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8ème lettre pastorale : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l'Eglise » (Eph 5, 25) (2005)

Publié le: April 27 Thu, 2017

Huitième lettre pastorale

LETTRE PASTORALE AUX FAMILLES

« Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise » (Eph 5,25) Fête de l’Assomption, 15 Août 2005

La Famille, Responsabilité de l’Eglise et de l’Etat

INTRODUCTION

A nos frères, les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux, les religieuses et à tous nos fidèles laïcs, «grâce, miséricorde, paix de par Dieu le Père et le Christ Jésus Notre Seigneur » (1 Tm 1,2).

1. L’Eglise catholique croit que la famille existe pour le bien de la personne humaine, de la société et de l’Eglise. Elle est en effet la « société naturelle », qui a existé avant l’Etat et avant tout groupement organisé. C’est pourquoi elle a des droits particu­liers inviolables. De plus, elle n’est pas seulement une entité juridique, sociologique ou économique. Elle est d’abord une communauté d’amour et de solidarité, capable de transmettre un ensemble de valeurs culturelles, sociales, morales et religieuses, valeurs essentielles pour la croissance et le bien de ses membres comme de tous les membres de la société. La famille est en effet le « sanctuaire de la vie », le lieu où la vie est accueillie et protégée contre toute agression, et où elle peut avoir une croissance humaine authen­tique. La famille est la cellule de base de la société, où la personne humaine naît à la vie dans la communauté. L’homme et la femme y sont appelés à se donner l’un à l’autre avec amour. Les enfants y apprennent l’amour de Dieu et les valeurs humaines et morales. Les rapports familiaux, sains et stables, sont à la base d’une riche vie affective. Ils sont le fondement de la liberté, de la tranquillité et de la fraternité dans la société. Ils apprennent aux individus la vie commune et le partage des biens spirituels et matériels. La famille est vraiment une communauté précieuse. Si elle est blessée, une grande plaie s’ouvre dans toute la société. Il suffit de mentionner le mal du divorce et les graves dommages qu’il cause aux parents et aux enfants. Les parents connaissent alors l’expérience amère de la solitude et de l’abandon, et les enfants subissent le choc de la querelle entre leurs parents, devenant eux-mêmes parfois moyen de pression et de chantage Nous pouvons dire aussi que la famille est la « cellule de base de l’Etat » : elle enfante les citoyens et protège la morale du peuple. C’est pourquoi il est requis de l’Eglise et des autorités publiques de veiller sur elle afin qu’elle reste, avec tous ses membres, à l’abri de toute influence contraire à la loi naturelle et divine. La famille est une « église domestique », édifiée sur le sacrement du mariage. Elle est ainsi la cellule de base de l’Eglise. Elle est une communauté de foi, d’espérance et de charité. En elle se réalise la communion entre les personnes sur le modèle de la Sainte Trinité. Elle vit l’abnégation, le don de soi et l’union entre ses membres, sur le modèle de l’union du Christ avec l’Eglise. Elle est le premier lieu de l’éducation à la prière. Là les enfants de Dieu persévèrent dans la prière, ensemble, en Eglise. Eglise domestique, elle participe à la vie et à la mission de l’Eglise du Christ et contribue à l’édification du Royaume de Dieu. Elle participe au sacerdoce du Christ dans ses trois dimensions : prophétique, une communauté qui proclame l’Evangile ; sacerdotale, une communauté qui prie et qui reste en dialogue avec Dieu ; royale, une communauté au service de l’homme. 2. L’importance de la famille en général, et de la famille chrétienne en particulier, l’aide dont elle a besoin, et la nécessité de la protéger des dangers qui la menacent, afin qu’elle puisse se réaliser et remplir ses devoirs fondamentaux, ont porté le Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient à centrer sa réflexion sur : « La famille au Moyen-Orient – La famille, responsabilité de l’Etat et de l’Eglise », lors de son 13e Congrès tenu au Caire, du 9 au 13 décembre 2003, à la résidence Saint-Etienne, à Maadi, hôte de S.B. le Patriarche Cardinal Stéphanos II Ghattas, Patriarche d’Alexandrie pour les Coptes catholiques. Nous sommes heureux, frères et sœurs, de vous adresser cette lettre pastorale sur la famille. Après un premier chapitre sur l’identité et la sainteté de la famille chrétienne, nous passerons en revue les difficultés rencontrées par la famille dans les pays du Moyen-Orient dans les différents domaines : économique, morale, moyens de communication, bioéthique, formation religieuse, communion matrimoniale, législation locale et tribu­naux, et enfin législations et courants d’idées au plan international. Nous parlerons ensuite de la pastorale familiale, de ses exigences, des directives et des solutions qu’elle propose. Cette pastorale d’ensemble complète le triple ministère des évêques et des curés : enseignement, sanctification et gouvernement. Elle coordonne les activités des mouvements et des organisations qui travaillent pour la famille et pour la vie. La Pastorale de la famille doit devenir aujourd’hui pour nous tous une priorité concrète, véritable et effective, afin de répondre à l’appel et à l’amour du Christ Rédempteur, « venu pour sauver et non pour juger » (Jn 3,17) .

Chapitre I L’Identité et la Sainteté de la Famille Chrétienne

3. Nous croyons que Dieu est amour. Nous croyons aussi que tout ce que Dieu a créé, il l’a créé par amour, dans l’amour et pour l’amour. Toute la création vient de Dieu-amour, porte les empreintes de Dieu dans la profondeur de son être et est orientée vers la réalisation de sa fin qui est de retourner à Dieu, amour et bonheur de tout être. L’homme, en particulier, créé à l’image de Dieu, porte dans son être et dans toute son activité les marques distinctives de son origine et de sa fin. Et c’est dans la mesure où il vit conformément à ce qu’il porte dans les profondeurs de son être qu’il pourra se réaliser et être heureux. Cela est inscrit dans sa nature et est en même temps une des constantes de la Révélation : Dieu appelle l’homme à vivre l’amour, à se dépasser par l’amour et à se réaliser pour l’amour. Dieu appelle et, en même temps, donne les moyens nécessaires pour que l’homme corresponde à son amour. Dans le mariage, institution naturelle et divine, l’homme sort de son individua­lisme, va vers l’autre, se donne à l’autre et se sacrifie pour l’autre. Par amour l’homme est même prêt à mourir pour l’autre. Il satisfait ainsi les aspirations les plus profondes de son être et accomplit les conditions de son bonheur. Comme toutes les réalités humaines, le mariage aussi a été blessé par le péché originel et par le péché personnel. Tout en étant à l’origine une réalité si sublime, il porte, plus que tout autre, les conséquences du mal dans l’homme et dans la société C’est pourquoi, il a besoin de rédemption et de salut. Et Dieu n’a pas abandonné l’homme à son péché. Il est venu à sa rencontre. Il a envoyé son Fils, devenu homme, Jésus-Christ de Nazareth, né de Marie par la puissance de l’Esprit Saint dans le cadre d’une famille. Il a vécu et travaillé dans le contexte d’une famille. Il a assisté à des mariages et les a bénis. Il a purifié le mariage, l’a ramené à sa vocation originelle et l’a élevé au rang de sacrement, c’est-à-dire qu’il a fait du mariage un signe et un instrument de sanctification, une source de grâces et un signe de son amour pour l’humanité et pour l’Eglise. L’Eglise, dans sa tradition orientale surtout, a condensé sa doctrine sur le sacrement du mariage dans une affirmation que nous voulons mainte­nant méditer avec vous : le mariage et la famille sont le sanctuaire de l’amour et de la vie.

