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Très
Saint-Père
1.
En tout premier lieu, je voudrais exprimer ma gratitude et celle de toute
l’Eglise catholique de Terre Sainte à l’égard de votre Sainteté, pour
avoir pris l’initiative de convoquer cette rencontre. Nous y voyons une
preuve de plus de votre sollicitude continue pour l’Eglise de Jérusalem et
de votre action infatigable en faveur de la paix pour la Terre Sainte et la région
du Moyen-Orient. Nous incluons dans cette reconnaissance tous vos
collaborateurs qui ont veillé à la réalisation concrète de cette
rencontre. Nos remerciements vont également à tous les hiérarques qui ont
accepté de venir ici aujourd’hui, malgré toutes leurs responsabilités
urgentes dans leurs propres Eglises.
Il
m’a été demandé de présenter les grandes lignes de la situation actuelle
en Terre Sainte. Ainsi je parlerai brièvement, successivement, de la
situation générale, de la place des chrétiens dans le conflit, des
relations des chrétiens avec les musulmans et avec l’Etat d’Israël, de
l’émigration, et de ce que les chrétiens de Terre Sainte attendent des
Eglises à travers le monde.
La situation générale
2.
Les chrétiens dans la Terre Sainte où se passe le conflit, i.e. dans les
Territoires palestiniens occupés, sont les 2% de la population palestinienne
qui compte environ 3 millions. Notre situation est celle de tous les
Palestiniens dans l’épreuve : une épreuve, il faut le dire, générale,
qui englobe Israéliens et Palestiniens chrétiens et musulmans.
Le
pays de la Terre Sainte, aujourd’hui Palestine et Israël, est à la
recherche de la justice et de la paix depuis plus d’un siècle. Le conflit
entre les deux peuples, juif et arabe, et surtout palestinien, a commencé à
la fin du XIXe s., s’est poursuivi tout au long du 20e s. et
continue encore dans le nouveau millénaire.
La
lutte entre les deux peuples est aujourd’hui à son paroxysme. Elle passe
par la phase la plus violente et la plus dangereuse du conflit depuis la
guerre de 1948. C’est pourquoi, les deux peuples, aujourd’hui, ont besoin
d’une communauté internationale qui ait la sagesse et le courage de les
aider à se réconcilier. Pour cela il faut savoir reconnaître que
l’essence du problème consiste dans l’occupation par Israël des
Territoires palestiniens et qu’il faut mettre fin à l’occupation. Au lieu
de cela, on persiste jusqu’à maintenant à tout réduire à un cycle de
violence entre deux partenaires considérés comme étant égaux, et à en
rejeter la faute sur l’une ou l’autre partie. Lorsqu’il s’agit d’une
occupation, c’est l’occupant qui a en sa main le pouvoir de faire le choix
difficile et généreux d’y mettre fin. Dans l’histoire de la libération
des peuples, ce fut toujours le cas : c’est celui qui occupe qui, à un
moment voyant juste, prend la décision équitable et difficile de se retirer
et de donner la liberté au pays et au peuple occupés.
La
présence chrétienne dans le conflit
3.
Ce conflit politique entre les deux peuples, palestinien et israélien, a une
dimension chrétienne. De fait, il a lieu autour des Lieux Saints de la chrétienté,
autour de Jérusalem, ville des racines et mère de toutes les Eglises. Puis
il y va de la survie de la petite communauté chrétienne qui fait partie des
deux peuples en guerre. Dans les deux peuples, en effet, il y a des chrétiens :
il y a les Palestiniens chrétiens, qui constituent la majorité de la présence
chrétienne, et il y a les chrétiens d’expression hébraïque dans la société
israélienne.
Quelle
est la place des chrétiens dans cette situation de conflit ?
Il
faut d’abord reconnaître les faits suivants : les chrétiens israéliens
d’expression hébraïque participent aux souffrances et aux espérances israéliennes ;
ils font partie d’une société qui souffre et qui a peur. Les chrétiens
palestiniens participent eux aussi aux souffrances et aux espérances
palestiniennes ; ils sont partie prenante pour réclamer la liberté et
la fin de l’occupation, de même qu’ils participent dans le prix qui est
payé pour la liberté : morts, maisons démolies,
siège, chômage, difficulté pour plusieurs de trouver le
pain quotidien ou pour poursuivre l’éducation des enfants, etc…
De
plus, parce que plus dangereuse que les dégâts matériels, il faut voir la désintégration
sociale et morale qui se produit. Nous vivons dans une société de « résistance »
à l’occupation, avec des milices armées, ce qui est très différent
d’un pouvoir central capable d’imposer l’ordre. De plus, les pressions
de l’extérieur produites par les représailles israéliennes (le siège
imposé aux villes et villages,
la démolition des maisons, le chômage surtout), rendent les relations
tendues et difficiles entre les groupes et les individus. La famille connaît
des tensions entre ses propres membres et avec les voisins. Les chrétiens se
disputent avec les chrétiens, les musulmans avec les musulmans, et les chrétiens
avec les musulmans : ce qui fait un terrain fertile pour l’éveil de
l’antagonisme des sensibilités religieuses.
