THE VOICE OF THE LATIN PATRIARCH OF JERUSALEM

FIRST HAND DOCUMENTS FROM PATRIARCH MICHEL SABBAH

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RENCONTRE AVEC LE SAINT-PERE JEAN-PAUL II

Rome 13.12. 2001

La situation des chrétiens en Terre Sainte

 après le 28 septembre 2000

 

Très Saint-Père

1. En tout premier lieu, je voudrais exprimer ma gratitude et celle de toute l’Eglise catholique de Terre Sainte à l’égard de votre Sainteté, pour avoir pris l’initiative de convoquer cette rencontre. Nous y voyons une preuve de plus de votre sollicitude continue pour l’Eglise de Jérusalem et de votre action infatigable en faveur de la paix pour la Terre Sainte et la région du Moyen-Orient. Nous incluons dans cette reconnaissance tous vos collaborateurs qui ont veillé à la réalisation concrète de cette rencontre. Nos remerciements vont également à tous les hiérarques qui ont accepté de venir ici aujourd’hui, malgré toutes leurs responsa­bilités urgentes dans leurs propres Eglises.

Il m’a été demandé de présenter les grandes lignes de la situation actuelle en Terre Sainte. Ainsi je parlerai brièvement, successivement, de la situation générale, de la place des chrétiens dans le conflit, des relations des chrétiens avec les musulmans et avec l’Etat d’Israël, de l’émigration, et de ce que les chrétiens de Terre Sainte attendent des Eglises à travers le monde.

La situation générale

2. Les chrétiens dans la Terre Sainte où se passe le conflit, i.e. dans les Territoires palestiniens occupés, sont les 2% de la population palestinienne qui compte environ 3 millions. Notre situation est celle de tous les Palestiniens dans l’épreuve : une épreuve, il faut le dire, générale, qui englobe Israéliens et Palestiniens chrétiens et musulmans.

Le pays de la Terre Sainte, aujourd’hui Palestine et Israël, est à la recherche de la justice et de la paix depuis plus d’un siècle. Le conflit entre les deux peuples, juif et arabe, et surtout palestinien, a commencé à la fin du XIXe s., s’est poursuivi tout au long du 20e s. et continue encore dans le nouveau millénaire.

La lutte entre les deux peuples est aujourd’hui à son paroxysme. Elle passe par la phase la plus violente et la plus dangereuse du conflit depuis la guerre de 1948. C’est pourquoi, les deux peuples, aujourd’hui, ont besoin d’une communauté internationale qui ait la sagesse et le courage de les aider à se réconcilier. Pour cela il faut savoir reconnaître que l’essence du problème consiste dans l’occupation par Israël des Territoires palestiniens et qu’il faut mettre fin à l’occupation. Au lieu de cela, on persiste jusqu’à maintenant à tout réduire à un cycle de violence entre deux partenaires considérés comme étant égaux, et à en rejeter la faute sur l’une ou l’autre partie. Lorsqu’il s’agit d’une occupation, c’est l’occupant qui a en sa main le pouvoir de faire le choix difficile et généreux d’y mettre fin. Dans l’histoire de la libération des peuples, ce fut toujours le cas : c’est celui qui occupe qui, à un moment voyant juste, prend la décision équitable et difficile de se retirer et de donner la liberté au pays et au peuple occupés.

La présence chrétienne dans le conflit

3. Ce conflit politique entre les deux peuples, palestinien et israélien, a une dimension chrétienne. De fait, il a lieu autour des Lieux Saints de la chrétienté, autour de Jérusalem, ville des racines et mère de toutes les Eglises. Puis il y va de la survie de la petite communauté chrétienne qui fait partie des deux peuples en guerre. Dans les deux peuples, en effet, il y a des chrétiens : il y a les Palestiniens chrétiens, qui constituent la majorité de la présence chrétienne, et il y a les chrétiens d’expression hébraïque dans la société israélienne.

Quelle est la place des chrétiens dans cette situation de conflit ?

