PATRIARCAT LATIN - JERUSALEM

 

Message de Pâques

31 Mars 2002

 

Frères et Soeurs

 

1          Je vous adresse ce message de Pâques le jour du Vendredi Saint afin de nous rappeler le lien intime entre les deux mémoires. Le Vendredi Saint, nous méditons le mystère insondable de Dieu lorsque nous entendons le Seigneur Jésus-Christ, Verbe de Dieu fait homme, crier du haut de la croix: “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?”  Puis il rendit l’esprit.devant une foule de spectateurs accueillant le mystère avec ironie. Le jour de Pâques, nous commémorons la manifestation du même mystère divin dans la gloire de la Résurrection. Le Seigneur Jésus Christ, Verbe de Dieu fait homme, est ressuscité, triomphant de la mort, du péché et de tout mal. Le Christ est ressuscité, oui il est vraiment ressuscité.

2          Du lieu que Dieu a voulu sanctifier par sa présence et par son mystère, de la ville sainte, du Calvaire et du Tombeau vide, lieu du salut glorieux, je vous souhaite bonne fête de Pâques et je demande à Dieu de vous combler de sa grâce et de sa bénédiction, de vous accorder dans votre vie de chaque jour la force, la gloire et la joie de la Résurrection. J’adresse ce message d’une manière toute particulière à nos fidèles dans la Terre Sainte et je demande au Dieu Très Haut et Tout Puissant, pour nous tous, le pouvoir de triompoher sur toutes les forces de mort qui se manifestent dans les diverses épreuves qui nous accablent tous en ces jours.

            Pour nous tous, tous les habitants de cette terre, je demande à Dieu la paix juste et définitive qui mette fin à l’effusion de sang, aux démolitions des maisons, au siège, aux humiliations  imposées à l’être humain par des mesures de sécurité stériles qui ne produisent que plus de souffrances et plus de mort pour toute personne humaine, pour les Palestiniens et les Israéliens à la fois, et une rancune qui ne fait que croître dans les coeurs de chacun à l’égard de son frère.

3          La ville sainte, lieu du mystère de Dieu, signe de sa présence et de la présence de son amour et de sa justice parmi les hommes, est elle-même aujourd’hui le lieu de discorde et cause de l’effusion de sang. .Jésus Christ est venu porter le salut à tous. Il est venu porter l’amour à tous. Pour tous il a légué un seul commandement dans lequel il a résumé la loi et les prophètes. Il dit: aimez-vous les uns les autres. Aimez Dieu et aimez le prochain comme vous-mêmes, liant ainsi l’amour de Dieu avec celui de tous les enfants de Dieu. Dans ce commandement difficile, tout responsable dans les sociétés humaines, et dans notre ville sainte en particulier, pourrait trouver, s’il le voulait, la force suffisante pour mettre fin à la discorde, aux souffrances et à l’effusion de sang. Le chemin qui mène à la paix est en soi clair et simple. Le chemin qui met fin à toute violence, et protège l’Israélien et lui accorde sa sécurité et le libère de sa peur, de son anxiété face à la mort qui le guette en tout moment et en tout lieu, et redonne au Palestinien sa liberté, sa terre et sa dignité, met fin à ses souffrances et lui accorde à lui aussi sa sécurité et sa tranquillité, ce chemin consiste à écarter un fait militaire qui pèse sur cette terre depuis 1967, à savoir l’occupation des Territoires Palestiniens. C’est pourquoi au lieu de répondre à la violence matérielle par plus de violence matérielle, il faut que les chefs israéliens répondent par une force nouvelle, celle de l’esprit et du courage moral qui l’invite à mettre fin à l’esclavage imposé aux Territoires qu’ils ne cessent d’occuper. Ce serait là une mesure de sécurité sage et efficace qui produira la sécurité désirée que n’ont pas réalisée jusqu’aujourd’hui toutes les actions militaires. Cette mesure fera renaître une vie nouvelle dans cette terre sainte, et permettra à tous ses habitants de participer à sa sainteté. Ainsi, tous ensemble, marcheront vers Dieu en toute tranquillité et sécurité, en vrais croyants et ensemble ils construiront une terre nouvelle et un homme nouveau.

4          Nous pleurons et nous prions pour toutes les victimes, car toutes sont chères aux yeux de Dieu, comme à leurs parents, à leurs proches et à leurs amis. Nous les mettons toutes devant le regard de l’Eternel, en lui demandant de les accueillir dans sa miséricorde et prenne pitié de nous. Nous lui demandons d’ouvrir les coeurs et les yeux de ceux qui ont en leur main les clefs de la paix et de la fin de l’occupation qui ne fait que démolir la paix jour après jour, et la rend plus lointaine jour après jour.

5          Certains chefs religieux, musulmans, chrétiens et juifs, ont commencé aprés la rencontre d’Alexandrie qui eut lieu en janvier dernier, à réfléchir ensemble sur le drame de cette terre, dans l’espoir d’arriver à une vision commune, dans l’espoir d’entendre ensemble la parole du psalmiste: “J’écoute. Que dit Dieu? Ce que dit Dieu, c’est la paix pour son peuple et ses amis, pourvu qu’ils ne reviennent à leur folie… Amour et vérité se rencontrent. Justice et paix s’embrassent” (Ps 84, 9.11). Ainsi ils arriveront à une parole commune qui manifestera la justice et l’amour de Dieu dans cette question. Car Dieu ne prête pas son aide à un frère contre son frère, mais il donne sa grâce à chacun afin de triompher du mal qui est en lui, et le rend ainsi capable de pratiquer la justice pour lui-même et pour son frère. Ainsi le salut de Dieu sera proche de nous: “Proche est son salut pour qui le craint, et la Gloire habitera nore terre” (Ps 84,10).

6          Frères et soeurs, alors que nous célébrons la Résurrection glorieuse du Seigneur, nous vous invitons à la patience dans l’épreuve. Nous vous demandons de trouver dans la la Résurrection du Seigneur une source permanente d’espoir et la force de construire ensemble la justice et la paix: “afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle” (Rom 6: 4). Puisse la résurrection glorieuse du Seigneur être une résurrection pour toute personne humaine dans notre terre,  pour une vie nouvelle et un amour nouveau basé sur la justice et la réconciliation. Le Christ est ressuscité, oui, il est vraiment ressuscité.

                                                                +Michel Sabbah, Patriarche