4. Ils sont un sanctuaire. Tel est l’enseignement certain de l’Eglise, basé sur la raison et la révélation. Il ouvre un grand éventail de conclusions spirituelles et pastorales. La première de ces conclusions est que le mariage est une réalité à l’origine bonne et sainte, parce que c’est Dieu qui l’a voulu, l’a inscrit dans la nature de l’homme, l’a béni et l’a élevé au rang de sacrement. La famille, de son côté, fondée sur le mariage, vient de l’amour saint de Dieu, et est source de sanctification pour tous ses membres. Au cours des siècles, l’Eglise a fermement défendu la bonté et la sacralité du mariage et de la famille, contre les hérésies qui voyaient dans le mariage le « royaume du mal » et contre les idées hédonistes qui voyaient dans la famille une atteinte à la liberté et une source de problèmes, et donc une limite à l’hédonisme. Certes, le mariage et la famille ont été touchés par le péché. Notre expérience sociale de chaque jour nous enseigne combien les valeurs de la vie, de l’amour et de la famille se sont malheureusement dégradées, et montre les dérives bien tristes et dange­reuses auxquelles se trouve exposée la famille, à tout niveau, personnel, familial et social. Malgré ces constatations qui exigent réalisme et un grand travail de correction, de sanctification et de purification nous ne cessons de répéter avec force la foi de l’Eglise : le mariage et la famille sont fondamentalement bons et, vécus selon le plan de Dieu, ils constituent une source de grâces et de sanctification. Le mariage fait partie du plan de Dieu. Cela aussi, nous ne cesserons jamais de le répéter. Le mariage et la famille ne sont pas une invention de l’homme. Ils font partie de la vocation naturelle de toute personne humaine, dans toute société et dans tous les temps. Dans l’incarnation Dieu a réparé ce que le péché a détruit, a restauré son plan du début et l’a élevé à un niveau plus haut. Lorsque le Verbe de Dieu prit chair, il a assumé dans son incarnation toute l’humanité. Il s’est lié à tous les hommes et à tout l’homme. Par cette union, il a sauvé, élevé et sanctifié le mariage et la famille. Jésus lui-même ne s’est pas marié. Il a choisi le célibat et a appelé à la chasteté « pour le Royaume de Dieu », non pas par mépris pour le mariage, mais comme un amour plus grand pour la réalisation de la personne et de la vocation que Dieu lui adresse. Le mariage reste un objet de vénération et de sanctification dans la vie de l’Eglise. C’est pour cela que nous accueillons avec joie et gratitude, des mains du Seigneur et de l’Egli­se, tous les nouveaux bienheureux et saints qui étaient pères et mères de famille. Ils sont le plus beau témoignage de la sacralité du mariage et de la famille.

5. Le mariage et la famille sont un sanctuaire d’amour. Le mariage n’est pas, bien sûr, un simple fait biologique. Il n’est pas non plus un simple contrat social, entre un homme et une femme. Etant humain, venant de Dieu amour, comportant l’engagement de toute la personne, et menant les deux partenaires à Dieu, le mariage est essentiellement amour et un sanctuaire d’amour. Amour qui intéresse toutes les composantes de la personne : l’esprit, le cœur, la volonté, la conscience, la responsabilité, le corps, et même tous les liens intrinsèques et extrinsèques de la personne avec la société, le temps, l’es­pace et la culture. C’est un amour total et global, parce qu’il est basé sur l’être même de la personne, et pas seulement sur un de ses aspects ou sur son activité. Saint Paul est tellement frappé par la force et la profondeur de cet amour qu’il présente le mariage comme signe réel, quoique souvent bien faible, de l’amour de Jésus Christ pour son Eglise (Ephésiens). C’est ainsi que nous comprenons pourquoi Jésus, dans l’Evangile, et l’Eglise catholique, dans sa longue tradition, ont défendu et promu l’unité et l’indissolubilité du mariage chrétien. Certes, dans l’histoire et surtout aujourd’hui, comme nous allons le voir plus loin, les faiblesses et les difficultés ont été nombreuses, dans la mentalité et la vie de beaucoup de nos chrétiens, pour être fidèles à cet engagement total d’amour. L’Eglise, dans sa compassion, essaie, dans la pastorale et les tribunaux ecclésiastiques, de venir à la rencontre des couples en difficulté. Mais elle ne cessera jamais de proclamer la solidité, l’unité et l’indissolubilité du mariage chrétien basé sur l’amour. De même qu’elle invite aussi la société à respecter ce dépôt de valeurs humaines irremplaçables.

6. Un sanctuaire de l’amour et de la vie. Dans le plan de Dieu sur la famille, l’amour et la vie sont inséparables. L’amour vrai a comme fruit normal une nouvelle vie. Et la procréation, ce don de Dieu si merveilleux et si décisif pour l’avenir de l’humanité, se fait dans le cadre adéquat d’amour qui est la famille basée sur le mariage. Voici donc le fondement solide de la fonction de la famille par rapport à la vie : la vie est un don sacré de Dieu, elle mérite d’être respectée et accueillie ; la vie, dans sa conception et sa naissance, est une réalité très fragile et sans défense, elle exige une protection légale, sociale, médicale et amoureuse, que seule la famille peut procurer ; et la nouvelle vie, après la naissance, pour son éducation, son développement et son insertion dans la société, a aussi besoin d’un contexte que seule la famille peut vraiment assurer.

