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1.
Comment définir l’état d’âme des chrétiens dans l’Eglise de Jérusalem,
dans la situation présente?
Les
chrétiens sont palestiniens, et comme tous les palestiniens, ils se trouvent
en une situation de guerre et d’occupation. Ils doivent subir les représailles
israéliennes qui s’adressent non pas aux seuls combattants mais à toute la
population civile à la fois : ils doivent donc subir les humiliations,
le bombardement des maisons, dont plusieurs ont l’intérieur brûlé ou ont
subi de graves dégâts, outre la peur des membres de la famille, surtout les
petits enfants surpris par le bombardement, ou la nécessité de quitter la
maison et chercher refuge ailleurs, en attendant que le tir cesse. Des gens
qui sont en grande majorité en chômage, surtout tout ce qui est domaine de
tourisme. Des gens sous le siège, ne pouvant aller d’une ville à
l’autre, étouffant donc dans leurs maisons ou leurs villes et villages. Des
gens qui se demandent avec tout cela : quel avenir auront nos enfants ?
Les uns supportent et acceptent les sacrifices, les autres n’arrivent plus
à supporter et partent.
2.
Comment définir les besoins des fidèles ?
Le
premier est la paix et la
justice, de voir les humiliations cesser de même que les bombardements israéliens
sur les civils. Deuxièmement, en attendant que la paix se fasse, que la
menace des bombardements disparaisse, une grande majorité, environ les 60% étant
sans travail, les gens ont besoin du pain quotidien, des frais des hôpitaux,
et de tout ce qui est essentiel pour la vie quotidienne. Ils ont besoin des
frais nécessaires pour l’éducation des enfants dans les écoles. Ils ont
besoin de travail, de réparer leurs maisons bombardées. Les jeunes ont
besoin de nouveaux logements. Dans presque chaque paroisse, s’est constitué
un groupe qui tend à réaliser un projet de logements, mais après les
premiers pas on s’est arrêté en attendant de trouver des ressources de
l’extérieur.
3.
Quelles priorités pastorales avons-nous?
Nous
avons terminé en l’an 2000 le synode diocésain auquel ont pris part toutes
les Eglises catholiques de Terre Sainte (Latins, melkites, maronites, arméniens,
syriens et chaldéens). Nous avons établi un plan pastoral général
contenant seize thèmes. Le thème que nous avons commencé à appliquer cette
année est celui de la « communion », à tous les niveaux :
entre les églises afin de vaincre l’esprit de séparation dû aux différentes
appartenances religieuses, entre
évêques et fidèles, entre les fidèles eux-mêmes afin de constituer une véritable
Eglise et famille de Dieu, capable de
faire face par sa cohésion et sa foi à la situation présente et accepter
les sacrifices requis par cette période de l’histoire.
4.
Nous sentons-nous appuyés par les autres Eglises du monde ?
De
nombreuses Eglises de par le monde nous ont exprimé leur solidarité, et
l’ont manifesté par leur générosité et leurs dons. Nous ne pouvons que
les remercier. Parmi ces Eglises, celle de l’Espagne aussi est très active,
notamment à travers ses NGO.dont surtout la Cooperacion e Fondacion Cultural
qui a réalisé un projet de logements de 34 appartements dans la paroisse de
Bir Zeit (dans la région Ramallah) et la construction de deux écoles, l’ une
à Zababdeh, près de Jenin (le site traditionnel de la guérison des dix lépreux)
au Nord de la Palestine, et l’autre à Gaza. Le gouvernement de Navarre, en
coopération avec l’Ordre du Saint-Sépulcre a aussi réalisé un Kinder à
Beit-Jala, et ainsi un double but est atteint : la réalisation du projet
et du travail donné aux gens.
Mais
une action pour la justice, qui au fond est essentielle pour notre vie présente
et pour l’avenir des chrétiens en Terre Sainte , manque encore. La voix des
Eglises pour aider les deux peuples à la réconciliation ne s’élève pas
encore assez : alors que ce conflit tourne autour de Jérusalem et des
lieux saints les Eglises devraient prendre conscience qu’elles y ont une
responsabilité et un rôle à jouer.
