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MESSAGE
DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D'ORIENT A L'OCCASION DE LEUR ler SYMPOSIUM
REUNI AU LIBAN du 19 au 24 AOUT
Introduction
Nous
remercions Dieu qui nous a fait la grâce de nous réunir pour
la première fois dans notre région afin d’étudier
ensemble des questions relatives à la vie de nos Eglises. Nous avons
tenu notre ler symposium au Liban dans l’hospitalité de sa Béatitude
Mar Nasrallah Boutros Sfeir, Patriarche Maronite d’Antioche et de tout
l’Orient. Nous avons d’abord examiné le "code des canons des Eglises
orientales"qui a été promulgué récemment à
Rome pour être mis en application à partir du ler Octobre
1991.
Nous
avons examiné ensuite nos relations avec les musulmans auxquels
nous sommes liés par une histoire spécifique dont nous voulons
approfondir l'authenticité et la transformer au service de tous
les habitants de nos pays.
Nous
nous sommes réunis en un temps décisif pour nos Eglises,
notre région et le monde. Il n’échappe à personne
que le Moyen Orient est devenu le champ libre des conflits internationaux,
à un moment où l’humanité recherche un nouvel ordre
mondial dont les contours ne sont pas encore définis et dont nul
ne sait ce qu’il va engendrer, alors que nous sommes déjà
à l’orée du 3e millénaire. Tous se rendent compte
entre temps que ces conflits multiples et enchevêtrés ont
laissé derrière eux, et ne cessent de le faire, la destruction,
la dispersion, la mort et toute sorte de souffrances.
Dans
cette conjoncture, nous avons voulu nous réunir pour nous inspirer
de notre foi, de notre espérance et de notre charité, et
pour repérer la volonté de Dieu sur nos Eglises en ces temps
difficiles et pour chercher à y répondre avec une confiance,
une joie et une résolution renouvelées en dépit de
toutes les difficultés que nous affrontons. Nous croyons que le
Seigneur Jésus Christ ne cesse d’être avec nous et avec nos
Eglises, comme il nous a promis en disant: "Voici, je suis avec vous pour
toujours jusqu’à la fin du monde" (Mt 28,20).
Nous
avons voulu ainsi, au terme de nos entretiens, adresser un message à
nos fils catholiques ainsi qu’à nos frères chrétiens,
musulmans et juifs et tout homme de bonne volonté, en notre cher
Orient et dans le monde entier. Nous avons l’intention de leur faire part
de nos interrogations et de nos aspirations, lesquelles ne recherchent
que le bien de tous.
A
nos fils Catholiques
Nous
nous adressons d’abord à vous, chers fils catholiques de l’Orient.
Nous nous sommes réunis en portant vos soucis et vos espérances.
Ce sont les soucis et les espérances de chacun d’entre vous. Nous
avons vécu avec vous des situations difficiles dans les lieux où
nous coexistons avec tous nos compatriotes et elles ont marqué profondément
nos âmes. Nous avons un besoin extrême de nous arrêter
et de méditer, à la lumière de notre foi, de notre
Evangile et de notre héritage, le sens de notre présence,
de notre vocation et de notre témoignage dans cette partie du monde
où Dieu a voulu que nous vivions notre foi et notre mission.
Les
situations difficiles avec lesquelles nous sommes affrontés ne doivent
pas nous porter à fuir, à nous recroqueviller sur nous-mêmes,
à nous mettre à l’écart de notre univers ou à
nous y dissoudre. Ils doivent nous ramener plutôt aux racines de
notre foi pour y trouver la force, la constance, la confiance en soi et
l’espérance, en nous rappelant la parole de notre Seigneur: "Ne
crains pas, petit troupeau" (Lc 12,13). L’Eglise ne se mesure pas en chiffres.
Elle n’est pas tributaire de la statistique, mais de la conscience que
ses fils ont de leur vocation et de leur mission.