Il faut d’abord reconnaître les faits suivants : les chrétiens israéliens d’expression hébraïque participent aux souffrances et aux espérances israéliennes ; ils font partie d’une société qui souffre et qui a peur. Les chrétiens palestiniens participent eux aussi aux souffrances et aux espérances palestiniennes ; ils sont partie prenante pour réclamer la liberté et la fin de l’occupation, de même qu’ils participent dans le prix qui est payé pour la liberté : morts, maisons démolies,  siège, chômage, difficulté pour plusieurs de trouver le  pain quotidien ou pour poursuivre l’éducation des enfants, etc…

De plus, parce que plus dangereuse que les dégâts matériels, il faut voir la désintégration sociale et morale qui se produit. Nous vivons dans une société de « résistance » à l’occupation, avec des milices armées, ce qui est très différent d’un pouvoir central capable d’imposer l’ordre. De plus, les pressions de l’extérieur produites par les représailles israéliennes (le siège imposé aux  villes et villages, la démolition des maisons, le chômage surtout), rendent les relations tendues et difficiles entre les groupes et les individus. La famille connaît des tensions entre ses propres membres et avec les voisins. Les chrétiens se disputent avec les chrétiens, les musulmans avec les musulmans, et les chrétiens avec les musulmans : ce qui fait un terrain fertile pour l’éveil de l’antagonisme des sensibilités religieuses.

Les rapports entre musulmans et chrétiens

4. Ces rapports sont sujet à pas mal de confusion, que ce soit dans les medias internationaux ou dans l’esprit et les comportements mêmes des chrétiens en Palestine. Ces rapports, au niveau des autorités, Arafat et toutes les institutions établies, sont bons, il y a un respect spécial pour l’Eglise, une estime particulière de Arafat pour la personne du Saint-Père et pour le Saint-Siège. Entre les gens, dans une bonne partie de la population, il y a collaboration dans divers domaines, dans l’action politique, l’appartenance aux divers partis ou formations, dans l’éducation, le commerce etc… Au niveau des autorités religieuses, des rencontres fréquentes ont lieu entre responsables chrétiens et musulmans. Au niveau de la rue, il y a toujours eu et il y a encore des difficultés.

Actuellement, vu la situation de confusion, beaucoup d’actes d’agression sont commis surtout contre les propriétés ou terrains libres, musulmans ou chrétiens. Nos directives à nos fidèles, dans ces cas d’agressions, sont celles-ci : recourez aux tribunaux pour autant que ceux-ci peuvent être efficaces, aux médiations et à tout moyen pour récupérer vos droits, mais ne tombez pas dans le feu du fanatisme religieux. Car le fanatisme existe en ces jours et ces circonstances chez plusieurs, musulmans et chrétiens, prêt à éclater, à faire des victimes et plus d’émigration encore. Il faut ajouter aussi que ces rapports entre chrétiens et musulmans dans les Territoires occupés sont l’une des armes les plus dangereuses employées dans le conflit. Une arme dangereuse pour tous et notre devoir est de la neutraliser.

Face à tout cela, une partie des chrétiens, la plus grande, est consciente de son devoir de participer franchement dans la formation du nouvel Etat palestinien et donc dans les sacrifices à supporter dans ce moment de résistance ; cette partie est en outre consciente de ne pas tomber dans le fanatisme malgré tous les incidents qui peuvent y pousser. D’autres, par contre, préfèrent rester passifs, quitte à profiter plus tard des sacrifices des autres. Ceux-ci sont également portés à ne manifester que leur peur de l’islam et des musulmans et à prôner la nécessité de prendre des mesures pour réagir à tout incident, quels que soient les résultats. Les médias internationaux recueillent et reflètent surtout cette deuxième attitude.

Notre vision, je crois, devrait être la suivante :

Nous sommes en Terre Sainte un petit troupeau, à l’exemple de Jésus qui est resté signe de contradiction et petit troupeau avec ses disciples. Petit nombre, nous le resterons, porteurs et témoins du mystère de Jésus, tant qu’il ne sera pas reconnu dans sa terre. On peut remarquer en passant que les chrétiens en Orient (Iraq, Syrie, Egypte, Liban) ont été et sont encore partout plus nombreux que dans la terre même de Jésus.

Il faut prendre conscience du mystère que nous portons, nous libérer du complexe d’être un petit nombre face à d’autres croyants plus nombreux, accepter notre mission de témoins et porteurs du mystère de Jésus dans sa terre.

Nous, chrétiens, nous faisons partie de notre société qui est aujourd’hui arabe palestinienne et compte une majorité de citoyens musulmans. Nous sommes inséparables, nous sommes avec eux, nous souffrons avec eux et nous aurons la liberté un jour avec eux. Musulmans et chrétiens, nous avons eu des jours faciles et des jours difficiles dans le passé. Il en est de même aujourd’hui. Il en sera de même demain. Ce qu’un chrétien en Terre Sainte doit faire, c’est de prendre conscience de sa vocation de chrétien au sein de son peuple arabe et musulman, et de s’efforcer incessamment de trouver les meilleurs moyens de coexister et de porter à toute la société le témoignage de l’espérance chrétienne qui est en lui.

