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Church in the H.L.

 

MESSAGE DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D'ORIENT

Pâques 1999
Le Mouvement Œcuménique
"Que Tous Soient Un" (Jn17,21)
5ème Lettre Pastorale des Patriarches Catholiques d'Orient
adressée à leurs fidèles, En Orient et dans la Diaspora

1. INTRODUCTION
2. L'œcuménisme aujourd'hui
3. Efforts de tous vers l'unité
4. Initiatives œcuméniques aujourd'hui 5. Orientations générales
6. Plan de la lettre
Chapitre i La richesse de la diversité de nos traditions et le drame de nos divisions
7. Diversité et unité
I. LA DIVERSITÉ ET LA RICHESSE DES TRADITIONS
8.  L'unité ne supprime pas la diversité
II. L'HISTOIRE DE NOS DIVISIONS
9. L'Histoire de nos Divisions
10. Le concile de Jérusalem
11. Les conciles du ve siècle
12. Les conciles du ve siècle
13. La réforme
14. Diverses tentatives pour rétablir l'unité
15. Les eglises protestantes au moyen-orient
16. Conclusion de l'exposé historique
III. LES CONSÉQUENCES GRAVES DE NOS DIVISIONS
17. Au cours de l'histoire
18. Diminution du nombre des fidèles
19.L'absence de l'unité un obstacle au témoignage
20. Unité de cœur et de parole
21. L'émigration des chrétiens
22. La collaboration dans le domaine pastoral
CHAPITRE II 
Les fondements théologiques de l'œcumenisme
23. La reconnaissance de nos fautes ravive le sens du devoir
I. LA DIVISION, UN SCANDALE ET UN CONTRE-TÉMOIGNAGE
24. LA DIVISION,
25. La division est contraire à l'être de l'eglise
26. La division est contraire à la mission de l'eglise
II. LA COMMUNION DÉJÀ EXISTANTE
27. Un désir croissant d'unité
28. Des éléments de vérité et de sainteté
29. Une communion réelle, bien qu'imparfaite
30. La communion existante source de vie nouvelle
III. CROÎTRE DANS LA COMMUNION PARTIELLE EXISTANTE
31. Appartenance commune au christ
32. De la communion partielle a la communion parfaite
CHAPITRE III
Le dialogue œcuménique
33. Dialogue de la vérité et de la charité
34. Dialogue de la vérité
35. Dialogue des consciences
I. NATURE ET MÉTHODE DU DIALOGUE THÉOLOGIQUE
36. Le dialogue théologique
37. Une meilleure connaissance de l'autre
38. Dialogue des experts et de l'eglise entière
II. LES PRINCIPAUX ACQUIS DU DIALOGUE ŒCUMÉNIQUE
39. Les Principaux Acquis
40. Avec l'eglise orthodoxe
41. Des eglises sœurs
42. Avec les anciennes eglises d'orient
43. Entre l'eglise orthodoxe et les anciennes eglises d'orient
44. Responsabilité de nos eglises
45. Avec les eglises et communautés ecclésiales d'occident
46. Avec le conseil œcuménique des eglises
III. RÉCEPTION DES RÉSULTATS DU DIALOGUE THÉOLOGIQUE
47. Participation de toute l'eglise dans le dialogue
IV. LES EGLISES DU MOYEN-ORIENT ET LE DIALOGUE THÉOLOGIQUE
48. Les Eglises Du Moyen-Orient
49. Les traditions des eglises particulières
V. LA RÉCEPTION DANS LES EGLISES DU MOYEN-ORIENT
50. La Réception
51. Les documents officiels
52. Les accords bilatéraux
53. Autres documents importants
54. Application des accords
CHAPITRE IV
L'œcuménisme spirituel
55. L'œcuménisme spirituel
56. Conversion et renouveau
57. Conversion de la personne et de la communauté
58. Nous reconnaissons que nous avons péché
59. Conversion dans tous les domaines de la vie
60. La prière
61. Prière œcuménique commune
62. Connaissance mutuelle et solidarité vécue
63. Nous invitons
Chapitre V
Une pastorale œcuménique
64. Une pastorale œcuménique
65. Une vision nouvelle
66. Des attitudes nouvelles basées sur la nouvelle vision
67. La coordination entre les chefs des eglises
68. Le problème du prosélytisme
69. Etude commune pour eclaircir cette question
70. Vers une collaboration véritable
71. Orientations du directoire œcuménique
72. Dans le domaine de la liturgie et des sacrements
73. Autres domaines de collaboration
Chapitre VI
Moyens et instruments œcuméniques
74. Moyens et instruments œcuméniques
75. Le Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient
76. Les Conseils des Patriarches et des Evêques Catholiques dans chaque pays
77. Le Conseil des Eglises du Moyen-Orient
78. La formation œcuménique
 CONCLUSION
Notre vocation et notre responsabilité œcuméniques

INTRODUCTION

1. A nos frères les évêques, les prêtres, les religieux, les religieuses et à tous les fidèles de nos Eglises dans nos divers diocèses et dans les pays de la Diaspora. «A vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ» (Ep 1,1).

Le Christ est ressuscité, oui, il est vraiment ressuscité. C'est dans la joie pascale que nous vous adressons cette lettre sur l'œcuménisme, demandant au Seigneur ressuscité de porter nos regards vers le Haut, où dans la contemplation de sa gloire, nous puissions contempler aussi les origines de notre unité. Qu'ainsi, pleins de la joie pascale, et de l'espérance ravivée en nous par la Résurrection, nous puissions marcher sincèrement vers elle.

Nous nous réjouissons, par ailleurs, et nous rendons grâce à Dieu de voir que nos fidèles prennent toujours plus vivement conscience de l'importance de l'unité des chrétiens, dans notre vie spirituelle et pastorale. Cette nouvelle ouverture et l'engagement résolu qui en découle nous paraissent être un don précieux accordé par Dieu, le Père des Lumières, à son Eglise, qui est appelée à poursuivre aujourd'hui, dans chacun de nos diocèse, la mission salvifique de son Fils.

2.L'œcuménisme aujourd'hui
 L'unité se fait encore plus pressante pour nos Eglises en raison du fait que tous les chrétiens ensemble nous constituons, un «petit troupeau» (cf. Lc 12,32) dans la région du Moyen-Orient, où Dieu le Père nous a envoyés afin de continuer la mission rédemptrice de son Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ. Si nous voulons que le témoignage que nous rendons à cette mission soit crédible aux yeux de nos frères croyants, musulmans, juifs, et tous ceux parmi lesquels il veut que nous vivions, il faut que notre témoignage soit un. De même, notre service dans la société humaine, au sein de laquelle nous vivons, ne peut être authentique, fécond et efficace que dans la mesure où nous parvenons à unir nos pauvres forces et nos moyens réduits. Bien plus, notre présence même et notre avenir dans cette partie du monde dépendront en grande partie de notre capacité à unir nos efforts, devenant «un seul cœur et un seul esprit» (Ac 2: 44-45), afin de faire face ensemble aux questions soulevées aujourd'hui, telles la justice et la paix, l'émigration des chrétiens, les relations interreligieuses, l'intégration sociale et culturelle dans nos sociétés, et toutes sortes de questions communes avec lesquelles se trouve confronté notre monde arabe, et nos Eglises avec lui.
 