Présence,
Mission et Témoignage
Nous
vivons dans cet Orient depuis la plus haute antiquité. Il fait partie
de notre identité profonde. Nous faisons partie à notre tour
de son identité et de son être. De ce fait, nous n’avons pas
le droit de rester ici en réduisant notre souci principal à
la volonté de durer, ce qui nous confinerait dans l’isolement, la
peur et le complexe mortel du minoritaire. Notre présence en Orient
est une présence de mission et de témoignage. Ce n’est pas
le fait d’un organisme qui se contente de la nostalgie du passé
et se trouve incapable de se frayer un chemin vers l’avenir. Nos Eglises
sont vivantes, en prise avec la volonté de Dieu manifestée
à travers les événements, le milieu, l’héritage
et la civilisation. Nous avons longtemps porté un regard sur nous-mêmes
et les autres nous ont regardé du point de vue confessionnaliste,
lequel empêche de connaître l’autre, d’entrer en relation profonde
avec lui et d’assumer sa vie et ses soucis. Ce même point de vue
empêche autrui de nous connaître en vérité. Tout
cela engendre suspicions, inimitiés et idées préconçues.
Elles ont vite fait de se muer, pour n’importe quel motif, en antagonismes
artificiels et stériles.
Non
plus des entités confessionnelles mais des Eglises vivantes
Il
est temps pour nous de passer des entités confessionnelles à
des Eglises vivantes qui s’efforcent, dans la diversité de leurs
rites et de leurs patrimoines, à vivre leur foi dans toute son authenticité
et une interaction créative avec le milieu environnant que Dieu
a voulu pour nous et que nous avons voulu comme nôtre. Il nous appartient
d’apporter une contribution efficace dans tous les domaines de la vie publique
(social, économique, politique, culturel, et autres). Il nous appartient
de le faire avec un cœur largement ouvert, une générosité
totale et une relation véritable à tous ceux avec lesquels
nous vivons. Ce faisant, nous ne recherchons que la gloire de Dieu et le
service de l’homme, conformément au dessein salvifique de Dieu qui
nous a créé tous à son image et selon sa ressemblance.
Les difficultés auxquelles nous sommes en butte ne sont qu’un stimulant
pour enraciner cette authenticité dans la coexistence et pour l’activer
en fonction des circonstances historiques qui ne cessent de changer et
d’évoluer dans notre région.
Espérer
et Agir
"Le
Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais"
(Mt. 13,8). Par l’intermédiaire de nos Eglises, le Christ, Verbe
du Dieu éternel, s’incarne dans les situations historiques par tous
ses aspects et sous toutes ses faces. Tout cela demande une disposition
permanente à correspondre avec l’action de l’Esprit qui purifie
notre foi, la clarifie et la met au niveau de la vocation à laquelle
nous avons été appelés et à la hauteur de l’espérance
que nous portons dans nos cœurs. C’est cette espérance dont l’Apôtre
Pierre nous demande d’être toujours prêts à rendre raison.
(IP 3,15)
Le
temps que nous vivons n’est pas un temps de peur, de doléances,
de lamentations et d’évasion, mais un temps d’espérance et
d’action en vue d’un avenir où nous ne cessons de nous enraciner
dans notre Christ et de nous enraciner en même temps dans nos sociétés,
de manière à être un ferment de bien commun, de charité,
de réconciliation, de rapprochement et de paix. Vous voyez ainsi,
chers fils, que nos patries et nos Eglises ont besoin de nous en ces temps
difficiles. Nous avons vécu avec nos concitoyens des temps de facilité.
Il n’est que juste de partager avec eux les jours difficiles et d'œuvrer
ensemble à réédifier nos pays et leurs habitants sur
des bases solides et saines.
Le
fléau de l’Emigration
A
cet égard, nous ne pouvons pas ne pas rappeler, la mort dans l’âme,
comme chacun de nous l’a fait séparément dans le passé,
le fléau catastrophique de l’émigration. Ce fléau
ronge notre organisme ecclésial, entrave notre marche et prive nos
Eglises et nos pays du service généreux que nous leur devons.
