Beta Version

4ème lettre pastorale des Patriarches Catholiques d'Orient : « Je suis la vigne et vous les sarments » (Jn 15, 5) (1996)

Publié le: April 27 Thu, 2017

4ème lettre pastorale des Patriarches Catholiques d'Orient : « Je suis la vigne et vous les sarments » (Jn 15, 5) (1996) Available in the following languages:

MESSAGE DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D’ORIENT

Noel 1996 MYSTERE DE L’EGLISE Je suis la vigne, vous , les serments (Jn 15, 5) Quatrième Lettre Apostoliques des Patriarches Catholiques d’Orient adressée à leurs fidèles,En Orient et dans la Diaspora


INTRODUCTION   1. Préoccupations pastorales et questionnement 2. La réalité de nos Eglises aujourd’hui 3. Référence aux Lettres Pastorales précédentes 4. But et Divisions de la Lettre

CHAPITRE I EGLISE, COMMUNAUTÉ CONFESSIONNELLE ET TRADITIONS I. Comment se sont constituées nos Eglises d’Orient?

  1. A Jérusalem l’Eglise est née 6. A Antioche et dans tout l’OrientII. Comment s’est constitué le cadre confessionnel
  2. Les Eglises d’Orient et la diversité des cultures 8. Les premiers siècles 9. Avec la conquête arabe et musulmane 10. L’Empire Ottoman 11. Communauté confessionnelle et confessionnalisme

III. Nos Traditions Ecclésiales

  1. Nouvel héritage 13. Nos traditions sont divino-humaines 14. Nos traditions sont l’incarnation de l’Evangile dans la culture 15. L’Eglise s’appuie sur la force de l’Esprit 16. Notre tradition est notre chemin pour connaître Jésus-Christ

CHAPITRE II Le mystère de l’Eglise I. Le Mystère de la Communion   17. L’Eglise est un mystère 18. Mystère de la communion de Dieu et des hommes

  1. La Trinité Sainte, source, modèle et fin de l’Eglise19. La communion rassemble les croyants en un seul peuple 20. Sur le modèle de la Trinité Une 21. Peuple un et multiple à l’image de la Sainte Trinité Une et Indivisible 22. L’Eglise, communion de vie

III. L’Eglise Sacrement de la Communion

  1. Signe visible du mystère divin 24. Le mystère commence avec la venue du Fils 25. L’Eucharistie sacrement de la communion 26. L’Esprit Saint vivant dans l’Eglise

CHAPITRE III Pluralité et Unité dans la vie de l’Eglise I. L’Eglise, Mystère de Communion   27. L’Eglise une 28. Le mystère de communion et les Eglises particulières 29. L’Eglise apostolique et catholique 30. Eglise Apostolique 31. Critère de l’unité: la communion dans la tradition apostolique 32. Eglise Catholique 33. Le service de la Communion assuré par le charisme de “l’Episkopé

  1. Pluralité et Unité dans chacune de nos Eglises34. L’Eglise particulière 35. Plusieurs et unis dans la communion de Dieu 36. Les charismes sont multiples, mais l’Esprit est le même 37. La première communauté est le modèle de toute Eglise particulière 38. Des circonstances difficiles 39. Le sacrement de l’Ordre aide à réaliser le modèle ecclésial 40. Responsabilités de l’évêque 41. Les curés et les diacres 42. Les Fidèles Laïcs

III. Pluralité et Unité dans les Relations entre nos Eglises Catholiques

  1. Unité de nos Eglises 44. L’Eglise est une dans la mesure où elle est “catholique” 45. La Collégialité Episcopale 46. Synodes des Evêques de l’Eglise Patriarcale et Assemblées des Patriarches et des Evêques 47. La Communion Ecclésiale dans les Eparchies et les Paroisses 48. Avec les autres Eglises Apostoliques

CHAPITRE IV Perspectives et orientations pastorales

  1. Le mystère de la foi source d’action pastoraleI. De la Communauté Confessionnelle à l’Eglise – Formation du Sens Ecclésial50. La mentalité confessionnelle 51. Dépasser la mentalité confessionnelle est chose possible 52. Une âme ecclésiale 53. Formation au sens authentique de l’Eglise 54. Formation par l’enseignement 55. Formation par la pratique
  2. De la Communion à la Participation – Moyens de fortifier la Communion
  3. Communion et participation 57. Les formes de communion 58. Conditions pour la participation 59. Le rôle des fidèles laïcs dans nos Eglises

III. De la Communion à la Communication et la Col-laboration – Spiritualité de la Communion

  1. Authenticité et ouverture 61. Le patrimoine de toute Eglise est notre patrimoine à tous 62. Incarnation de l’Evangile dans la vie présente 63. Connaissance réciproque 64. Communication et collaboration

CONCLUSION


INTRODUCTION A nos frères dans l’épiscopat, aux prêtres, diacres, religieux, religieuses et à tous nos fidèles, qui sont l’Eglise de Dieu, dans toutes nos éparchies en Orient et dans la diaspora, “A vous grâce et paix de par Dieu, notre Père, et le Seigneur Jésus-Christ” (1Co 1, 3).

  1. Préoccupations pastorales et questionnement Nous avons commencé cette Lettre Pastorale commune par la salutation que l’apôtre Paul adressait à l’Eglise des Corinthiens pour vous faire partager, dès le début, le souci qui hantait le cœur de l’apôtre des nations, exprimé dans les versets qui suivent: “Je vous en prie, frères, par le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, ayez tous même langage; qu’il n’y ait point parmi vous de divisions; soyez étroitement unis dans le même esprit et dans la même pensée”(1Co 1, 10); puis il dit: “Je n’ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié” (1Co 2, 2). Voilà le souci qui nous hante et qui nous interpelle aujourd’hui afin de prendre conscience de notre réalité d’Eglise. Avons-nous conscience d’être Eglise, et que le fondement de l’Eglise est Jésus-Christ crucifié? Ou sommes-nous des communautés confessionnelles à la recherche de réalisations humaines? Avons-nous conscience d’être Eglise? Vivons-nous réellement l’Eglise que nous sommes et que nous sommes appelés à être, toujours plus fidèlement? Nous pourrions faire nôtre aussi cette autre question de l’apôtre: “Comment nous comporter dans la maison de Dieu, je veux dire l’Eglise du Dieu vivant?” (I Tm 3, 15). Comment pouvons-nous être des branches vivantes dans la vigne et porter beaucoup de fruits pour la gloire de Dieu le Père? (cf Jn 15, 1-5).
  2. La réalité de nos Eglises aujourd’hui Le souci de l’Apôtre des nations remplit nos cœurs face à la pluralité et à la diversité de nos traditions, car, tous, nous désirons avoir un seul cœur et un même langage, afin d’être les témoins de Jésus-Christ notre Seigneur, comme il nous le dit: “Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1, 8). Nous sommes présentément sept patriarcats catholiques dans l’Orient arabe: le patriarcat d’Alexandrie des Coptes catholiques, les trois patriarcats d’Antioche, des Syriens, des Maronites et des Grecs Catholiques Melkites, les patriarcats de Cilicie des Arméniens, de Babel des Chaldéens et de Jérusalem des Latins. Nos fidèles se retrouvent souvent dans les mêmes pays et travaillent tous dans l’unique champ du Seigneur. Nous désirons avoir une action unie et un témoignage commun, malgré la pluralité et la diversité de nos traditions, pour la gloire de Dieu qui nous a tous envoyés dans sa même vigne, et pour la consolidation de la foi de nos fidèles dans tous nos Patriarcats.