7. Le mariage et la famille sont une partie du patrimoine donné par Dieu à l’humanité : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, emplissez la terre» (Gen 1,27-28). Il leur donna des lois non pour limiter leur liberté, mais pour les aider à se développer comme individus et comme sociétés. C’est pourquoi, le mariage et la famille ne sont pas des institutions seulement chrétiennes. Dieu fonda le mariage et le dota de valeurs et de fins diverses. Il est une commu­nauté de vie et d’amour, établie sur l’alliance des conjoints, sur leur consentement personnel irrévocable, par lequel ils se donnent et se reçoivent mutuellement. Cette alliance a pour but le bien personnel des époux et le bien de la vie humaine par la procréation et l’éducation des enfants. Dans le mariage et la famille est assurée la conti­nuité du genre humain, le progrès personnel et le sort éternel de chacun des membres de la famille, pour la dignité, la stabilité, la paix et la prospérité de la famille et de la société humaine tout entière. Le mariage, alliance pour toute la vie entre l’homme et la femme, par un lien entre deux personnes et un amour possesseur, est un bien qui a ses racines dans la nature humaine. « Le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme et il a dit : ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront plus qu’une seule chair » (Mt 19,4-5). Tout ce que font donc l’Eglise et l’Etat pour le bien du mariage et de la famille, ils le font pour le bien de la société elle-même et celui de toute l’humanité. Dieu en élevant le mariage à la dignité de sacrement en a corroboré le lien et lui a donné la nature de la permanence, par la grâce sanctifiante qui sanctifie les deux époux et leur amour, et par la grâce d’état qui les fortifie. Ils deviennent ainsi dans leur vie conjugale à l’image de l’union du Christ avec l’Eglise (cf. Eph 5,23-32). Tout mariage canoniquement valide, c.-à-d. sans empêchement dirimant et sans défaut subs­tantiel dans le consentement et dans la forme canonique, est un des sept sacrements de l’Eglise.

8. Le mariage est donc une alliance, un contrat et un sacrement au sens canonique et théologique. Nos familles orientales sont restées fidèles à cette signification du maria­ge et leur fidélité est une des raisons de la survie et de la persévérance de notre peuple. Le mariage est une alliance enracinée dans celle de Dieu avec son peuple, que les Prophètes décrivent à travers l’image d’un amour conjugal passionné et fidèle. Par cette image, ils ont préparé la conscience du peuple à comprendre l’unité et la stabilité du mariage. De même, la communauté d’amour entre Dieu et les hommes, manifestée par la révélation et l’expérience de foi chez le peuple, a trouvé son expression dans l’alliance conjugale entre l’homme et la femme. L’idée essentielle en tout cela est : « Dieu aime son peuple », exprimée par le langage des époux dans la prophétie d’Osée : « Je te fiancerai à moi pour toujours ; je te fiancerai dans la justice et le droit, dans la tendresse et la miséricorde ; je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras le Seigneur » (Osée 2,21-22). Le péché qui va à l’encontre de l’alliance conjugale devient l’image de l’infidélité du peuple à son Dieu, de même que la désobéissance à la loi devient une infidélité à son amour. Toutefois la désobéissance ne détruit pas la fidélité éternelle de Dieu, car il aime son peuple même lorsque celui-ci «se tourne vers d’autres dieux » (Osée 3,1). Cette communion entre Dieu et les hommes trouva sa perfection en Jésus-Christ, l’époux qui a aimé l’humanité, s’est donné à elle comme sauveur et en a tiré son corps. Il a perfectionné l’amour de l’alliance nouvelle en assumant la nature humaine et l’a scellé de son sang répandu sur la croix, car il aima « les siens qui étaient dans le monde, il les a aima jusqu’au bout » (Jn 13,1). Par l’alliance conjugale, les deux époux forment une communauté de vie et d’amour qui reste pour toute la vie et est irrévocable. Par elle, ils s’aident et se soutiennent mutuellement dans leur vie personnelle, par le respect et le perfectionnement réciproques. Chacun s’efforce d’assurer le bonheur de l’autre. Tous deux aussi, ils se consacrent au service de la vie humaine, qui est le fruit du don mutuel de soi, par la procréation et l’éducation des enfants. Dans leur communauté d’amour, ils témoignent de l’amour de Dieu répandu par l’Esprit Saint dans leur cœur. Et dans cette communauté de la vie et de l’amour, ils sont égaux dans les droits et les devoirs.

9. Le mariage est un contrat singulier. Comme tout contrat, il en a les trois éléments constitutifs : la capacité de contracter non empêchée par aucun empêchement dirimant, le consentement conscient et libre non irrité par aucun défaut qui le rend nul, et la forme par laquelle les époux échangent leur consentement non invalidé par aucun défaut juridique. Mais il diffère des autres contrats dans son objet. Dans les autres contrats, les deux contractants échangent des objets extérieurs de ce monde. Dans le mariage, ils échangent leur propre personne. Chacun se donne à l’autre et le reçoit. Les qualités de ce don de soi réciproque donnent le droit mutuel sur l’autre pour l’acte ordonné à la procréation, dans l’unité, la fidélité et la possession exclusive limitée aux deux époux seulement. Il s’agit là d’un lien permanent et indissoluble, qui ne disparaît que par la mort de l’un des deux conjoints. Le contrat de mariage, avec ses effets juridiques, protège la vie des deux époux. Il est le rocher solide sur lequel se bâtit la famille, et lui garantit la stabilité et la permanence à tous les niveaux.

10. Le mariage est un des sept sacrements de l’Eglise, lorsqu’il est un contrat canoniquement valide. Le Christ a élevé l’alliance conjugale à la dignité de sacrement et a fait partager les époux à son amour pour l’Eglise son épouse (Eph 5,25-32). Il en a fait à la fois l’image et les participants de son amour. Ainsi il a fait de la famille chrétienne une « Eglise domestique », « la première cellule vivante de la société » et le « temple de la vie ». Le sacrement de mariage donne aux époux une grâce particulière qui est la présence de l’Esprit Saint dans leur vie. Elle les façonne sur le modèle de l’union du Christ et de son Eglise (Eph 5,23-33) et fait des deux un seul corps (Mt 19,4-6) : elle est une grâce créatrice. Elle sanctifie les époux, purifie leur amour et fortifie leur volonté pour remplir leurs devoirs conjugaux ; elle les rend capables de se consacrer réciproquement l’un à l’autre et de se rendre heureux : elle est une grâce sanctifiante. Elle les console dans les épreuves ; elle les illumine dans les moments obscurs ; elle les fortifie dans la faiblesse ; elle leur enseigne la vérité et les y conduit ; elle est une grâce active, la grâce de l’état conjugal.