Les rapports entre musulmans et chrétiens
4.
Ces rapports sont sujet à pas mal de confusion, que ce soit dans les medias
internationaux ou dans l’esprit et les comportements mêmes des chrétiens
en Palestine. Ces rapports, au niveau des autorités, Arafat et toutes les
institutions établies, sont bons, il y a un respect spécial pour l’Eglise,
une estime particulière de Arafat pour la personne du Saint-Père et pour le
Saint-Siège. Entre les gens, dans une bonne partie de la population, il y a
collaboration dans divers domaines, dans l’action politique,
l’appartenance aux divers partis ou formations, dans l’éducation, le
commerce etc… Au niveau des autorités religieuses, des rencontres fréquentes
ont lieu entre responsables chrétiens et musulmans. Au niveau de la rue, il y
a toujours eu et il y a encore des difficultés.
Actuellement,
vu la situation de confusion, beaucoup d’actes d’agression sont commis
surtout contre les propriétés ou terrains libres, musulmans ou chrétiens.
Nos directives à nos fidèles, dans ces cas d’agressions, sont
celles-ci : recourez aux tribunaux pour autant que ceux-ci peuvent être
efficaces, aux médiations et à tout moyen pour récupérer vos droits, mais
ne tombez pas dans le feu du fanatisme religieux. Car le fanatisme existe en
ces jours et ces circonstances chez plusieurs, musulmans et chrétiens, prêt
à éclater, à faire des victimes et plus d’émigration encore. Il faut
ajouter aussi que ces rapports entre chrétiens et musulmans dans les
Territoires occupés sont l’une des armes les plus dangereuses employées
dans le conflit. Une arme dangereuse pour tous et notre devoir est de la
neutraliser.
Face
à tout cela, une partie des chrétiens, la plus grande, est consciente de son
devoir de participer franchement dans la formation du nouvel Etat palestinien
et donc dans les sacrifices à supporter dans ce moment de résistance ;
cette partie est en outre consciente de ne pas tomber dans le fanatisme malgré
tous les incidents qui peuvent y pousser. D’autres, par contre, préfèrent
rester passifs, quitte à profiter plus tard des sacrifices des autres.
Ceux-ci sont également portés à ne manifester que leur peur de l’islam et
des musulmans et à prôner la nécessité de prendre des mesures pour réagir
à tout incident, quels que soient les résultats. Les médias internationaux
recueillent et reflètent surtout cette deuxième attitude.
Notre
vision, je crois, devrait être la suivante :
Nous
sommes en Terre Sainte un petit troupeau, à l’exemple de Jésus qui est
resté signe de contradiction et petit troupeau avec ses disciples. Petit
nombre, nous le resterons, porteurs et témoins du mystère de Jésus, tant
qu’il ne sera pas reconnu dans sa terre. On peut remarquer en passant que
les chrétiens en Orient (Iraq, Syrie, Egypte, Liban) ont été et sont encore
partout plus nombreux que dans la terre même de Jésus.
Il
faut prendre conscience du mystère que nous portons, nous libérer du
complexe d’être un petit nombre face à d’autres croyants plus nombreux,
accepter notre mission de témoins et porteurs du mystère de Jésus dans sa
terre.
Nous,
chrétiens, nous faisons partie de notre société qui est aujourd’hui arabe
palestinienne et compte une majorité de citoyens musulmans. Nous sommes inséparables,
nous sommes avec eux, nous souffrons avec eux et nous aurons la liberté un
jour avec eux. Musulmans et chrétiens, nous avons eu des jours faciles et des
jours difficiles dans le passé. Il en est de même aujourd’hui. Il en sera
de même demain. Ce qu’un chrétien en Terre Sainte doit faire, c’est de
prendre conscience de sa vocation de chrétien au sein de son peuple arabe et
musulman, et de s’efforcer incessamment de trouver les meilleurs moyens de
coexister et de porter à toute la société le témoignage de l’espérance
chrétienne qui est en lui.