3. Efforts de tous vers l'unité
Tous, hiérarchie, clergé et fidèles laïcs, nous partageons la même vision et nous sentons le besoin urgent de l'unité, même si les approches et les priorités sont parfois différentes. Nous espérons en tout cas que nos positions soient complémentaires, tout en étant différentes. Par leurs insistances inlassables, certains de nos fidèles obligent leurs pasteurs à prendre ces engagements au sérieux, bien que certaines de leurs revendications ou méthodes puissent avoir besoin de plus de réflexion, parce qu'elles ne prennent pas assez en considération toutes les implications théologiques et les relations véritables entre les Eglises. Leur désir ardent, par exemple, et leur action constante en faveur d'une célébration commune de la fête de Pâques par tous les chrétiens, est en soi quelque chose de positif, bien que plusieurs obstacles en empêchent la réalisation. Un autre exemple qui exige une action sérieuse sur la voie de l'unité est le domaine des mariages mixtes qui provoquent parfois des tiraillements au sein même de beaucoup de familles chrétiennes. Nous avons étudié cette question et nous y avons adopté une position commune, durant notre rencontre à Charfeh au Liban en 1996 avec certains de nos vénérables frères, les Patriarches des Eglises Orthodoxes. Il est certain aussi que l'unité chrétienne ne se réduit pas à ces problèmes seulement; elle comprend aussi des questions dogmatiques sur lesquelles il faut parvenir à un accord.

4. Initiatives œcuméniques aujourd'hui
 Nous avons relevé l'importance de l'unité des chrétiens dès nos premières rencontres, en 1991 et 1992. Dans notre deuxième lettre pastorale commune, publiée à Pâques 1992, sous le titre «La présence chrétienne en Orient. Témoignage et mission», nous avons consacré plusieurs pages au dialogue et à la collaboration œcuméniques. Nous avons dit: «En Orient, nous serons chrétiens ensemble ou nous ne serons pas» (n. 39). Nous avons recommandé de prendre les initiatives opportunes dans chaque pays et chaque diocèse. A l'échelle de tout le Moyen-Orient, dès 1988, nous avons pris la décision commune que la famille catholique devienne membre à part entière du Conseil des Eglises du Moyen-Orient (CEMO), un lieu de rencontre de toutes les Eglises de la région et un instrument d'échanges entre elles.

5. Orientations générales
Nos Eglises catholiques s'efforcent ainsi de vivre aujourd'hui concrètement les grandes orientations œcuméniques du deuxième Concile du Vatican, élaborées ultérieurement dans le Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'œcuménisme, dont une nouvelle édition a été publiée en 1993. Récemment le pape Jean-Paul II a voulu donner un nouvel élan à la réflexion et à l'action œcuméniques par sa lettre encyclique Ut unum sint, de mai 1995, qui nous servira continuellement de source d'inspiration, en plus des témoignages des Pères de nos Eglises Orientales.

L'Eglise universelle se prépare aujourd'hui à la célébration du Grand Jubilé de l'an 2000. Le pape Jean-Paul II a invité à cette occasion à un effort spécial en vue de l'unité, dans sa lettre apostolique Tertio millenio adveniente. Nous aussi nous appelons avec l'Eglise universelle, en communion avec le pape Jean-Paul II et selon l'esprit des Pères Orientaux, à un engagement et à une action œcuménique sérieuse en vue de l'unité. Le pape dit: «L'approche de la fin du deuxième millénaire nous invite tous à un examen de conscience et à d'utiles initiatives œcuméniques, afin que nous puissions nous présenter, lors du grand Jubilé, sinon totalement unis, du moins beaucoup plus près de surmonter les divisions du deuxième millénaire. Pour cela – chacun le voit bien – un énorme effort est nécessaire. Il faut poursuivre le dialogue doctrinal, mais surtout s'engager davantage dans la prière œcuménique» (n. 34).

Il nous est bon d'écouter, au début de cette lettre, la voix de notre père St Ignace d'Antioche, dans sa lettre aux chrétiens de Philadelphie, mettre les chrétiens en garde contre les divisions: «Soyez tous un seul cœur non divisé. Dieu ne demeure pas là où il y a la division et la colère... Je vous supplie de ne rien faire par esprit de querelle et de vous comporter selon l'enseignement de Dieu... Evitez les divisions, imitez le Seigneur Jésus comme lui-même a imité Dieu».

En concentrant la réflexion sur l'unité de l'Eglise, nous n'entendons nullement nous replier sur nous-mêmes. En effet, comme le dit le pape Jean-Paul II dans Ut unum sint: «L'œcuménisme n'est pas qu'une question interne aux Communautés chrétiennes. Il concerne l'amour que Dieu porte à l'humanité entière en Jésus-Christ; faire obstacle à cet amour, c'est l'offenser dans son dessein de rassembler tous les hommes dans le Christ» (n. 99). Dans ce sens nous sommes profondément convaincus que la recherche de l'unité dans le Christ fait partie intégrante de notre vocation chrétienne et vise un témoignage authentique et un meilleur service de la communauté humaine moyen-orientale, dans laquelle et pour laquelle Dieu nous a appelé à vivre.

Plan de la lettre
6. Nous suivrons dans notre lettre le plan suivant:

    • La richesse de la diversité de nos traditions et le drame de nos divisions.
    • Fondements théologiques et spirituels de l'œcum-énisme.
    • Le dialogue œcuménique.
    • L'œcuménisme spirituel.
    • Pastorale œcuménique.
    • Moyens et instruments œcuméniques.
Conclusion: Notre vocation œcuménique au Moyen-Orient.


CHAPITRE I
La richesse de la diversité de nos traditions et le drame de nos divisions


 


7. Diversité et unité
 Dans notre 4ème lettre pastorale (Noël 1996), «Le Mystère de l'Eglise - Je suis la vigne et vous êtes les sarments», nous avons abondamment parlé de la théologie de l'Eglise et de son histoire au Moyen-Orient. Nous avons dit ce qu'exige la communion avec la diversité des traditions au sein de l'Eglise Catholique. Nous voulons dans cette lettre avoir une vision plus large et parler de la communion et de la diversité dans toutes les Eglises de notre région.

La présence chrétienne au Moyen-Orient se distingue, plus qu'ailleurs, par la pluralité et la diversité des traditions liturgiques, théologiques, spirituelles et canoniques. Ces traditions font partie de l'identité et constituent des liens vivants avec les générations des fidèles qui se sont succédés à travers les siècles, et par elles les communautés d'aujourd'hui remontent au témoignage des apôtres. Cette diversité des traditions constitue une source de grande richesse pour toute l'Eglise. Mais nous devons confesser aussi que cette diversité est devenue souvent une cause de repliement sur soi et par suite une source de divisions. Si nous voulons nous engager dans une véritable action œcuménique, il nous faut donc accorder la diversité avec l'unité. Elles sont deux dimensions nécessaires de la vie de l'Eglise: «La diversité légitime ne s'oppose pas du tout à l'unité de l'Eglise, elle en accroît même le prestige et contribue largement à l'achèvement de sa mission».
 
 


I. LA DIVERSITÉ ET LA RICHESSE DES TRADITIONS


 




8. L'unité ne supprime pas la diversité
 Dans la partie orientale du bassin méditerranéen, l'annonce de l'Evangile a rencontré dès le début des peuples, des langues et des civilisations anciennes d'une grande diversité: Egyptiens, Mésopotamiens, Grecs, Syriens et Arméniens, etc. Dans ces différentes langues et cultures les apôtres et leurs successeurs annoncèrent le mystère du Christ, et les fidèles exprimèrent leur foi à travers elles. De la sorte, les communautés chrétiennes ont pris des visages culturels différents et ont créé, génération après génération, des traditions propres. La foi s'est incarnée dans les cultures et les a ranimées d'un nouvel esprit, de même que le Christ s'est incarné dans notre nature humaine pour la sauver.