Nous avons tenu notre quatrième réunion annuelle à Rabweh (Liban), du 19 au 24 septembre 1994, grâce à l’hospitalité de notre frère le Patriarche Maximos V Hakim. Nous avons concentré notre réflexion sur ce sujet fondamental qu’est le mystère de l’Eglise et sur ce qui le différencie de la Communauté Confessionnelle. Nous avons réfléchi sur ce qui nous vient de Dieu et ce qui nous vient des hommes, sur les traditions figées et celles qui devraient être une source de renouvellement et de vie, qui nous rendent capables de faire face aux nombreux défis de notre vie quotidienne, privée et publique.

  1. Référence aux Lettres Pastorales précédentes Dans nos trois lettres précédentes , nous avions réfléchi avec vous sur l’enracinement, la signification et la mission de nos Eglises en terre d’Orient. Nous avons cherché ensemble des nouvelles voies pour renouveler notre vocation et notre témoignage dans nos sociétés en mutation. Nous y avons vu que notre vocation essentielle dans nos pays, cellede nos Eglises, est le témoignage commun à Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais nous devons avouer que l’expérience démontre que cette vocation essentielle de nos Eglises est entravée par des obstacles qui proviennent de nous, pasteurs et fidèles, dans nos comportements communautaires. Dans le symbole de la foi, nous professons que l’Eglise est “une, sainte, catholique et apostolique”; mais en fait, nous nous comportons en communautés confessionnelles, poursuivant chacune ses propres intérêts. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire et important de réfléchir avec vous sur le mystère de l’Eglise, afin de faire croître l’esprit de communion entre nos Eglises, dans tous les domaines de l’apostolat, et afin d’arriver à la réalisation du “modèle ecclésial” qui rendrait plus transparents et plus efficaces le témoignage et la mission de nos Eglises.
  2. But et Divisions de la Lettre Nous voulons approfondir dans cette lettre pastorale le sens de l’Eglise, telle que l’a voulue Jésus-Christ, telle que l’ont comprise et vécue les apôtres après Lui et par conséquent comme nous devons la comprendre et la vivre nous aussi aujourd’hui.

Lorsque nous parlons du sens de l’Eglise, il faut bien que nous parlions aussi du sens de la Communauté Confessionnelle (Ta’ifah). Celle-là est en effet le cadre historique, politique et humain dans lequel nous avons vécu notre vie d’Eglise et dans lequel se sont développées nos traditions ecclésiales particulières. Ces traditions sont des trésors spirituels et des énergies vives et vivifiantes, nées de la foi de nos pères et qui sont toujours capables de ranimer notre foi aujourd’hui. C’est pourquoi notre vie d’Eglise, soutenue par nos traditions particulières, doit nourrir notre vie quotidienne dans tous les domaines.

Voilà le but de cette lettre: affirmer la nécessité de maintenir un lien permanent entre nos traditions anciennes, dans le cadre de chaque communauté, et entre tout ce qui est nouveau dans notre vie quotidienne. Nous voulons qu’il y ait une interaction entre nos traditions, les exigences de notre vie aujourd’hui et notre espérance dans le futur.

La communauté confessionnelle” a eu au long de notre histoire comme Eglises un rôle positif; elle a en effet conservé la tradition ecclésiale, la culture humaine et ethnique de base en chacune de nos Eglises. Mais beaucoup de faiblesses se sont introduites en elle, et cela à cause d’une foi qui devenait parfois superficielle, ou bien à cause de facteurs sociaux qui ont étouffé le vrai sens de l’Eglise. Cela a fait paraître le confessionnalisme qui a été cause de déformation dans notre vie écclesiale. La principale déformation fut le renfermement sur soi et, partant, l’infirmité qui a marqué nos relations avec eux qui appartiennent à une autre confession ou à une autre religion.

La question que nous voulons donc poser dans cette lettre est la suivante: comment nous libérer de ce confessionnalisme négatif et comment confirmer nos traditions et en faire une source de vie? La réponse sera dans la précision du sens de l’Eglise, dans l’établissement d’un lien permanent entre la tradition et la vie aujourd’hui, et dans la capacité de cette tradition à contribuer à la construction de la vie contemporaine, à comprendre ses besoins et à lui donner les réponses nécessaires.

Nous voulons donc dans cette lettre essayer d’arriver à une vision claire de ce qu’a voulu Jésus-Christ lorsqu’il a fondé l’Eglise, et de ce que nous avons voulu, nous, lorsque nous avons cru en cette Eglise. Nous voulons voir ce qui doit être renouvelé dans nos positions et dans nos comportements. Nous voulons préciser aussi les rapports entre l’Eglise voulue par Jésus-Christ en tout temps et en tout lieu, et le cadre humain, connu en Orient sous le nom de “communauté confessionnelle”, dans lequel s’incarne cette Eglise. Nous dirons que nous sommes d’abord Eglise et que l’Eglise s’incarne dans la réalité humaine pour la purifier, l’élever et en faire une source d’action et de libération. Cette réflexion sur le mystère de l’Eglise sera enfin notre guide pour faire face aux défis actuels et pour partager la vie de notre temps et de tous nos frères et sœurs.

Cette Lettre Pastorale aura quatre chapitres. Dans le premier nous esssaierons de distinguer entre Eglise et Ta’ifa ou communauté confessionnelle. Nous insisterons sur les richesses des traditions propres à chacune de nos Eglises. Nous montrerons aussi en quoi certaines positions confessionnelles, qui prétendent sauvegarder les traditions et le patrimoine, nous éloignent en fait du vrai sens de l’Eglise.

Dans le deuxième, nous dirons ce qu’est le mystère de l’Eglise et que la communion du Père, Fils et Saint Esprit est la source, le modèle et la fin de l’Eglise, sacrement de la communion vécue et, en même temps, signe et instrument de salut pour tous.

Dans le troisième chapitre, nous parlerons de la pluralité et de l’unité dans la vie de l’Eglise, à partir de la notion de Communion, pour démontrer que pluralité et unité ne se contredisent pas, et que la communion peut être vécue avec la pluralité et la diversité des traditions et des Eglises.

Dans le quatrième chapitre, nous proposerons des perspectives et des orientations pastorales qui s’enracinent dans le mystère de la Communion, et qui montrent comment le fidèle peut être un membre vivant dans une Eglise vivante. Il pourra ainsi conserver ses traditions, en vivre, leur rester fidèle et, en même temps, s’affranchir du confessionnalisme et de tout élément négatif et destructeur pour l’Eglise et la foi.

CHAPITRE I

EGLISE, COMMUNAUTÉ CONFESSIONNELLE ET TRADITIONS

  1. Comment se sont constituées nos Eglises d’Orient?
  2. A Jérusalem l’Eglise est née C’est en notre Orient que Dieu le Père envoya son Fils unique pour y devenir homme, et y réaliser, par sa mort et sa résurrection, le salut de l’humanité. Ici il institua l’Eglise pour être le levain et l’instrument du salut. A Jérusalem, par l’Esprit Saint, s’est formée, le jour de la Pentecôte, la première Eglise, lorsque la foule, rassemblée autour des apôtres, écouta Pierre annoncer Jésus Sauveur et crut en Lui:“D’entendre cela, ils eurent le cœur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux apôtres: ‘Frères que devons-nous faire?’. Pierre leur répondit: ‘Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit’… Il s’adjoignit en ce jour-là environ trois mille âmes”.
  3. A Antioche et dans tout l’Orient A l’exemple de l’Eglise de Jérusalem, se sont formées toutes les Eglises, après que les apôtres se répandirent dans le monde et annoncèrent l’Evangile du salut porté par Jésus-Christ. A Antioche, s’est formée la première Eglise après Jérusalem (cf Ac 11, 19-26). En elle les disciples“furent connus sous le nom de chrétiens” (Ac 11, 26). En elle, l’Eglise devint “fille des nations”, et de là, libérée de la loi judaïque ancienne,elle se répandit dans tous les pays du monde, s’adressa à tous les peuples et les attira au Christ.

