HOMELIE DE NOEL 1999 

1. En cette nuit de Noël, et avec le début du Grand Jubilé de l’an 2000,  nous célébrons l’anniversaire de la naissance de Notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ. Nous célébrons l’anniversaire du mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu, décrit par St.Jean dans son évangile en ces paroles: “Au commencement était le Verbe, le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu…Et le Verbe s’est fait chair, et il habita parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils Unique, plein de grâce et de vérité” (Jn 1,1.14). Avec la Vierge Marie, premier témoin de tous les événements, et qui gardait tout en son cœur, nous aussi, en cette nuit, nous sommes invités à nous recueillir, à rentrer dans le silence de notre conscience, pour méditer sur les grandes choses que fit le Seigneur, pour nous manifester son amour. “Dieu a tant aimé le monde, dit St.Jean,  qu’il a donné son Fils unique,  afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle” (Jn 3,16).

L’ange avait dit à Marie dans l’annonce à Nazareth: “L’Esprit-Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu” (Lc 1,35). Et l’épître aux Hébreux affirme que cet être saint est “le resplendissement de la gloire de Dieu, l’effigie de sa substance et celui qui soutient l’univers par sa parole puissante”(cf He 1,3).

2. Monsieur le Président Arafat,

Avec tous mes frères, membres de l’Assemblée des Ordinaires catholiques de Terre Sainte, évêques des Eglises latine, melkite, maronite, syriaque, arménienne et chaldéenne et le Custode de Terre Sainte, nous vous accueillons dans notre prière, en cette nuit sainte, ici à Bethléem, avec tous vos hôtes, le chefs des Etats, et les gouverneurs des peuples, venus pour célébrer avec nous le début du nouveau  millénaire, et la naissance du Seigneur de gloire, le Maître des temps et de l’histoire, le prince de la paix, le Seigneur Jésus-Christ. Nous saluons aussi toutes les autorités civiles et consulaires également présentes avec nous, pour partager notre prière et notre recueillement devant le mystère de Dieu, et la proclamation du Grand Jubilé.

A vous, hôtes vénérables, chefs des Etats et gouverneurs de la terre, nous souhaitons à vous et à tous vos pays et vos sociétés la paix, la joie de voir Dieu, et l’abondance de l’Esprit, gage de tout renouveau et de toute prospérité. Que le nouvel ordre du monde connaisse plus de justice et de respect à l’égard des peuples et des personnes, car les extrémismes religieux qui menacent les sociétés aujourd’hui, c’est dans les injustices et les frustrations des peuples qu’ils naissent. Aidez les gens à croire en Dieu, afin qu’ils ne croient plus en leurs propres extrémismes.

3. A notre Terre Sainte, et à toute la région, nous souhaitons et prions pour que la paix commencée puisse arriver à un dénouement juste pour tous, Palestiniens et Israéliens. Que la ville de  Bethléem, vers laquelle tous les regards se tournent en cette nuit, que tous les camps des réfugiés qui l’entourent, tous les prisonniers politiques  et toute la Palestine, connaissent, avec tous les pays de la région, une nouvelle ère de justice, de liberté et de dignité.

Dans notre terre, Dieu a voulu que les trois religions monothéistes vivent ensemble: c’est une leçon pour tout croyant. Nous acceptons la volonté de Dieu sur notre terre, et de Dieu nous apprenons, avec l’ère nouvelle qui commence, que la foi en Dieu veut dire essentiellement aimer Dieu et aimer tous les enfants de Dieu, quelles que soient leurs religions ou leurs croyances.

4. Chers fidèles, en Palestine, en Israël, Jordanie et Chypre, le Grand Jubilé est pour nous l’occasion de renouveler notre foi. Depuis 2000 ans, nous avons cru en Jésus-Christ. Dans notre Synode des Eglises catholiques de Terre Sainte, commencé déjà en 1995,  nous avons voulu nous arrêter et nous demander, comment fut notre foi durant tous ces siècles passés, comment nous croyons aujourd’hui en Jésus-Christ, et comment nous serons capables de transmettre notre foi aux générations futures. Comment comprendre et accueillir la volonté de Dieu qui nous appelle à être le petit troupeau, un petit nombre, dans cette terre comme dans tous les pays du Moyen Orient, berceau du Christianisme. Notre vocation est d’être un petit nombre, mais partie intégrante de nos sociétés arabes, chrétiennes et musulmanes à la fois,  et musulmanes, chrétiennes, juives et druzes en cette Terre Sainte. Nous sommes un petit troupeau et un signe de contradiction, comme le fut Jésus lui-même il y a 2000 ans et comme il le reste en nous aujourd’hui encore. Petit nombre, mais rempli de la joie de croire en Jésus, d’être ses témoins en sa terre, plein d’espérance en toute circonstance difficile, plein de confiance dans la vie abondante qui nous été promise.

En février prochain nous conclurons ce Synode espérant pouvoir établir un nouveau plan de pastorale qui nous aidera à renouveler notre fidélité à Notre Seigneur Jésus-Christ et à la première communauté chrétienne de Jérusalem, dont nous sommes tous les continuateurs dans cette terre, catholiques, orthodoxes et protestants. Pour cela, nous demandons votre participation et votre prière

5. Nous saluons dans notre prière, en cette nuit sainte, tous nos frères chrétiens dans cette terre, les Eglises orthodoxes et protestantes, avec lesquelles, ensemble, nous avons marqué devant Dieu et devant les hommes, notre fraternité et notre fidélité au même Seigneur Jésus-Christ, dans notre célébration commune le 4 décembre du Grand Jubilé. Ensemble nous demandons au Seigneur Jésus de nous mettre et de nous accompagner sur le chemin de l’unité pour laquelle lui-même a prié.

Nous saluons nos frères musulmans, et particulièrement  aux musulmans et  chrétiens de Nazareth, nous formulons les meilleurs vœux, et le retour de la fraternité sincère entre tous. Au peuple juif, nous souhaitons, avec le début du millénaire,  une nouvelle ère de paix et de justice.

6. Frères et sœurs, en l’an 2000, nous recevrons le Saint-Père, le Pape Jean-Paul II, pèlerin du Grand Jubilé: avec lui nous prierons aussi et nous renouvellerons notre foi et notre fraternité avec tous nos frères, chrétiens, musulmans et juifs.

A la conclusion de notre messe, nous allons proclamer, avec le Saint-Père à Rome, l’ouverture du Grand Jubilé, signifiant notre entrée dans un nouveau millénaire, et dans une année qui est une année de prière, de pénitence et de retour à Dieu. Dans cet esprit, entrez dans l’année jubilaire afin de vous purifier, de vous réconcilier avec tous vos frères et sœurs, et voir Dieu dans votre vie. Nous Lui demandons de nous accorder, avec la nouvelle année, justice, paix et réconciliation entre les peuples et entre les religions, ici, dans cette Terre Sainte, et dans le monde entier. Amen.

                                  +Michel Sabbah, Patriarche 

                                      Bethléem, Noël 1999