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Méditation de Mgr Pizzaballa : Epiphanie, année A

Publié le: January 04 Sat, 2020

6 janvier 2020

Epiphanie

Nous avons commencé la nouvelle année liturgique par le temps de l’Avent, et par l’invitation, le premier dimanche de l’Avent, à être vigilants (Mt 24, 37-44). C’est seulement ainsi, en effet, que peut arriver la rencontre avec le Seigneur qui vient, qui se révèle.

Aujourd’hui, solennité de l’Épiphanie, nous revenons à cette invitation, et nous voyons, dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 2, 1-12), des personnes qui sont attentives, et de ce fait rencontrent le Seigneur, et d’autres qui sont incapables d’être attentives, et donc ne le rencontrent pas. Les uns et les autres nous aident à comprendre ce que signifie être attentif, comment vivre comme des personnes attentives.

Vivre comme des personnes attentives signifie se rendre compte que quelque chose s’est passé et le prendre en considération.

Apparaît dans le ciel une étoile différente, mais tout le monde ne semble pas y prêter attention : probablement beaucoup de gens la voient, mais seuls les Mages, en Orient, la reconnaissent comme l’étoile du Messie ; seuls les Mages donnent de l’importance à ce qu’ils ont vu.

Être attentif signifie donc reconnaître que ce qui se passe est un signe, porte en soi une parole, dit quelque chose. Cela signifie reconnaître que ce signe est pour toi et se mettre à l’écoute.

Peut-être qu’on ne comprend pas tout, et que le signe parle dans des langues qui ne sont pas toujours les nôtres. Mais, pour commencer le voyage, il suffit de se rendre compte que la réalité n’est pas muette, que la réalité parle.

Et c’est déjà le premier pas du salut.

Le péché, en effet, a déplacé l’attention de l’homme, il a détourné l’objet de son regard, de son intérêt : après le péché, l’homme cesse de lever les yeux, il cesse de regarder le lieu où Dieu habite, et il cesse de se regarder, de regarder sa nudité. Et puis, à travers toute l’histoire du salut, Dieu cherche précisément cela, il cherche des personnes capables de regarder au-delà d’elles-mêmes, de se dépasser, de se mettre en route.

« Mon peuple s’accroche à son infidélité ; on l’appelle vers le haut ; aucun ne s’élève » (Os 11,7), dit le Seigneur par le prophète Osée. Et à lui fait écho Isaïe, dans la première lecture d’aujourd’hui, une phrase d’Isaïe : « Lève les yeux alentour et regarde… » (Is 60,4).

Être attentif, donc, signifie obéir et se mettre en route.

Après avoir écouté, il faut alors laisser place en nous pour ce que la parole sème en nous et, habituellement, la parole sème en nous un désir, un seul grand désir, qui est de chercher le Seigneur, le désir de Le connaître et, finalement, de vivre pour Lui. « Nous sommes venus nous prosterner », diront les Mages (Mt 2,2).

C’est précisément ce qui n’arrive pas aux chefs des prêtres et aux scribes du peuple, qu’Hérode envoie appeler pour tenter de démêler cette mystérieuse annonce que les mages avaient apportée à Jérusalem (Mt 2, 4-6). Ces savants d’Israël connaissent bien la leçon, et ils donnent la réponse exacte, mais cela ne change pas leur vie, cela ne les met pas en mouvement, cela ne suscite pas en eux un désir.

Et il est dramatique que ce soient précisément les religieux, les sages, qui ne partent pas à la recherche de l’épanouissement, qui s’arrêtent les premiers, qui restent bloqués par ce qu’ils savent, comme si leur connaissance seule suffisait…

Un autre élément à noter est que l’annonce vient de l’extérieur : Jérusalem est le lieu des promesses, mais l’annonce que les promesses ont été accomplies ne se fait pas là et vient de l’extérieur, de personnes étrangères et lointaines.

L’attention demande donc de l’humilité : les Mages, arrivés à Jérusalem, font quelque chose que les scribes et les chefs ne savent pas faire, c’est-à-dire qu’ils demandent simplement. Ils sont attentifs, ils sont sages, et donc ils sont humbles, de sorte qu’ils savent que leur connaissance, à elle seule, ne suffit pas, qu’il y a quelque chose au-delà, qui ne leur est pas encore donné. Et c’est pour ça qu’ils ne retournent pas en arrière, au contraire. Ils partent pour puiser à une autre source, à un autre langage qui leur était inconnu jusqu’à présent, celui de la Parole, des promesses, de la révélation.

Même les dirigeants du peuple auraient pu demander, se mettre en dialogue, mais ils ne le font pas : ils se limitent à dire ce qu’ils savent déjà, et ils s’arrêtent là.

Faire attention, donc, c’est savoir laisser quelque chose : les Mages quittent leur terre et, sans craindre la distance, se mettent en route. D’autres, dans ce passage, démontrent qu’ils ne savent pas le faire, qu’ils ne savent pas renoncer à ce qu’ils ont.

Hérode ne peut voir menacé ce qui lui est le plus précieux, c’est-à-dire sa puissance ; et les scribes ne s’éloignent pas de ce qui leur est le plus précieux, leur savoir, c’est-à-dire leur pouvoir religieux.

Même les Mages, les lointains, ont quelque chose de très précieux, qu’ils portent avec eux, mais qu’ils ne gardent pas pour eux : quand ils arrivent à l’endroit où se trouvait l’enfant, ils l’offrent à celui qu’ils ont trouvé.

Ils le font parce qu’ils ont éprouvé une grande joie (Mt 2,10), une joie qui n’a pas de prix.

Ils le font par gratitude, car ils ont énormément reçu lorsqu’ils ont trouvé ce Messie qui les a attirés et guidés.

+Pierbattista

 

(Traduit de l’italien)