« Le plus important est de leur montrer qu’ils ne sont pas seuls ». Au Vicariat St Jacques, le Centre St Rachel sort renforcé de l’épreuve du confinement

Par: Geoffroy Poirier-Coutansais/LPJ - Publié le: June 17 Wed, 2020

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JERUSALEM –  Le Vicariat Saint-Jacques pour les catholiques de langue hébraïque en Israël s’engage lui aussi progressivement vers le dé-confinement. Le Centre Sainte-Rachel, qu’il a créé en 2016 dans le quartier de Talbieh à Jérusalem pour accueillir en journée les enfants de migrants et demandeurs d’asile catholiques en Israël, a traversé une période d’une grande intensité et pleine de défis, démontrant ainsi toute la pertinence de l’action du Vicariat auprès des populations les plus démunis du pays.

Pendant un mois et demi, les habitants de Terre Sainte ont vécu dans des conditions d'enfermement, avec des restrictions aux déplacements similaires à celles adoptées un peu partout dans le monde. Ce confinement a provoqué une instabilité, un isolement et une vulnérabilité sans précédent au sein de la population, et particulièrement chez les plus fragiles de la société.       

Le Vicariat Saint-Jacques, destiné aux catholiques de langue hébraïque du Patriarcat latin de Jérusalem, agit auprès migrants et demandeurs d’asile en Israël.  Au Centre Sainte-Rachel, qu’il administre depuis quatre ans, des religieuses, des prêtres, des animateurs sociaux ou encore des volontaires accompagnent ces enfants dont les parents, déjà en situation d’insécurité économique et sociale élevée, se sont retrouvé totalement désemparés face à la perspective du confinement.

Les premières rumeurs de confinement ont en effet provoqué une grande inquiétude chez les familles de migrants explique le père Rafic Nahra, Vicaire du Patriarcat latin pour les catholiques hébréophones d’Israël ainsi que pour les migrants et demandeurs d’asile. Le Centre, qui accueille en temps normal une soixantaine d’enfants a d’ailleurs été contraint de fermer ses portes à la mi-Mars, se conformant ainsi aux mesures prises par les autorités civiles dans le cadre de la crise sanitaire mondiale : « Ces populations (Indiens, Philippins notamment) vivent souvent ensemble, plusieurs familles partageant un seul et même logement, avec en conséquence une promiscuité élevée. La question du confinement prend des dimensions totalement différentes de ce que cela peut-être dans des familles israéliennes, avec des risques de contaminations beaucoup plus importantes encore ».

Contraints par les autorités civiles de fermer Sainte-Rachel, les responsables du Centre se sont donc rapidement rendu compte que certaines familles ne seraient pas en capacité de vivre ce confinement sur une durée aussi importante. « Imaginer une maman et ses trois adolescents enfermés la même chambre pendant cinq semaines ! […] l’hypothèse était tout simplement inconcevable ». Le Centre disposant d’un espace important, avec des terrains de jeux, le Père Rafic et ses collaborateurs ont donc fait le pari d’accueillir certains enfants dans des conditions de confinement : « L’idée était, tout en observant scrupuleusement les règles sanitaires imposées par le gouvernement, de vivre ici tous ensemble, comme une grande famille ». Neuf enfants ont pu ainsi être accueillis dans les deux grandes maisons du Centre, les mères ayant relevé le défi d’être totalement séparées de leurs petits pendant toute la durée du confinement. Le nombre est cependant très faible au regard des soixante enfants qui visitent le Centre chaque année tout au long de l’année. « On ne peut pas sauver le monde entier, confie le père Rafic, il a donc fallu faire des choix et privilégier les familles pour lesquelles le poids des enfants en période de confinement aurait été le plus difficile à vivre ».