Nous avons dit qu'une telle diversité constitue une grande richesse pour l'Eglise. La raison en est simple: aucune langue ni aucune culture ne peut prétendre saisir pleinement le mystère de l'amour de Dieu révélé dans le Christ et encore moins l'exprimer adéquatement. Chacune de nos cultures orientales a essayé d'approcher ce mystère sous un angle propre et selon certaines affinités particulières. Si toutes ces approches et tous ces accents sont rassemblés en harmonie, alors l'Eglise dans sa catholicité peut espérer parvenir à une connaissance plus profonde et à une expression plus plénière du mystère ineffable.

Pour atteindre tout son sens, une telle diversité présuppose donc l'unité et la communion. L'unité, à son tour, ne demande nullement la suppression de la diversité, bien au contraire, car celle-ci rend possibles une vie ecclésiale plus riche, une célébration liturgique plus belle et une annonce plus féconde parce que plus adaptée à la diversité du genre humain.
 


II. L'HISTOIRE DE NOS DIVISIONS

9. L'Histoire de nos Divisions
Malheureusement, au cours de l'histoire cette diversité est souvent devenue division, pour des raisons multiples. Certaines de ces divisions, qui existent encore aujourd'hui, ont affaibli tragiquement la présence chrétienne dans notre partie du monde, au point de mettre parfois en danger son avenir. Il est important de connaître les plus importantes de ces divisions et d'en évaluer les conséquences, afin de mieux voir la nécessité et les possibilités de les surmonter. Et cela est chose possible, si nous le voulons.

10. Le concile de Jérusalem
Déjà pendant les premières années de l'Eglise, la diversité entraîne parfois des tensions dans la communauté de Jérusalem, comme nous le montrent les Actes des Apôtres (Ac 6, 1-6; 15). Mais l'unité de cœur et d'âme dans l'Esprit permet de les surmonter. L'assemblée de Jérusalem (cf. Ac 15), convoquée pour répondre aux questions soulevées par l'entrée de nombreux disciples d'origine païenne dans l'Eglise, deviendra le modèle d'autres assemblées, synodes ou conciles, au plan local, régional ou universel. C'est dans la concertation, sous la mouvance de l'Esprit, que la communauté chrétienne trouve la lumière et la force pour maintenir et faire grandir collégialement la communion.

11. Les conciles du ve siècle
La plupart des tensions qui laissèrent une empreinte dans nos Eglises jusqu'aujourd'hui se passèrent au Vème siècle. Alors des vérités fondamentales de la foi étaient en jeu, comme la divinité du Christ ou la vérité de l'Incarnation. Certains conciles œcuméniques, convoqués pour restaurer et affermir l'unité, ont abouti à des divisions. Souvent des causes non dogmatiques – philosophiques, culturelles, politiques, sociales – ont contribué considérablement à rendre la réconciliation impossible. Deux conciles œcuméniques surtout ont provoqué la division des Eglises qui dure aujourd'hui encore: le concile d'Ephèse en 431 et le concile de Chalcédoine en 451.

Le concile d'Ephèse, en 431, a défini l'unité de la personne du Christ, Fils de Dieu et Fils de Marie, contre les enseignements attribués à Nestorius. Ce concile a également affirmé que Jésus-Christ est Dieu et homme en une seule personne. Il est donc en même temps le fils de Dieu, et le fils de la Vierge Marie. C'est pourquoi, le concile a consacré le titre de «Theotokos» ou «Mère de Dieu» pour Marie. Pour des raisons multiples, l'Eglise de Perse n'a pas pu participer à ce concile et n'en a eu qu'une connaissance partielle et tardive. Par conséquent, elle ne l'a pas accepté et par là s'est trouvée séparée des autres Eglises. C'est pourquoi cette Eglise a été longtemps désignée comme «nestorienne», alors qu'elle n'accepte pas cette appellation et se présente maintenant comme «l'Eglise assyrienne d'Orient».

Le concile de Chalcédoine, de 451, a eu des suites encore plus tragiques pour les Eglises du Moyen-Orient. Il a défini que, dans le Christ, il y a deux natures, la nature humaine et la nature divine, dans l'unité d'une seule personne, le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité. Toutefois, le terme «nature» n'avait pas la même signification pour toutes les écoles théologiques de l'époque. Les nuances entre les termes grecs (physis pour «nature», prosopon et hypostasis pour «personne») n'étaient pas les mêmes dans les termes correspondants en syriaque (kyana, «nature» et knoma et farsofa, «personne»). Tout cela fut cause d'une confusion et de nombreux malentendus qui amenèrent à la division lorsque plusieurs Eglises apostoliques refusèrent d'accepter les textes de ce concile, comme les Eglises arménienne, syrienne, copte et éthiopienne. Elles furent alors qualifiées de «monophysites», parce qu'elles tenaient à garder l'expression «une nature», à savoir «une est la nature incarnée du Verbe de Dieu». Cependant ces Eglises refusent ce qualificatif et se nomment aujourd'hui «Eglises orientales orthodoxes».

12. Le schisme entre l'orient et l'occident
 Au XIe siècle eut lieu le grand schisme entre les deux Eglises de Constantinople et de Rome (en 1054). Ce fut l'aboutissement d'un long processus d'éloignement réciproque et d'une ignorance mutuelle grandissante. L'Orient et l'Occident chrétiens étaient devenus étrangers l'un pour l'autre et faisaient partie de deux mondes culturels et politiques différents. En Orient, l'empire de Byzance ou Constantinople, de culture grecque, remplaça l'ancien empire romain, et en Occident se forma un nouvel empire romain de culture romaine latine. Suite à cela, des traditions ecclésiales différentes se formèrent en Orient et en Occident. Elles pouvaient être acceptées réciproquement comme complémentaires, mais les circo-nstances culturelles et politiques rendirent cela impossible. Les diversités des traditions furent considérées comme étant irréconciliables et devinrent causes de division.

13. La réforme
Au XVIe siècle, la grande Réforme en Occident avec Martin Luther divisa l'Occident entre le catholicisme et le mouvement protestant qui donna à son tour naissance à des Eglises de structures différentes: Eglises anglicanes, luthériennes, réformées, presbytériennes, etc. L'Eglise au Moyen-Orient resta jusqu'au XIXe siècle à l'abri de ce mouvement.
 
 

14. Diverses tentatives pour rétablir l'unité
A la fin du XIIIe siècle et jusqu'au XVe siècle, il y eut des tentatives pour rétablir l'unité entre les Eglises divisées. Les principales furent les conciles de Lyon II (1274) et de Florence (1439) pour rétablir l'unité entre les deux Eglises catholiques et orthodoxes. Mais elles n'aboutirent pas aux résultats espérés.

Certaines de ces tentatives aboutirent à la naissance des Eglises orientales catholiques, tendant à rapprocher les points de vue et à agir sérieusement pour rétablir l'unité voulue par Jésus Christ pour son Eglise. Ainsi, face à chaque Eglise orthodoxe existe aujourd'hui une Eglise orientale catholique en communion avec l'Eglise de Rome. Nous avons bien conscience que cette existence catholique orientale a causé de nouvelles difficultés dans les rapports entre les Eglises. C'est pourquoi, nous ne cessons d'agir et de prier humblement afin que la volonté de Dieu s'accomplisse en nous, sur les diverses voies dans lesquelles il nous a placés. Seule l'Eglise maronite est restée entièrement catholique et n'a jamais rompu la communion avec Rome. L'Eglise latine est présente au Moyen-Orient depuis de longs siècles, surtout à travers l'envoi de prêtres, religieux et religieuses. Puis peu à peu des communautés et une Eglise locale de rite latin se sont constituées, en particulier en Terre Sainte.