Ainsi se répandit l’Eglise en notre Orient, en Egypte, Asie Mineure, Cilicie, Arménie et Mésopotamie. L’Eglise fut fondée dans la plupart des régions et des villes, durant les trois premiers siècles, malgré les persécutions qu’elle eut à affronter. Elle s’y adapta et s’exprima à travers la variété de ses cultures multiples. Ce furent des Eglises locales dans le plein sens du terme. Les circonstances politiques ne favorisaient pas toujours les échanges fréquents entre les Eglises. Certaines cependant, face au danger des déviations doctrinales, arrivaient à communiquer entre elles et avec les Eglises du monde par les Synodes, dans lesquels ils exposaient leurs problèmes et leurs difficultés internes. Les deux Eglises d’Antioche et d’Alexandrie, principales métropoles de l’Orient en ce temps, étaient les points de référence pour la plupart des Eglises, lorsqu’apparaissait le danger des déviations et au moment des controverses entre les Eglises. Lorsque les problèmes devenaient insolubles, Rome restait le dernier recours, comme ce fut, par exemple, le cas à Chalcédoine et en d’autres conciles. Ainsi vécurent les Eglises dans notre Orient. Elles vécurent en Eglises locales et œcuméniques à la fois.

  1. Comment s’est constitué le cadre confessionnel
  2. Les Eglises d’Orient et la diversité des cultures L’Orient fut, dans les temps anciens, un champ de guerres et de conquêtes, entre les peuples de la région et avec des puissances venues du dehors. Ce qui est étrange c’est que les diverses conquêtes n’aient pas réussi à faire disparaître les cultures anciennes. Celles-ci se conservèrent, quoique sous forme de minorités vaincues et opprimées, et devinrent avec le temps des minorités ethniques, à l’intérieur des grands empires qui se sont succédés. Le souci de ces minorités fut la conservation de l’identité face aux agressions et aux violences dont elles étaient l’objet. La lutte pour la survie devint ainsi le mobile premier qui déterminait, à tous les niveaux, leurs comportments et leur conduite.

Les dernières conquêtes, avant l’époque arabe, et qui laissèrent, dans le pays et surtout dans les Eglises, des traces jusqu’à aujourd’hui, furent les conquêtes gréco-romaines. Certains parmi les peuples de la région adoptèrent la culture des nouveaux conquérants et en acquirent la citoyenneté. Mais la plus grande partie s’attacha à sa langue et à sa culture propre, copte en Egypte, araméenne en Syrie, araméenne orientale ancienne en Mésopotamie et en Iran, et arménienne en Arménie puis en Cilicie.

A cet Orient, aux cultures diversifiées, l’Eglise porta le message de salut. Elle ne vint pas avec des armées ou avec la puissance d’une nouvelle culture, mais simplement avec le message d’un salut universel, pour tous. Son seul souci fut de pouvoir annoncer le salut par le moyen des langues et des cultures existantes. Elle s’adapta, avec une rapidité étonnante, parfaitement consciente de sa mission. Bientôt elle devint un élément essentiel dans ses diverses cultures.

  1. Les premiers siècles Au cours des trois premiers siècles, l’Eglise naquit comme Eglise locale incarnée dans les diverses cultures existantes en nos pays. Cette première Eglise, arrosée par le sang des martyrs, put faire face aux divisions et aux particularismes divers. Par la bénédiction de ses martyrs, et malgré les persécutions, elle continua à vivre le mystère du Christ, soit dans la vie érémitique dans les déserts, soit au milieu de la société qui la persécutait et elle fortifia ainsi sa foi et son unité ecclésiale.

Au IVe siècle, après la conversion de l’empereur Constantin, le christianisme devint la religion de l’empire. Celui-ci commença à soutenir l’Eglise. Mais d’un autre côté, le pouvoir civil commença à s’y infiltrer avec ses concepts et ses comportements, et à la soumettre à ses exigences politiques. Dans l’Eglise vivante animée par le Saint-Esprit pénétrèrent des concepts administratifs et humains. Une nouvelle face sociale de l’Eglise apparaissait. Les traditions des Eglises aussi se transformèrent petit à petit en institutions humaines qui étouffèrent la foi, au lieu de rester des cultures vivifiées par l’Esprit rénovateur de Jésus.

A cette époque commencèrent aussi les divisions et les grandes controverses dogmatiques, au sujet de la personne de Jésus-Christ, Verbe éternel de Dieu. Ces divisions eurent des conséquences qui durent jusqu’à aujourd’hui. Le pouvoir politique se fit l’arbitre dans les affaires religieuses et se mit à soutenir une Confession contre l’autre. D’autre part, ayant son identité culturelle et nationale propre, il provoqua tout naturellement l’opposition des autres cultures. Ainsi commença la première manifestation du “confessionnalisme”, qui rétrécit le concept d’Eglise en le soumettant peu à peu à une vision confessionnelle, dont le souci était la conservation de sa tradition, de son expression dogmatique propre et l’opposition au pouvoir politique dominant.

  1. Avec la conquête arabe et musulmane L’Islam ne voulut pas s’immiscer dans les affaires religieuses chrétiennes. Il donna aux communautés chrétiennes un statut particulier, celui de “dhimmis” ou “protégés”, sous la sauvegarde de leurs chefs religieux. L’Islam, en assurant ainsi la survie des Eglises en son milieu et en reconnaissant leur autonomie, les rejetait dans un confessionnalisme qui marqua pour toujours ses structures internes religieuses et civiles. Cette autonomie développa à l’intérieur des communautés chrétiennes deux caractéristiques principales. La première, le souci de la survie et de la défense des intérêts propres vis-à-vis de l’Islam, comme vis-à-vis des autres Eglises. La deuxième, le chef religieux devint le responsable de la communauté en tout domaine, et celle-ci lui remettait, en plus de ses responsabilités religieuses, des responsabilités civiles requises par les besoins de la survie. Ce cadre confessionnel devenait ainsi le lieu normal de toute croissance ou promotion. C’est pourquoi le concept de la confession, communauté soucieuse de défendre ses droits, se substitua peu à peu à celui de l’Eglise, Corps du Christ et communauté de croyants unis entre eux et avec les autres Eglises par le lien du même Esprit.
  2. L’Empire Ottoman L’Empire Ottoman, (1516-1918) institutionnalisa définitivement cet état de choses et le compléta par le statut connu sous le nom de “millah” ou communauté religieuse. Il accorda aux chefs religieux des compétences civiles plus grandes à l’égard de leurs fidèles et en fit les représentants officiels pour tout rapport avec le pouvoir civil. Ce nouveau statut fut un autre pas décisif dans la formation de la communauté ethnique et dans la transformation de l’Eglise en une entité sociale et politique. Nous vivons toujours dans cette mentalité. Il faut bien mentionner ici les interférences étrangères qui contribuèrent pour leur part aussi à la consolidation et à l’exploitation du confessionnalisme.