11. L’Exhortation Apostolique « Familiaris Consortio » a présenté l’identité de la famille fondée sur le mariage comme communauté de vie et d’amour conjugal. La famille n’est pas le produit d’une culture, ni de l’évolution, ni une forme de vie commune liée à un système social donné. Elle est une institution naturelle, établie directement par Dieu, avant toute institution canonique ou politique. Le pape, dans l’Exhortation, invite la famille à se connaître soi-même : « Famille, tu dois être ce que tu es » (parag. 17). L’Exhortation indique quatre devoirs qui aident la famille à être ce qu’elle est : former une communauté de personnes ; servir la vie par la procréation et par l’éducation ; contribuer à l’avancement de la société ; et prendre part à la vie et à la mission de l’Eglise, en tant que communauté qui croit et propage l’Evangile et en tant que communauté en dialogue avec Dieu et au service de l’humanité.

12. Dieu qui a voulu le mariage et la famille les a destinés, dès la création, à atteindre leur perfection dans le Christ, par la grâce qui guérit de la blessure du péché et qui les rend de nouveau capables de comprendre le plan de Dieu, et de le réaliser d’une manière parfaite. Ainsi ils sont une voie de sainteté et de salut personnel pour les époux, les parents et les enfants. La famille chrétienne, née du mariage, image de l’alliance d’amour entre le Christ et son Eglise (Eph 5,32) et partageant ce même amour, révèle à tous la présence active du Sauveur dans le monde, et reflète la nature originelle de l’Eglise, tant par l’amour, la fidélité, la procréation et l’éducation, que par la collabo­ration aimante de tous les membres de la famille. Tous savent combien d’époux, de parents et d’enfants, dans nos pays, et dans d’autres pays du monde, ont vécu leur vie conjugale et familiale dans la sainteté. L’Eglise a élevé sur les autels ceux qui ont vécu l’héroïcité des vertus théologales et naturelles. La grandeur de Dieu s’est manifestée en eux par les miracles qu’ils ont faits. C’est pourquoi ils furent béatifiés ou canonisés et présentés à nous comme modèles de vie chrétienne et de sainteté dans la vie conjugale et familiale. Nous mentionnons dans l’annexe de cette lettre quelques-uns de ces laïcs qui ont atteint la sainteté dans le mariage et dans les divers domaines de la société.

Chapitre II : Difficultés rencontrées par la famille dans les pays du Moyen-Orient

13. Durant le 13e Congrès du CPCO, les représentants des Eglises Catholiques en Orient ont présenté des rapports concrets sur la famille dans nos pays : Egypte, Iraq, Syrie, Liban, Jordanie et Terre Sainte. Nous pouvons les résumer comme suit. En nos pays, la famille souffre d’une crise économique aiguë, qui est le résultat des situations mondiales et locales. Cela a accru le chômage et la pauvreté, à cause des guerres qui continuent ici et là, particulièrement en Palestine et en Iraq, à cause de la montée du terrorisme, des abus dans l’investissement des richesses de la terre et du manque d’équité dans leur distribution. Ainsi les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. La crise économique s’est manifestée par diverses privations dans la plupart de nos familles : un niveau de vie trop bas et indigne d’une personne humaine, privation même des droits humains fondamentaux, exigeant en soi l’intervention de l’Etat, qui doit mettre toutes ses potentialités au service du développement économique et du progrès social et assurer les services publics à tous les citoyens et dans toutes les régions. Cette crise a poussé aussi certains à recourir à des moyens immoraux pour gagner de l’argent, par la corruption, le vol, le sexe et la drogue. La corruption s’est répandue, les occasions de travail ont diminué et les portes de l’émigration se sont ouvertes, faisant partir nos fidèles et les forces vives de nos pays. Tout cela a causé la dispersion de la famille, la séparation des parents et des enfants, l’affaiblissement de la communion entre ses membres, l’absence du dialogue, la négligence de l’éducation des enfants à la maison, et l’augmentation des tensions dans les rapports à cause des soucis, des préoccupations et des cas de découragement.

14. En nos pays, la famille en nos pays souffre de déviations morales, qui déforment son visage, violent sa sainteté et portent atteinte à sa dignité. Bien que nos sociétés soient encore relativement fidèles aux traditions, et que la jeunesse soit encore encadrée par la famille, l’Eglise et les divers mouvements apostoliques, un libéralisme sexuel commence à se pratiquer dans le secret, la cohabitation libre augmente, et le mariage coutumier entre jeunes commence à se répandre dans certaines universités en certains de nos pays. A cause de l’ambiance saturée de violence, d’abus, de décadence des valeurs et de la morale, parce que l’image du père responsable ne présente plus le modèle à imiter, et à cause du manque d’autorité dans la maison, plusieurs parmi nos jeunes ont dévié et ont couru derrière ce qui est facile, sans aucun frein, moral ou juridique. Ils se sont tournés vers la drogue et l’alcool, bien qu’en proportions différentes d’un pays à l’autre. La drogue a pénétré les écoles et les universités. Le tourisme, les hôtels et la globalisation l’ont encore augmentée. Elle a eu des conséquences néfastes : santés démolies, incapacité de travailler et de gagner son pain quotidien par les voies légales. Elle a coûté aux parents et à la société des sommes énormes pour combattre ses effets et traiter ceux qui en sont atteints. Parmi les phénomènes de la décadence morale, il faut mentionner aussi le déséquilibre dans les rapports sociaux, la préférence donnée aux intérêts personnels aux dépens du bien commun, l’arrivisme, l’exploitation des autres et le fait que tout devient objet de marchandise. Suite à tout cela, des aberrations malsaines ont pénétré dans les comportements quotidiens, et au lieu d’être de rares exceptions, elles sont devenues la règle. Toutes ces déviations, contraires à la loi morale et aux enseigne­ments de l’Evangile, ont porté atteinte à la dignité du mariage ; elles ont détruit l’idée de la famille et déformé la beauté de l’amour et de la fidélité conjugale.

15. La famille est devenue la proie de programmes médiatiques destructeurs, diffusés par certains moyens de communication écrits ou audio-visuels. Bien que ces moyens soient en soi « un don de Dieu », comme le dit l’Eglise, une nouvelle langue commune entre les hommes et une culture qui s’étend à tous les aspects de la vie intellectuelle et sociale, une partie cependant de ces medias est en train de causer un grand mal à la famille et à ses membres. Les satellites étrangers, largement répandus, les câbles, les réseaux d’informatique, sont une source à la fois d’enrichissement culturel et de graves dangers menaçant directement la famille chrétienne et ses valeurs. En effet la promotion de la violence et de la jouissance illicite, dans les films et la musique, les programmes soutenant l’athéisme et l’hostilité au christianisme et les rites de certaines sectes qui singent les symboles chrétiens et ses dogmes, constituent une grande puissance de destruction morale. La même chose se dit au sujet de certains sites de l’Internet et de la poste électronique, avec les programmes qui s’y rattachent. Avec toutes les capacités de communication et d’échange que ces moyens procurent, ils comportent aussi un danger pour la jeunesse, lorsque celle-ci s’en sert sans avoir conscience du mal qu’elles contiennent et sans surveillance responsable. Les programmes d’information destructeurs, dont souffre la famille dans nos pays, affaiblissent les valeurs morales, dépravent les esprits par la propagation de l’immo­ra­lisme sexuel, ôtent l’amour et la compassion des cœurs par l’incitation à la violence, et, en traitant du divorce et de l’infidélité conjugale, ils portent à la dissolution des liens matrimoniaux. Ils ont aussi une grande influence sur les rapports entre les jeunes, sur le choix du partenaire pour la vie, sur la paix et l’harmonie dans la vie de famille, sur les rapports des époux entre eux, et sur les rapports des parents avec les enfants.