Nos rapports avec l’Etat d’Israël

5. Lorsque nous parlons d’Israël et des Palestiniens, il faut distinguer deux réalités : la première, c’est l’Etat d‘Israël démocratique dans les frontières de 1948-1967, où tout le monde est citoyen, les Palestiniens comme les Israéliens, malgré l’inégalité qu’il y a entre juifs et non juifs. La deuxième réalité, ce sont les Territoires occupés où la démocratie israélienne est remplacée par le régime d’occupation militaire.

A l’intérieur de l’Etat, les rapports entre Eglise et Etat sont bâtis sur le respect dû à toute autorité. D’ailleurs, avec l’Eglise melkite surtout, étant la communauté chrétienne la plus importante en Galilée et en Israël, mais aussi avec toutes les Eglises, les rapports de l’Etat sont bons et amicaux.. Les chrétiens y seraient dans les 120.000, tous compris, catholiques, orthodoxes et protestants. Aux  chrétiens qui demandent quelle est leur identité et comment se comporter à l’intérieur de l’Etat d’Israël, notre réponse est la suivante : vous êtes chrétiens, vous êtes arabes, et vous êtes citoyens de l’Etat d’Israël. Vous êtes donc tenus à une triple fidélité : à votre foi chrétienne, à votre patrimoine arabe que vous partagez avec les musulmans d’Israël et avec les peuples arabes, et à l’Etat d’Israël dans lequel vous vivez et vous disposez d’un cadre démocratique pour développer votre vie en tout domaine, religieux et civil.

Le rapport entre les gens, juifs et chrétiens, comme entre juifs et musulmans et druzes, est normal et paisible. Il y a collaboration dans divers domaines : politique, éducation, affaires et autres….Les bonnes relations arrivent parfois aussi à des mariages mixtes entre israéliens juifs et palestiniens chrétiens, tous deux citoyens d’Israël.

Dans les Territoires occupés par contre, les rapports de l’Eglise avec l’Etat d’Israël sont parfois tendus à cause du régime d’occupation, qui est aux yeux de l’Eglise une injustice qui se poursuit de génération en génération. Chaque fois que nous faisons entendre notre voix dans ce sens il y a tension. Toutefois tension ne veut pas dire rupture, ni de la part de l’Etat ni de notre part. De notre part, malgré les déclarations contre l’injustice de l’occupation, les principes chrétiens restent bien clairs devant nos yeux : tous, Israéliens et Palestiniens, y compris les chefs politiques, sont à l’image de Dieu ; ils sont l’objet de son amour et donc de notre amour et respect, en tant que personnes humaines, même si leurs actes peuvent être des actes d’injustice à notre égard. La vie des chrétiens en effet, comme de tous les Palestiniens, dans les Territoires, connaît aujourd’hui les difficultés mentionnées plus haut (bombardements, maisons brûlées, mort, chômage etc…).

Et, pour toutes ces raisons, l’émigration aussi augmente. 

L’Emigration des chrétiens

6. L’émigration touche tout le monde, chrétiens ou musulmans, ou même juifs. Vu le petit nombre des chrétiens, leur émigration a plus d’effet sur leur avenir dans la terre. Des centaines ont émigré durant cette deuxième intifada.

Par le passé, et depuis le XIXe s., il y a toujours eu émigration dans la région en général, et parmi les chrétiens en particulier. Les raisons sont économiques et sociales, et dans le social il y a la raison religieuse qui consiste dans la difficulté, chez plusieurs à s’adapter à la coexistence entre chrétiens et musulmans. De la Jordanie comme de l’intérieur d’Israël les chrétiens émigrent aussi, pour des raisons personnelles ou pour des raisons de famille, car presque chaque famille a déjà des membres émigrés qui attirent ceux qui sont restés.

C’est ainsi que les chiffres absolus des chrétiens restent stables, mais les proportions ne cessent de diminuer. Aujourd’hui nous sommes les 2%. Dans quelques années, nous resterons toujours dans les 150000 à 170000 en Palestine et Israël, mais la proportion de 2% sera de 1% ou moins encore.

Que faire pour endiguer cette émigration ?