Nous avons besoin de nos pays, qui représentent le milieu naturel
de notre vocation et de notre mission. De leur côté, nos pays
ont besoin de nous et de la richesse authentique de notre présence
vivante et active. Il ne fait pas doute que nos pays ont le désir
sincère, comme c’est du moins notre espoir, de nous aider à
vivre dans la dignité sur notre terre ancestrale.
A
nos frères Catholiques
Nos
Eglises d’Orient se distinguent par leur antiquité, leurs patrimoines,
la variété de leurs expressions liturgiques, l’authenticité
de leurs spiritualités, la largeur de leurs horizons théologiques
et la force de leur témoignage multiséculaire qui a atteint
parfois l’héroïsme du martyre. Tout cela représente
un acquis vivant que nous portons dans nos coeurs, un stimulant puissant
pour notre espérance et une source de confiance et de persévérance
à laquelle nous puisons quand nous prospectons les voies de l’avenir.
La
diversité est une caractéristique essentielle de l’Eglise
universelle comme de l’Orient chrétien. Cette diversité a
toujours été une source de richesse pour toute l’Eglise,
quand nous l’avons vécue dans l’unité de la foi et dans la
charité. Malheureusement, cette diversité s’est transformée
en diversion et séparation à cause des péchés
des hommes et de leur éloignement de l’esprit du Christ. Néanmoins,
ce qui nous unit est encore plus important et plus fort que ce qui nous
sépare. Il ne nous empêche pas de nous rencontrer et de nous
entraider. La chrétienté d’Orient, nonobstant ses divisions,
représente à la base une unité dans la foi que rien
ne peut morceler. Nous sommes chrétiens ensemble pour les bons et
les mauvais jours. La vocation est une, le témoignage est un et
le destin aussi. Nous sommes donc requis à travailler ensemble par
les divers moyens disponibles et à raffermir à la base les
fidèles qui nous sont confiés, dans un esprit de fraternité
et d’amour. Nous avons à le faire dans les multiples domaines où
nous sommes poussés par le bien commun des chrétiens, comme
par les aspirations de tous les croyants de nos diverses Eglises, lesquels
attachent de grands espoirs à notre rapprochement et à notre
entraide.
Etre
chrétiens ensemble ou ne pas être
En
Orient, nous serons chrétiens ensemble ou nous ne serons pas. Les
relations interecclésiales n’ont certes pas toujours été
au beau fixe dans notre région. Il y a à cela des causes
nombreuses, intérieures et extérieures. Mais le temps est
venu de purifier notre mémoire des séquelles négatives
du passé, si douloureuses soient-elles, et de regarder ensemble
vers l’avenir, dans l’esprit du Christ et à la lumière de
son Evangile et de l’enseignement des Apôtres.
Nous
disons cela à un moment où la famille catholique a rejoint
le Conseil des Eglises du Moyen Orient, lequel représente une oasis
unique pour se rencontrer et rechercher les dénominateurs communs
qui favorisent une présence collective et un témoignage commun
dans notre cher Orient. Ce témoignage ne vise pas son intérêt
propre, mais la gloire de Dieu et le service de l’homme dans nos sociétés.
Notre rencontre fraternelle, nous la voulons comme signe vivant de rencontre
et de fraternité entre tous les fils de Dieu qui peuplent cette
région du monde, Dieu l’a privilégiée par la révélation
de son amour et les merveilles de son salut. Plût à Dieu que
nous œuvrions à y établir fermement les bases pratiques et
tangibles de notre entraide, de manière à en faire bénéficier
nos fidèles et nos sociétés, en attendant le jour
où nous pourrons nous retrouver à nouveau dans sa prière
sacerdotale (Jn VII).