16. La science de la vie aussi, la bioéthique, est parfois employée contre le bien de la personne humaine. La bioéthique c’est l’ensemble des efforts déployés par la science pour l’amélioration de la qualité de la vie humaine. Il s’agit de découvertes dans le domaine des sciences naturelles et biologiques, qui rendent possibles des interventions sur la vie de l’être humain, ou même sur l’être lui-même, durant toute la durée de son existence, depuis le commencement de la vie, telle la fécondation in vitro, et jusqu’à la fin, telle l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique, et d’autres techniques encore comme l’élimination (dans le traitement des embryons), les mutations (dans le genre de l’individu), la greffe des membres et autres. Lorsque ces découvertes sont employées à l’encontre de la loi divine ou naturelle et de toute éthique (avortement, moyens contraceptifs, toutes sorte de fécondation artificielle), elles causent à la famille un grave dommage moral. Un grand nombre d’époux et de membres de la famille, dans nos pays, recourent à quelques-unes de ces pratiques. Ceux qui les promeuvent exploitent l’ignorance générale des gens au sujet des vérités scientifiques et morales. Pour certains médecins, elles sont tout simplement l’occasion de réaliser de grands profits matériels. Les responsables dans la société ou dans l’Eglise, de leur côté, restent inactifs dans ce domaine. En Occident certaines de ces pratiques sont même légalisées : ainsi en est-il de l’avortement dans toutes les phases de la vie de l’embryon, l’euthanasie, le mariage des homosexuels, les expérimentations sur la vie humaine, sur les embryons, et le clonage humain. La question de la bioéthique est aujourd’hui la question sociologique des temps présents. Le Pape Jean-Paul II affirme dans sa lettre « l’Evangile de la Vie » : « De même qu’il y a un siècle, c’était la classe ouvrière qui était opprimée dans ses droits fondamentaux, et que l’Eglise prit sa défense avec un grand courage, en proclamant les droits sacro-saints de la personne du travailleur, de même à présent, alors qu’une autre catégorie de personnes est opprimée dans son droit fondamental à la vie, l’Eglise sent qu’elle doit avec un égal courage donner une voix à celui qui n’a pas de voix. Elle reprend toujours le cri évangélique de la défense des pauvres du monde, de ceux qui sont menacés, méprisés et à qui l’on dénie les droits humains… Si l’Eglise, à la fin du siècle dernier, n’avait pas le droit de se taire face aux injustices qui existaient alors, elle peut encore moins se taire aujourd’hui » .

17. L’ignorance religieuse, chez un grand nombre de nos familles, est un autre facteur qui affaiblit les valeurs de la vie conjugale et familiale. Elle permet l’infiltration de concepts erronés sur le mariage, ses buts et ses caractéristiques. Elle permet des pratiques contraires à la loi divine et morale, et finit par vider la foi de son contenu. Les époux et les autres membres de la famille tombent alors facilement sous l’influence des courants idéologiques propagés par certaines sectes largement répandues dans nos pays. La pratique des sacrements est de plus en plus abandonnée, surtout les sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, bases de la vie matrimoniale et familiale, soutien de l’unité et de la sainteté du mariage, de la communion des personnes et du partage des biens matériels et spirituels. Pour parer à cette grave ignorance, l’Eglise invite à donner aux chrétiens une formation spirituelle qui les accompagne depuis l’âge de l’enfance jusqu’aux fiançailles et au mariage. Une formation qui leur fasse connaître les principes nécessaires de la vie chrétienne, les habitue à pratiquer les sacrements, à redresser leurs mœurs, à résister aux passions, et à respecter l’autre. Une formation qui les aide à grandir et à comprendre la dignité et la sainteté du mariage, le rôle et l’importance de la famille, la valeur du sexe, de la chasteté dans et hors mariage, et la paternité et la maternité responsables en ce qui concerne la procréation et l’éducation des enfants . 18. Toutes ces difficultés mentionnées finissent par détruire le lien matrimonial. Bien que nos familles soient restées encore fidèles à la stabilité du mariage et à l’unité de ses membres, nous constatons en ces jours de plus en plus de cas de dissolution du lien matrimonial, par la séparation, la déclaration de nullité ou par le divorce. Cela cause des dommages spirituels, moraux et matériels à la partie innocente et produit un choc affectif et psychologique qui marquent la vie des enfants, devenus orphelins alors que leurs parents sont encore vivants. Il faut donc une pastorale particulière qui commence par la préparation au mariage, en tout domaine, spirituel, moral, psychologique et social. Il faudra ensuite accompagner les jeunes couples et entourer les familles en difficulté, afin qu’elles se sentent aimées et suivies, et prendre les initiatives nécessaires pour leur venir en aide et les sauver. La famille est la première cellule de la société ; c’est pourquoi, prendre soin de la famille c’est prendre soin de la société elle-même.

Chapitre III:

Les difficultés de la famille dans la législation, les pratiques judiciaires et la politique économique

19. Le Statut Personnel, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, protège le mariage et la famille dans son identité et sa tradition. Cependant, la famille comme telle, de même que ses membres, ne jouissent pas de fait de tous leurs droits dans ces pays. Les causes sont diverses et relèvent de la législation et des pratiques judiciaires. Nous mentionnons surtout : la discrimination et l’inégalité entre l’homme et la femme, les mariages mixtes dans lesquels la partie chrétienne perd beaucoup de ses droits, le changement de religion ou de confession dans le but d’obtenir un divorce et de se libérer de la législation et des tribunaux catholiques. Tout cela contribue à affaiblir les liens familiaux, à mettre la famille dans une situation de souffrance, de chômage et de privation et devient ainsi une des raisons qui pousse la famille toute entière ou une partie de ses membres à l’émigration.