La plupart des Etats arabes modernes reconnaissent aujourd’hui dans leurs constitutions l’égalité de tous les citoyens. Le pouvoir civil a repris toutes ses responsabilités à l’égard de tous les citoyens, musulmans ou chrétiens, et affranchi ainsi les chefs religieux chrétiens de la surcharge de pouvoir que leur imposa le statut de “dhimmis” ou de la “millah”. Cependant la mentalité confessionnelle ne cesse de prévaloir dans nos Eglises Orientales. En effet, aucun régime arabe moderne, malgré les textes des constitutions, n’est encore arrivé à résoudre le problème du pluralisme religieux dans son pays. Tous les régimes arabes restent dans un état de perplexité et d’impuissance, lorsqu’il s’agit d’appliquer le principe de l’égalité à tous les citoyens. C’est pourquoi, il y a toujours, parmi les fidèles, le sentiment que l’Eglise, Communauté Confessionnelle, est le cadre qui doit soutenir les fidèles, non seulement dans leur vie religieuse, mais aussi dans leur vie civile et sociale.

  1. Communauté confessionnelle et confessionnalisme Voilà en bref les circonstances historiques et culturelles qui amenèrent à la naissance et à la croissance de nos Eglises dans leur diversité et spécificité, en Orient. Ces mêmes circonstances, difficiles et négatives, en plus de nos péchés, ont amené nos Eglises à se fractionner et à se renfermer chacune sur elle-même. Elles devinrent ainsi des communautés confessionnelles (Tawa’if), rongées par les divisions et par les surcharges qui effacèrent de leur visage les traits du Christ. Elles éteignirent en elles la flamme de l’Esprit et les amenèrent à oublier qu’elles n’existaient pas pour elles-mêmes mais pour Dieu, afin de porter le message du salut dans leurs milieux dont elles étaient tirées et vers lesquelles elles étaient envoyées.

Tout cela a donné naissance au confessionnalisme qui est une déformation dangereuse de la religion et une contradiction flagrante avec le sens de l’Eglise. Le confessionnalisme a pour premier souci la survie, la défense de soi et des droits et privilèges acquis, beaucoup plus que la croissance de la foi elle-même. Il se préoccupe des réalisations humaines plus que des réalisations de la foi, et des manifestations religieuses extérieures plus que de l’esprit. Des traditions, il fait une prison qui lie les fidèles à un passé lointain étranger à la vie présente, sans évolution qui en fasse une force de présence et de renouveau perpétuel. De ce fait, nos Eglises devinrent des groupements qui concentrèrent le plus important de leur souci dans la survie et dans des perspectives purement humaines. Il en résulta aussi la violation d’une autre caractéristique ecclésiale: l’ouverture et la charité. Le confessionnalisme en effet provoque le renfermement sur soi-même face à l’autre, citoyen ou correligionnaire. L’autre devient un inconnu, un rival ou un concurrent, malgré le fait qu’il partage la même foi, la même terre, la même citoyenneté et la fraternité humaine.

La mentalité confessionnelle méconnaît l’Eglise dont elle se réclame et le sens de ses traditions. Elle méconnaît l’Eglise puisqu’elle ne voit en elle qu’un groupe ethnico-religieux parmi d’autres, et parce qu’elle se referme sur soi-même comme nous l’avons dit, alors que l’Eglise du Christ est ouverte à tous, à tout peuple et nation. Elle méconnaît les traditions ecclésiales, car souvent elle les ignore purement et simplement, ou elle les réduit à des réalités socio-culturelles, comme le font la plupart des medias civils ou parfois même religieux dans leurs reportages. Ceux-ci mettent en relief la mentalité confessionnelle et négligent la mission essentielle de l’Eglise.

III. Nos Traditions Ecclésiales

  1. Nouvel héritage

Par notre première naissance, nous avons d’abord hérité d’un ensemble de structures qui ont contribué à façonner notre nature, à la fois individuelle et sociale: la terre maternelle, même si beaucoup l’ont quittée depuis longtemps, la langue, elle aussi maternelle, l’histoire, la patrie, les institutions et coutumes, familiales, éducatives, professionnelles et civiles. En même temps et corrélativement, nous avons hérité d’une culture et d’un ensemble de valeurs qui, étant partagées par les groupes sociaux avec lesquels nous avons vécu, sont devenues inconsciemment normatives de notre vision des choses, de nos comportements personnels, de nos relations avec les autres et aussi avec Dieu.

Par notre seconde naissance, i.e. le baptême, nous avons revêtu le Christ et nous sommes oints de l’Esprit Saint (cf Jn 5, 3). Et c’est dans l’Eglise maternelle et par elle que nous héritons de cette vie nouvelle, comme co-héritiers du Fils unique (cf Rm 8, 17).

Deux aspects de ce nouvel héritage peuvent ici retenir notre attention. D’une part, le baptême ne nous confère pas une nature humaine, ni une culture de base différentes de celles des non-baptisés. Notre Eglise locale est de la même pâte que les humains auxquels elle est envoyée: elle ne constitue pas une société chrétienne à côté d’une société non-chrétienne. Sa nouveauté est d’être le levain du Royaume de Dieu dans la pâte sociale et culturelle du lieu où elle vit. Parce que le Fils Bien-Aimé a tout assumé de l’homme pour le sauver, rien n’est sauvé que ce qu’il a assumé. Cela vaut pour chaque personne et pour chaque culture. Le Christ, notre Dieu et Sauveur, ne détruit pas ce qu’il a créé, mais il nous libère du péché et de la mort, nous purifie et renouvelle en nous son image, si nous y consentons, et cela jusqu’à notre mentalité profonde où se cache le musée de notre héritage culturel, tout ce qui y est bon et tout ce qui est à purifier ou modifier.

D’autre part, l’Eglise locale où nous naissons et grandissons dans le Christ, a connu, tout au long de son histoire, le devenir du levain dans la pâte. Sa nouveauté est d’avoir fait porter le fruit de l’Esprit dans le terrain socio-culturel où elle a été semée. C’est de cela que nous héritons aujourd’hui: d’abord les Saintes Ecritures traduites dans nos langues, la célébration sacramentelle de la Liturgie, la transmission de la foi apostolique selon notre culture, l’organisation canonique de la communauté ecclésiale, ainsi que les approfondissements de la foi demandés par l’apologétique ou les controverses hérétiques. C’est à travers ces différentes expressions que s’est développée la pluralité des traditions ecclésiales de notre Orient, pluralité non seulement légitime mais nécessaire.