15. Les eglises protestantes au moyen-orient
C'est surtout à partir du XIXe siècle que les Eglises et Communautés issues de la Réforme ont entrepris des missions au Moyen-Orient, recrutant leurs fidèles parmi ceux des Eglises orientales, multipliant ainsi les Eglises en Orient et les divisions. Ces Eglises prennent part elles aussi aujourd'hui à l'action œcuménique par diverses initiatives particulières ou communes.

16. Conclusion de l'exposé historique
Ainsi se sont constituées peu à peu les Eglises telles que nous les connaissons aujourd'hui au Moyen-Orient. Cette vue d'ensemble rapide de l'histoire est nécessaire pour savoir comment se sont constituées les Eglises, et à comprendre la nature des relations qui existent entre elles. L'esprit œcuménique exige de nous aujourd'hui de regarder notre passé avec courage, franchise et humilité, afin d'ouvrir la porte de la réconciliation et de la solidarité fraternelle dans le présent et dans l'avenir, avec l'espoir d'arriver un jour, avec la grâce de Dieu, à la réalisation de la communion complète entre nous, selon la prière de Jésus: «Qu'ils soient tous un» (Jn 17,21).
 


III. LES CONSÉQUENCES GRAVES DE NOS DIVISIONS


 


17. Au cours de l'histoire
Les divisions qui ont suivi le concile d'Ephèse (431) et surtout celui de Chalcédoine (451) ont exercé une influence profonde et de longue portée sur l'histoire de nos Eglises chrétiennes au Moyen-Orient. Les historiens arabes musulmans remarquent eux aussi que les divisions entre les chrétiens ont facilité la conquête musulmane dans la région.

Voyant dans ces divisions un danger pour l'unité de leur empire, les empereurs byzantins essayaient d'imposer, par la force si nécessaire, un seul dogme: ils confirmèrent les décisions du Concile de Chalcédoine et l'imposèrent aux chrétiens de Syrie et d'Egypte qui l'avaient rejeté. De ce fait, l'aversion pour Byzance ne faisait que grandir dans ces deux pays, au point qu'une grande partie de la population était prête à accueillir favorablement les armées musulmanes, afin d'être libéré des persécutions impériales. D'autre part, après la conquête, les gouvernants musulmans tendaient à accorder un traitement favorable à ces communautés non chalcédoniennes, par rapport aux communautés qui confessaient le même dogme que l'empereur de Byzance et par-là étaient facilement suspectes de connivence avec l'ennemi.

18. Diminution du nombre des fidèles
Pendant les siècles suivants, ces divisions furent la cause de la diminution du nombre des chrétiens et les amenèrent à devenir de plus en plus minoritaires dans le monde musulman arabe. La division et l'isolement des diverses Eglises les affaiblirent et les empêchèrent d'adopter une attitude solidaire pour faire respecter leur dignité et leurs droits, en particulier à l'époque de l'empire ottoman. Leur situation en devenait de plus en plus faible et vulnérable. La présence chrétienne disparut presque entièrement de certaines régions. A partir du XIXe siècle, commença l'émigration qui continue aujourd'hui encore, jusqu'à devenir, dans ces dernières décades, un phénomène alarmant.

19. L'absence de l'unité un obstacle au témoignage
La présence chrétienne d'aujourd'hui est tributaire de cette histoire remplie de divisions, de drames et de souffrances. Il n'est que trop évident que le manque d'unité entre nous reste un très lourd handicap dans l'effort de donner un nouveau dynamisme à cette présence. Souvent les différentes Eglises coexistent dans les mêmes villes ou villages. Voulant chacun servir sa communauté au mieux dans tous les domaines, chacun de nous cherche à avoir ses écoles, ses clubs de jeunes, ses dispensaires, ses centres sociaux, etc. Les mêmes institutions ou services se multiplient ainsi, alors que la population et les ministres sacrés eux-mêmes se réduisent de plus en plus. Les dépenses se multiplient inutilement et, malgré le grand nombre des institutions, celles-là n'arrivent pas à répondre aux besoins légitimes des fidèles, à cause du manque de ressources et de personnel. Une collaboration pratique dans ces domaines offrirait des avantages indéniables.

20. Unité de cœur et de parole
Dans un autre domaine aussi, le besoin de la solidarité se fait sentir: face à nos problèmes communs nous avons besoin de coordonner nos cœurs et nos voix. L'Eglise entière (i.e. toutes les Eglises) deviendrait ainsi plus forte, plus respectée et plus efficace dans nos sociétés, et elle faciliterait même la tâche à nos différentes autorités civiles lorsqu'elles ont à traiter avec les demandes et les droits des Eglises.

Toutes nos Eglises, heureusement, commencent à prendre conscience de cette réalité pénible. Tous nous voudrions sincèrement y porter remède, afin de fortifier la solidarité et l'union entre nous. Nous devons dire qu'une certaine solidarité existe déjà aujourd'hui, bien que la tâche reste difficile. Le chemin de l'union et de la solidarité est long et pénible. Mais nous avons commencé à y marcher, et la grâce de Dieu pourra nous confirmer dans cette marche et dans la sincérité de nos intentions.

Ecoutons aussi St Basile le Grand nous exhorter à l'unité: «Ce qu'est le bien de la paix, qu'est-il besoin de le dire à des fils de la paix? Donc, puisque cette grande chose, admirable et digne d'être recherchée avec empressement par tous ceux qui aiment le Seigneur, est en danger désormais d'être réduite à un simple nom[?], je pense qu'il convient à ceux qui servent le Seigneur en toute vérité et sincérité d'avoir comme unique but de leurs efforts de ramener à l'unité les Eglises qui ont été divisées entre elles par tant de fractions et de tant de façons.[...] En effet rien n'est autant le propre du chrétien que de travailler à la paix; aussi le Seigneur nous a-t-il promis pour cela une très grande récompense».

21. L'émigration des chrétiens
La tendance des chrétiens à l'émigration, qui a commencé depuis un certain temps et qui ne cesse de continuer, pour des raisons politiques, économiques et sociales semblables dans chacun de nos pays, exige aussi que les efforts pour y faire face soient efficacement unifiés. Les initiatives isolées sont souvent insuffisantes et parfois même produisent l'effet contraire. Nos Eglises et les Eglises du monde, sont d'accord pour proclamer bien haut combien il serait regrettable de voir disparaître les chrétiens de cette partie du monde, qui a vu naître l'Eglise et est au point de départ de son extension à travers le monde. Malgré cela, il faut reconnaître, que les visions et les efforts déployés en ce domaine pour faire face à ce danger restent insuffisants. Il faut dire aussi que nos frères musulmans eux-mêmes, dans certains pays arabes, voient l'existence historique des chrétiens et leur présence parmi eux de façon positive. Ils sont certains que cette présence fortifie la convivialité entre chrétiens et musulmans et profite à tous, à eux comme à nous, dans nos patries arabes.

22. La collaboration dans le domaine pastoral
Qui plus est, même dans le domaine pastoral nous sentons de plus en plus le besoin d'une collaboration œcuménique. Suite à l'émigration ou aux déplacements vers les villes, la présence des chrétiens dans certaines régions du Moyen-Orient est devenue tellement clairsemée qu'il est pratiquement impossible pour chaque Eglise d'assurer un ministère régulier auprès de ses fidèles, étant donné le manque de prêtres et les grandes distances. Cet état de choses risque encore d'accélérer le mouvement de départ des familles chrétiennes restantes. Nous voyons que les circonstances elles-mêmes, la nécessité de sauvegarder l'Eglise du Christ et le ministère auprès de nos fidèles exigent une plus grande collaboration pastorale, afin de pouvoir répondre aux différents besoins des fidèles. Ceci exige de nous de nouvelles dispositions et un engagement commun afin de commencer une réflexion théologique et pastorale. Cela présuppose aussi la reconnaissance mutuelle du ministère ordonné et des sacrements célébrés. Nous sommes là vraiment au cœur de l'œcuménisme.
 