20. Le Statut Personnel est né dans nos pays du concept, développé et adopté par l’Islam religieux et politique, de la « personnalité de droit absolue » au niveau de la législation et des tribunaux. Selon ce concept, chaque personne a sa religion et sa législation. En conséquence, il y a dans un même pays autant de législations que de religions. Chaque «ummah » ou communauté religieuse a ses lois selon lesquelles sont jugés les litiges entre ses fidèles. Et l’autonomie législative est complétée par l’autonomie judiciaire. Sur cette base, les chrétiens ont eu leur législation particulière dans le domaine spirituel et temporel depuis le VIIe siècle. Au XIIe et XIIIe s. apparut une législation unifiée (Nomocanon) à l’intérieur de chaque Eglise : la législation de Ibn al-Assal pour l’Eglise copte, Kitabu-l Huda pour l’Eglise maronite, Ibn al-Ibri pour l’Eglise Jacobite ou les syriens orthodoxes, Abedyashou’ pour les Nestoriens, et des Compendia législatifs pour les deux Eglises melkite et arménienne. Durant les différentes époques islamiques, les chrétiens ont ainsi conservé leur autonomie législative et judiciaire, dans leurs affaires religieuses et civiles, cependant dans des mesures plus ou moins larges. Cette autonomie fut absolue du temps des pre­miers califes (Ar-Rashidin, 632-656), et du temps des Ommeyyades (656-750). La compé­­tence législative et judiciaire commença par contre à se rétrécir durant l’époque abbasside (750-1258), dans le cadre d’un système connu sous le nom de législation personnelle, réelle, de succession et pénale, avec les compétences judiciaires qui s’en­suivaient. Dans ce système, le juge musulman s’est réservé la compétence de juger, selon la loi musulmane, les différends entre les non-musulmans appartenant à des commu­nautés différentes, de même que dans les conflits entre musulmans et dhimmis, ou les conflits d’ordre public. La situation resta ainsi durant la période des Mammeluks (1253-1517). A l’époque ottomane (1517-1920), il y eut les “tanzimat » dans le but d’inclure les communautés non musulmanes à l’intérieur de la nation (la Ummah). Une série de décrets impériaux, entre 1839 et 1917, en définirent le statut personnel. Cependant, alors que la justice pour les musulmans faisait partie du système de l’Etat, les non-musulmans continuèrent à avoir une structure législative et judiciaire confessionnelle, mais sous la surveillance de l’Etat qui lui conférait la compétence et en assurait l’exécution. 21. Avec la naissance et l’indépendance des Etats arabes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dans chaque pays, des législations officielles définissant le statut personnel ont été promulguées. Les Eglises avaient leurs législations particulières et leurs tribunaux dans les limites définies par le pouvoir politique en chaque pays. Puis les lois de ces pays ont évolué et commencé à restreindre petit à petit les compétences des autorités religieuses chrétiennes dans la législation et dans la pratique judiciaire, dans le cadre du statut personnel, de sorte que les chrétiens n’eurent plus à ce sujet un traitement égal à celui des autres citoyens. Seul le Liban a conservé jusqu’aujourd’hui un statut personnel intégral assurant l’égalité entre tous les citoyens, musulmans et chrétiens, dans la législation et devant les tribunaux.

22. Les principes suivis dans le système judiciaire des pays mentionnés portent atteinte aux droits des époux chrétiens, et causent un déséquilibre dans l’égalité des citoyens pour des raisons de discrimination religieuse. Nous mentionnons à titre d’exemples les cas suivants : a. Si l’un des conjoints chrétiens embrasse l’islam, pendant que le procès est en cours, il a le droit, comme musulman, de recourir à la loi islamique. Si le conjoint chrétien devient musulman, la loi islamique s’applique sur lui dans ses différends de statut personnel, que le changement ait eu lieu avant de recourir au tribunal ou pendant le recours, et si la femme reste chrétienne cela n’y change rien. Si par contre c’est la femme qui embrasse l’islam et que son mari reste chrétien, elle a le droit de demander le divorce par la loi du khol’ reconnue par le droit, auprès du tribunal civil qui devient compétent pour raison de différences de confession ou de religion. Si l’un des conjoints chrétiens devient musulman après que le tribunal chrétien compétent ait donné la sentence, en matière de séparation ou de dépenses, la sentence ne s’applique plus sur lui, car la compétence passe au tribunal musulman qui peut décréter le divorce et annuler les sentences déjà prononcées par le tribunal chrétien. Et toute sen­tence du tribunal chrétien n’est plus passible d’exécution. b. Si les deux époux appartiennent à deux confessions ou religions différentes, c’est la loi musulmane qui traite leurs différends. c. Si l’un des deux époux est musulman, homme ou femme, la compétence en statut personnel revient en ce cas au tribunal musulman. d. Si l’un des deux conjoints est musulman, le conjoint chrétien n’hérite pas de lui. Si le mari chrétien se convertit à l’Islam, sa femme chrétienne perd son droit à l’héritage.

23. Au Liban, les autorités religieuses chrétiennes, musulmanes et autres ne peuvent exercer leur pouvoir judiciaire que sur les personnes de leur confession et qui ont la citoyenneté libanaise. La compétence pour le contrat de mariage entre Libanais de différentes confessions revient à l’autorité religieuse de l’époux à moins que les deux époux ne se mettent d’accord et par écrit pour le contracter devant l’autorité religieuse de la femme. Dans tous les cas, le mariage reste soumis aux tribunaux de la confession où le mariage a été célébré. S’il y a eu un ou plus d’un contrat légal, la compétence appartient à l’autorité du premier contrat. Si l’un des contrats seulement est légal, i.e. conforme aux exigences de la loi, la compétence revient à l’autorité devant laquelle le contrat a été conclu. Dans le cas de changement de confession ou de religion par l’un des deux conjoints, la compétence reste à l’autorité devant laquelle le contrat a été conclu. Si les deux conjoints changent de confession ou de religion, la compétence se transfère à la nouvelle autorité religieuse dont ils dépendent. Cette législation libanaise consacre l’égalité entre chrétiens et musulmans dans leur statut personnel, en ce qui concerne la législation et les tribunaux. Elle se base sur la convivialité définie par la Constitution au Liban, et surtout dans l’article 9 qui dit : « La liberté de conscience est absolue. En rendant hommage au Très-Haut, l’Etat respecte toutes les confessions et en garantit et protège le libre exercice, à condition qu’il ne soit pas porté atteinte à l’ordre public. Il garantit également aux populations, à quelques rites qu’elles appartiennent, le respect de leur statut personnel et de leurs intérêts religieux ».