A
nos Frères Musulmans
Nous
nous tournons vers nos frères musulmans avec un cœur ouvert et une
intention droite. Notre convivialité au long des siècles
représente malgré toutes les difficultés, le terrain
solide sur lequel il nous revient d’établir notre action commune,
présente et future, au service d’une société égalitaire
et harmonieuse, où nul ne se sent, quel qu’il soit étranger
ou rejeté.
Nous
puisons à un héritage unique de civilisation. Chacun de nous
a contribué à le former selon son génie propre. Notre
parenté de civilisation est notre patrimoine historique. Nous tenons
à le sauvegarder, à le faire évoluer, à le
réenraciner et à le réactiver, de manière à
ce qu’il soit le fondement de notre convivialité et de notre entraide
fraternelle. Les chrétiens d’Orient sont une partie inséparable
de l’idendité culturelle des musulmans. De même, les musulmans
en Orient sont une partie inséparable de l’identité culturelle
des chrétiens. De ce fait, nous sommes responsables les uns des
autres devant Dieu et devant l’histoire.
Une
Vocation Exemplaire
Il
nous en incombe de rechercher constamment la forme, non seulement de la
coexistence, mais de la relation créatrice et fructueuse qui garantisse
la stabilité et la tranquillité à tout croyant en
Dieu dans nos pays, à l’abri des mécanismes de la haine,
du fanatisme, de la discrimination et du refus de l’autre. Nous sommes
convaincus que nos valeurs spirituelles et religieuses authentiques sont
susceptibles de nous aider à dépasser les problèmes
qui encombrent la voie de notre convivialité. C’est ce qui nous
oblige à nous regarder les uns les autres dans un esprit d’ouverture
réciproque et la volonté de nous connaître mutuellement.
Car l’homme est ennemi de ce qu’il ignore.
Le
monde d’aujourd’hui est déchiré par les fléaux des
dissensions, du fanatisme et de la discrimination sous ses diverses formes.
Nous avons l’ambition d’établir des bases de convivialité
qui soient exemplaires pour notre monde, au lieu de défigurer le
dessein de Dieu sur nous et de donner une image contraire à l’aspiration
de l’homme d’aujourd’hui vers la paix, la concorde et l’entraide, au niveau
d’une citoyenneté saine et sincère.
Dieu
a voulu, dans son insondable sagesse, que nous soyons ensemble dans cette
région du monde. Nous accueillons cette volonté avec une
large ouverture d’esprit et nous espérons que cette volonté
agrandira l’espace de nos cœurs, de manière à ce qu’il y
ait de la place pour tous, quelle que soit la diversité de leurs
appartenances.
A
nos Frères Juifs
Nous
nous adressons à vous, frères Juifs, malgré le conflit
qui a ensanglanté nos peuples dès le début de ce siècle.
Ce conflit israélo- palestinien et israélo-arabe a fait beaucoup
de victimes innocentes dans chacun des camps. Il en a surtout résulté
une injustice criante à l’endroit des peuples palestinien et libanais.
Comme
les livres saints que nous avons en commun, nous sommes unis par la civilisation
arabe à laquelle vous avez participé comme nous.
C’est
pourquoi, quand nous envisageons l’avenir de notre cher Orient, nous estimons
qu’il vous appartient, comme à toute âme à l’intention
droite, d’assumer la responsabilité du retour de la paix, de la
justice et de la stabilité dans nos sociétés et sur
la terre qui abrite nos institutions.
Le
premier pas sur le chemin de la justice et de la paix consiste à
établir une confiance mutuelle sur la base de la libération
de soi du complexe de la peur. Cela équivaut à se libérer
de la vision de l’inimitié comme une constante de la relation avec
les peuples de la région et de la subordination de la sécurité
et de la paix à la logique de la force et de la violence. C’est
la justice qui est l’unique voie vers la sécurité et la paix.
De même, reconnaître Dieu sur le visage d’autrui est le moyen
de la reconnaissance mutuelle des peuples et de leurs droits.
