THE VOICE OF THE LATIN PATRIARCH OF JERUSALEM

FIRST HAND DOCUMENTS FROM PATRIARCH MICHEL SABBAH

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une excellente interview de Mgr Sabbah

"La paix est entre les mains d'Israël"

Mardi 11 décembre 2001
© L'Alsace, Mulhouse


Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, est en Alsace pour deux jours. Pour la paix au Proche-Orient, il ne voit qu'un moyen : qu'Israël se retire des territoires occupés.

MULHOUSE hier soir, Strasbourg ce soir, demain Rome, où il participera à un sommet présidé par le pape sur l'avenir des chrétiens en Terre Sainte. L'agenda de Mgr Michel Sabbah, patriarche latin de Jérusalem est chargé. " Je vais partout où l'on m'invite pour dire la vérité sur ce qui se passe au Proche-Orient explique-t-il. Je suis le porte-parole de l'Église pour le bien des Palestiniens comme des Israéliens. " Nous l'avons rencontré hier soir à la paroisse Sainte-Marie à Mulhouse.

Quelle est la place des chrétiens en Israël et dans les territoires palestiniens ?

Nous sommes 150 à 170 000. La présence chrétienne en Terre Sainte est une vocation. La vie n'y a jamais été facile et ne le sera jamais. Il faudra toujours lutter pour rester chrétien en Terre Sainte. Mais il existera toujours une place pour les chrétiens. Nous la voulons.

Comment vit-on aujourd'hui dans les territoires occupés ?

On se demande parfois comment les gens arrivent à survivre avec l'occupation israélienne, et avec tout ce qui s'en suit : le chômage qui touche 60 % de la population, la liberté de mouvement inexistante, la violence. La société palestinienne commence à se désintégrer.

Si l'on parle du terrorisme palestinien, il faut aussi parler du terrorisme israélien.

Peut-on parler de guerre ?

Le mot qui convient est celui de résistance à l'occupation. Celle-ci dure depuis 1967. Il y a eu une période de dialogue entre 1993 et 2000, mais le statut de la région n'est toujours pas fixé : Israël n'a pas annexé mais n'a pas rendu non plus ces territoires. La résistance s'exprime par le recours à la violence. On peut certes faire de la résistance sans violence. Mais la violence palestinienne et israélienne sont indissociables. Si l'on parle du terrorisme palestinien, il faut aussi parler du terrorisme israélien.

Y a-t-il une solution pour briser ce cercle vicieux ?

La solution est très commode. Il faut mettre fin à l'occupation et demain, il y aura la paix. Le problème, c'est qu'Israël ne parle pas d'occupation, mais de son droit à se défendre et à sa sécurité. Ce n'est pas une bonne analyse, car en restant dans les territoires, Israël expose au contraire son peuple à plus de violence.

Les Palestiniens reconnaissent-ils réellement le droit à l'existence d'Israël ?

Aujourd'hui, toutes les formations palestiniennes reconnaissent Israël. Seule l'injustice faite au peuple palestinien les sépare. Si cette injustice cesse, et si les Palestiniens ont leur propre État, ce sera le meilleur ami d'Israël. La paix que je dis est beaucoup plus utile à Israël qu'aux Palestiniens.

Est-il réaliste de demander à Israël de se retirer de ses colonies, qui comptent déjà 200 000 personnes, dont une partie est née sur place ?

Ce n'est pas parce qu'on est né dans la maison de son voisin que cette maison vous appartient. Le départ des colons est réaliste. Il y a déjà des colonies qui se sont vidées, à cause de l'insécurité. Et 200 000 personnes peuvent être facilement accueillies par cinq millions d'Israéliens.

Concrètement, comment peut-on rétablir le dialogue ?

Tout dépend du gouvernement israélien. C'est lui qui a toutes les cartes en mains. S'il veut la paix, c'est à lui de faire le pas. Tant que les Palestiniens vivront dans l'humiliation, Yasser Arafat n'a aucun moyen de faire arrêter la violence.

Israël réclame un autre interlocuteur qu'Arafat?

Aucun autre dirigeant palestinien ne fera plus de concessions à Israël qu'Arafat. Les Palestiniens ne revendiquent aujourd'hui que 22 % de la Palestine historique pour leur État. Ils sont prêts à laisser 78 % à Israël. Il faut qu'Israël traite avec leur chef. Faire disparaître Arafat ne ferait que compliquer le problème.

Il faut bien dire que la communauté internationale n'a pas le courage d'agir

Le peuple israélien semble approuver largement le Premier ministre Sharon, quand il fait preuve de fermeté contre les Palestiniens.

Le peuple israélien vit dans la peur. Il veut être protégé, mais paradoxalement, il se donne des hommes forts qui frappent et qui le vengent. Ce sont des hommes qui justement, au lieu de le protéger, l'exposent à la violence. Il y a aussi l'idée, répandue en Israël, d'avoir un jour l'ensemble des territoires occupés, vides de Palestiniens.

Votre discours résolument palestinien n'est pas celui du Vatican, qui condamne la violence, quelle qu'en soient les auteurs.

Je suis en accord avec le Saint-Siège, qui parle du droit des Palestiniens à avoir leur État. L'année dernière à Bethléem, le pape a dit, comme nous, que les Palestiniens ont beaucoup trop souffert et qu'il faut que cela cesse. Le Saint-Siège multiplie les efforts auprès de la communauté internationale pour que cesse l'injustice. Mais il faut bien dire que la communauté internationale n'a pas le courage d'agir. Elle a des gestes de solidarité pour les Palestiniens, elle envoie de l'argent. Mais les Palestiniens ont plus besoin, aujourd'hui, de justice que d'argent.

Comment vous sentez-vous en tant que chrétien dans une société majoritairement musulmane qu'est la société palestinienne ?

Chrétiens et musulmans sont un seul peuple, uni au cours des siècles par l'histoire, la culture, la vie quotidienne. Nous sommes un petit nombre de chrétiens, mais nous nous sentons chez nous.

Vous vous opposez pourtant à la construction d'une mosquée à Nazareth ?

La décision de construire une mosquée à Nazareth ne relève pas des musulmans mais de l'État d'Israël. Les Palestiniens ne veulent pas de cette mosquée, à part un petit groupe, ultra-minoritaire. A l'heure actuelle, il n'y a pas de permis de construire. Mais les Israéliens poussent à sa construction et l'armée a déjà eu l'ordre de laisser faire.

Cette mosquée est-elle un coin poussé par Israël dans l'amitié entre chrétiens et musulmans palestiniens ?

Il y a sans doute de cela, mais à mon sens, elle témoigne surtout du mépris affiché par Israël pour la communauté chrétienne.

Mgr Michel Sabbah.

Darek Szuster

Propos recueillis par Patrick Fluckiger
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