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Méditation de Mgr Pizzaballa : XXXIIIe Dimanche du Temps Ordinaire, année C

Publié le: November 14 Thu, 2019

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17 novembre 2019

XXXIIIe Dimanche du Temps Ordinaire, année C

Même si le passage de l’Évangile d’aujourd’hui (Lc 21,5-19) ne suit pas immédiatement, dans le récit de Luc, celui de dimanche dernier (Lc 20,27-38), il pourrait être utile de les garder ensemble.

Nous sommes toujours dans le temple, et les disputes avec les chefs du peuple, les scribes et les sadducéens sont  à présent terminées.

Dans ce dernier chapitre, qui précède le récit de la Passion, Jésus invite ses disciples à la vigilance, car les temps qui se préparent sont des temps difficiles.

L’occasion pour Jésus de développer cette réflexion vient de ceux qui s’arrêtent pour parler de la beauté du temple, de ses pierres et de ses ex-voto (Lc 21,5). Eh bien – dit Jésus – tout cela est vrai, mais le temple n’est pas éternel ; au contraire, des jours viendront, où  de toute cette beauté il ne restera pratiquement rien (Lc 21,6). Le temple est beau, mais il ne durera pas éternellement.

Dimanche dernier, avec l’exemple de la femme qui a eu sept maris différents, nous avons entendu l’histoire d’une vie stérile qui, malgré toutes les tentatives permises et suggérées par la Loi, n’a pas pu surmonter la mort.

Ici, nous voyons un temple, un espace sacré qui, malgré toute sa beauté, ne peut pas résister à l’impact du temps et ne peut donc pas vraiment être un lieu de salut.

Mais alors, où chercher le salut, sur quoi appuyer sa vie dans les temps difficiles annoncés par le Messie ?

La réponse de Jésus est paradoxale, et il dit que la réalisation du Royaume ne se reconnaît pas par le fait que tout va bien, que les choses fonctionnent, que l’on rencontre le succès… De tout cela, comme des belles pierres du temple, il ne reste rien. Au contraire, la présence du Royaume du Père se reconnaît sans qu’il y ait le moindre doute par un seul signe sûr, c’est-à-dire par le fait que les disciples rencontreront des difficultés et des persécutions.

Il viendrait naturellement à penser le contraire, et à juger le Royaume selon les critères humains du succès et de la réussite.

Jésus, au contraire, appelle ses disciples à veiller à ne pas tomber dans le piège du succès, et c’est sur cela que nous devons être vigilants et ne pas nous laisser tromper : un regard nouveau est nécessaire, comme celui de l’aveugle guéri que Jésus a rencontré aux portes de Jéricho (Lc 18,35-42).

Si le regard est malade, il est confus, il ne voit pas le Seigneur là où il se rend présent, mais il le voit là où il n’est pas (Lc 21,8 : « car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! »)

Mais alors où ses disciples rencontrent-ils plutôt le Seigneur ? Partout où ils passent par l’épreuve (Lc 21,12 : « on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ») et la traversent sans crainte, sans se préoccuper de leur défense (Lc 21,13 : « Cela vous amènera à rendre témoignage. »), en restant dans la certitude que le Père garde le moindre détail de leur vie (Lc 21,18 : « Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu »).

La persécution est en quelque sorte nécessaire, parce qu’elle est un signe de cette mentalité nouvelle, que le monde ne reconnaît pas comme sienne et que par conséquent il rejette. C’est nécessaire, mais ce n’est pas le dernier mot, ce n’est pas tout, car c’est précisément dans la persécution que les chrétiens peuvent témoigner de leur appartenance à leur Seigneur : ils ne sont reconnus par d’autres signes que par cette capacité à traverser l’épreuve sans la crainte de mourir.

Mais tout cela ne vient pas d’eux, de leurs forces ou de leurs capacités : « C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse » (Lc 21,15).

C’est un don qui doit simplement être accepté, mais c’est justement par ce que c’est un don,  que cette capacité est sûre, stable, définitive, contrairement aux belles pierres du temple, qui ne résistent pas au temps et à la violence des hommes.

Il s’agit donc d’être vigilant, ce qui ne veut pas dire d’essayer par tous les moyens d’éviter la douleur, le rejet, la mort.

Nous restons, au contraire, des personnes fragiles, mais libres de l’obsession de devoir toujours nous débrouiller, de devoir nous sauver nous-mêmes, de ne devoir jamais faire d’erreurs ; libres de l’idolâtrie de notre ego, de devoir prendre soin des apparences, comme les belles pierres du temple.

Libres de l’idée que la souffrance est mauvaise, que la faiblesse est frustrante, et capables de reconnaître comment, dans notre faible humanité, le Seigneur nous unit à Lui.

+Pierbattista