  1. Nos traditions sont divino-humaines Nos traditions sont donc divino-humaines. Elles sont à la fois le fruit de la grâce et des efforts de nos ancêtres dans la foi. Puisqu’elles sont humaines, il faut commencer par dire que plusieurs tentations nous guettent. Le plus grave de ces dangers est “l’esprit du monde”. Nos pères et nos mères dans la foi, en particulier nos martyrs et nos auteurs spirituels, qui furent les serviteurs de la sainte Tradition apostolique, sont les témoins vivants de cette fidélité de l’Eglise à son Seigneur, face aux tentations de l’esprit du monde. L’esprit du monde? C’est le confessionnalisme et c’est aussi observer à la lettre les rites de nos liturgies ou nous vanter de leur beauté, alors que nos cœurs sont loin de Celui que nous honorons (cf Mc 7, 7); c’est “mettre de côté le commandement de Dieu pour nous attacher à la traditon des hommes”(Mc 7, 8), comme certaines coutumes du baptême, du mariage et des funérailles, qui sont peut-être respectables, mais qui obscurcissent le sens authentique du mystère célébré.
  2. Nos traditions sont l’incarnation de l’Evangile dans la culture C’est dans notre Eglise locale que nous avons été appelés par le Christ pour être membres de son Corps, et c’est en elle que nous sommes envoyés aux habitants de ce même lieu. Nos traditions ecclésiales incarnent, dans la chair et l’histoire de chacune de nos Eglises, l’unique mystère de la Tradition de la foi reçue des Apôtres; elles constituent les formes particulières, adaptées à chaque culture, sous lesquelles le même mystère du salut des hommes est manifesté, actualisé et communiqué. Or la merveille de l’Esprit Saint dans l’histoire des hommes et des cultures est de donner Corps au Verbe de Vie, de le manifester dans la chair de toute culture, d’actualiser son œuvre de salut et de tout mettre en Communion avec le Père dans le Corps du Christ. C’est cette merveille qu’il réalise en chacune de nos Eglises, dans le plein respect de son identité humaine.
  3. L’Eglise s’appuie sur la force de l’Esprit Pour chacun de nous, notre Eglise est véritablement Mère. Par notre première naissance nous sommes les enfants de nos parents. Notre nouvelle naissance à la vie du Père nous a été donnée par notre Eglise. Lors de l’Annonciation, Marie conçoit le Fils de Dieu dans sa chair par la puissance de l’Esprit Saint. De même, à la Pentecôte, et depuis lors, c’est par la seule puissance de l’Esprit Saint que l’Eglise est constitutée Corps du Christ. Pour Marie comme pour l’Eglise, c’est le même mystère de maternité virginale qui ne s’appuie pas sur la force des hommes, mais sur celle de l’Esprit. Or c’est cela que méconnaît la mentalité confessionnelle qui s’appuie sur les puissances de ce monde. Notre Eglise se comporte en Eglise lorsque, comme la Toute Sainte et Vierge Mère, elle“ne connaît point d’homme”(Lc 1, 34) et atttend la fécondité de la puissance de l‘Esprit Saint. C’est Lui l’artisan des œuvres de Dieu, c’est Lui la source de la sainte et vivante Tradition.

C’est dans notre Eglise que l’Espit Saint nous a fait renaître à la vie du Père dans le Fils bien-aimé. C’est en elle qu’il nous nourrit de la Parole de Dieu par le don de la foi; c’est en elle qu’il nous fait participer, par l’Eucharistie, à la Pâque du Christ, i.e. sa mort et sa Résurrection; c’est en elle qu’il nous pardonne et nous réconcilie avec le Père et avec nos frères; c’est en elle qu’il nous apprend à prier en vérité; c’est en elle qu’il nous apprend à aimer et à servir nos concitoyens, comme le Christ les aime et les sert; c’est en elle qu’il nous envoie dans le monde, comme signes et serviteurs de la Communion de Dieu avec les hommes et de tous les hommes en Dieu.

  1. Notre tradition est notre chemin pour connaître Jésus-Christ Soyons-en convaincus: c’est par l’expérience vécue de nos traditions ecclésiales que nous avons accès à “l’intelligence du mystère du Christ…par le moyen de l’Eglise” (Ep 3, 4-10). Nos Pères dans la foi, spécialement en Orient, ne réduisaient pas l’annonce de l’Evangile à un enseignement scolaire des vérités religieuses. Leur catéchèse ne séparait jamais l’écoute de la parole de Dieu de la célébration des Saints mystères, i.e. de la Tradition qui était pour eux une source de vie quotidienne. La Tradition devenait ainsi l’expérience de la vie évangélique dans la société et une atmosphère imprégnée de la prière du cœur. Ainsi se formait “l’homme nouveau” dans l’Eglise incarnée en un temps et en un lieu déterminés.

CHAPITRE II

Le mystère de l’Eglise

  1. Le Mystère de la Communion
  2. L’Eglise est un mystère

Après avoir réfléchi sur la naissance de nos Eglises, de nos traditions et l’esprit du confessionnalisme qui y a pénétré, nous voulons maintenant vous inviter à réfléchir, frères et sœurs et fils bien aimés, sur le mystère de l’Eglise. Que signifie l’expression: “nous sommes des membres vivants dans une Eglise vivante”, selon l’esprit du Concile Vatican II?

Trente ans après le Concile Vatican II, dont le but était le renouveau de l’Eglise catholique en fidélité au dessein de Dieu pour le monde, il est possible que les jeunes générations en ignorent encore le sens et que leurs aînés n’en aient pas accueilli tout le souffle dans la vie de nos Eglises. Or, il est remarquable que le premier chapitre de la Constitution fondamentale sur l’Eglise (Lumen Gentium) s’ouvre par ce titre: “Le mystère de l’Eglise”. Les aspects concrets et juridiques ne seront pas oubliés dans les chapitres suivants, ni dans les documents ultérieurs: ils sont nécessaires, mais relatifs au mystère qu’ils doivent refléter. Ce qui est divin est premier et se manifeste en ce qui est visible. L’Eglise est appelée à signifier comme sacrement, ce qu’elle est: un mystère dans la vie des hommes.

C’est pourquoi nous commençons par dire que l’Eglise est un mystère, c.à.d. un dessein étonnant de Dieu, “enveloppé de silence aux siècles éternels” (Rm 16, 25), que le Père nous a fait connaître “quand vint la plénitude du temps” (Gal 4, 4), dans “le Bien-Aimé” (Ep 1, 6) dans lequel il a voulu “ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ” (Ep 1, 10). Tout cela veut dire que l’Eglise vient de Dieu; elle est une communauté humaine constituée par la grâce de Dieu, et non seulement par des liens humains; elle n’est engendrée “ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu” (Jn 1, 13). La grâce de Dieu cependant s’étend à tout ce qui est humain pour l’élever, le vivifier et s’y incarner. La grâce de Dieu ne nous invite pas à nous renfermer sur nous-mêmes; elle ne nourrit pas les fanatismes confessionnels. Au contraire, elle nous remplit de l’amour pour tous, ceux qui sont de notre Eglise, ceux qui sont dans les autres Eglises et ceux qui sont de religions et de croyances différentes.

  1. Mystère de la communion de Dieu et des hommes Or ce mystère est inséparablement divin et humain. Il commence et finit en Dieu et s’étend aux hommes. Il s’agit ici du mystère de l’Eglise qui réalise la communion de Dieu et des hommes. La communion – koinonia, l’un des plus beaux noms du Nouveau Testament pour faire pressentir l’inexprimable mystère de Dieu Amour – est au centre de la redécouverte du sens de l’Eglise dans le mouvement œcuménique actuel.

Le Pape Jean Paul II nous le rappelait récemment: “La communion: c’est là, certainement une notion-clé de l’ecclésiologie de Vatican II, et, aujourd’hui, vingt-cinq ans après sa conclusion, il semble qu’il faille encore centrer notre attention sur cette notion. La koinonia est une dimension qui impose sa marque sur la constitution même de l’Eglise et recouvre toutes ses expressions: de la confession de la foi au témoignage de la pratique, de la transmission de la doctrine à l’articulation des structures… Il s’agit de la communion théologale et trinitaire de chaque fidèle avec le Père et le Fils et l’Esprit-Saint, qui se répand avec effusion dans la communion des croyants entre eux, les rassemblant en un seul peuple…avec une essentielle dimension visible et sociale“.