Sur
cette base, nous vous invitons à vous ouvrir à l’Orient en
changeant la vision que vous en avez. Cela devrait vous permettre de le
comprendre et d’y trouver votre place sur des bases nouvelles.
Aux
Chrétiens dans le Monde
Nous
éprouvons le besoin de nous adresser à nos frères
chrétiens dans le monde pour ouvrir de nouveaux horizons de dialogue,
de reconnaissance mutuelle et d’échanges.
C’est
en Orient que l’Eglise est née. Depuis lors, des communautés
chrétiennes ont peuplé cette région du monde, en vivant
pleinement leur foi, leurs sacrements et leur témoignage. Il nous
peine d’observer que nos frères chrétiens dans le monde ne
savent que peu de chose de ces antiques Eglises, de la richesse de leur
héritage et de la variété de leurs expressions ecclésiales.
Nos Eglises ont beaucoup donné à l’Eglise universelle. Il
est de leur droit de porter leur regard vers leurs sœurs dans le monde
et d’en attendre une meilleure connaissance et plus de solidarité.
L’Eglise universelle est susceptible de découvrir dans nos Eglises
une diversité enrichissante, de même que nos Eglises découvrent
dans l’Eglise universelle une extension à leur mission, selon leur
vocation propre. Ceci requiert des échanges permanents entre nos
Eglises d’Orient et les autres Eglises à travers le monde, en vue
d’un enrichissement mutuel et d’une meilleure compréhension des
problèmes des peuples au milieu desquels nous vivons.
Nous
remercions nos frères chrétiens du monde pour tout ce qu’ils
ont entrepris jusqu’à ce jour en vue de nous appuyer et de nous
aider en ces jours difficiles dont nous ne voyons pas encore l’issue. Nous
remercions en particulier Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II pour
ses appels répétés et ses prises de position justes
et nobles au cours de toutes les crises qui ont affecté nos différents
pays et surtout la crise du Golfe.
Nous
faisons appel à tous les fidèles du Christ dans le monde
et plus spécialement à nos frères, les Chefs d’Eglises,
leur demandant de redoubler d’effort auprès des dirigeants qui à
travers le monde détiennent le pouvoir de décision, afin
de mettre en application les résolutions du Conseil de Sécurité
relatives à nos pays. Ces résolutions attendent d’être
exécutées depuis de longues années.
A
la Communautés Internationale
Le
monde est à une croisée de chemins. A cette croisée,
l’humanité recherche un nouvel ordre mondial de justice et d’égalité
des chances. Chaque peuple devrait y avoir le droit d’être lui-même,
de s’exprimer en conséquence et de contribuer effectivement à
l’édification du monde nouveau auquel aspire l’humanité entière.
Tout ordre mondial nouveau qui mettrait quelque peuple que ce soit, fût-il
d’importance minime, à l’écart de la table de la famille
humaine, serait en dessous des ambitions de l’humanité.
Il
importe ici d’observer que notre région a une situation géographique,
stratégique et économique qui polarise l’attention de la
planète. Tout le monde sait que sa stabilité est une stabilité
pour le monde et le manque de stabilité un risque pour tous. Comme
il nous peine de voir que la Communauté internationale a fait de
cette région un théâtre de conflits et de destruction
pour des intérêts matériels, dans des intentions égoïstes,
ou par volonté d’hégémonie. Il est temps que la Communauté
internationale porte sur cette région un regard neuf. Elle doit
lui permettre de jouer un rôle singulier, positif et bénéfique,
dans l’édification d’un monde nouveau. Cela ne peut se faire qu’à
l’abri des ambitions égoïstes et à la lumière
des droits des peuples au développement, à la paix et à
la justice.