CHAPITRE II
Les fondements théologiques de l'œcumenisme


23. La reconnaissance de nos fautes ravive le sens du devoir

Nous avons parlé jusqu'ici de notre histoire passée. Il faut connaître notre histoire, nos racines, et les graves divisions qui en ont résulté entre nos Eglises en Orient. Cependant il n'est pas permis d'en rester là. La découverte du scandale et du contre-témoignage inhérents à ces divisions doit raviver en nous le sens du devoir de travailler pour le rétablissement de l'unité dans le Christ et de chercher les voies les plus appropriées pour y parvenir, compte tenu des circonstances historiques, géographiques et sociales dans lesquelles nos Eglises sont appelées à vivre. Nous devons ranimer la réflexion théologique afin d'arriver à une nouvelle vision dans notre action ecclésiale et dans notre manière de comprendre les relations entre les Eglises. L'œcuménisme est une exigence tant de la théologie que de la spiritualité et de la pastorale.
 
 

I. LA DIVISION, UN SCANDALE ET UN CONTRE-TÉMOIGNAGE


24. La Division, un Scandale et un COntre-Témoignage
La division des chrétiens est contraire à la fois à l'être et à la mission de l'Eglise. En effet, l'Eglise est le signe et l'instrument privilégié au service du plan salvifique de Dieu, qui veut rassembler dans l'unité tous ses enfants dispersés (cf. Jn 11,52) et ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ Jésus (cf. Ep 1,10). Nous avons longuement médité sur ce thème dans notre lettre pastorale «Mystère de l'Eglise». L'Eglise est donc appelée à être et à vivre d'abord elle-même ce qu'elle a mission d'annoncer et de communiquer au monde.

25. La division est contraire à l'être de l'eglise
 L'être même de l'Eglise est communion (koinonia), i.e. une vie spirituelle commune entre plusieurs personnes. Cette communion n'est pas une simple question d'entente ou d'affection purement humaine, elle est réellement fondée sur ce que le Christ a demandé à son Père pour ses disciples: «Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé» (Jn 17,21). La communion mystérieuse du Père avec le Fils, dans l'Esprit, est le modèle et la source de la communion de l'Eglise. Participant à la vie divine, qui est communion de par son être même, les chrétiens constituent ensemble une communion qui est à l'image de la divine Trinité.

Dans la théologie de saint Paul, tout est ordonné vers cette unité: «Il n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous» (Ep 4,4-6). C'est pourquoi il exhorte les chrétiens d'Ephèse, et à travers eux les chrétiens de tous les lieux et de tous les temps, à mener une vie digne de leur vocation: «En toute humilité, douceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec charité; appliquez-vous à conserver l'unité de l'Esprit par ce lien qu'est la paix» (Ep 4,1-3).

Toute division, par conséquent, est en contradiction avec la vocation chrétienne à l'unité et avec la communion que l'Eglise est appelée à être, avec l'unité trinitaire pour source et modèle.

26. La division est contraire à la mission de l'eglise
La division est tout autant contraire à la mission de l'Eglise, appelée à poursuivre l'œuvre du Christ. L'Eglise n'est pas communion pour elle-même. Sa communion dans le Christ est à la gloire du Père et au service du Royaume. La Constitution dogmatique du concile Vatican II exprime cette vérité en ces termes: «L'Eglise est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain». Comment peut-elle remplir cette mission, si elle est elle-même divisée ? Le signe perd son sens et le témoignage de l'Eglise sa crédibilité.

Comment l'Eglise pourrait-elle annoncer la communion qui est «avec le Père et avec son Fils Jésus Christ» (cf. 1 Jn 1,3), si ses membres ou les pasteurs des Eglises locales ne sont pas unis sur la vérité de cette communion ni concordants dans la manière de la vivre ? Si leur union doit être signe de la vérité de la mission du Fils, leur division est un obstacle pour la foi de ceux auxquels elle est envoyée (cf. Jn 17, 21-23).

Comment l'Eglise pourrait-elle être signe et instrument de l'unité du genre humain avec Dieu et en lui-même, si les chrétiens ne sont pas capables de surmonter entre eux les différences de nationalités, de cultures, de langues, dans la proclamation de la Bonne Nouvelle et dans la construction d'une société humaine plus fraternelle et plus juste, dans la paix? Le sel risque de perdre sa saveur (cf. Mt 5,13).

La voix de St Jean Chrysostome nous invite à dépasser les interprétations humaines des réalités divines que nous portons en nous: «Nous avons été tous baptisés dans un seul Esprit, pour n'être qu'un seul corps, juifs et grecs, esclaves ou hommes libres». Ces paroles signifient: «Ce qui a fait que nous soyons un seul corps, ce qui nous a régénérés, c'est le seul Esprit: l'un n'a pas été baptisé dans un esprit, l'autre dans un autre. Non seulement celui qui baptise est un, mais encore ce en vue de quoi, c'est-à-dire, ce pour quoi il a été baptisé, est un. En effet, ce n'est pas pour que nous soyons des corps différents que nous avons été baptisés, mais pour que nous gardions scrupuleusement entre nous le souci de rester unis dans un seul corps. Si donc un seul Esprit nous unit et nous assemble en un seul corps, pourquoi, dans ces conditions fais-tu valoir à tort et à travers la différence? Si tu prétextes que les membres sont nombreux et différents, sache que c'est justement cela qui est admirable, et que ce qui fait l'excellence du corps, c'est que les membres nombreux et différents forment un seul tout».

II. LA COMMUNION DÉJÀ EXISTANTE

27. Un désir croissant d'unité
Nous pouvons considérer le désir croissant de nos Eglises de rétablir l'unité entre tous les disciples du Christ, comme un appel divin qui nous est adressé et une grâce spéciale qui nous est accordé. C'est ainsi que le Concile Vatican II s'est exprimé au début du décret sur l'œcuménisme, Unitatis redintegratio. Il fonde l'engagement œcuménique sur «une ecclésiologie lucide et ouverte à toutes les valeurs ecclésiales présentes chez les autres chrétiens».
 

28. Des éléments de vérité et de sainteté
Dans la constitution sur l'Eglise, Lumen gentium, le Concile affirme d'abord que l'Eglise catholique croit avoir été gardée dans la fidélité et l'unité, malgré les crises souvent graves qui l'ont secouée et les manques de fidélité de certains de ses ministres ou de ses membres: «L'unique Eglise du Christ, dont nous professons dans le symbole l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité, est présente dans l'Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui». Mais en même temps le Concile s'ouvre aux autres chrétiens en reconnaissant que, «en dehors de l'ensemble organique qu'elle forme, on trouve de nombreux éléments de sanctification et de vérité, qui, en tant que dons propres à l'Eglise du Christ, portent à l'unité catholique».

Le décret sur l'œcuménisme en déduit: «Par conséquent, ces Eglises et ces Communautés séparées elles-mêmes, même si nous croyons qu'elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. En effet, l'Esprit du Christ ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens du salut, dont la vertu dérive de la plénitude même de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Eglise catholique».

