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Jérusalem, le 2 octobre 2000 |
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Lettre pastorale du Patriarche Michel Sabbah adressée, le 2 octobre 2000, à "nos frères, fils et filles, prêtres, hommes et femmes, et à tous nos fidèles, sur la situation actuelle" Frères et sœurs, Que la paix de Dieu notre Père et de Jésus Christ notre Sauveur soit sur vous, et puisse l’amour de l’Esprit Saint remplir vos cœurs et vos esprits. Amen. Nous lisons dans l’Evangile de saint Luc au sujet de quelques incidents sanglants qui s’étaient déroulés au temps de notre Seigneur Jésus Christ : "En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes. Prenant la parole, il leur dit : "Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous" (Lc 13, 1-3). La leçon est claire : le repentir sauvera de l’effusion de sang. Le repentir, cela signifie voir Dieu et tous les hommes en enfants de Dieu; cela signifie imiter Dieu dans son amour et sa justice pour toutes les relations entre les personnes et les peuples. A la lumière de ce repentir, nous voyons que les événements que nous vivons ces jours-ci nous invitent à élever nos prières vers Dieu, et à lui demander d’éclairer les esprits de ceux qui nous gouvernent sur cette terre. De leur donner aussi lumière et force pour savoir comment construire notre destin comme nous voulons qu’il soit, dans ce monde confus et troublé où le bien est mêlé au mal, et où la justice est souvent absente de notre société humaine. Les événements douloureux et sanglants que nous vivons aujourd’hui à la suite de la provocation vis-à-vis de sentiments religieux sur le Haram As-Charif (le Noble Sanctuaire) signifient une chose : le peuple palestinien revendique pour la vie et pour la liberté. Et il veut avoir la vie et la liberté, tôt ou tard. Nous espérons que ce sera plus tôt que plus tard. Car la violence ne peut pas guider la vie dans cette Terre Sainte. La justice est le seul guide et symbole. Il est plus que temps que chaque responsable, ici, comprenne cela. Ce n’est pas en vain que la situation en est venue subitement à exploser. Ces jeunes et ces adultes qui sont en train d’offrir leur vie ne le font pas pour agresser quiconque : ils défendent uniquement leurs Lieux saints, leur liberté et leur vie. Le sang aujourd’hui crie vers Dieu pour demander justice et dignité humaine. Le seul chemin pour revenir au calme est d’aller de nouveau vers des négociations pour la paix, et de voir comment retrouver la situation qui existait avant 1967. Le chemin pour apaiser la situation consiste à comprendre qu’on ne peut pas toucher aux Lieux saints, et que ceux-ci ne peuvent pas être l’objet de quelque négociation que ce soit. Disposer de soldats, de voitures militaires et même de missiles n’apporte pas la tranquillité et l’ordre. Seule la justice l’apporte. Et le chemin de la justice était déjà ouvert dans les négociations pour la paix, il était sur le point d’atteindre son but; aussi devraient-elles elles reprendre. Assez d’effusion de sang ! Au peuple devrait être donné son droit à vivre et à s’autodéterminer. L’Etat palestinien devrait naître et avoir la stabilité qui lui permettrait de gérer ses propres affaires, externes et internes. La Ville sainte devait être la cité de la réconciliation, après que la justice ait été rétablie en elle : la Jérusalem palestinienne devrait être la capitale de la Palestine, comme la Jérusalem de l’Ouest la capitale d’Israël; par-dessus tout, elle devrait rester la "cité sainte", et sa sainteté être protégée et respectée par ceux qui la gouvernent, et par les exigences que cette sainteté impose à la communauté internationale tout entière. Nous appelons nos hommes politiques palestiniens et israéliens à continuer leur recherche d’une paix juste, et la communauté internationale à aider les deux parties à parvenir à ce qui est juste et droit selon la légitimité internationale. Nous espérons que les responsables de cette terre, ainsi que la communauté internationale, comprendront que, alors, chacun profitera de la tranquillité, toute la région vivra dans la paix, la sécurité et le calme, et aucune injustice ne continuera de peser sur le peuple palestinien qui a, depuis longtemps, trop souffert. Frères et sœurs, nous prions à cette intention, et nous appelons à prier et à contribuer à établir ce temps de tranquillité, pour la gloire de Dieu et de l’homme dans cette terre que Dieu a bénie. Nous demandons à Dieu de vous donner lumière et force, et de donner également aux responsables de cette terre, lumière et force pour faire ce qui est droit et ce qui est juste. Nous prions pour tous, afin que, dans les cœurs et l’esprit de tous, Palestiniens et Israéliens, Chrétiens, Musulmans et Juifs, Dieu puisse inspirer des sentiments de justice et de réconciliation. Amen. Jérusalem, 2 octobre 2000
+ Michel Sabbah
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