Le Christ
est ressuscité. Oui, il est vraiment ressuscité. Réjouissons-nous et
renouvelons notre espérance.
Oui,
frères et sœurs, nous vous invitons à vous réjouir malgré l’épreuve que nous
vivons. Nous vous invitons à vivre malgré la mort qui nous entoure. Nous vous
invitons à aimer malgré la haine qui démolit les cœurs en ces jours. Le Christ
est ressuscité. Il a vaincu la mort et la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Voilà nos vœux pour
la Pâques : de voir la mort
disparaître et ne plus avoir de pouvoir sur le cœur de nul homme en cette terre
sainte, palestinien et israélien. Nous croyons en la Résurrection, et en
l‘Espérance, et nous souhaitons voir un jour une Terre Sainte qui soit pour
tous ses habitants une terre de résurrection et non plus une terre de mort et
haine.
L’Evangile
dit que Jésus « quand il fut proche, à la vue de la ville, il pleura
sur elle, en disant : si en ces jours tu avais compris, toi aussi, le
message de paix » (Lc 19,41-42).
Tout homme et femme de bonne volonté pleure aujourd’hui sur la ville
sainte et souhaite à ses habitants et à ses gouverneurs de chercher les voies
de la paix. Car les voies suivies jusqu’aujourd’hui ne sont pas celles de la
paix, à savoir les actions militaires imposées à toutes les villes et villages
palestiniens qui en font des grandes prisons, où la dignité humaine est
bafouée, les attentats se multiplient et les démolitions des biens et des
maisons continuent. Tout cela ne peut être une voie de paix. Au contraire
tout cela ne fait que produire plus de mort et plus de destruction de la
personne humaine et ne fait que continuer la guerre et l’insécurité. Depuis le
siège de la Basilique de la Nativité, il y a un an, rien n’a changé pour nous. La Basilique est libérée, mais
non la personne humaine : les Palestiniens sont restés sous le siège, livrés aux humiliations, à la
faim et à l’anarchie et les Israéliens sont restés dans la peur et
l’insécurité.
Et ce que
nous vivons ici, en cette Terre Sainte, nous commençons à le voir en Iraq
aussi.
On a dit
que la guerre de l’Iraq était un pas vers la paix. Cependant le Pape Jean Paul
II dit clairement que seules les voies de la paix peuvent conduire à la paix.
C’est pourquoi, la communauté internationale a besoin de se renouveler afin de
mettre une limite à la puissance des forts et préserver l’humanité de nouvelles
guerres mondiales. Le terrorisme, il faut le combattre partout où il est, mais
la lutte contre le terrorisme commence par une révision des critères et des
valeurs. Le premier pas pour mettre fin au terrorisme est un retour sur soi
afin d’y trouver les possibles racines de mal et de mort en soi-même d’abord,
les racines qui permettent au plus fort d’agresser le plus faible en lui
imposant injustices et privations. « Et maintenant, rois, comprenez,
corrigez-vous, juges de la terre. Servez Dieu avec crainte » (Ps 2,10-11).
Servir Dieu avec crainte veut dire pratiquer la paix et la justice. Traiter avec les
peuples selon les exigences de la paix et de la justice est l’unique moyen
d’éviter toute sorte de terrorisme.
Notre
message pour nos gouverneurs en cette Terre Sainte : vous avez été élus
pour porter la paix et la sécurité, et par conséquent, pour prendre les moyens
nécessaires pour cela. Or les voies suivies jusque maintenant n’ont porté ni
paix ni sécurité, ni au peuple Israélien ni au peuple Palestinien. Vous aussi,
écoutez la parole de Dieu qui dit que la paix et la justice vont ensemble.
Changez vos voies. Ecartez la peur des coeurs de votre peuple. Croyez que la
paix est possible et que les Palestiniens sont capables de vivre en paix une
fois que leur liberté et leurs droits leur sont redonnés.
Nous
célébrons la fête de Pâques qui signifie le passage de la vie à la mort, de
l’esclavage à la liberté. Je souhaite à tous les chrétiens et à tous les
Palestiniens de passer de la mort présente à une vie nouvelle, basée sur la
liberté retrouvée, sur la justice, le pardon, l’amour et la réconciliation. Je
souhaite au peuple juif qui célèbre sa Pâque de passer de la peur présente à la
sécurité, basée aussi sur la justice, le pardon, l’amour et la réconciliation.
Un nouvel ordre mondial devrait avoir les mêmes fondements : justice,
pardon, amour et réconciliation. Sans pardon et sans la présence de Dieu parmi
les hommes, la mort ne fera que produire la mort et la guerre ne produira que
la guerre et le terrorisme. On ne peut pas, sous aucun prétexte, construire un
nouvel ordre mondial en commençant par y démolir la personne humaine.
Le Christ est ressuscité. Oui, vraiment,
il est ressuscité. A vous tous, je souhaite une Pâque de paix, de justice, de
pardon, d’amour et de réconciliation.
+Michel Sabbah, Patriarche
Pâques,
avril þ2003