29. Une communion réelle, bien qu'imparfaite
C'est sur ces éléments communs de sanctification et de vérité, que le pape Jean-Paul II, dans son encyclique Ut unum sint, fonde l'idée d'une communion réelle déjà existante, bien qu'encore imparfaite: «Les éléments de sanctification et de vérité présents dans les autres Communautés chrétiennes, à des degrés différents dans les unes et les autres, constituent la base objective de la communion qui existe, même imparfaitement, entre elles et l'Eglise catholique. Dans la mesure où ces éléments se trouvent dans les autres Communautés chrétiennes, il y a une présence active de l'unique Eglise du Christ en elles. C'est pourquoi le Concile Vatican II parle d'une communion réelle, même si elle est encore imparfaite».

30. La communion existante source de vie nouvelle
Il est bon de prendre conscience des richesses qui sont présentes et agissent au-delà des frontières visibles de l'Eglise catholique: «Nombreux sont en effet ceux qui tiennent en honneur la Sainte Ecriture comme règle de vie et de foi, manifestent un zèle religieux sincère, croient avec amour en Dieu, Père tout-puissant, et dans le Christ, Fils de Dieu et Sauveur, sont marqués du Baptême qui les unit au Christ, bien plus, reconnaissent et reçoivent d'autres sacrements dans leurs propres Eglises ou Communautés ecclésiales. Plusieurs parmi eux possèdent même l'épiscopat, célèbrent la sainte Eucharistie et entourent de leur piété la Vierge, Mère de Dieu. À cela s'ajoute la communion dans la prière et les autres biens spirituels, bien mieux, en quelque sorte, une véritable union dans l'Esprit Saint, puisque c'est lui qui, par ses dons et ses grâces, opère en eux aussi par sa puissance sanctifiante et en a fortifié certains jusqu'à l'effusion du sang. Ainsi l'Esprit suscite dans tous les disciples du Christ un désir et une action qui tendent à l'union pacifique de tous en un seul troupeau sous un seul Pasteur, selon le mode décidé par le Christ».

Ces liens de communion sont particulièrement intimes et forts avec les Eglises orthodoxes, «puisque ces Eglises, bien que séparées, ont de vrais sacrements – principalement, en vertu de la succession apostolique, le sacerdoce et l'Eucharistie». Ainsi, le Concile a pu déclarer à leur sujet que, «par la célébration de l'Eucharistie du Seigneur dans ces Eglises particulières, l'Eglise de Dieu s'édifie et grandit».

II. CROÎTRE DANS LA COMMUNION PARTIELLE EXISTANTE

31. Appartenance commune au christ
C'est de cette reconnaissance du degré de communion déjà existant que partent les dialogues œcuméniques, afin d'élargir les bases de la rencontre et de faire croître la communion jusqu'à sa plénitude. Depuis le Concile Vatican II, les relations entre les Eglises et Communautés ecclésiales ont permis de faire des progrès remarquables, dont la communion ecclésiale s'est trouvée profondément enrichie. «La conscience de l'appartenance commune au Christ s'approfondit. [?] La "fraternité universelle" des chrétiens est devenue une ferme conviction œcuménique».

32. De la communion partielle a la communion parfaite
Avec le pape Jean-Paul II, dans son encyclique Ut unum sint, il est donc possible de constater: «Les progrès déjà accomplis dans notre connaissance mutuelle et les convergences doctrinales atteintes ont pour conséquence un approfondis-sement affectif et effectif de la communion; mais ils ne peuvent satisfaire la conscience des chrétiens qui confessent l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Le but ultime du mouvement œcuménique est le rétablissement de la pleine unité visible de tous les baptisés».

«De cette unité fondamentale, mais partielle, il faut maintenant passer à une unité visible, nécessaire et suffisante, qui s'inscrive dans la réalité concrète, afin que les Eglises réalisent véritablement le signe de la pleine communion dans l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, qui s'exprimera dans la concélébration eucharistique».

CHAPITRE III
Le dialogue œcuménique

33. Dialogue de la vérité et de la charité
Le dialogue, sous toutes ses formes, occupe une place privilégiée au cœur de la grande tâche œcuménique. Dans les relations entre catholiques et orthodoxes, il est devenu coutume de distinguer entre le dialogue de la charité et le dialogue de la vérité. Les deux sont nécessaires. Le dialogue de la charité était une condition indispensable pour préparer le dialogue de la vérité. Il est toutefois tout aussi indispensable que le dialogue de la charité accompagne le dialogue de la vérité, pour le soutenir et le nourrir, lui donner une âme et lui permettre de surmonter les limitations et les réticences trop humaines.

34. Dialogue de la vérité

Le dialogue de la vérité au sens strict ou dialogue théologique désigne communément l'étude méthodique, menée en commun par des délégués des diverses Eglises, de la vérité révélée et de ses nombreuses formes d'expression et de mise en pratique. Son but est de surmonter les préjugés et les malentendus hérités du passé et de parvenir, si possible, à une intelligence commune du mystère chrétien, avec des diversités des traditions qui peuvent à première vue paraître irréconciliables.

35. Dialogue des consciences
 Mais, selon les expressions utilisées par le pape Jean-Paul II dans Ut unum sint, le dialogue ne se limite pas à un «échange d'idées»; il est aussi un «échange de dons» et est appelé à devenir un «dialogue des consciences», à se transformer en un «dialogue de la conversion». Le dialogue est donc, au fond, une forme de vie, «il implique la personne humaine tout entière: c'est aussi un dialogue d'amour».

I. NATURE ET MÉTHODE DU DIALOGUE THÉOLOGIQUE

36. Le dialogue théologique
 Jésus-Christ est «la Voie, la Vérité et la Vie» (Jn 14, 6). Il nous a révélé le mystère de l'amour de Dieu pour l'humanité. Le dialogue théologique, qui a pour but de nous découvrir cette vérité sublime, joue un rôle fondamental et irremplaçable dans la recherche de l'unité chrétienne.

Dans le dialogue théologique, nous nous plaçons ensemble face aux divergences réelles qui concernent la foi. Cette recherche commune exige de nous, en premier lieu, d'éliminer les jugements, les paroles et les attitudes, hérités du passé, qui ne correspondent pas en vérité et en justice à ce que croient et vivent les Eglises. Le dialogue s'efforcera ensuite, de faire croître la confiance, l'ouverture et l'acceptation mutuelle, dans la confrontation des divers points de vue, afin de surmonter les divergences qui font obstacle à la pleine communion. Une attention spéciale est accordée aux différentes formulations utilisées dans les traditions respectives, car certains termes apparemment opposés peuvent recouvrir en réalité un contenu identique. Pour cela le dialogue devra toujours se faire en plein respect de la grandeur du mystère de Dieu révélé dans le Christ, mystère que l'intelligence humaine ne pourra jamais saisir pleinement et qu'aucun langage humain ne pourra exprimer adéquatement. Par conséquent, des expressions humaines apparemment contradictoires peuvent parfois être des tentatives différentes mais fidèles au mystère et acceptables pour tâcher d'exprimer un mystère à jamais indicible.

37. Une meilleure connaissance de l'autre
 Le dialogue théologique animé d'un tel esprit peut alors mener à des découvertes inattendues d'une grande richesse. Non seulement il permettra «une connaissance plus conforme à la vérité et une estime plus juste de la doctrine et de la vie de chaque communauté», mais encore il ouvrira la voie à des intuitions plus profondes de la vérité révélée elle-même. Le pape Jean-Paul II le dit ainsi: «Le dialogue œcuménique, qui incite les parties impliquées à s'interroger, à se comprendre et à s'expliquer mutuellement, permet des découvertes inattendues. Les polémiques et les controverses intolérantes ont transformé en affirmations incompatibles ce qui était en fait le résultat de deux regards scrutant la même réalité, mais de deux points de vue différents. Il faut trouver aujourd'hui la formule qui, saisissant cette réalité intégralement, permette de dépasser les lectures partielles et d'éliminer des interprétations erronées».

