Homélie
Nous
voilà réunis, ce jeudi saint, devant le tombeau du Christ ressuscité, afin de
nous rappeler et de revivre la sainteté de notre sacerdoce, institué ici-même,
dans cete ville sainte, dans laquelle la grâce de Dieu nous rassemble
aujourd’hui.
Nous
ne pouvons, en commençant notre prière, en ce jour, ignorer les souffrances qui
nous entourent. Nous nous rappelons devant Dieu des victimes de toutes les
violences de cette terre, celles d’hier, et de tous les jours passés, dans les
deux camps du combat, comme celles malheureusemnt de demain, car la paix ne
fait que s’éloigner, par manque de chefs qui aient la vision et le courage de
faire justice et d’instaurer définitivement le règne de la paix dans cette
terre. Pour les victimes, pour les responsables des injustices et des
souffrances des hommes et des femmes dans cette terre, prions aujourd’hui
encore.
Le
Saint-Père, cette année aussi, a adressé sa lettre aux prêtres pour le Jeudi
Saint. Le thème en est le Sacrement de la Réconciliation. Il commence sa lettre
par ces mots:
“C’est
avec émotion que je m’adresse à vous, comme le veut la tradition, pour la
journée du jeudi saint, m’asseyant en quelque sorte avec vous à la table du
Cénacle où le Seigneur Jésus
célébra avec les Apôtres la première Eucharistie, don fait à toute l’Eglise,
don qui, bien que sous le voile sacramentel, le rend présent vraiment,
réellement et substantiellement dans chaque tabernacle et sous toutes les
latitudes”.
Puis
le Saint-Père fait le lien entre le Sacrifice Eucharistique et le sacrement de
la réconciliation. Il dit: “Entre
les deux sacrements il existe un lien intime. L”Eucharistie, sommet de
l’économie sacramentelle, en est aussi la source: tous les sacrements, en un
sens, découlent d’elle et conduisent à elle. Cela vaut spécialement pour le
sacrement desitné à être l’intermédiaire du pardon de Dieu, qui accueille de
nouveau dans ses bras le pécheur repenti… Le Catéchisme de l’Eglise catholique
nous rappelle à ce sujet que l’Eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans
nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés
futurs”.
“En
rappelant cette vérité, je ressens, mes chers frères dans le sacerdoce, le
désir de vous inviter chaleureusement, comme je l’ai déjà fait l’an dernier, à
redécouvrir personnellement et à faire redécouvrir la beauté du sacrement de la
Réconciliaiton. Pour divers motifs, celui-ci souffre depuis quelques décennies
d’une certaine crise…Oui, elle est vraiment grande la sagesse de Dieu, qui a
répondu, entre autres, par l’institution de ce sacrement à un besoin profond et
indéracinable du coeur humain. Nous devons être des interprètes remplis d’amour
et de lumière de cette sagesse…Je voudrais redire à ce sujet que la célébration
personnelle est la forme ordinaire de l’administration de ce sacrement, et que
c’est seulement en cas de grave nécessité qu’il est légitme de recourir à la
forme communautaire de la confession avec absolution collective…”Redécouvrons
avec joie et confiance ce sacrement. Vivons-le tout d’abord pour nous-même,
comme une exigence profonde et une grâce toujours renouvelée. ..En même temps,
efforçons-nous d’être d’authentiques ministres de la miséricorde…Dieu compte
aussi sur nous, sur notre disponibilité et notre fidélité, pour accomplir ses
prodiges dans les coeurs”.