Les divers services des Eglises, écoles, Université de Bethléem, hôpitaux, œuvres sociales offrent des occasions de travail et sont donc un facteur de stabilité dans le pays. Plusieurs de nos institutions ont créé, chacune selon sa capacité, des projets de logements. Les organismes d’aide, Mission Pontificale pour la Palestine, CRS, Caritas etc sont également un facteur de stabilisation. Mais malgré tout cela, reste l’inquiétude face à l’avenir : c’est pour assurer un avenir aux enfants que la famille émigre. 

Une double action est possible face à l’émigration :

La première consiste à faire prendre conscience à nos fidèles de leur vocation d’être appelés à être chrétiens en Terre Sainte en tout temps, de paix ou de guerre. Nous sommes appelés à être les témoins de Jésus dans sa terre. Appelés à vivre en Terre Sainte est une vocation à une vie difficile. Il nous faut accepter notre vocation et la volonté de Dieu sur nous. Une telle conscientisation revient à nous dans nos Eglises, en plus des divers services humains par lesquels nous aidons à la croissance humaine et religieuse de nos fidèles.

La deuxième est une action pour la paix et la justice. Action pour la paix et la justice veut dire aussi une action politique pour aider les deux parties à la réconciliation. Car c’est la situation d’injustice et de guerre qui pousse à partir. Ce sera donc une paix juste et définitive qui arrêtera leur départ et même invitera d’autres, déjà partis, à revenir.

Dans cette action pour la paix et la justice, nous avons, nous sur place, un rôle d’éducation à la justice et à la paix, de dialogue interreligieux et d’être la voix des opprimés. Mais notre action pour la justice et la paix a besoin d’être appuyée par celle des Eglises dans le monde. Car si celles-là sont intéressées à la survie des chrétiens en Terre Sainte, elles devraient y commencer une action importante pour la justice et la paix.

 

Le rôle des Eglises à travers le monde

7. Ici, je dois d’abord exprimer en mon nom, au nom de mes frères Chefs des Eglises de Terre Sainte, ici présents, et au nom des chrétiens de Terre Sainte, ma reconnais­sance pour tout l’appui du Saint-Siège exprimé par ses divers organismes, mais surtout par le Saint-Père lui-même. Cette rencontre d’aujourd’hui  est un signe éloquent de la sollicitude du Saint-Père envers tous les habitants de la Terre Sainte en général, et envers les chrétiens en particulier.

Eglises de Terre Sainte, nous devons également exprimer notre reconnaissance pour tout l’appui moral et matériel qui nous vient de toutes les Eglises chrétiennes et qui entretient en nous l’espérance et nous aide à obtenir notre pain quotidien. Mais autant que de pain quotidien nous avons besoin de justice, et donc d’une action pour la justice qui aiderait les deux peuples à arriver à une juste réconciliation.

En cela il m’est un devoir de mentionner la Conférence Episcopale des Etats-Unis, comme celle de l’Angleterre, qui ne cessent, en coordination avec le Saint-Siège, de parler et d’agir pour la justice et la paix en Terre Sainte auprès de leur gouvernement comme auprès du gouvernement israélien. Un mot de reconnaissance est due aussi au Conseil Mondial des Eglises aux nombreuses initiatives œcuméniques pour la justice et la paix en Terre Sainte.

Un ministère de réconciliation

 J’espère que cette rencontre autour du Saint-Père, avec des présidents de Conférences Episcopales, puisse aider à faire prendre conscience aux Eglises catholiques de par le monde qu’elles ont un rôle à jouer, en coordination avec les Eglises de Terre Sainte. Ce rôle consiste d’abord à prendre conscience de la dimension chrétienne de ce conflit et que, par conséquent, il n’est pas simplement un conflit des autres qui se passe au loin, mais une réalité à vivre dans chaque Eglise. Deuxièmement, à connaître la réalité du conflit, sa vérité, à ne pas se contenter de puiser ses informations ou ses impressions dans les médias, même si cela suppose d’aller contre une opinion publique mondiale. Troisièmement, les Eglises devraient prendre la parole et agir, une parole qui s’adresse à la réalité d’une occupation qui doit prendre fin, et cela pour le bien non seulement des Palestiniens, mais aussi des Israéliens et de toute la région.

