent part. Une Lettre Pastorale commune, résultat
de la rencontre, fut lue à la fin de la prière.
Cette rencontre reste un signe et un instrument qui a produit jusqu’à
maintenant la facilité de se voir, de se parler et de s’aimer. Des
questions pastorales concrètes ne sont pas encore résolues,
par exemple, entre autres, l’unification de textes des prières communes,
de la date de Pâques et Noel, et la reconnaissance du baptême
des autres Eglises par l’Eglise copte.
Lettre Pastorale des chefs des Eglises
du Moyen-Orient
À l’occasion de leur rencontre à Bkerki,
Liban, le 20-21 novembre 2000
Frères et fils bien-aimés
1. Nous remercions Dieu le Père qui nous a réunis, par
son amour, dans la foi en Jésus Christ et dans la joie du Saint-Esprit,
nous, les chefs des Eglises des quatre familles, orthodoxes, orthodoxes
orientales, catholiques et évangéliques, à Bkerki,
le siège patriarcal d’Antioche des Maronites, hôtes de S.B.
le patriarche cardinal Nasralla Boutros Sfeir.
2. Notre rentontre se distingue cette fois par le fait qu’elle a lieu
à l’occasion des célébrations du troisième
millénaire de la naissance de notre Seigneur et notre Dieu Jésus-Christ,
à lui gloire et louange. A cette occasion nous sommes appelés
à nous mettre en présence de Dieu et de faire notre examen
de conscience dans la méditation, la réflexion et la prière.
Car cette mémoire doit être l’occasion d’une vie nouvelle
dans nos Eglises, nos familles, nos sociétés et en chacun
de nous.
3. Nous nous sommes rencontrées en Eglises. Nous avons médité
ensemble le miracle de la multiplication des pains (Lc 9,10-17), et nous
avons demandé au Christ d’accorder à tous les hommes la vie
abondante (Jn 10,10). Nous nous sommes rencontrés, chrétiens
d’Orient, enracinés dans notre terre, confiants en notre avenir,
joyeux dans l’espérance, témoins de notre Dieu et Sauveur,
prêts à être nous aussi les cinq pains, qui, malgré
leur petit nombre, rassasient, par la bénédiction du Christ
Seigneur, les milliers: “Ils mangèrent et furent rassasiés.
Et ce qu’ils avaient eu de reste fut emporté”(Lc 9,17).
4. Nous sommes concernés en premier lieu, nous les Eglises d’Orient,
par l’anniversaire du troisième millénaire de la naissance
selon la chair de Notre Seigneur Jésus-Christ, né dans un
humble endroit de notre région, à Bethleem. Nos ancêtres
furent les premiers à entendre cette bonne nouvelle. Ils s’en réjouirent,
ils l’accueillirent et la proclamèrent. Nos pères, après
eux, durent lutter pour conserver le dépôt de la foi. Ensemble
nous déclarons aujourd’hui notre fidélité au patrimoine
apostolique gardé par nos Eglises et exprimé dans le Credo
de Nicée-Cosntantinople. En ce Jubilé de grâce, nos
regards et nos coeurs se tournent vers le Christ Jésus, fondement
de notre foi, rocher de notre salut qui est “le même hier et aujourd’hui,
il le sera à jamais” (Héb 13,8).
5. Nous renouvelons aujourd’hui notre alliance avec le Christ afin d’approfondir
notre foi en lui, et que resplendisse la beauté et la splendeur
de son visage dans notre vie individuelle, familiale, ecclésiale
et sociale. Des courants d’idées contradictoires et des multiples
défis dominent le monde d’aujourd’hui. Des mutations rapides y ont
lieu. La logique de la consommation, de l’utilité, du plaisir et
de l’arbitraire le domine et le menace. C’est dans ce monde, nous devons
offrir un témoignage sincère à “quiconque demande
raison de l’espérance qui est en nous…avec douceur et respect” (I
Pt3,15-16).
6. Depuis sa naissance, le christianisme en nos pays est entré
en interaction vivante avec les civilisations et les cultures de l’Orient
et les a fécondées, montrant ainsi l’énergie étonnante
de la Bonne nouvelle, ayant pu s’incarner dans tous les milieux humains.
C’est pouquoi, nous avons aujourd’hui des patrimoines divers et riches
par leurs spiritualités, leurs liturgies, leur pensée et
par les Pères et les saints de toute Eglise.
7. Cette diversité s’est transformée, dans certaines périodes
de l’histoire, en disputes, rivalités et divisions. L’Eglise une
devint Eglises dispersés, étrangères et méfiantes
les unes à l’égard des autres. Ces traits se sont accumulés
avec le temps et se sont accrus par le fait des intérêts sociaux,
politiques et par les passions et les égoïsmes.