Concernant la scolarité des enfants, le passage des écoles à l’enseignement en ligne a permis aux responsables d’instaurer pour les enfants un emploi du temps sain, avec des journées partagées entre cours le matin et activités sportives et récréatives l’après-midi. « Les responsables du Centre sont en contacts avec leurs professeurs, et notent tous les devoirs à faire. Nous avions aussi des personnes qui, par téléphone ou par Skype, pouvaient les accompagner dans leurs devoirs […] Ça s’est organisé comme si les enfants vivaient dans une famille »

Certains volontaires confient avoir vécu une période inoubliable. Parmi eux Gaultier, jeune français en année de césure dans le cadre de ses études d’ingénieur à l’Ecole Centrale de Nantes : Aussi bien les volontaires que les enfants, nous avons été heureux d’effectuer des activités que nous n’avions pas l’habitude de partager : Jardinage, guitare, chants, découvertes de nouveaux sports… […] Ce confinement restera pour moi un moment exceptionnel de la mission qui m’aura permis de nouer des liens différents avec les enfants et les volontaires que je n’aurais probablement pas pu nouer en période normale. »

La vie liturgique s’est elle aussi adaptée. Deux fois par semaine, le père Benedetto Di Bitonto, originaire d’Italie, célébrait la messe en plein air dans la cour de récréation, devant une petite assemblée observant scrupuleusement les règles sanitaires (port du masque, sièges espacés de deux mètres). Des messes en streaming ont pu également être célébrées, sur une base quotidienne, par les différentes communautés hébréophones du Vicariat (Be’er Sheva, Jaffa, Haïfa, Jérusalem)

Le confinement ayant créé des problèmes économiques terribles pour les migrants et demandeurs d’asiles, le père Rafic a eu l’idée, dès le début du mois d’Avril, de lancer une Collecte de fonds. « Nous voulions aider au moins les cas les plus difficiles, ceux qui n’avaient strictement rien. » Si le plus important étaient le paiement du loyer, le Vicaire patriarcal nous confie que certaines familles se sont retrouvées dans une situation d’insécurité alimentaire alarmante : « Nous recevions des véritables appels au secours, certains n’ayant presque plus rien à manger ». Pas question cependant pour le père Rafic que l’argent aille uniquement aux personnes du Centre Sainte-Rachel.  « Avec l’aide des différentes communautés de migrants, nous avons pu entrer en contact avec de nombreuses familles (indiennes, Philippines, Sri-Lankaises) à Jérusalem et à tel Aviv, dont les besoins sont particulièrement urgents. »

D’autre part la fin du confinement stricto sensu ne signifie en aucun cas un retour à « l’avant pandémie » nous explique le P. Rafic. « Les règles sanitaires sont désormais très strictes, et nous divisons les enfants en petits groupes qui ne changent pas [...] Il faut être près d’eux, veiller à ce qu’ils se lavent les mains régulièrement… » En outre les deux écoles, la Gymnasia et Paula Ben Gourion, où presque tous les enfants du Centre sont scolarisés, ont connu une explosion de cas après leur réouverture. « Tous nos enfants ont été replacés en quarantaine pendant 14 jours… Deux semaines intenses durant lesquelles il a fallu être en contact avec les services de santé pour s’assurer que les enfants seraient testés. Quatre d’entre eux ont été contaminés. Il a fallu obtenir que quelques-uns puissent être placés dans des hôtels réquisitionnés par les services de l’Etat pour les malades du COVID-19 ».

La vie spirituelle de son côté a pu reprendre progressivement son cours, avec des messes célébrées au départ dans la cour du Vicariat : « le curé a pu installer une petite tente dans la cour, afin que nous ne soyons pas vus par tous les voisins [..] Puis dès lors que les autorités ont autorisé les rassemblements à l’intérieur, les messes ont à nouveau été célébrées dans la chapelle de la Maison des Saints Siméon et Anne. » Le père Rafic reconnaît toutefois avoir dû doubler le rythme des messes les fins de semaines, afin de limiter le nombre de participants et respecter ainsi les règles de distanciation. « Il y a désormais deux messes le dimanche en fin de journée au lieu d’une, pour que la présence soit plus aérée. Les mêmes règles ont d’ailleurs été appliquées dans les autres paroisses en Israël, à Be’er-Sheva notamment. »

Le dernier jour du confinement, le Centre Sainte-Rachel a eu la chance d’avoir la visite de Mgr Pierbattista Pizzaballa, Administrateur Apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem. Accompagné du Chancelier du Patriarcat, le père Ibrahim Shomali, ainsi que du diacre Firas Abedrabbo, Mgr Pizzaballa a présidé la dernière messe en ce temps de confinement.