L’Orient a droit en priorité à ses ressources
Il
est évident que notre région représente un fonds énorme
de ressources naturelles. Il est facile de la transformer en zone de conflits
dans le but de monopoliser les ressources par certains, au détriment
d’autres, à commencer par ses propres habitants. Il est du droit
de l’Orient dont la plus grande partie plaie encore sous le joug de la
pauvreté, du sous-développement et de la souffrance, d’être
le premier bénéficiaire de ses ressources propres, tout en
étant aussi le premier dans l’orientation donnée à
l’utilisation de ces ressources pour le bien de l’humanité entière,
mais plus spécialement des pauvres. Il faut réduire le fossé
entre Etats pauvres et Etats riches, entre Etats du Nord et Etats du Sud,
entre Etats du monde industrialisé et Etats du Tiers monde, et enfin
entre riches et pauvres dans une même patrie.
A
cet égard, nous ne pouvons pas ne pas mentionner avant de clore
ce message, des questions pour lesquelles notre région ne cesse
d’endurer les plus grandes souffrances. Sa Sainteté le Pape Jean-Paul
II leur a consacré en permanence le meilleur de sa sollicitude et
il a fait appel à des solutions justes et équitables garantissant
à tous leurs droits et leur dignité.
A.
La Question Libanaise
Le
peuple libanais a enduré le pire pendant de nombreuses années.
Il a été victime de combats meurtriers programmés
par diverses parties. La cause du Liban est entrée dans une nouvelle
phase. Il faut espérer que les libanais deviennent les maîtres
de la décision pour ce qui les concerne et qu’ils trouvent entre
eux, dans un dialogue constructif et un échange sincère,
la forme du Liban de demain. Cette forme devrait respecter le statut spécial
du Liban et la mission authentique qui est la sienne à travers les
siècles. Les malheurs des années écoulées ont
montré que la violence n’engendre que la violence et qu’un dialogue
responsable est la seule voie qui garantisse au Liban sa souveraineté,
sa stabilité, son authenticité, son rôle, sa mission
et la sauvegarde de son territoire.
Nous
remercions Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II pour la grande sollicitude
qu’il n’a pas cessé d’accorder à l’épreuve du Liban,
en rappelant au monde la situation tragique qui lui était faite
et l’intérêt bénéfique pour tous de la présence
chrétienne dans ce pays et les pays environnants. Nous demandons
avec insistance à la Communauté internationale d’honorer
le droit du Liban à voir appliquer les résolutions qu’elle
a prises en sa faveur, et ainsi de le rendre capable de recouvrer sa souveraineté
et son indépendance, en étendant son autorité sur
l’ensemble de son territoire.
B.
La Question Palestinienne
De
son côté, le peuple palestinien a enduré des conditions
intolérables de dispersion, d’expulsion, d’injustice, de coercition,
de répression et d’humiliation. La question palestinienne est toujours
une écharde dans la chair de ce monde qui ne trouvera pas de repos
tant qu’une solution véritable, complète et juste n’a pas
été élaborée sur la base de la Charte des Nations
Unies, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et des
résolutions du Conseil de Sécurité. Une telle solution
juste, complète et permanente, à l’abri des compromis étroits,
est seule susceptible de donner à chacun son droit et de mettre
un terme à un drame que la Communauté des Nations a négligé
jusqu’ici de traiter d’une manière sérieuse.
La
Communauté internationale a assumé une grave responsabilité
depuis le début de la crise. Il ne lui est pas permis de tarder
davantage à trouver une solution véritable à la question,
à l’abri des mesures hypocrites ou partisanes.
Le
statut de Jérusalem
Au
cœur de la question palestinienne, il y a le statut de Jérusalem,
la ville que le Ciel a sanctifiée et que les trois religions, chrétienne,
musulmane et juive considèrent comme faisant partie de son patrimoine
spirituel et culturel. Dès lors, aucune solution politique ne saurait
ignorer cette situation, quant au fonds, de la ville de Jérusalem.