8. Aujourd’hui cependant, au début du troisième millénaire,
nous prenons conscience de la nécessité de poursuivre l’action
oecuménique déjà commencée, afin de guérir
les blessures, de nous rencontrer et de confirmer notre solidarité.
Cet effort oecuménique ne réalisera son but désiré
tant que nos Eglises ne renouvellent pas leur esprit et leur pensée.
Les semences du réveil spirituel sont pour nos Eglises un soutien
et la garantie de leur fidélité et de leur cheminement vers
l’unité.
9. Notre rencontre aujourd’hui est le signe de notre engagement oecuménique.
C’est notre choix pour le présent et l’avenir, car nous voulons
répondre à la volonté du Christ dans sa prière
pour l’unité des croyants en lui: “afin que tous soient un, comme
toi Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux soient aussi en nous,
afin que le monde croie que tu m’as envoyé” (Jn 17,21).
10. Nous comprenons que notre témoignage chrétien ne pourra
atteindre sa perfection tant que nous sommes divisés et dispersés.
Nous comprenons que le chemin devant nous est long et plein de difficultés
diverses. C’est pourquoi, nous entendons la voix du maître nous dire
constamment: “Ayez confiance, c’est moi; ne craignez pas”. Nous affirmons
notre volonté à accélérer nos pas sur le chemin
de l’unité. Avec l’aide de l’Esprit-Saint, nous avons déjà
fait un bon chemin vers l’entente et le rapprochement entre nos Eglises
et par la puissance du Christ des choses non négligeables ont pu
être déjà réalisées.
11. Nous voyons dans le Conseil des Eglises du Moyen Orient une expression
tangible de cette orientation. C’est dans ce Conseil que nous nous réunissons,
et ensemble nous travaillons pour l’unité. Nous tenons à
ce que ce Conseil reste le lieu de rencontre des Eglises, agisse par chacune
d’elles, ne s’écarte pas de sa mission et ne soit pas surpris par
la vieillesse. Nous tenons à ce qu’il reste toujours vivant et toujours
nouveau. De multiples initiatives furent prises par nos Eglises; quelques
unes arrivèrent à des accords pastoraux. Leur application
doit nous inciter à déployer plus d’efforts encore, afin
que notre témoignage commun ait plus d’influence sur le domaine
oecuménique au niveau mondial.
12. Dieu, dans sa sagese éternelle, a voulu que nous soyons ses
témoins dans cette région de la terre qui nous est chère.
Nous acceptons cette volonté divine et nous y répondons avec
joie. Nos Eglises sont enracinées dans cette terre; elles sont dans
le coeur de nos sociétés, contribuent à y édifier
l’homme et participent à la vie publique dans tous ses aspects,
dans toutes ses exigences, ses difficultés et ses sacrifices. Elles
se tiennent toujours à côté du pauvre, du nécessiteux,
du privé et de l’opprimé.
13. Nous avons réfléchi sur les défis avec lesquels
les chrétiens aujourd’hui sont confrontés, telles l’émigration,
la participation à la vie publique, et la consolidation du rôle
des jeunes et le dialogue avec eux. Nous avons réfléchi aussi
sur l’ identité du chrétien, dans l’Eglise et dans sa communauté,
et la prise de conscience par les jeunes par rapport à cette
question, dans le contexte de la globalisation culturelle et médiatique,
et de son impact sur les valeurs et les manières de vivre dans nos
pays. Nous avons vu le besoin de réaffirmer la nécessité
de traiter avec ces défis avec objectivité, sagesse et un
esprit d’initiative, loin de toute amplification ou peur. Ceci ne veut
pas dire certes cacher ou amoindrir les difficultés. Au contraire
c’est un appel à y faire face sans peur ou hésitation, et
une exhortation à plus de collaboration dans l’investissment des
différentes énergies, pour le service et le bien des communautés,
et pour l’activation du rôle des chrétiens et de leurs institutions
au service du bien commun.
14. Notre présence dans nos sociétés est une présence
pour l’homme créé par Dieu à son image, et aimé
par Lui, et pour lequel le Christ s’est incarné, est mort et ressucité
d’entre les morts. Voilà l’homme que Dieu n’oublie pas et que nos
Eglises ne peuvent oublier, mais agit pour sa croissance spirituelle, son
progrès social et sa libération nationale.
15. Nous nous adressons à nos concitoyens musulmans avec lesquels
nous lie l’appartenance à la même patrie, à la même
terre, aux même soucis et à la même destinée.
Nous avons à continuer notre action commune dans un dialogue de
vie pour une société qui respecte la diversité, réalise
l’égalité, sauvegarde les libertés et la dignité
de l’homme et ses droits. Tout nous porte à cela: les bons rapports
qui dominent entre nous, nos rencontres, notre dialogue et toute action
menée en commun.