Nos
rapports avec l’Etat d’Israël
5.
Lorsque nous parlons d’Israël et des Palestiniens, il faut distinguer deux
réalités : la première, c’est l’Etat d‘Israël démocratique
dans les frontières de 1948-1967, où tout le monde est citoyen, les
Palestiniens comme les Israéliens, malgré l’inégalité qu’il y a entre
juifs et non juifs. La deuxième réalité, ce sont les Territoires occupés où
la démocratie israélienne est remplacée par le régime d’occupation
militaire.
A
l’intérieur de l’Etat, les rapports entre Eglise et Etat sont bâtis sur
le respect dû à toute autorité. D’ailleurs, avec l’Eglise melkite
surtout, étant la communauté chrétienne la plus importante en Galilée et
en Israël, mais aussi avec toutes les Eglises, les rapports de l’Etat sont
bons et amicaux.. Les chrétiens y seraient dans les 120.000, tous compris,
catholiques, orthodoxes et protestants. Aux
chrétiens qui demandent quelle est leur identité et comment se
comporter à l’intérieur de l’Etat d’Israël, notre réponse est la
suivante : vous êtes chrétiens, vous êtes arabes, et vous êtes
citoyens de l’Etat d’Israël. Vous êtes donc tenus à une triple fidélité :
à votre foi chrétienne, à votre patrimoine arabe que vous partagez avec les
musulmans d’Israël et avec les peuples arabes, et à l’Etat d’Israël
dans lequel vous vivez et vous disposez d’un cadre démocratique pour développer
votre vie en tout domaine, religieux et civil.
Le
rapport entre les gens, juifs et chrétiens, comme entre juifs et musulmans et
druzes, est normal et paisible. Il y a collaboration dans divers domaines :
politique, éducation, affaires et autres….Les bonnes relations arrivent
parfois aussi à des mariages mixtes entre israéliens juifs et palestiniens
chrétiens, tous deux citoyens d’Israël.
Dans
les Territoires occupés par contre, les rapports de l’Eglise avec l’Etat
d’Israël sont parfois tendus à cause du régime d’occupation, qui est
aux yeux de l’Eglise une injustice qui se poursuit de génération en génération.
Chaque fois que nous faisons entendre notre voix dans ce sens il y a tension.
Toutefois tension ne veut pas dire rupture, ni de la part de l’Etat ni de
notre part. De notre part, malgré les déclarations contre l’injustice de
l’occupation, les principes chrétiens restent bien clairs devant nos yeux :
tous, Israéliens et Palestiniens, y compris les chefs politiques, sont à
l’image de Dieu ; ils sont l’objet de son amour et donc de notre
amour et respect, en tant que personnes humaines, même si leurs actes peuvent
être des actes d’injustice à notre égard. La vie des chrétiens en effet,
comme de tous les Palestiniens, dans les Territoires, connaît aujourd’hui
les difficultés mentionnées plus haut (bombardements, maisons brûlées,
mort, chômage etc…).
Et,
pour toutes ces raisons, l’émigration aussi augmente.
L’Emigration des chrétiens
6.
L’émigration touche tout le monde, chrétiens ou musulmans, ou même juifs.
Vu le petit nombre des chrétiens, leur émigration a plus d’effet sur leur
avenir dans la terre. Des centaines ont émigré durant cette deuxième
intifada.
Par
le passé, et depuis le XIXe s., il y a toujours eu émigration dans la région
en général, et parmi les chrétiens en particulier. Les raisons sont économiques
et sociales, et dans le social il y a la raison religieuse qui consiste dans
la difficulté, chez plusieurs à s’adapter à la coexistence entre chrétiens
et musulmans. De la Jordanie comme de l’intérieur d’Israël les chrétiens
émigrent aussi, pour des raisons personnelles ou pour des raisons de famille,
car presque chaque famille a déjà des membres émigrés qui attirent ceux
qui sont restés.
C’est
ainsi que les chiffres absolus des chrétiens restent stables, mais les
proportions ne cessent de diminuer. Aujourd’hui nous sommes les 2%. Dans
quelques années, nous resterons toujours dans les 150000 à 170000 en
Palestine et Israël, mais la proportion de 2% sera de 1% ou moins encore.
Que
faire pour endiguer cette émigration ?