  1. La Trinité Sainte, source, modèle et fin de l’Eglise
  2. La communion rassemble les croyants en un seul peuple Les croyants forment “un seul peuple”. Comment comprenons-nous cette expression ? Certains l’entendent au sens ethnique ou politique, mais, dans nos Livres saints son sens est tout nouveau: il s’agit du “peuple de Dieu”, une “assemblée” appelée par Dieu, dont la raison d’être est Dieu; elle ne peut exister que par Lui et son but est de vivre saintement comme Lui est Saint, parce que “Dieu se l’est acquise pour la louange de sa gloire”(Ep 1, 14). Tout le chapitre II de Lumen Gentium nous fait découvrir l’Eglise comme “Peuple de Dieu”:

“Ce peuple messianique a pour chef le Christ “qui a été livré pour nos fautes et est ressuscité pour notre sanctification” (Rom 4, 25), et qui, maintenant, après s’être acquis un nom qui est au-dessus de tout nom, règne glorieusement dans les cieux. Il est dans l’état de dignité et de liberté propre aux fils de Dieu, dont le cœur est comme le temple de l’Esprit-Saint. Il a pour lui un commandement nouveau, celui d’aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf Jn 13, 34). Enfin, il a son terme dans le Royaume de Dieu, inauguré sur terre par Dieu lui-même, destiné à s’étendre dans la suite des âges en attendant de recevoir en Lui son perfectionnement final à la fin des siècles, lorsque le Christ se manifestera, lui qui est notre vie (cf Col 3, 4), et que “la création elle-même sera libérée de la servitude de la corruption pour participer à la glorieuse liberté des enfants de Dieu” (Rom 8, 21)“.

  1. Sur le modèle de la Trinité Une De ce peuple nouveau, le Dieu vivant et vrai est la source gratuite. C’est lui qui, depuis Abraham, appelle son peuple, suscite en lui la foi et se révèle à lui. Il lui confie son dessein de salut pour tous les hommes. Il rassemble cette nouvelle descendance selon la foi “de toute race, de tout pays, de toute ville, de tout village, de toute maison”. Qu’une telle multitude fasse un seul peuple dépasse l’intelligence et la puissance humaines: c’est l’œuvre du Dieu un et unique qui, justement, révèle ainsi que son unité transcendante est un mystère de plénitude personnelle, le mystère de la communion (koinonia) du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint. L’Eglise n’est pas formée par l’addition ou la cooptation de personnes: elle est le grand don de la communion de la Trinité Sainte, une et indivisible, offert aux hommes pour qu’ils en vivent. “Or la Vie s’est manifestée, et nous vous annonçons cette Vie éternelle qui était auprès du Père et qui nous est apparue… afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ”(1Jn 1, 2-3). Un tel mystère de communion ne monte pas du cœur de l’homme, il descend d’auprès de Dieu comme “l’Epouse de l’Agneau”(Ap 21, 10). L’Eglise n’est pas le fruit de notre décision. Ce n’est pas nous qui avons choisi d’être les disciples du Christ, c’est Lui qui nous a choisis (cf Jn 15, 16), parce que le Père nous a aimés le premier (cf 1 Jn 4, 19).
  2. Peuple un et multiple à l’image de la Sainte Trinité Une et Indivisible Depuis le début de cette Lettre Pastorale, nous nous posons la question: comment l’unité est-elle compatible avec la diversité de nos Eglises et de nos traditions ? En cherchant la réponse, nous avons constaté que la “communauté confes-sionnelle” et la mentalité qui l’inspire ne nous offrent pas le modèle qui répond à la réalité de l’Eglise. L’esprit du monde, en effet, ne peut concevoir l’unité dans le respect de la diversité ni la réaliserL’unique modèle qui nous révèle et peut nous faire vivre ce mystère paradoxal est l’unité de la communion trinitaire, modèle que nous retrouvons dans l’icône de la Trinité, célèbre dans l’iconographie orientale.

En se révélant dans l’Economie de notre salut, le Dieu unique se fait connaître comme Père, Fils et Saint-Esprit, Dieu un et unique. Chaque Personne Divine est “vers” l’Autre, aucune ne s’appartient mais est donnée, dans la pure transparence. Or, les personnes humaines sont “à l’image de Dieu” (Gn 1, 26) et aspirent essentiellement à être aimées et à aimer. Mais nous savons, malheureusement, que nous ne sommes pas à sa ressemblance, dans la mesure où chaque personne, ou chaque groupe, se recherche soi-même et ne vit pas pour l’autre. C’est pourquoi l’unité personnelle ou communautaire est, humainement parlant, un mirage inaccessible. Notre monde est malade d’exclusion et de refus de “l’autre”. L’esprit du monde engendre le péché, la division et la mort.

  1. L’Eglise, communion de vie De cette communion, l’Eglise est appelée à être le signe transparent, puisque son modèle divin demeure en elle fidèlement. C’est pourquoi elle en est aussi la servante; la Trinité Sainte est la fin de l’Eglise. Anticipant déjà “l’union intime avec Dieu et l’unité du genre humain”, l’Eglise n’est pas encore la communion de tous les humains avec leur Père et entre eux. Elle est envoyée pour que vienne le Règne de l’Amour dans toute la création lorsque Dieu sera tout en tous. C’est dire que l’Eglise n’existe pas pour elle-même mais pour son Seigneur et pour tous les humains dont il s’est fait serviteur et Sauveur. Elle est la communion de vie, symbolisée dans l’iconographie trinitaire par l’arbre de vie, qui s’enracine dans la communion de la Sainte Trinité.

Nous ne nous appartenons plus à nous-mêmes mais à Celui qui est mort et ressuscité pour tous. Cela vaut pour chaque baptisé, cela vaut pour chaque Eglise. L’Eglise de Dieu, elle est à Dieu, pour le Père et donc pour tous ses enfants dispersés. Cette prise de conscience est décisive pour notre conversion ecclésiale, parce que nous convertir n’est autre que retourner notre cœur vers le Père par le Fils bien-aimé qui nous remet en communion avec lui et avec tous ses enfants.

III. L’Eglise Sacrement de la Communion

  1. Signe visible du mystère divin Par l’Eglise, le mystère de la communion de la Trinité Sainte est révélé et donné aux hommes dans le Verbe incarné et par l’Esprit Saint, afin qu’ils vivent de cette vie de communion. Ainsi, l’Eglise est le sacrement de la communion; elle est essentiellement sacramentelle. On veut dire par là que le mystère de la communion divine, de soi invisible et transcendant, est communiqué visiblement dans l’Eglise. Celle-ci est, en même temps, et inséparablement, “groupement humain et communauté spirituelle”, “une seule réalité complexe formée d’un élément humain et d’un élément divin“: il s’agit du mystère du Verbe incarné.

Il est important, aujourd’hui surtout, que notre expérience de l’Eglise soit inspirée par cette vision de foi, sinon nous dévions vers deux tentations extrêmes: ou bien, l’Eglise n’est qu’une organisation socio-religieuse, et nous voilà de nouveau dans le confessionnalisme, ou bien, en réaction contre l’institution confessionnelle, les croyants en Jésus-Christ se rejoignent dans une vague fraternité sentimentale non incarnée dans la réalité humaine. Dans les deux cas, on divise le Christ et le mystère de la communion est évacué de l’histoire des hommes.

