| Frères et Soeurs
1. Le Christ est ressuscité. Oui, il est vraiment ressuscité.
Réjouissons-nous et rendons grâce à Dieu. Devant ce
tombeau glorieux, de cette basilique de la Résurrection, à
vous tous ici présents, à tous nos fidèles, dans toutes
les parties de notre diocèse, en Israël, Palestine, Jordanie
et Chypre, je souhaite une joyeuse et sainte fête de Pâques.
A tous nos frères et soeurs, dans toutes les Eglises de Jérusalem,
ceux qui fêtent Pâques avec nous, et ceux qui commencent la
Semaine Sainte aujourd’hui, je souhaite une semaine pleine de sainteté
et de grâces. Que Dieu agrée toutes nos prières, pour
l’unité de nos coeurs, de nos Eglises, et pour la paix et la justice
en notre pays.
Cette semaine aussi, les musulmans fêtent Id-al-Adha, fête
du Sacrifice, et les juifs célèbrent la Pâque. Toutes
ces fêtes ont un même contenu, le rachat du péché
et de la servitude par le sang immolé et le retour à la vie
et à la liberté. Elles invitent donc à élever
à Dieu la même prière pour la liberté et la
vie abondante et digne pour tous les habitants de cette Terre Sainte. A
tous, musulmans, juifs et chrétiens, je souhaite une fête
pleine de joie et de vie abondante.
2. Devant le tombeau glorieux, ensemble nous proclamons en ce jour notre
foi en notre Seigneur Jésus Christ, né du Père avant
tous les siècles, né de Dieu non pas créé,
égal au Père. Il se fit homme, souffrit au temps de Ponce
Pilate, mourut, fut mis au tombeau et ressuscita le troisième jour.
Avec S.Pierre, nous renouvelons notre foi en la Résurrection, tel
que nous l’avons entendu dans la première lecture (prise des Actes
des Apôtres): “Nous sommes témoins…Dieu l’a ressuscité
le troisième jour” (Actes 10,40).
3. La fête de la Résurrection est le triomphe de
la vie sur la mort. Nous prions afin que ce triomphe soit dans le coeur
de chacun de nous. Elle est aussi un signe d’espérance qui se lève
chaque année sur notre terre. C’est pourquoi, frères et soeurs,
malgré les difficultés des temps présents, nous vous
disons de ranimer l’espérance en vous. Croyez en Dieu tout-puissant
; il peut mettre la paix, la justice et la vérité dans les
coeurs de tous. La terre elle-même est fatiguée de l’absence
de paix. Vous souffrez dans vos corps et vos âmes de l’instabilité
générale. Beaucoup ont la mort ou l’émigration dans
l’âme du fait du siège et de la limitation de liberté
qui vous sont imposés. Avec vous nous disons: assez de violence,
assez de sang, assez d’injustices et de discrimination entre les deux peuples.
Mais nous vous disons aussi, prenez patience et ranimez votre espérance.
Le Seigneur nous dit: “Je suis ressuscité, j’ai mis sur toi ma main,
et je suis encore avec toi” (Introit, cf Ps 138, 5.18)). Et S.Pierre nous
rappelle qu’il nous faut “encore quelque temps être affligés
par diverses épreuves, afin que notre foi devienne un sujet de louange,
de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus-Christ.”
(1Pt 1,6-7). Notre pays, frères et soeurs, connaîtra la paix
et la justice, lorsque la Résurrection sera accueillie dans le coeur
de chacun de nous.
4. L’Eglise de Jérusalem prie aussi en cette semaine sainte,
devant la croix et la Résurrection, pour son unité. Notre
passé, plein de divisions, mais aussi de sainteté et d’humilité,
ne doit pas être pour nous un tombeau scellé, mais,
à l’exemple du tombeau du Christ, un point de départ pour
une vie nouvelle. Nous nous souvenons du passé pour éviter
ses failles et ses péchés, non pour en faire des chaînes
qui rendent tout effort de vie nouvelle pesant et pénible.
Proches déjà du Grand Jubilé du mystère
de l’Incarnation, qui est aussi le Jubilé de la naissance de l’Eglise
entière, nous sommes invités à nous dépouiller
de l’homme ancien pour endosser l’hommer nouveau, plein de la vie abondante
de Dieu.
“Dieu, dans sa grande miséricorde, nous a engendrés
de nouveau par la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les
morts, pour une vivante espérance et pour un héritage exempt
de corruption” (1Pt 1,3-4). Accueillons cette vie nouvelle afin de nous
purifier et de nous libérer sans cesse du mal du passé et
du présent et afin que nous restions des témoins fidèles
de la Résurrection dans notre terre sainte. Amen.
+Michel Sabbah, Patriarche
Jérusalem, Pâque 12 avril 1998
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