Les
divers services des Eglises, écoles, Université de Bethléem, hôpitaux, œuvres
sociales offrent des occasions de travail et sont donc un facteur de stabilité
dans le pays. Plusieurs de nos institutions ont créé, chacune selon sa
capacité, des projets de logements. Les organismes d’aide, Mission
Pontificale pour la Palestine, CRS, Caritas etc sont également un facteur de
stabilisation. Mais malgré tout cela, reste l’inquiétude face à
l’avenir : c’est pour assurer un avenir aux enfants que la famille émigre.
Une
double action est possible face à l’émigration :
La
première consiste à faire prendre conscience à nos fidèles de leur
vocation d’être appelés à être chrétiens en Terre Sainte en tout temps,
de paix ou de guerre. Nous sommes appelés à être les témoins de Jésus
dans sa terre. Appelés à vivre en Terre Sainte est une vocation à une vie
difficile. Il nous faut accepter notre vocation et la volonté de Dieu sur
nous. Une telle conscientisation revient à nous dans nos Eglises, en plus des
divers services humains par lesquels nous aidons à la croissance humaine et
religieuse de nos fidèles.
La
deuxième est une action pour la paix et la justice. Action pour la paix et la
justice veut dire aussi une action politique pour aider les deux parties à la
réconciliation. Car c’est la situation d’injustice et de guerre qui
pousse à partir. Ce sera donc une paix juste et définitive qui arrêtera
leur départ et même invitera d’autres, déjà partis, à revenir.
Dans
cette action pour la paix et la justice, nous avons, nous sur place, un rôle
d’éducation à la justice et à la paix, de dialogue interreligieux et d’être
la voix des opprimés. Mais notre action pour la justice et la paix a besoin
d’être appuyée par celle des Eglises dans le monde. Car si celles-là sont
intéressées à la survie des chrétiens en Terre Sainte, elles devraient y
commencer une action importante pour la justice et la paix.
Le rôle des Eglises à travers le monde
7.
Ici, je dois d’abord exprimer en mon nom, au nom de mes frères Chefs des
Eglises de Terre Sainte, ici présents, et au nom des chrétiens de Terre
Sainte, ma reconnaissance pour tout l’appui du Saint-Siège exprimé par
ses divers organismes, mais surtout par le Saint-Père lui-même. Cette
rencontre d’aujourd’hui est
un signe éloquent de la sollicitude du Saint-Père envers tous les habitants
de la Terre Sainte en général, et envers les chrétiens en particulier.
Eglises
de Terre Sainte, nous devons également exprimer notre reconnaissance pour
tout l’appui moral et matériel qui nous vient de toutes les Eglises chrétiennes
et qui entretient en nous l’espérance et nous aide à obtenir notre pain
quotidien. Mais autant que de pain quotidien nous avons besoin de justice, et
donc d’une action pour la justice qui aiderait les deux peuples à arriver
à une juste réconciliation.
En
cela il m’est un devoir de mentionner la Conférence Episcopale des
Etats-Unis, comme celle de l’Angleterre, qui ne cessent, en coordination
avec le Saint-Siège, de parler et d’agir pour la justice et la paix en
Terre Sainte auprès de leur gouvernement comme auprès du gouvernement israélien.
Un mot de reconnaissance est due aussi au Conseil Mondial des Eglises aux
nombreuses initiatives œcuméniques pour la justice et la paix en Terre
Sainte.
Un ministère de réconciliation
J’espère
que cette rencontre autour du Saint-Père, avec des présidents de Conférences
Episcopales, puisse aider à faire prendre conscience aux Eglises catholiques
de par le monde qu’elles ont un rôle à jouer, en coordination avec les
Eglises de Terre Sainte. Ce rôle consiste d’abord à prendre conscience de
la dimension chrétienne de ce conflit et que, par conséquent, il n’est pas
simplement un conflit des autres qui se passe au loin, mais une réalité à
vivre dans chaque Eglise. Deuxièmement, à connaître la réalité du
conflit, sa vérité, à ne pas se contenter de puiser ses informations ou ses
impressions dans les médias, même si cela suppose d’aller contre une
opinion publique mondiale. Troisièmement, les Eglises devraient prendre la
parole et agir, une parole qui s’adresse à la réalité d’une occupation
qui doit prendre fin, et cela pour le bien non seulement des Palestiniens,
mais aussi des Israéliens et de toute la région.
Le
rôle des Eglises ne consiste pas à intervenir ou à s’aligner avec une
partie contre l’autre, mais à aider les deux parties à la réconciliation dans
la justice: car c’est de cette réconciliation seulement et non de la
victoire de l’une sur l’autre, que la sainteté des Lieux Saints sera
mieux respectée et la survie des chrétiens sera mieux garantie.