Le rôle des Eglises ne consiste pas à intervenir ou à s’aligner avec une partie contre l’autre, mais à aider les deux parties à la réconciliation dans la justice: car c’est de cette réconciliation seulement et non de la victoire de l’une sur l’autre, que la sainteté des Lieux Saints sera mieux respectée et la survie des chrétiens sera mieux garantie.

Dans cette réconciliation, une contribution particulière revient peut-être aux chrétiens locaux. Par son petit nombre, la communauté chrétienne locale de Terre Sainte ne constitue de danger pour personne. Dans cette faiblesse, elle peut espérer jouer un humble rôle de modération et de réconciliation. Mais ce ne sera pas un rôle facile. Pour cela la communauté chrétienne devra se montrer attentive et solidaire à l’égard des souffrances et des aspirations légitimes du peuple au sein duquel elle a vocation de vivre. En même temps, elle ne devra pas craindre de rappeler les exigences concrètes de la justice, du respect des personnes, etc., même si un tel rappel risque d’être mal compris. Il faudrait donc veiller à tenir toujours un langage qui puisse être entendu par les personnes de bonne volonté des deux côtés, tout en rappelant aux deux le devoir du respect de la dignité des personnes et des droits des peuples. C’est là une tâche qui demande beaucoup de discernement et donc de prière. Sur ce point aussi, l’Eglise locale de Terre Sainte a besoin de l’affection et de la solidarité des Eglises sœurs à travers le monde.

 

Conclusion

Comment aider les chrétiens de Terre Sainte à poursuivre leur présence et leur vocation ?

Premièrement, par une action pour la justice et la paix, par nous et par les Eglises du monde, en coordination avec la voix du Saint-Père et nos réalités vécues sur place.

Deuxièmement, par une action qui nous incombe à nous, Eglises de Terre Sainte, et qui consiste dans l’éducation de nos fidèles à prendre conscience de leur vocation et à l’accepter : petit troupeau, témoins de Jésus dans sa terre ; chrétiens fidèles à leur foi et fidèles à leur société arabe et musulmane, et prêts à accepter les sacrifices nécessaires ; de même que l’éducation à un esprit d’unité de tous les chrétiens dans la fidélité de chacun à son Eglise.

Une troisième action qui nous incombe aussi localement : essayer de poursuivre un dialogue interreligieux qui ait le courage de réfléchir sur la question de justice et paix i.e. des souffrances endurées par tous les croyants de la Terre Sainte, juifs, musulmans et chrétiens.

Une quatrième action consiste dans la générosité et la solidarité des Eglises pour faire face aux difficultés matérielles causées par la situation présente, parmi lesquelles, il faut mentionner surtout les écoles chrétiennes qui se trouvent les premières en difficulté et menacées dans leur survie.

Parmi d’autres besoins pour lesquels nous avons besoin de l’aide des Eglises, j’en citerai deux principaux.

Le premier concerne la formation de cadres chrétiens qualifiés qui aient le sens de leur rôle dans leur société, en prenant garde à ce que nous ne fassions pas de nos fidèles des assistés dans leurs Eglises, ni des étrangers dans leur société.

Le deuxième se rapporte à la conservation  des terrains que les chrétiens, poussés par le besoin, tendent à vendre, privant ainsi les générations à venir d’un espace vital suffisant.

En conclusion nous voyons bien le rôle qui nous incombe comme Eglises de Terre Sainte pour conserver nos communautés et les aider à croître dans leur foi et dans leur société : une action dans le domaine de l’éducation de la foi, et une action dans le domaine de la justice et de la paix. En ces deux domaines, nous avons besoin de la solidarité et de l’appui des Eglises.

Malgré toutes les difficultés dans lesquelles nous vivons, notre foi reste la base  de notre espérance. Un jour la justice et la paix l’emporteront dans la terre sainte choisie par Dieu pour donner la paix au monde, pour être le lieu de rencontre de tous les croyants qui arriveront un jour à comprendre que l’essence de toute religion consiste à adorer Dieu et à aimer tous les enfants de Dieu. Un jour les chefs politiques arriveront à comprendre eux aussi, par delà le jeu des intérêts et des ambitions politiques, le sens et la nature de cette terre choisie par Dieu, et y établiront la justice et la paix pour tous ses peuples.

En toute circonstance difficile ou facile, en temps de guerre ou de paix, le « petit troupeau » de chrétiens de Terre Sainte, tout en restant petit, restera fidèle à sa foi et au mystère de Dieu révélé dans sa terre.

+ Michel Sabbah, Patriarche

       Rome, 13.12.2001

                                                

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