Homélie

Jeudi Saint 28 mars 2002

 

 

Nous voilà réunis, ce jeudi saint, devant le tombeau du Christ ressuscité, afin de nous rappeler et de revivre la sainteté de notre sacerdoce, institué ici-même, dans cete ville sainte, dans laquelle la grâce de Dieu nous rassemble aujourd’hui.

Nous ne pouvons, en commençant notre prière, en ce jour, ignorer les souffrances qui nous entourent. Nous nous rappelons devant Dieu des victimes de toutes les violences de cette terre, celles d’hier, et de tous les jours passés, dans les deux camps du combat, comme celles malheureusemnt de demain, car la paix ne fait que s’éloigner, par manque de chefs qui aient la vision et le courage de faire justice et d’instaurer définitivement le règne de la paix dans cette terre. Pour les victimes, pour les responsables des injustices et des souffrances des hommes et des femmes dans cette terre, prions aujourd’hui encore.

 

            Le Saint-Père, cette année aussi, a adressé sa lettre aux prêtres pour le Jeudi Saint. Le thème en est le Sacrement de la Réconciliation. Il commence sa lettre par ces mots:

“C’est avec émotion que je m’adresse à vous, comme le veut la tradition, pour la journée du jeudi saint, m’asseyant en quelque sorte avec vous à la table du Cénacle où le Seigneur  Jésus célébra avec les Apôtres la première Eucharistie, don fait à toute l’Eglise, don qui, bien que sous le voile sacramentel, le rend présent vraiment, réellement et substantiellement dans chaque tabernacle et sous toutes les latitudes”.

Puis le Saint-Père fait le lien entre le Sacrifice Eucharistique et le sacrement de la réconciliation. Il dit:  “Entre les deux sacrements il existe un lien intime. L”Eucharistie, sommet de l’économie sacramentelle, en est aussi la source: tous les sacrements, en un sens, découlent d’elle et conduisent à elle. Cela vaut spécialement pour le sacrement desitné à être l’intermédiaire du pardon de Dieu, qui accueille de nouveau dans ses bras le pécheur repenti… Le Catéchisme de l’Eglise catholique nous rappelle à ce sujet que l’Eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs”.

“En rappelant cette vérité, je ressens, mes chers frères dans le sacerdoce, le désir de vous inviter chaleureusement, comme je l’ai déjà fait l’an dernier, à redécouvrir personnellement et à faire redécouvrir la beauté du sacrement de la Réconciliaiton. Pour divers motifs, celui-ci souffre depuis quelques décennies d’une certaine crise…Oui, elle est vraiment grande la sagesse de Dieu, qui a répondu, entre autres, par l’institution de ce sacrement à un besoin profond et indéracinable du coeur humain. Nous devons être des interprètes remplis d’amour et de lumière de cette sagesse…Je voudrais redire à ce sujet que la célébration personnelle est la forme ordinaire de l’administration de ce sacrement, et que c’est seulement en cas de grave nécessité qu’il est légitme de recourir à la forme communautaire de la confession avec absolution collective…”Redécouvrons avec joie et confiance ce sacrement. Vivons-le tout d’abord pour nous-même, comme une exigence profonde et une grâce toujours renouvelée. ..En même temps, efforçons-nous d’être d’authentiques ministres de la miséricorde…Dieu compte aussi sur nous, sur notre disponibilité et notre fidélité, pour accomplir ses prodiges dans les coeurs”.

Puis le Saint-Père centre sa réflexion sur le récit de Zachée. Il dit: “Je voudrais aujourd’hui prendre pour icône biblique la rencontre de Jésus avec Zachée.  Rien n’est dû au hasard de la part de Dieu. ..Mes chers prêtres, en pensant à nos nombreux pénitents, relisons cette admirable indication de Luc sur l’attitude du Christ: “Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella: Zachée, descends vite: aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison”(Lc 19,5). Chacune de nos rencontres avec un fidèle qui demande à se confesser, même d’une manière superficielle parce qu’il n’est pas convenablement motivé ni préparé, peut toujours être, par la grâce surprenante de Dieu, ce “lieu” proche du sycomore où le Christ leva les yeux vers Zachée…Nous savons que ce regard est celui-là même qui fixe chacun de nos pénitents. Dans le sacrement de la Réconciliation, nous sommes les instruments d’une rencontre surnaturelle qui a ses lois propres et que nous devons seulement respecter et seconder…Par lui-même, l’homme n’est capable de rien. Et il ne mérite rien”. Mais sachons que “avant d’être un chemin de l’homme vers Dieu, la confession est une irruption de Dieu dans la maison de l’homme” Il faut savoir aussi que, “dans le  sacrement, on rencontre en Jésus le Dieu des commandements avant de rencontrer les commandements de Dieu….

D’autre part “on ne peut se cacher les difficultés objectives que la culture dominante de notre temps crée à ce sujet. Même des chrétiesn mûrs sont fréquemment bloqués à cause d’elle dans leurs efforts d’harmonie avec les commandements de Dieu et avec les orientations explicites du magistère de l’Eglise, fondées sur les commandements. C’est le cas pour de nombreux problèmes d’éthique sexuelle et familiale, de bioéthique, de morale professionnelle et sociale, mais c’est aussi le cas pour des problènes touchant les devoirs liés à la pratique religieuse et à la participation à la vie ecclésiale. Cela requiert un travail catéchétique” de longue haleine.

D’un autre côté le ministère de la confession, fut “depuis toujours, marqué par les assauts opposés provenant de deux excès: le rigorisme et le laxisme. Le premier ne tient pas compte de la miséricorde prévenante de Dieu…Le deuxième, le laxisme, ne tient pas compte du fait que le salut plénier implique une vraie conversion aux exigences de l’amour de Dieu….Le rigorisme écrase et éloigne. Le laxisme annule les effets d’une bonne éducation et crée des illusions”.

Le Pape conclut sa lettre par une parole de vérité et de miséricorde concernant la vie de l’Eglise. Il dit:

“Nous sommes ces temps-ci personnellemnt frappés au plus profond de notre être de prêtres par les péchés de certains de nos frères qui ont trahi la grâce reçue par l’ordination, cédant jusqu’aux pires manifestations du mysterium iniquitatis qui est à l’oeuvre dans le monde. De graves scandales naissent ainsi, ayant pour conséquence de jeter une ombre accablante de suspicion sur tous les autres prêtres méritants, qui exercent leur ministère avec honnêteté et cohérence, et parfois avec une charité héroïque. Tandis que l’Eglise exprime sa sollicitude pour les victimes et s’efforce de répondre en toute vérité et justice à chaque situation pénible, nous tous, conscients de la faiblesse humaine, mais confiants dans la puissance restauratrice de la grâce divine, sommes appelés à embrasser le mysterium Crucis et à nous engager plus intensément dans la recherche de la sainteté. Nous devons prier pour que Dieu, dans sa providence, suscite dans les coeurs une généreuse reprise de l’idéal de don total de soi au Christ qui est à la racine du miniisitère sacerdotal”.

“Je vous souhaite de vivre dans la paix du coeur, en profonde communion entre vous, avec vos Evêques et vos communautés ce jour très saint au cours duquel nous rappelons, avec l’institution de l’Eucharistie, notre naissance sacerdotale. Paix, paix à tous et chacun de vous. Bonne fête de Pâques”.

Amen.

+ Michel Sabbah, Patriarche