24. Au niveau de la communauté internationale, la famille a eu à faire face à des difficultés et à des obstacles de la part de certaines organisations comme cela s’est produit au Congrès international du Caire sur la démographie et le développement, à l’occasion de l’année mondiale de la famille en 1994. On y a voulu évacuer la mission de la famille, en insistant sur le prétexte de l’explosion démographique. Bien que ce prétexte se soit révélé faux, à la lumière de récentes recherches scientifiques, la commu­nauté internationale ne cesse de soutenir une campagne mondiale pour le contrôle de la population. Le Pape Jean-Paul II dit dans sa lettre Evangelium Vitae (par. 12) qu’il s’agit là d’une « guerre des puissants contre les faibles». Il en est en effet ainsi. Car ce « contrôle » utilise des moyens qui ne respectent pas la personne humaine et ses droits fondamentaux ; il soutient l’avortement, les moyens contraceptifs, la stérilisation et même l’infanticide. L’ONU, qui est une autorité internationale pour appuyer les actions et les initiatives qui ont pour but le maintien de la paix et la collaboration entre les peuples, par le soutien et la défense des droits fondamentaux de la personne humaine et du bien commun, doit comprendre que, parmi ces droits et dans ce bien commun, la famille occupe la première place, car elle est « l’héritage originel et saint de l’humanité », comme le dit le Pape, et parce qu’elle est l’élément « naturel et fondamental de la société » .

25. Le pontife romain a attiré l’attention plus d’une fois sur le danger qui menace de perdre le sens originel de la famille, à cause des dispositions prises par la communauté internationale et des programmes qu’elle soutient et qui sont contraires à l’idéal et aux valeurs morales qui la fondent. Cela affaiblit en elle le sens de son devoir qui lui demande de trouver des solutions morales aux problèmes d’ordre mondial, telles la croissance démographique dans le monde, la vieillesse dans certains pays industrialisés, la lutte contre les maladies, et l’émigration forcée de certains groupes de populations. L’Eglise a toujours indiqué les dangers qui menacent en ces temps la famille, la vie et la dignité de la personne humaine, le statut juridique de l’embryon, le rôle essentiel et capital de la famille dans la société, la place et la signification de la sexualité. Sur tout cela le pape dit : « Sans cesser de dénoncer ces menaces en diverses circonstances (comme dans les interventions à l’ONU, à l’UNESCO, à la FAO et ailleurs), l’Eglise doit les regarder en même temps à la lumière de la vérité reçue de Dieu’.

26. Le Parlement européen, en rendant légal le mariage des homosexuels, invente une nouvelle législation pour un nouveau genre de famille basé sur l’union de personnes homosexuelles, donnant ainsi valeur d’institution à des pratiques anormales, contraires au plan de Dieu, même s’il prétend, par cette décision, prendre la défense des faibles qui ont des penchants homosexuels et ne pas faire de discrimination contre eux. L’Eglise est d’accord pour défendre les faibles et refuser toute discrimination, mais elle ne peut pas moralement accepter la légalisation de la pratique homosexuelle. A l’occasion de l’année de la famille, le pape Jean-Paul II avait dit : « Nous savons tous que l’être humain peut avoir des faiblesses, mais cela ne signifie pas qu’il faut soutenir et encourager ces faiblesses, comme l’a fait le Parlement Européen. » La famille, qui est l’union d’un homme et d’une femme engagés à se donner l’un à l’autre, ouverts à la procréation de la vie, n’est pas seulement une valeur chrétienne, mais une valeur naturelle enracinée dans la création. La perte de cette vérité n’est pas une question confessionnelle, mais un danger qui menace toute l’humanité. De fait, la loi naturelle, parce qu’elle est inscrite par Dieu dans le cœur de l’homme, précède toute loi positive établie par les hommes, et en est le critère de vérité.

27. L’exhortation Apostolique Familiaris Consortio de Jean-Paul II encourage les familles « qui, en premier lieu, doivent faire en sorte que les lois et les institutions de l’Etat non seulement s’abstiennent de blesser les droits et les devoirs de la famille, mais encore les soutiennent et les protègent positivement ». Le pape a rappelé aux législateurs et aux chefs politiques l’importance fondamentale des valeurs de la famille et de ses tâches sociales. Celles-ci doivent aussi trouver leur expression sous la forme d’interventions politiques. Il est du droit des familles d’exiger cela, sans que cette tâche primordiale des foyers soit considérée comme une interférence avec le pouvoir public, au risque de diminuer son autorité. Car il s’agit tout simplement du droit de tous à contribuer au bien public, et en premier lieu, au bien de la famille et de la vie. C’est pourquoi, les organisations internationales, de leur côté aussi, ne peuvent pas limiter leur action, dans ce troisième millénaire, seulement aux problèmes économiques ou à l’équilibre des forces basé sur une situation de non-guerre entre les peuples.

28. La Charte des Droits de la Famille, dans son introduction, attire l’attention sur le fait ce que « les droits, les besoins fondamentaux, le bien-être et les valeurs de la famille, bien qu’ils soient, dans certains cas, progressivement mieux sauvegardés, sont souvent méconnus et même menacés par des lois, des institutions et des programmes socio-économiques ». Elle demande que « l’aide économique, accordée pour le dévelop­pe­ment des peuples ne soit pas conditionnée par l’acceptation de programmes de contraception, de stérilisation ou d’avortement » (art 3b). Elle met en relief aussi le droit de la famille à recevoir l’aide nécessaire « de la société pour la mise au monde et l’éducation des enfants. Les couples mariés qui ont une famille nombreuse ont droit à une aide appropriée, et ne doivent pas subir de discrimination » (art 3c).

Chapitre IV Directives et solutions

29. Face à ces difficultés qui constituent un grand défi pour nous tous, nous voudrions tracer, dans cette lettre, un plan commun pour une pastorale de la famille dans nos pays, à la lumière des recommandations de notre 13e Congrès tenu au Caire, et à la lumière des principes et des directives proposés par l’Eglise universelle.

