|
Nouvelle année 2000 Homélie 1. Nous célébrons en ce premier jour de l’an et du nouveau millénaire, la Vierge Marie, Mère de Dieu. Par cette célébration nous chantons les merveilles que fit le Seigneur en elle, pour le salut de l’humanité, dès le début des temps, et lorsque les temps furent accomplis, et jusqu’aujourd’hui. La Vierge Marie, l’élue de Dieu, pour le salut des hommes et du temps, est pour nous aujourd’hui un modèle nécessaire à contempler, alors que nous pourusivons notre marche dans un nouveau millénaire, et que nous y continuons notre mission de Sauveurs avec le Christ Sauveur. Nous formulons, pour le nouveau millénaire, beaucoup d’espoirs et de voeux: mais la vision essentielle que nous nous en faisons comme chrétiens est la suivante: le nouvel an, le nouveau siècle et le nouveau millénaire, seront pleins de la grâce du Dieu Emmanuel, mais le fruit de la grâce et de la bénédiction dépendra du mystère de notre réponse et de notre collaboration avec la grâce de Dieu, pour notre salut et pour le salut du monde. 2. Le millénaire qui se termine a vu beaucoup de bien, beaucoup de sainteté, beacoup de progrès dans les sciences, mais ce fut aussi le millénaire des grandes divisions dans l’Eglise, du mal qui a résulté des abus ou de la déviation des progrès de la science. Ce fut aussi un millénaire de guerres, surtout le siècle qui se termine. Le Pape dit dans son discours pour la Journée de la Paix: “Au cours du siècle que nous laissons derrière nous, l’humanité a été durement éprouvée par une interminable et horrible suite de guerres, de conflits, de génocides, et de “purifications ethniques”, qui ont causé d’indicibles souffrances”. 3. Ici dans notre diocèse, de notre millénaire nous retenons certes toutes les prières de toutes les âmes pieuses dans toutes les Eglises de Jérusalem, et dans toutes les religions. Nous retenons que le lot des Eglises de Jérusalem fut de porter une croix dure; et aujourd’hui bien qu’elles connaissent des jours meilleurs, les temps restent difficiles. Nous regardons nos divisions et toutes les confusions que l’histoire nous a imposées, et nous voyons que notre tâche dans la nouvelle année et le nouveau siècle consiste à travailler afin de nous affranchir des confusions héritées de notre histoire mouvementée, et de recouvrir la liberté que le Christ nous a donnée. Chacun fait son devoir, pour lequel il se trouve en Terre Sainte, et chacun ouvre ses yeux et son coeur à tous afin de voir tous et de sentir les sentiments de tous: ainsi seulement nous serons capables de recomposer notre histoire, notre foi en Jésus-Christ, et notre appartenance à cette terre qui a changé durant ce siècle passé plusieurs fois de visage humain et politique, et dont la destinée est en train d’être décidée durant les mois ou les années à venir. La première question qui se pose à nous: .comment, nous, qui sommes restés chrétiens, à travers le siècles, pourrons-nous continuer à rester chrétiens? Deuxième question: serons-nous capables de comprendre avec le nouveau millénaire le message que nous laissa le Seigneur de l’histoire dans notre réalité quotidienne, à savoir la coexistence des trois religions monothéistes dans une ville et un pays devenu tour à tour le centre du judaisme, puis du christianisme, puis un des centres de l’islam? Arriverons-nous à comprendre le sens du dialogue interreligieux, et les voies mystérieuses par lesquelles Dieu donne sa grâce, et le fait que de la “pierre” Dieu peut susciter des fils d’Abraham, et non nécessairement de ceux qui se croient être les enfants de Dieu? Arriverons-nous à comprendre le sens ou l’avertissement du fait que les pays du Proche et du Moyen Orient, berceau du Christianisme, sont presque tous devenus une présence de petit troupeau dans des pays et des sociétés musulmanes? 4. Du siècle passé, nous retenons le conflit entre le monde arabe et le monde juif, qui a bouleversé les rapports entre ces deux mondes, y a créé une tension qui n’existait pas, en a fait un rapport de guerre, avec tout ce que cela comporte, de haines, d’oppression, et de mort. Et de ce fait, comme individus, comme peuples, et comme Eglises, nous sommes une partie intégrante, dans tous les pays arabes, et particulèrement ici en Palestine et Israël. Aujourd’hui, les voies de la paix se sont ouvertes. Nous prions pour qu’elles se poursuivent et arrivent à nous faire rentrer dans un nouveau millénaire, avec un esprit de paix, de justice et d’égalité. Le pape dans son message dit: “A tous je dis que la paix est possible. Il faut l’implorer comme un don de Dieu, mais il faut aussi la construire jour après jour, avec son aide, par les oeuvres de la justice et de l’amour”(par 2) 5. Dans notre diocèse, nous retenons notre effort commun dans le Synode des Eglises Catholiques, afin précisément de pouvoir redéfinir notre foi, comme préparation pour rentrer dans un nouveau millénaire en chrétiens authentiques, remplissant notre mission de base: être témoins de Jésus-Christ dans sa terre. Afin de voir, au milieu de troubles qui continuent à nous secouer, une claire vision de l’avenir, et afin de pouvoir former une nouvelle génération de chrétiens, tâche très difficile, et qui demande par conséquent les efforts sincères de tous. Pour la conclusion de ce Synode, en février prochain, votre participation et vos prières sont nécessaires. Nul d’entre nous ne peut rester seul. Nul d’entre nous ne peut travailler pour soi, pour sa propre image, son identité partielle comme institution: tous nous devons nous sacrifier pour celui en qui nous avons cru, pour que lui seul se manifeste et que le monde croie qu’il est le Christ Sauveur. 6. La visite du Saint-Père sera un événement de grâce. La personne du Saint-Père, épuisée par l’âge et la maladie, devient un essprit qui communique, qui porte un message à nous pour que nous soyons sincères dans notre foi, et, pour les religions et les peuples qu’il rencontrera, avec la rencontre de nos Eglises, il sera une voix de vérité et d’amour. Une visite qu’il faudra préparer, en même temps que la conclusion de notre Synode, dans toutes nos paroisses, afin que toutes soient partie de la visite, par leur prière, sinon par la présence physique du Saint-Père en elles. A tous, par l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Dieu, je souhaite une année nouvelle, pleine sainteté et de paix. Amen. +Michel Sabbah, Patriarche Jérusalem, 1.1.2000 |