Puis
le Saint-Père centre sa réflexion sur le récit de Zachée. Il dit: “Je voudrais
aujourd’hui prendre pour icône biblique la rencontre de Jésus avec Zachée. Rien n’est dû au hasard de la part de
Dieu. ..Mes chers prêtres, en pensant à nos nombreux pénitents, relisons cette
admirable indication de Luc sur l’attitude du Christ: “Arrivé à cet endroit,
Jésus leva les yeux et l’interpella: Zachée, descends vite: aujourd’hui il faut
que j’aille demeurer dans ta maison”(Lc 19,5). Chacune de nos rencontres avec
un fidèle qui demande à se confesser, même d’une manière superficielle parce
qu’il n’est pas convenablement motivé ni préparé, peut toujours être, par la
grâce surprenante de Dieu, ce “lieu” proche du sycomore où le Christ leva les
yeux vers Zachée…Nous savons que ce regard est celui-là même qui fixe chacun de
nos pénitents. Dans le sacrement de la Réconciliation, nous sommes les
instruments d’une rencontre surnaturelle qui a ses lois propres et que nous
devons seulement respecter et seconder…Par lui-même, l’homme n’est capable de
rien. Et il ne mérite rien”. Mais sachons que “avant d’être un chemin de
l’homme vers Dieu, la confession est une irruption de Dieu dans la maison de
l’homme” Il faut savoir aussi que, “dans le sacrement, on rencontre en Jésus le Dieu des commandements
avant de rencontrer les commandements de Dieu….
D’autre
part “on ne peut se cacher les difficultés objectives que la culture dominante
de notre temps crée à ce sujet. Même des chrétiesn mûrs sont fréquemment
bloqués à cause d’elle dans leurs efforts d’harmonie avec les commandements de
Dieu et avec les orientations explicites du magistère de l’Eglise, fondées sur
les commandements. C’est le cas pour de nombreux problèmes d’éthique sexuelle
et familiale, de bioéthique, de morale professionnelle et sociale, mais c’est
aussi le cas pour des problènes touchant les devoirs liés à la pratique
religieuse et à la participation à la vie ecclésiale. Cela requiert un travail
catéchétique” de longue haleine.
D’un
autre côté le ministère de la confession, fut “depuis toujours, marqué par les
assauts opposés provenant de deux excès: le rigorisme et le laxisme. Le premier
ne tient pas compte de la miséricorde prévenante de Dieu…Le deuxième, le
laxisme, ne tient pas compte du fait que le salut plénier implique une vraie
conversion aux exigences de l’amour de Dieu….Le rigorisme écrase et éloigne. Le
laxisme annule les effets d’une bonne éducation et crée des illusions”.
Le
Pape conclut sa lettre par une parole de vérité et de miséricorde concernant la
vie de l’Eglise. Il dit:
“Nous
sommes ces temps-ci personnellemnt frappés au plus profond de notre être de
prêtres par les péchés de certains de nos frères qui ont trahi la grâce reçue
par l’ordination, cédant jusqu’aux pires manifestations du mysterium
iniquitatis qui est à l’oeuvre dans le monde. De graves scandales naissent
ainsi, ayant pour conséquence de jeter une ombre accablante de suspicion sur
tous les autres prêtres méritants, qui exercent leur ministère avec honnêteté
et cohérence, et parfois avec une charité héroïque. Tandis que l’Eglise exprime
sa sollicitude pour les victimes et s’efforce de répondre en toute vérité et
justice à chaque situation pénible, nous tous, conscients de la faiblesse
humaine, mais confiants dans la puissance restauratrice de la grâce divine,
sommes appelés à embrasser le mysterium Crucis et à nous engager plus
intensément dans la recherche de la sainteté. Nous devons prier pour que Dieu,
dans sa providence, suscite dans les coeurs une généreuse reprise de l’idéal de
don total de soi au Christ qui est à la racine du miniisitère sacerdotal”.
“Je
vous souhaite de vivre dans la paix du coeur, en profonde communion entre vous,
avec vos Evêques et vos communautés ce jour très saint au cours duquel nous
rappelons, avec l’institution de l’Eucharistie, notre naissance sacerdotale.
Paix, paix à tous et chacun de vous. Bonne fête de Pâques”.
Amen.
+ Michel Sabbah, Patriarche