Sur le plan économique L’économie est un élément fondamental pour la fondation honorable d’une famille, pour qu’elle puisse se réaliser avec tous ses membres, surtout les jeunes géné­rations. Nous affirmons ici le droit des familles à bénéficier de conditions économiques qui leur assurent un niveau de vie permettant leur épanouissement. Elles ont le droit de détenir des biens privés et de les acquérir par le droit d’héritage ou le transfert de propriété, sans discrimination religieuse, de sorte que ce droit puisse favoriser une vie familiale stable. Une vie économique saine assure à toute famille ses droits fondamentaux naturels dans les domaines du travail, du salaire juste, du logement convenable, de la santé, du traitement, de l’enseignement et de l’éducation. Le travail trouve sa source dans la nature de l’homme et lui permet d’exercer son activité créatrice, de se réaliser, de gagner sa vie et de s’assurer le moyen de survivre. Il est une nécessité sociale pour la croissance de toute la société, pour son développement et son progrès, et pour la promotion de la justice sociale et distributive. Le logement est le fondement de la stabilité et de la sécurité de la famille. Il en protège le caractère privé et intime, et elle y trouve le repos après la fatigue et le poids du travail de la journée. La santé, la protection contre les maladies et les contagions, les moyens d’un bon traitement médical, l’enseignement et l’éducation, sont autant de fondements sur lesquels se construit la vie familiale, sociale et nationale. L’Eglise et l’Etat sont invités, chacun dans son domaine respectif et selon ses moyens particuliers, à alléger la crise économique et à libérer la famille de ses consé­quences sociales néfastes. Nous invitons nos fidèles, et nos institutions, à intensifier leurs efforts, à investir leur argent et leurs énergies afin de créer des nouvelles occasions de travail, et à prendre de nouvelles initiatives de solidarité et de coopération afin de faire face aux difficultés de la vie dans les domaines de l’enseignement, des soins médicaux et des hôpitaux. Mais c’est à l’Etat d’abord qu’incombe le devoir de mettre fin à la crise écono­mique, en mettant fin au gaspillage de l’argent public, à la corruption, à l’oppression sociale et à la pauvreté. « Ceux qui acceptent de s’engager dans le service public, dans la vie politique, économique et sociale, ont le devoir impérieux de subordonner leurs intérêts particuliers ou de groupe au bien de leur nation, afin de guider le peuple tout entier vers le bonheur, par la juste conduite de la res publica . Ils doivent s’efforcer d’édifier un système politique et social juste, équitable et respectueux des personnes et de toutes les tendances qui le composent, afin de construire ensemble leur maison commune ». 30. Au niveau spirituel et moral, la famille est le garant de base pour conserver les valeurs humaines et sociales et pour assurer l’éducation nécessaire pour cela. Aucune société humaine ne peut se constituer sans ces valeurs. Les Pères du concile Vatican II enseignent que « la famille est le berceau et le moyen efficace pour rendre la société plus humaine, et pour lui donner la qualité de personnalité. Ainsi elle contribue d’une façon profonde et singulière à l’édification du monde, car elle le rend capable de vivre d’une façon humaine vraie et aide à la transmission des vertus et des valeurs de génération en génération ». Afin que la famille puisse se mettre à l’abri des déviations morales qui la menacent, il est du devoir des pasteurs d’âmes de l’entourer de soins particuliers et d’activer la spiritualité conjugale et familiale, qui marque toute la vie quotidienne et toute son activité d’un amour pur et du don généreux de soi, afin qu’elle ne s’écarte pas des valeurs mora­les familiales. Cette spiritualité s’enracine dans les deux sacrements de baptême et de confirmation, se fortifie par la pénitence, et se nourrit de l’Eucharistie. Elle atteint enfin son complément dans la prière en famille. La pratique du sacrement de la réconciliation rend les époux, et tous les membres de la famille, capables de comprendre par la foi comment « le péché contredit non seule­ment l’alliance avec Dieu, mais aussi l’alliance entre époux et la communion de la famille. Ainsi ils sont conduits à la rencontre de Dieu ‘riche en miséricorde’ lequel, par son amour plus puissant que le péché, reconstruit et perfectionne l’alliance conjugale et la communion familiale ». « Le sacrement de l’Eucharistie, est le sacrifice de l’alliance d’amour entre le Christ et l’Eglise, scellé par le sang de sa croix. Les époux chrétiens y trouvent la source jaillissante qui modèle intérieurement et vivifie constamment leur alliance conjugale. C’est dans l’amour de l’Eucharistie que la famille chrétienne ‘trouve le fondement et l’âme de sa communion et de sa mission : le Pain Eucharistique fait des différents membres de la communauté familiale un seul corps’, dans lequel transparaît l’unité de l’Eglise. Ainsi la participation au corps ‘livré’ et au sang ‘versé’ du Christ devient pour la famille chrétienne une source inépuisable de dynamisme missionnaire et apostolique ». Nous espérons que l’année de l’Eucharistie que nous vivons en ces jours sera une occasion pour consolider les bases du mariage et de la famille. Nous espérons que les deux Lettres du pape Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003) et Mane nobiscum Domine (7 octobre 2004) seront une source intarissable pour la spiritualité de la vie conjugale et familiale. La prière en famille transforme la vie quotidienne et toute activité de la famille en « un sacrifice spirituel agréable à Dieu par l’intermédiaire de Jésus-Christ », car ses membres participent au sacerdoce du Christ dans le sacrement du baptême et du mariage. La prière de la famille est une prière faite en commun, mari et femme ensemble, parents et enfants. La prière familiale a comme contenu original la vie même de la famille, en toute circonstance : joies et peines, espoirs et tristesses, naissances et anniversaires, jubilé du mariage des parents, départs, absences et retours, choix importants et décisifs, mort des êtres chers, etc. Tous ces événements doivent aussi devenir un moment favorable d’ac­tions de grâces, de supplication et d’abandon confiant de la famille entre les mains du Père commun qui est aux cieux. Ils sont les signes de la présence aimante de Dieu dans l’histoire de la famille.

31. Les Moyens de Communication exercent une grande influence sur la culture aujourd’hui. Ils sont devenus indispensables. Il faut donc éduquer la famille et les jeunes à savoir les utiliser, avec leurs grandes potentialités, pour le bien des personnes et des familles, loin des intérêts qui tendent souvent à oublier ou même à sacrifier le bien moral, comme le bien des enfants, des jeunes et des familles. Par leur grande puissance, les Moyens de Communication peuvent exercer une influence bénéfique. Mais ils ont la capacité aussi de se jouer des consciences et de la vie familiale. Il est donc du devoir de l’Etat, de l’Eglise, des responsables des Moyens de Communication et de ceux qui y travaillent, de collaborer ensemble pour trouver des stratégies meilleures qui aident à mieux profiter de leurs puissances positives en faveur de la famille. La famille a en effet un droit fondamental à utiliser ces moyens à la fois d’une façon libre et protégée qui la mette à l’abri des images envahissantes, représentant la violence, le sexe et l’immoralité, dans des programmes agressifs et des publicités immo­destes . Les familles n’ont pas le droit de se décharger de leur responsabilité éducative dans ce domaine. Ils n’ont pas le droit d’occuper le temps libre de leurs enfants par des occasions d’évasion faciles, télévision, Internet et autres publicités vulgaires. Il est du devoir des parents de veiller à procurer à leurs enfants des programmes de divertissement plus sains, plus utiles et plus formateurs du point de vue physique, moral et spirituel. Ils ont le devoir d’apprendre à leurs enfants comment utiliser les moyens de communication d’une façon modérée, critique et prudente, qui puisse form