38. Dialogue des experts et de l'eglise entière
Ce dialogue est en premier lieu le travail d'experts, de théologiens bien ancrés dans leur propre tradition et ouverts aux approches des autres, mais il convient que toute la communauté ecclésiale, pasteurs et fidèles, soit informée du programme, de la méthode et des résultats du dialogue. En effet, tout vrai dialogue œcuménique doit être mené au nom de l'Eglise.

II. LES PRINCIPAUX ACQUIS DU DIALOGUE ŒCUMÉNIQUE

39. Les Principaux Acquis
Notre engagement œcuménique au service de la pleine unité est fortement encouragé et consolidé par les progrès considérables accomplis dans les relations entre les Eglises au cours du dernier demi-siècle. C'est pourquoi il est important de connaître les fruits les plus prometteurs des efforts entrepris dans ce domaine, aussi bien au niveau de l'Eglise universelle qu'au niveau de notre région du Moyen-Orient en particulier.

40. Avec l'eglise orthodoxe
De grandes figures comme les papes Jean XXIII et Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras Ier ont su ouvrir de nouveaux chemins de retrouvailles et de reconnaissance mutuelle entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe. La rencontre historique et inoubliable entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier à Jérusalem, en janvier 1964, marque vraiment un nouveau départ et restera pour toujours l'image vivante de l'idéal poursuivi, l'icône anticipée de la pleine communion recherchée.

La levée des anathèmes de 1054, devenus le symbole du schisme entre Rome et Constantinople, qui eut lieu dans les derniers jours du Concile Vatican II, le 7 décembre 1965, exprima solennellement le changement profond dans les rapports et les attitudes. Cet acte ecclésial fut à la fois «une purification de la mémoire historique, un pardon réciproque et un engagement solidaire pour la recherche de la communion».

Les nombreux échanges de visites entre papes et patriarches, les diverses rencontres entre évêques, théologiens, prêtres et fidèles, dans le cadre de ce qu'on a pris l'habitude d'appeler le dialogue de la charité, ont changé peu à peu le regard que les deux Eglises portent l'une sur l'autre. C'est dans ce sens que le pape Paul VI put déclarer, lors de sa visite au Patriarcat œcuménique à Istanbul en juillet 1967: «Maintenant, après une longue période de division et d'incompréhension réciproque, le Seigneur nous donne de nous redécouvrir comme Eglises sœurs, malgré les obstacles qui furent dressés entre nous».

41. Des eglises sœurs
Cette vision d'Eglises sœurs a inspiré toute la marche du dialogue théologique, annoncée en 1979. Les travaux de la Commission mixte internationale pour le dialogue se sont révélés féconds, au point que le pape Jean-Paul II et le patriarche œcuménique Bartholomée Ier ont pu déclarer ensemble au terme de la visite de ce dernier à Rome en 1995: «[Le dialogue] a donné naissance à une conception sacramentelle commune de l'Eglise, soutenue et transmise dans le temps par la succession apostolique. Dans nos Eglises, la succession apostolique est fondamentale pour la sanctification et l'unité du peuple de Dieu. Considérant que dans chaque Eglise locale se réalise le ministère de l'amour divin et que de telle façon l'Eglise du Christ manifeste sa présence opérante en chacune d'elles, la Commission mixte a pu déclarer que nos Eglises se reconnaissent comme Eglises sœurs, responsables ensemble de la sauvegarde de l'Eglise unique de Dieu, dans la fidélité au dessein divin, de façon tout à fait particulière en ce qui concerne l'unité».

42. Avec les anciennes eglises d'orient
Sous des formes très diverses, l'Eglise catholique a également renoué des relations fraternelles avec les anciennes Eglises d'Orient, qui n'ont pas accepté les formules dogmatiques des conciles d'Ephèse (431) ou de Chalcédoine (451), dans le domaine de la christologie.

Lors de la visite à Rome de plusieurs patriarches des Eglises orientales orthodoxes, dites aussi non chalcédoniennes, le pape a signé avec eux des déclarations communes, affirmant la foi commune de leurs Eglises en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme, parfait dans sa divinité et parfait dans son humanité. Les désaccords christologiques, qui avaient été à l'origine des anciennes divisions, sont reconnus comme ayant diverses causes, dont la principale fut la différence des expressions linguistiques. Ainsi, il a été mis fin à quinze siècles de malentendus.

Une semblable déclaration commune a été signée par le pape Jean-Paul II et Mar Denkha IV, patriarche de l'Eglise assyrienne d'Orient, en novembre 1994.

43. Entre l'eglise orthodoxe et les anciennes eglises d'orient
Un accord christologique a également été atteint entre l'Eglise grecque orthodoxe (chalcédonienne) et les Eglises orientales orthodoxes (non chalcédoniennes), c'est-à-dire les Eglises arménienne, copte, éthiopienne et syrienne orthodoxes, grâce aux travaux des commissions théologiques des deux traditions, qui y ont travaillé d'abord de manière non officielle, de 1964 à 1971, puis de manière officiellement mandatée, de 1985 à 1993. Toutefois cet accord n'a pas encore été adopté officiellement par les autorités compétentes de toutes ces Eglises.
44. Responsabilité de nos eglises
Nous voyons maintenant qu'il est de notre devoir, à nous les Eglises du Moyen-Orient, d'étudier avec une attention particulière les textes et le contenu de ces accords christologiques, étant donnée que nous coexistons tous dans la même région, et que nous y sommes tous appelés à porter un témoignage commun au Christ au milieu de croyants musulmans et juifs.

45. Avec les eglises et communautés ecclésiales d'occident
Depuis le Concile Vatican II, l'Eglise catholique a aussi multiplié les contacts avec diverses Eglises et communautés issues de la réforme. Des dialogues bilatéraux officiels ont été établis avec les Anglicans, les Luthériens, l'Alliance mondiale des Réformés, les Méthodistes, les Disciples du Christ, etc. C'est surtout avec les Anglicans et les Luthériens que des textes théologiques communs de grande richesse ont pu être publiés sur le mystère de l'Eglise, l'autorité, l'eucharistie, la justification, etc.

46. Avec le conseil œcuménique des eglises
L'Eglise catholique a en même temps développé une étroite collaboration avec le Conseil œcuménique des Eglises, en particulier à travers le Groupe mixte de travail et grâce à sa participation aux travaux de la Commission Foi et Constitution. Le texte sur le Baptême, l'Eucharistie et le Ministère, publié en 1982, est sur ce point certainement le fruit le plus riche, marquant des convergences impressionnantes entre toutes les grandes confessions chrétiennes.

III. RÉCEPTION DES RÉSULTATS DU DIALOGUE THÉOLOGIQUE 

47. Participation de toute l'eglise dans le dialogue
Nous avons déjà dit que les résultats des dialogues théologiques ne peuvent pas être réservés aux seules commissions de spécialistes, et qu'ils doivent être communiqués à l'Eglise et «devenir un patrimoine commun». Ces résultats doivent faire l'objet «d'un sérieux examen qui doit impliquer le peuple de Dieu dans son ensemble, de diverses manières et en fonction des différentes compétences. Evêques, prêtres, fidèles laïcs ayant tous reçu l'onction de l'Esprit Saint doivent être intégrés dans cette réception, chacun selon son charisme et sa place propre dans l'Eglise, afin d'arriver à un consensus fidelium».