  1. Le mystère commence avec la venue du Fils Or “quand est venue la plénitude du temps”(Ga 4, 4), Dieu a envoyé son Fils. Alors, la Vie, la communion divine, a pris corps dans l’histoire. Dans la Personne du Verbe incarné, en tout ce qu’il dit et fait et par la puissance de l’Esprit Saint, le Père accomplit son dessein d’amour: libérer l’homme du péché et de la mort, c’est-à-dire de ce qui est le contraire de la communion, par la mort de son Fils et en le ressuscitant. Or cette Pâque libératrice est le seul événement de l’histoire qui ne passe pas: advenu “une fois pour toutes”, il Est, il demeure et agit désormais dans l’histoire, surtout par sa Parole et par les sacrements.

Comment le Christ ressuscité est-il toujours présent et agissant parmi les hommes, puisqu’il n’est plus limité par le temps et par l’espace, comme il l’était durant sa vie mortelle? La nouvelle “manière d’être et d’agir” de son humanité ressuscitée dans notre monde est “sacramentelle’, c’est-à-dire que, pleinement vivant auprès du Père, le Christ demeure parmi nous, accessible à notre humanité mortelle. Depuis son ascension auprès du Père jusqu’à son retour glorieux, le Christ est présent et agissant dans le monde par la force de l’Esprit-Saint, et par l’intermédiare de l’Eglise et des sacrements. C’est ce que la foi de l’Eglise confesse par l’expression “le Corps mystique” du Christ.

  1. L’Eucharistie sacrement de la communion C’est justement lors de “la Cène mystique” que Jésus donne à ses disciples tout le mystère de la communion: en son corps livré et en son sang répandu pour la multitude, s’accomplit le don plénier de la communion divine aux hommes, le don de l’amour jusqu’à la mort, “jusqu’à l’extrême de l’amour”(Jn 13, 1). L’événement pascal où s’accomplit pour les hommes le mystère de la communion, Jésus le donne, en se donnant lui-même, “sacramentellement”. Désormais, et “jusqu’à ce qu’il vienne”(I Co 11, 26), le grand sacrement de l’Eucharistie manifeste, actualise et répand l’événement pascal en ceux qui ont revêtu le Christ par le baptême et la chrismation. Cette divine Pâque du Seigneur n’est pas répétée, elle est rendue présente sacramentellement, de sorte que la Pâques de la Tête devienne celle de ses membres. En vérité, “quand l’Eglise célèbre l’Eucharistie, elle réalise ce qu’elle est: Corps du Christ”(1Co 10,17). Par l’Eucharistie, l’événement pascal se dilate en Eglise”. L’Eglise est une réalité eucharistique dans le sens de communion et d’action de grâces que la communauté eucharistique rend à Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
  2. L’Esprit Saint vivant dans l’Eglise Mais dans notre redécouverte du mystère de l’Eglise, il est essentiel de renouveler notre connaissance aimante de l’Esprit Saint. Dans le dessein d’amour du Dieu le Père, il est toujours envoyé avec le Fils, et c’est lorsque le Christ ressuscité le donne à ses disciples que l’Eglise est, elle aussi, “envoyée” dans l’Esprit Saint (cf Jn 20, 21-22). C’est lui qui suscite en nous la foi au Christ, nous fait renaître à la vie du Père en nous greffant sur le Christ et pénètre tout notre être de son onction indélébile. C’est lui qui, dans la liturgie de la Parole, nous rappelle le Christ et donne vie à sa Parole en nos cœurs. C’est lui qui, dans les épiclèses sacramentelles, transforme dans le Christ, ce que nous offrons. C’est l’Esprit de communion (cf 2 Co 13,13), imploré au début de nos anaphores eucharistiques, qui “met en communion avec le Corps du Christ ceux qui participent au même Pain et au même Calice”. A partir de là, l’Eglise manifeste ce qu’elle est: le sacrement de la koinonia trinitaire, “la demeure de Dieu avec les hommes”(Ap 21, 4).

CHAPITRE III Pluralité et Unité dans la vie de l’Eglise

  1. L’Eglise, Mystère de Communion
  2. L’Eglise une Au terme de ces réflexions sur le mystère de l’Eglise, il nous est possible de mieux comprendre, dans l’intelligence de la foi, que l’unité et la pluralité, loin de s’exclure, s’impliquent l’une l’autre et sont inséparables dans notre expérience de l’Eglise.

Pour comprendre pourquoi l’Eglise est Une, alors que de nombreuses Eglises ont été fondées à travers le monde depuis la première communauté de Jérusalem, deux conceptions erronnées sont d’abord à écarter. Selon la première, l’Eglise Une serait l’addition des Eglises, une sorte de fédération chrétienne mondiale: cette variante du confessionnalisme ne rend pas compte du mystère de l’Eglise. Car une fédération est une réalisation socio-politique: elle ne peut pas manifester le mystère divin de la Communion et les Eglises resteraient autant de corps différents et divisés. Pour l’autre, à l’inverse, les Eglises seraient les succursales locales d’un quartier général qui serait l’Eglise Une: cette caricature juridique reste aussi en deça du mystère de la communion.

Ces deux conceptions considèrent la question “l’Eglise et les Eglises” comme un problème arithmétique, alors qu’il s’agit d’un mystère, le Mystère du Tout-Autre. En Dieu, il n’y a pas de nombre. Son unité, inaccessible à la raison, ne peut être pensée selon la logique qui veut que “un” soit la moitié de deux ou le tiers de trois. Le mystère de l’unité intime du Dieu vivant nous est révélé par le Christ comme une plénitude consubstantielle et indivisible: la communion du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint.

  1. Le mystère de communion et les Eglises particulières

C’est de cette communion que l’Eglise est le sacrement. “Tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps. Ainsi en est-il du Christ. Aussi bien est-ce en un seul Esprit que tous nous avons été baptisés pour ne former qu’un seul corps” (1Co 12, 12-13). Quand nous communions au Corps du Christ dans l’Eucharistie, nous sommes plusieurs; cependant chaque personne, en recevant une parcelle du Pain eucharistique, ne reçoit pas une partie du Corps du Christ, mais bien le Christ tout entier, et c’est pourquoi “nous tous, nous ne formons qu’un seul Corps, car tous nous avons part à ce pain unique” (1Co 10, 17). De même, chacune de nos Eglises n’est pas une partie de l’Eglise répandue dans l’univers, mais elle rend présent, ici et maintenant, le mystère de l’Eglise une dont elle est le sacrement. C’est pourquoi toute l’Eglise est présente dans chaque Eglise particulière.

  1. L’Eglise apostolique et catholique Reste à préciser les conditions essentielles pour qu’une Eglise soit authentiquement sacrement de la communion de Dieu et des hommes, malgré la pluralité et la diversité des Eglises.

Les deux conditions essentielles, notre foi les professe lors de la célébration des Saints Mystères dans le symbole de Nicée-Constantinople: l’Eglise une et sainte est “catholique et apostolique”. Si nous arrivons à mieux comprendre et à vivre effectivement ces deux aspets essentiels du mystère de l’Eglise, nous pourrons apprendre aussi comment vivre toujours mieux l’unité dans la diversité.