16. Aujourd’hui comme en toute occasion de rencontre de nos Eglises,
nous renouvelons notre engagement et notre soutien aux causes justes de
nos peuples. Nous tournons nos regards en premier lieu vers la Palestine,
le lieu de la naissance du Christ et la terre de son incarnation et de
sa mission. Nous partageons la souffrance du peuple palestinien qui ne
cesse de souffrir aujourd’hui, plus que dans le passé, de l’oppression
de l’occupation et de sa violence. Ses fils sont tués, affamés,
assiégés, ses terres et ses sources de revenus sont confisquées.
Il lutte pour réacquérir tous ses droits nationaux
et humains et pour établir son Etat palestinien indépendant
avec Jérusalem pour capitale, selon les normes de la légitimité
internationale. La paix ne pourra se réalser dans notre région
sans que tous les territoires arabes ne soient pas retournés à
leurs propriétaires, et en premier le Jolan occupé.
17. Les derniers événements ont montré que Jérusalem
ne peut être séparé du “corps” de la Palestine: elle
en est une partie; elle en est le coeur et doit par conséquent retourner
à ses propriétaires, afin qu’elle puisse jouer son rôle
véritable comme ville de justice, de paix, de dialogue et de réconciliation,
et redevienne une ville de rencontre et de prière pour tous. Dans
le coeur du conflit entre palestiniens et israéliens, nous adressons
un appel aux croyants du judaïsme afin de contribuer eux aussi par
leur foi à rétablir le droit et la justice requis pour le
peuple palestinien.
18. Nous partageons avec le peuple libanais, avec toutes ses catégories,
son épreuve et ses aspirations. Nous demandons que ce pays qui s’est
réjoui de la libération de l’occupation israélienne
au sud, puisse récupérer la totalité de ses terres,
ainsi que son pleine indépendance, sa pleine souverainté,
la liberté de sa décision et sa force économique.
Nous souhaitons que soit consolidée l’amitié entre tous ses
enfants, l’unité de son peuple, et que soient reconnues et sauvegardés
les droits et les libertés de ses citoyens, afin de reprendre son
rôle de pionnier pour le bien de toute la région.
19. Nous tournons nos regards vers la tragédie du peuple iraqien.
Après dix ans de punition collective, elle a atteint un degré
que personne ne peut supporter, et qu’aucune conscience humaine vive ne
peut admettre. Nous élevons haut notre voix devant le monde entier,
pour le peuple de l’Iraq, afin que soit enlevé le siège injuste
qui lui est imposé, pour le bien de ses enfants, de ses jeunes,
de ses vieux et de tous ses habitants.
20. Nous rappelons enfin le droit du peuple chypriote à la paix
basée sur la justice. Nous appuyons son effort continu, depuis l’occupation
de parties de son île en 1974, à refaire l’unité de
sa terre et de son peuple, y compris le retour des émigrés
à leurs maisons et la réacquisition de leurs propriétés,
et cela grâce aux popurparlers sous l’égide des Nations Unies,
de sorte à garantir les drois de l’homme pour tous ses habitants.
21. Frères et fils bien-aimés, au seuil du troisième
millénaire, nos Eglises s’arrêtent dans la foi, l’espérance,
l’amour et la joie, pour mettre sa confiance dans le Christ Seigneur qui
nous donne la vie, hier et aujourd’hui, et est parmi nous et nous accompagne
jusqu’à la fin du monde. Amen.
Bkerki, Liban, 21 novembre 2000
Pour la famille grecque orthodoxe
Petros II, Pape et Patriarche d’Alexandrie
Ignace Hazim, Patriarche d’Antioche
Damskinos, métropolite de Jaffa, représentant de S.B.
le Patriarche Diodoros, Patriarche de Jérusalem.
Pour la famille orthodoxe orientale
Zakka I Iwas, Patriarche d’Antioche des Syriens Orthodoxe
Aram I, Catholicos de Cilicie pour les Arméniens Orthodoxes
Pour la famille catholique
Stephanos II Ghattas, Patriarche d’Alexandrie pour les Coptes catholiques,
Nasrallah Butros Sfeir, Patriarche d’Antioche pour les Maronites
Rafael I Bidawid, Patriarche de Babel pour les Chaldéens
Nerces Pedros XIX de Cilicie pour les Arméniens catholiques
Michel Sabbah, Patriarche de Jérusalem pour les Latins
Jean Haddad, métropolite de Tyr, représentant S.B. Maximos
V Hakim, pour les Grecs catholiques melkites
Mgr. George Masri, représentant S.B. Mousa Ier Daoud
Pour la famille évangélique
Riyah Aboul-Assal, évêque anglican de Jérusalem
Clive Hanford, évêque anglican de Chypre et du Golfe
Pasteur Selim Sahyouni, de la communauté évangélique
en Syrie et Liban
Pasteur Safwat Bayadi, des Eglises évangéliques d’Egypte
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