Il faut trouver une formule originale qui permette à tout croyant,
chrétien, juif ou musulman, de se sentir dans la Ville Sainte sur
pied d’égalité avec autrui, sans distinction ni prédominance
d’une partie sur l’autre. De cette manière, au lieu d’être
la ville du conflit, de la division, de la dispute et de la lutte interreligieuse,
Jérusalem sera la ville de la paix, de la rencontre et de la fraternité
pour ses habitants, et un signe d’espérance pour le monde entier.
C.
La situation en Iraq et dans la région
Il
était possible de résoudre la crise du Golfe par des voies
pacifiques. Les grandes puissances ont préféré, contrairement
à ce qui était préconisé par le Pape Jean-Paul
II, la voie de la violence et des destructions.. La région du Golfe
a subi le pire des traitements du fait de ce choix, et le peuple irakien
ne cesse d’être exposé à une politique et à
des dispositions injustes qui le menacent de famine, lui imposent l’émigration
et le privent des moyens essentiels de survie, à cause du blocus
économique qui lui a été imposé.
Lever
le blocus
Travailler
à lever ce blocus est une requête humanitaire qui doit permettre
au peuple irakien de se refaire et de contribuer à nouveau, avec
la communauté Internationale, à rebâtir la région
et à la faire évoluer sur des bases saines. Aussi est-il
nécessaire ici de rappeler les résultats de la guerre en
matière de migrations. Un grand nombre de gens appartenant à
des nationalités arabes diverses ont été obligés
de rentrer chez elles dans des conditions dramatiques. D’autres ont été
obligées de se réfugier dans des pays voisins à cause
des circonstances atroces qui prévalaient chez eux. Tout cela s’est
passé au vu et au su d’un univers qui s’est tu. La Communauté
Internationale porte une responsabilité particulière à
l’égard de cette tragédie. Il est nécessaire qu’elle
fasse en sorte d’y mettre fin par tous les moyens et d’aider les victimes
à trouver des conditions humaines qui leur garantissent une vie
digne et stable.
Il
nous plaît de redire ici ce que nous avons dit lors de notre rencontre
à Rome avec Sa Sainteté le Pape Jean Paul II et les Présidents
de conférences épiscopales des pays concernés par
la guerre du Golfe, en Mars dernier: "Nous refusons toute justification
ou explication d’ordre religieux relative à la guerre du Golfe.
Il n’y a rien qui puisse être considéré comme un conflit
entre Orient et Occident, ni entre l’Islam et le Christianisme".
Conclusion
Nous
avons fait état de ces questions urgentes, sans oublier pour autant
les problèmes humains et sociaux dont souffre chacun de nos pays.
Nous faisons partie de cette région. Nous témoignons de notre
solidarité avec elle et de notre volonté, comme Eglises,
institutions et individus, de contribuer, dans la mesure de nos moyens,
à résoudre ses problèmes, dans un esprit sincère
de service et de collaboration avec tous ceux qui lui veulent du bien.
Nous voulons œuvrer avec tous pour l’édification de l’homme, le
respect de sa dignité et la garantie des libertés fondamentales,
de telle manière qu’il puisse être un facteur positif dans
l’édification de la société, à l’abri de la
peur, de l’inquiétude, de la contrainte et de la frustration.
Nous
avons tenu notre premier symposium au Liban. Avec l’aide de Dieu, nous
nous réunirons périodiquement à l’avenir, pour poursuivre
la réflexion sur le plan pratique et entreprendre des projets tangibles
au service de nos fils, de nos sociétés et de nos patries.
Nous demandons à Dieu de nous prêter main forte et de bénir
nos intentions, de manière à être un signe vivant de
son amour et de sa paix, et de contribuer à créer la civilisation
de la vie et de l’amour qui est préconisée par l’Eglise universelle.
Au
terme de cette lettre, nous demandons à Dieu de nous combler tous
de sa bénédiction céleste, de manière à
être, vous et nous, des artisans de justice et de paix, pour la gloire
du Très Haut et le bien de l’homme dans notre région et dans
le monde.
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