  1. Eglise Apostolique Premièrement l’Eglise est “apostolique”. C’est ainsi qu’elle paraît dans le monde dès le jour de la Pentecôte. Que signifie “apostolique”? Par ce mot, certains pensent aux Apôtres qui ont fondé les premières Eglises, en Orient surtout. Cela est vrai, mais il nous faut aller plus loin. C’est l’Eglise comme telle, rendue présente en chacune de nos Eglises, qui “a pour fondement les apôtres et les prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie”(Jn 20, 21). Cela veut dire que chacune de nos Eglises rend présente sacramentellement, aujourd’hui et ici, l’Eglise des Apôtres constituée par l’Esprit Saint lors de la première Pentecôte. C’est le même Corps et le même Esprit, sans interruption; le même mystère pascal, advenu “une fois pour toutes”, est actualisé par chaque Eucharistie; l’Eglise ne se divise pas en parties; elle est la même vigne du Père qui croît et porte beaucoup de fruits.
  2. Critère de l’unité: la communion dans la tradition apostolique Concrètement, cela veut dire que nos Eglises ne peuvent vivre dans l’unité que si elles sont fidèles à leur commune “tradition apostolique”, qui est une tradition vivante reçue des Apôtres. Le contenu de cette tradition sontles sacrements de la foi, spécialement le sacrement de la “succession apostolique”, et la communion dans la charité, spécialement du collège des évêques qui actualise aujourd’hui sacramentellement le collège des Douze Apôtres. La pluralité et la diversité de nos “traditions ecclésiales” varient selon le tissu humain de nos Eglises, mais le critère de leur vérité et de leur unité demeure la communion dans la tradition apostolique.

Comme elle serait dynamique et vivifiante la mission de nos Eglises, en Orient et dans la diaspora, si nous avions le souci de nous abreuver à cette sainte et vivante Tradition que l’Esprit Saint nous offre à travers nos traditions authentiques, toujours renouvelées par lui dans des circonstances qui changent sans cesse. Le contenu de ces traditions sont: la Parole de Dieu, telles que les Pères de nos Eglises ont reçu le charisme de l’interpréter selon nos cultures; les Saints Mystères, qui nous font participer à la nouveauté du Christ dans notre langue et dans notre vie; le témoignage spirituel de tant d’hommes et de femmes, cette “nuée de témoins”, grâce auxquels nous pouvons “fixer nos yeux sur le chef de notre foi, Jésus” (He12,1-2); enfin, les attitudes pastorales authentiquement orientales, au sujet desquelles Vatican II “déclare solenellement” que nos Eglises “ont le droit et le devoir de se régir selon leurs propres disciplines particulières”.

  1. Eglise Catholique C’est en nous enracinant dans l’Eglise apostolique que nous pouvons la vivre de plus en plus comme “catholique”. Le mot est à bien comprendre, selon l’original grec “katholiké” du symbole de Nicée-Constantinople. Cet adjectif, christianisé par St Ignace d’Antioche signifie littéralement : “selon le tout”, c’est-à-dire que le tout se trouve en chaque partie, un peu comme l’âme anime un corps vivant.

En quel sens donc l’Eglise est-elle catholique ? La réponse est souvent: parce qu’elle est universelle, “répandue par toute la terre”. Mais la communauté de Jérusalem puis celle d’Antioche, sans être répandues par toute la terre, étaient déjà catholiques. Ce n’est pas donc l’extension par toute la terre qui fait que l’Eglise soit catholique. La pluralité croissante des Eglises, non plus, ne fractionne pas l’Eglise. Le “tout” du mystère de l’Eglise est présent dans chaque Eglise authentiquement apostolique, comme mentionné plus haut. L’Eglise qui se dit catholique doit manifester effectivement qu’elle est en communion avec les autres Eglises fidèles à la Tradition apostolique .

  1. Le service de la Communion assuré par le charisme de “l’Episkopé” Concrètement, comment répondre dans la vie de nos Eglises à ce don divin de la catholicité ? L’expérience de la Communion entre les Eglises durant les premiers siècles nous montre comment la Tradition apostolique n’est pas un catalogue de feuilles mortes mais une sève créatrice, et cela de deux manières.

D’une part, il s’agit que les Eglises, qui ont chacune leurs traditions particulières, se reconnaissent mutuellement comme Eglises, chacune reconnaissant en l’autre le même mystère de l’Eglise à travers ses particularités légitimes. Cela, sur la base de la même Tradition apostolique comme nous l’avons décrite plus haut. Une telle reconnaissance mutuelle ne peut être vécue que dans un regard de foi, et non avec les lunettes de la mentalité confessionnelle. La catholicité vécue est exigeante de sainteté, elle n’est donnée qu’aux “cœurs purs” (Mt 5, 8).

D’autre part, les Apôtres en témoignent déjà, le service de la communion, dans une Eglise et entre les Eglises, est assuré par le charisme de “l’Episkopé”. C’est dire que la catholicité effective relève principalement de la communion canonique entre les évêques, laquelle est exigeante de corresponsabilité. Les conciles furent, depuis les origines, la voie suivie par l’Eglise pour exprimer cette coresponsabilité. Après Vatican II, la vie synodale connaît un nouvel élan. Le Synode des Evêques est désormais une institution ecclésiale qui réunit régulièrement les Evêques.

Le mystère de l’Eglise que nous sommes appelés à vivre est donc essentiellement nouveau par rapport à la “communauté confessionnelle”. Nous allons voir maintenant comment vivre cette Communion, d’abord à l’intérieur de chacune de nos sept Eglises, puis entre les Eglises, entre nos sept Eglises catholiques, avec l’Eglise de Rome, servante de la communion et de l’unité fondée sur la charité, avec toutes les Eglises catholiques du monde et aussi avec les autres Eglises et Communautés ecclésiales avec lesquelles nous ne sommes pas encore en pleine communion. II. Pluralité et Unité dans chacune de nos Eglises

  1. L’Eglise particulière L’Eglise particulière est le diocèse telle que la décrit Vatican II: “Un diocèse (éparchie) est une portion du Peuple de Dieu, confiée à un évêque pour qu’avec l’aide de son presbyterium il en soit le pasteur: ainsi le diocèse, lié à son pasteur et par lui rassemblé dans le Saint Esprit grâce à l’Evangile et à l’Eucharistie, constitue une Eglise particulière en laquelle est vraiment présente et agissante l’Eglise du Christ, une, sainte, catholique et apostolique”. L’Eglise particulière, comme définie ici, est donc une réalité de foi. Elle est le don de la Trinité Sainte. Elle se nourrit par l’Evangile et l’Eucharisite, et se manifeste dans une portion du peuple de Dieu, confiée à un évêque qui la garde en communion avec tout le presbyterium. En elle, le mystère de l’Eglise est présent dans sa totalité.

La manifestation la plus sublime de l’Eglise particulière se manifeste dans la célébration eucharistique autour de l’évêque. Vatican II dit à ce sujet: “L’évêque doit être considéré comme le grand prêtre de son troupeau; la vie chrétienne de ses fidèles découle et dépend de lui en quelque manière. C’est pourquoi tous doivent accorder la plus grande estime à la vie liturgique du diocèse autour de l’évêque, surtout dans l’église cathédrale; ils doivent être persuadés que la principale manifestation de l’Eglise consiste dans la participation plénière et active de tout le saint peuple de Dieu, aux mêmes célébrations liturgiques, surtout dans la même Eucharistie, dans une seule prière, auprès de l’autel unique où préside l’évêque entouré de son presbyterium et de ses ministres”.

  1. Plusieurs et unis dans la communion de Dieu. “Plusieurs” ? Nous pensons d’abord à la pluralité des personnes, des groupes, des ministères, des vocations, des paroisses etc. La question qui se pose est la suivante: comment, étant plusieurs dans chaque Eglise particulière, nous pouvons être pratiquement un dansla diversité des ministères et des vocations ? Comment vivre dans chaque Eglise particulière le charisme de l’unité et la