Ici
il faut que j’exprime ma reconnaissance au Saint-Père le pape Jean-Paul II
qui lui ne cesse de parler clairement et d’adresser les messages de justice
et de paix aux deux peuples, palestinien
et israélien. Très récemment, il a convoqué pour le 13 décembre les évêques
de Terre sainte, à Rome, pour une journée d’études et de réflexion avec
lui-même sur l’avenir des chrétiens.
Je
dois faire mention spéciale aussi dans ce domaine de l’action pour la
justice de deux autres Eglises, celle des Etats-Unis et celle de
l’Angleterre, de même que le Conseil mondial des Eglises et nombre de
formations œcuméniques de par le monde. .
5.
A des groupes de jeunes dans les paroisses…je dirais
Vos
frères et sœurs vivent des moments difficiles, des moments de guerre, privés
de liberté et souvent soumis aux humiliations. Plusieurs d’entre eux ont
besoin du pain quotidien, des frais de scolarité pour l’éducation de leurs
enfants ; les jeunes couple ont besoin d’un logis. Priez pour que la
paix et la justice puissent régner dans les cœurs et dans les rapports entre
les deux peuples palestiniens et israéliens et les croyants des trois
religions, chrétiens, musulmans et juifs. Et selon vos moyens soyez généreux.
Et ceux d’entre vous qui peuvent avoir accès à l’action directe pour la
paix et la justice en Terre Sainte qu’il le fasse. Essayez d’obtenir des
informations exactes sur la situation: car les medias officiels donnent
souvent une image fausse de la situation qui n’aide pas à avancer la marche
vers la paix ; au contraire elle ne fait, en cachant la véritable image,
que prolonger l’impasse et le cycle de violence. Soyez critiques dans les
nouvelles que vous lisez ou voyez.
6.
Aux pélerins et agences de pèlerinages :
La
violence en effet est grande dans la terre. La haine aussi grandit. D’où le
besoin de personnes croyantes, de pèlerins, un nouveau type de pèlerins,
pour qui décident de faire leur pèlerinage, tout en étant conscients des
difficultés, afin de témoigner par leur présence de la possibilité et de
la vocation de tout homme à l’amour et donc à la réconciliation. La Terre
Sainte aujourd’hui a besoin d’un nouveau type de pèlerins, non plus ceux
des temps de paix, mais des pèlerins des temps difficiles. Qu’ils viennent
vivre pendant une semaine les difficultés que nous vivons toute l’année.
Venez faire l’expérience de franchir les barrages, en voiture ou à pieds,
venez ressentir les effets des bombardements le jour ou la nuit… En plus des
pèlerins, le Conseil mondial des Eglises a commencé par envoyer des
observateurs permanents ; d’autres observateurs civils viennent aussi ;
ils se rendent compte de ce qui se passe ; ils bravent le danger et
retournent chez eux sains et saufs, mais avec des yeux et des cœurs ouverts
pour aider à la réconciliation et à la justice dans la terre choisie par
Dieu pour s’y révéler et pour y sauver l’humanité.
7.
Notre contribution comme Eglises locales à la paix
Notre
contribution est notre voix, notre appel à la justice, à donner la juste définition
du conflit afin qu’il puisse être
compris. Elle est aussi une action d’éducation, de contacts au-delà des
haines, des attentats et des représailles. Elle est une voix qui dit que
le fonds du problème est l’occupation. Les territoires palestiniens sont
sous occupation israélienne. Les gens sont privés de leur liberté et de
leur droit. Mettez fin à l’occupation et toute violence cessera. Aux israéliens
nous disons : Vous voulez vous défendre et vous protéger ? cela
est votre droit. Mais la meilleure défense et protection consiste à écarter
la cause même de la violence : cette cause est l’occupation. Et
l’occupation, il est en votre main de la continuer ou d’y mettre fin.
Alors qu’en restant dans le
cycle de violence, i.e. en répondant à la violence par la violence, au lieu
de vous défendre et de protéger votre peuple, vous l’exposez à plus de
violence et à plus de victimes, et donc à moins de protection et de défense.
Il faut avoir le courage de sortir du cycle de la violence, et prendre la décision
bien que difficile de mettre fin à l’occupation et de redonner aux
Palestiniens leur liberté, et de vous donner par le fait même à vous-même
la sécurité et la véritable protection dont vous avez besoin.
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