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Méditation de Mgr Pizzaballa : Baptême de Jésus, année A

Published: January 08 Wed, 2020

12 janvier 2020

Baptême de Jésus

Le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 3, 13-17) commence par une annotation de lieu : Jésus est en Galilée, et de là il part pour aller au Jourdain, chez Jean, et se faire baptiser par lui (Mt 3, 13). Il y a donc une intention précise de Jésus, qui se met en route justement dans ce but, avec ce projet : se faire baptiser par Jean-Baptiste.

Jésus se rend donc à un endroit précis, à l’endroit où tous ceux qui se considèrent pécheurs, qui souhaitent se faire baptiser par Jean et qui attendent le salut, se sont rassemblés à ce moment-là.

Une fois qu’il est arrivé, Jésus ne commence pas à proclamer que finalement le Messie est arrivé et que c’est Lui. Jésus ne se présente pas comme un Messie qui vient vaincre le mal par sa force, par ses pouvoirs, mais comme un Messie qui se place aux côtés de l’homme, qui se fait frère. Jésus fait exactement ce que font tous les autres, c’est-à-dire qu’il se fait baptiser, il est solidaire du peuple pécheur. Il se tient devant les hommes comme vêtu de péché. L’amour annule la distance entre Dieu et le pécheur. Elle n’a pas peur des pécheurs, elle ne s’isole pas d’eux, elle n’a pas peur d’être contaminée, elle accepte cette promiscuité, ce mélange avec notre humanité blessée. Il se met en ligne avec ceux qui vont à Jean pour confesser leurs péchés, lui qui est sans péché.

Et ce fait scandalise Jean le Baptiste. Le passage d’aujourd’hui se poursuit en effet avec une petite discussion qui a lieu entre Jean et Jésus. Le Baptiste peine effectivement à comprendre cet étrange commencement de Jésus : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » (Mt 3,14). C’est la même attitude de désarroi que celle de Pierre à Césarée (Mt 16, 22-23) ou au Cénacle, lorsqu’il refuse au début de se faire laver les pieds (Jn 13, 6,8). Le Baptiste, Pierre et beaucoup d’autres, demandent à Jésus de rentrer dans une logique plus « normale », plus évidente : cette logique selon laquelle ceux qui sont plus grands et ceux qui sont plus importants doivent recevoir un plus grand honneur.

Mais Jésus inaugure un monde nouveau, un style nouveau, une justice nouvelle. Ce n’est pas la justice qui sépare, qui juge, qui classifie. Au contraire, c’est la justice qui unit, qui fait tomber les barrières, qui élimine tout ce qui sépare. Et le premier effet de ce nouvel ordre des choses est que les cieux s’ouvrent : nous pourrions dire qu’au geste de Jésus, qui rompt la distance qui le sépare des pécheurs, répond le geste du Père, qui ouvre les cieux, qui annule la séparation entre l’homme et Dieu (« et voici que les cieux s’ouvrirent », Mt 3,16).

Ainsi, dès que ce geste est fait, il se passe quelque chose qui nous ramène au début de la création, lorsque le monde, dans sa beauté, est sorti des mains du Créateur. Ici aussi, comme alors, l’Esprit descend sur la terre et vient sur Jésus (Mt 3,16), sur l’homme nouveau (« Il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui » Mt 3,16).

Qui est ce nouvel homme ? De quoi vit-il ?

L’Evangile nous donne deux réponses.

Il est celui qui reçoit l’Esprit, c’est-à-dire celui qui vit de la vie même de Dieu, de son souffle. Celui qui contemple les cieux ouverts, qui lève les yeux, qui vit de Dieu.

Et c’est Celui qui vit une relation de filiation et d’amour avec Dieu : alors que Jésus sort du Jourdain, on entend en effet la voix du Père qui désigne Jésus comme son Fils, le bien-aimé, en qui il trouve toute sa joie (« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » Mt 3,17). L’homme nouveau, donc, est celui qui reçoit la vie comme un fils la reçoit de son père ; et qui vit constamment de cet amour, et de rien d’autre.

L’homme nouveau est celui qui ne fonde pas sa vie sur l’honneur et la puissance, mais seulement sur l’amour du Père, qui le retire des eaux de la mort pour lui donner sa vie sans fin. C’est la justice nouvelle, l’ordre nouveau du monde : que tous soient sauvés, que tous vivent cette vie, et non une autre.

C’est ce que Jésus commence à faire avec ce geste, au Jourdain, en se faisant baptiser par Jean.

Et c’est ce qu’il continuera à faire sur son chemin, jusqu’au bout, sur la Croix, quand sera accomplie la justice qui aujourd’hui a été inaugurée.

+Pierbattista