P. Firas Abedrabbo: “Le facteur “temps” est très important pour le discernement. Laisser passer le temps fait mûrir une décision”

Par: Saher Kawas/ LPJ - Publié le: June 29 Mon, 2020

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PALESTINE, Terre Sainte - Le samedi 27 juin 2020, l'Église catholique et le diocèse de Jérusalem ont célébré l'ordination sacerdotale du diacre Firas Abedrabbo, originaire de Beit Jala. La célébration a été présidée par S.E. Mgr Pierbattista Pizzaballa, Administrateur Apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem, à l'église de l'Annonciation à Beit Jala. À cette occasion, le Bureau média a rencontré le nouveau prêtre et a évoqué avec lui la vocation des prêtres et les expériences qu'ils vivent, ainsi que son expérience personnel en tant que secrétaire particulier de Mgr Pizzaballa.

1. Comment avez-vous préparé votre ordination sacerdotale au cours de l’année passée ?

C’était une année très riche d’expériences nouvelles et intéressantes. Elle m’a aidé à découvrir un autre aspect de la vie du prêtre diocésain au le Patriarcat Latin. La découverte de nouveaux aspects de la vie de cette église, a fait grandir en moi mon sentiment d’appartenance et mon attachement à cette église de Terre Sainte, dans toute sa diversité.

2. Quelle est l'importance de prendre son temps pour répondre à l'appel de Dieu ? Selon votre expérience personnelle, que faut-il prendre en compte pour y répondre ?

Le facteur “temps” est très important pour le discernement. Laisser passer le temps fait mûrir une décision. J’aime cette phrase d’un moine bénédictin, qui disait : « quand le fruit est mûr, il tombe de lui-même », et qu’il appliquait à la vie spirituelle : quand une décision profonde est mure, elle remonte d’elle-même à la surface, elle devient claire, au temps opportun ! Bien sûr, cela ne nous exempte pas de notre devoir de faire usage de l’intelligence que Dieu nous donne, mais un discernement, n’est pas une activité uniquement cérébrale, c’est aussi un acte « spirituel » et « existentiel » dans lequel tout notre être s’engage pour orienter notre vie vers Dieu.

Outre le temps, un autre facteur de discernement très important est la paix intérieure, la consolation spirituelle. On est appelé au bonheur, et si la vie consacrée nous rend triste, c’est un signe que quelque chose qui ne va pas. Il faut, alors, prolonger le discernement pour savoir si cette tristesse est une tentation ou si c’est un le signe d’un égarement.

3. La vocation exige-t-elle certains traits de personnalité et de caractère selon vous ?

Bien sûr ! A chaque vocation il y a des traits de personnalité et du caractère importants. Pour un prêtre, il est important, avant tout, d’être mature d’un point de vue humain, afin d’être capable de comprendre, de compatir et ainsi d’accompagner les gens que je rencontrerai sur le chemin du ministère. Et être humainement mature, veut dire être capable d’aimer, de se décentrer de moi-même, de discerner les situations et les personnes et capable de m’engager et d’y tenir, même quand les sentiments changent.

Ensuite, il y a aussi des qualités morales importantes : il faut que le prêtre soit un homme juste, honnête, détaché de l’amour de l’argent et du pouvoir, capable de vivre le célibat consacré comme un don libre et non comme un fardeau, et être capable de supporter la solitude qu’engendre les incompréhensions ou même parfois les persécutions. 

4. Quelles sont les tentations auxquelles les prêtres sont confrontés aujourd'hui en Terre Sainte ?

Il y a des tentations que nous avons en commun avec tous les prêtres partout dans le monde, comme l’activisme, le carriérisme, le repli sur soi et le cléricalisme.

Une des grandes tentations des prêtres en Terre Sainte serait de vivre dans leurs réalités et milieux trop étroits, oubliant le reste des habitants de cette terre, et même parfois, le reste de l’Eglise catholique en cette Terre Sainte.

Il est facile pour un prêtre en Terre Sainte de se réduire à un « chef de kibboutz », qui deviendrait son petit royaume, où il serait tout pour tous ! Cette réalité peut être une paroisse, un poste administratif voire même un milieu social. Dans un pays comme le la nôtre où il y a trois religions, treize églises chrétiennes et deux territoires séparés par un mur ; cette mentalité de « ghetto » peut facilement fleurir et engendrer des prêtres agissant en parallèle voir même parfois en compétition permanente les uns avec les autres car ils ne pensent plus au bien commun, ni dans une logique chrétienne « catholique », c’est-à-dire universelle.

5. Si vous deviez reprendre vos études, quel domaine choisiriez-vous, sachant que vous êtes déjà titulaire d'une maîtrise en histoire du droit et des institutions ?

Il est vrai que je suis juriste de formation, mais c’est la théologie qui m’a toujours attiré. Et dans la théologie je suis attiré particulièrement par la théologie biblique, spirituelle et fondamentale. Ces trois différents spécialités, me semblent intimement liées, car la théologie sans spiritualité c’est du rationalisme et de l’intellectualisme, tandis que la théologie qui ne traite pas d’abord des questions « fondamentales » à la lumière de la parole de Dieu et de la Tradition de l’Eglise, reste un discours idéologique qui ne peut pas prétendre être un chemin vers le Royaume de Dieu, qui est le but ultime de toute vie chrétienne et de la mission de l’Eglise confiée particulièrement aux évêques et aux prêtres.  

6. Vous êtes le secrétaire particulier de Mgr Pizzaballa depuis un an maintenant. Que vous a appris ce poste ? A quoi ressemble le travail auprès de l'Administrateur Apostolique ?

Ce service que je rends depuis bientôt un an, fut pour moi une expérience passionnante. Après l’expérience pastorale à Hoson, au nord de la Jordanie, il y a trois ans, et l’expérience d’Aumonier des étudiants à l’université de Bethléem l’année dernière, c’est une expérience tout à fait différente qui, malgré un aspect très administratif, n’en est pas moins pastorale que les autres mais à un autre niveau et avec une approche différente.

C’est aussi une expérience de vie communautaire que j’ai beaucoup appréciée. Elle est loin d’être parfaite, mais elle est satisfaisante. Ce fut une bonne école pour découvrir où sont ses propres limites mais aussi un lieu de rencontres extraordinaire. Les tensions aussi sont une bonne école de vie, qui peu à peu m’aident à mûrir et me détacher du regard des autres sans être pour autant complétement indiffèrent, car dans ce que les autres disent ou pensent de nous, on trouve toujours un part de vérité qui est bonne pour notre conversion personnelle.

Je suis particulièrement content de travailler avec Mgr. Pizzaballa, qui est un homme de Dieu, qui craint Dieu, qui aime l’Eglise locale et se donne sans réserve à son service. Avec lui, j’ai beaucoup appris, non seulement au niveau « technique et professionnel » mais aussi et surtout au niveau « humain » et « spirituel ». C’est un homme qui a déjà un long parcours intellectuel et ecclésiastique, son bon sens wlui permet de regarder la réalité avec l’œil d’un prophète.

En bon franciscain, il est un bon exemple de celui qui est détaché des biens matériels et qui prend soin des pauvres. C’est un homme qui aime la simplicité dans les relations, ce qui m’arrange très bien, car il est difficile pour moi de vivre au quotidien avec une personnalité trop formelle, ou qui passerait le temps à tourner autour du sujet sans jamais y entrer. Heureusement ce n’est pas le cas avec notre Archevêque, qui est un homme qui sait joindre la clarté à la prudence de la discrétion.