Dans
cette réconciliation, une contribution particulière revient peut-être aux
chrétiens locaux. Par son petit nombre, la communauté chrétienne locale de
Terre Sainte ne constitue de danger pour personne. Dans cette faiblesse, elle
peut espérer jouer un humble rôle de modération et de réconciliation. Mais
ce ne sera pas un rôle facile. Pour cela la communauté chrétienne devra se
montrer attentive et solidaire à l’égard des souffrances et des
aspirations légitimes du peuple au sein duquel elle a vocation de vivre. En même
temps, elle ne devra pas craindre de rappeler les exigences concrètes de la
justice, du respect des personnes, etc., même si un tel rappel risque d’être
mal compris. Il faudrait donc veiller à tenir toujours un langage qui puisse
être entendu par les personnes de bonne volonté des deux côtés, tout en
rappelant aux deux le devoir du respect de la dignité des personnes et des
droits des peuples. C’est là une tâche qui demande beaucoup de
discernement et donc de prière. Sur ce point aussi, l’Eglise locale de
Terre Sainte a besoin de l’affection et de la solidarité des Eglises sœurs
à travers le monde.
Conclusion
Comment
aider les chrétiens de Terre Sainte à poursuivre leur présence et leur
vocation ?
Premièrement,
par une action pour la justice et la paix, par nous et par les Eglises du
monde, en coordination avec la voix du Saint-Père et nos réalités vécues
sur place.
Deuxièmement,
par une action qui nous incombe à nous, Eglises de Terre Sainte, et qui
consiste dans l’éducation de nos fidèles à prendre conscience de leur
vocation et à l’accepter : petit troupeau, témoins de Jésus dans sa
terre ; chrétiens fidèles à leur foi et fidèles à leur société
arabe et musulmane, et prêts à accepter les sacrifices nécessaires ;
de même que l’éducation à un esprit d’unité de tous les chrétiens
dans la fidélité de chacun à son Eglise.
Une
troisième action qui nous incombe aussi localement : essayer de
poursuivre un dialogue interreligieux qui ait le courage de réfléchir sur la
question de justice et paix i.e. des souffrances endurées par tous les
croyants de la Terre Sainte, juifs, musulmans et chrétiens.
Une
quatrième action consiste dans la générosité et la solidarité des Eglises
pour faire face aux difficultés matérielles causées par la situation
présente, parmi lesquelles, il faut mentionner surtout les écoles chrétiennes
qui se trouvent les premières en difficulté et menacées dans leur survie.
Parmi
d’autres besoins pour lesquels nous avons besoin de l’aide des Eglises,
j’en citerai deux principaux.
Le
premier concerne la formation de cadres chrétiens qualifiés qui aient le
sens de leur rôle dans leur société, en prenant garde à ce que nous ne
fassions pas de nos fidèles des assistés dans leurs Eglises, ni des étrangers
dans leur société.
Le
deuxième se rapporte à la conservation des terrains que les chrétiens,
poussés par le besoin, tendent à vendre, privant ainsi les générations à
venir d’un espace vital suffisant.
En
conclusion nous voyons bien le rôle qui nous incombe comme Eglises de Terre
Sainte pour conserver nos communautés et les aider à croître dans leur foi
et dans leur société : une action dans le domaine de l’éducation de
la foi, et une action dans le domaine de la justice et de la paix. En ces deux
domaines, nous avons besoin de la solidarité et de l’appui des Eglises.
Malgré
toutes les difficultés dans lesquelles nous vivons, notre foi reste la base
de notre espérance. Un jour la justice et la paix l’emporteront dans
la terre sainte choisie par Dieu pour donner la paix au monde, pour être le
lieu de rencontre de tous les croyants qui arriveront un jour à comprendre
que l’essence de toute religion consiste à adorer Dieu et à aimer tous les
enfants de Dieu. Un jour les chefs politiques arriveront à comprendre eux
aussi, par delà le jeu des intérêts et des ambitions politiques, le sens et
la nature de cette terre choisie par Dieu, et y établiront la justice et la
paix pour tous ses peuples.
En
toute circonstance difficile ou facile, en temps de guerre ou de paix, le
« petit troupeau » de chrétiens de Terre Sainte, tout en restant
petit, restera fidèle à sa foi et au mystère de Dieu révélé dans sa
terre.
+ Michel Sabbah, Patriarche
Rome, 13.12.2001
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