La réception de ces résultats ne consiste pas dans un acte ponctuel, ni se limite à une décision de la plus haute autorité, une fois pour toutes. C'est un long processus de discernement et d'assimilation progressive des décisions prises, une croissance commune dans la reconnaissance mutuelle et la communion, qu'accomplit toute l'Eglise, sous la responsabilité de la hiérarchie et avec l'assistance de l'Esprit Saint. Elle demandera que l'ouverture œcuménique devienne une dimension constante de toute la vie des Eglises, en particulier de toute la pastorale.

IV. LES EGLISES DU MOYEN-ORIENT ET LE DIALOGUE THÉOLOGIQUE

48. Les Eglises Du Moyen-Orient
  Nos Eglises du Moyen-Orient voient que le dialogue théologique au sens strict est de leur compétence et de leur devoir. Nous souffrons parfois dans nos Eglises catholiques et orthodoxes du manque de personnes et des moyens. C'est pourquoi notre contribution dans ce domaine reste modeste. Mais nous devons mentionner ici les initiatives entreprises par les deux Eglises d'Antioche, grecque melkite catholique et grecque orthodoxe, et les deux Eglises de Babel, chaldéenne catholique et assyrienne d'Orient.

Nous savons que la façon concrète dont certaines vérités ou exigences théologiques ou canoniques sont vécues par nos Eglises catholiques a des répercussions profondes sur le dialogue théologique autour de ces mêmes vérités. Par exemple, la question de la primauté dans l'Eglise et la communion avec le successeur de Pierre sur le siège de Rome. Le pape Jean-Paul II lança un appel pressant dans son encyclique Ut unum sint, afin de l'aider, «par un dialogue fraternel et patient», à «trouver une forme de l'exercice de la primauté ouverte à la situation présente, mais sans renoncement aucun à l'essentiel de sa mission». Il renouvela cet appel, lors de sa rencontre avec les Patriarches Catholiques d'Orient, le 29 septembre 1998.

49. Les traditions des eglises particulières
Comment pouvons-nous concilier la diversité de nos anciennes traditions et de nos droits particuliers avec cette communion ? Quels sont les meilleurs moyens d'intégrer synodalité et primauté ? Une recherche continue du sens de l'Eglise dans nos traditions orientales et occidentales à la fois, et du contenu de nos traditions patriarcales peuvent ouvrir de nouvelles portes dans le cadre de la communion catholique: telle est notre véritable contribution dans le dialogue théologique. Nous exhortons nos fils à s'engager dans cette recherche afin d'aider l'Eglise catholique en Orient et dans le monde à respirer avec ses deux poumons, oriental et occidental, comme le demande le pape Jean-Paul II.

Il est clair que ces aspects font déjà partie du dialogue de la charité, car il n'est pas possible de tracer une frontière nette entre celui-ci et le dialogue de la vérité. St Jean dit: «Qui fait la vérité vient à la lumière» (Jn 3, 21).

V. LA RÉCEPTION DANS LES EGLISES DU MOYEN-ORIENT

50. La Réception Dans Les Eglises du Moyen-Orient
Nous avons dit que le dialogue doit «impliquer le peuple de Dieu dans son ensemble». C'est pourquoi nos Eglises du Moyen-Orient doivent pleinement assumer cette responsabilité, à tous les niveaux et dans tous les domaines de leur vie. Les textes ou accords qui sont le fruit du dialogue théologique et qui doivent faire l'objet d'un tel processus de réception sont nombreux et divers quant à leur origine et quant à leur nature.

51. Les documents officiels
Viennent en premier lieu les textes officiels de l'Eglise catholique, à commencer par les textes du Concile Vatican II qui a ouvert une ère nouvelle pour l'œcuménisme catholique. Le Directoire pour l'application des principes et des normes sur l'œcuménisme, publié dans une édition révisée en 1993, en est le prolongement direct, de même que meilleur guide dans l'effort d'appropriation. L'encyclique Ut unum sint, du pape Jean Paul II (mai 1995) est venue confirmer la réception des orientations œcuméniques de Vatican II, en même temps qu'elle prend acte des acquis des différents dialogues qui ont été engagés depuis lors. Bien d'autres textes du pape ou d'instances catholiques reproposent ces mêmes orientations en fonction de circonstances nouvelles; parmi les plus importants l'Exhortation apostolique post-synodale, «Une espérance nouvelle pour le Liban» (mai 1997).

52. Les accords bilatéraux
D'autre part, au cours des mêmes décennies, de nombreux textes œcuméniques d'accord ou de convergence ont été produits, tant dans les dialogues bilatéraux, c'est-à-dire entre l'Eglise catholique et une autre Eglise – avec les Orthodoxes, les Anglicans, les Luthériens, etc. –, que dans les dialogues multilatéraux, où plusieurs Eglises ou traditions sont engagées ensemble, par exemple dans le cadre du Conseil Œcuménique des Eglises, au plan mondial, ou du Conseil des Eglises du Moyen-Orient, au plan régional.

53. Autres documents importants
Concrètement, au Moyen-Orient, ce sont évidemment les textes qui concernent les relations entre Catholiques et Orthodoxes qui devront avant tout être pris en considération. Les principales questions traitées dans les textes et les accords qui concernent le dialogue théologique avec l'Eglise orthodoxe de tradition byzantine sont les suivantes: en premier lieu, nous sommes des Eglises sœurs. Cette vision doit faire partie intégrante de notre ecclésiologie. Deuxièmement, les sacrements sont les mêmes et la «conception sacramentelle de l'Eglise» nous est commune. Troisièmement, les orientations pratiques de la Commission internationale pour le dialogue contenues dans le document final de la réunion de Balamand, en 1993, sont à connaître et à mettre en pratique. Il est essentiel aussi de comprendre que, sur ces points, il ne s'agit pas seulement ni d'abord de règles pratiques d'action, mais de principes théologiques et ecclésiologiques fondamentaux.

54. Application des accords
Les accords christologiques entre l'Eglise catholique et les Eglises syrienne, copte et arménienne orthodoxes comportent des implications profondes pour nos Eglises. Cela signifie que les principales raisons de la séparation au Ve siècle n'existent plus. Il est clair aujourd'hui que les Eglises catholiques et orthodoxes se mettent à travailler ensemble afin de poursuivre ces accords et de les mettre en pratique. Il faudrait pour cela créer des commissions mixtes de travail.

 

CHAPITRE IV
L'œcuménisme spirituel
 

55. L'œcuménisme spirituel
Le souci et la recherche de l'unité font partie de l'être même du chrétien aussi bien que de celui de l'Eglise. Le pape Jean-Paul II y revient à plusieurs reprises: «L'unité, que le Seigneur a donnée à son Eglise et dans laquelle il veut que tous soient inclus, n'est pas secondaire, elle est au centre même de son œuvre. Elle ne représente pas non plus un attribut accessoire de la communauté des disciples. Au contraire, elle appartient à l'être même de cette communauté». L'Eglise est donc appelée à être œcuménique au plus profond d'elle-même et elle devra s'y laisser convertir et former à travers les relations avec les autres baptisés et leurs communautés. Nous rappelons de nouveau ce que le pape Jean-Paul II a dit: il faut que le dialogue œcuménique aille au-delà du dialogue des idées, pour devenir un dialogue d'échange de dons, un dialogue des consciences, et par suite un dialogue qui conduise à la conversion.

Le décret sur l'œcuménisme du Concile Vatican II utilise dans ce sens l'expression «œcuménisme spirituel», qui englobe la rénovation de l'Eglise, la conversion du cœur, la sainteté de vie, la prière, la connaissance mutuelle.

56. Conversion et renouveau
 Le Concile Vatican II appelle avant tout à la conversion intérieure sans laquelle il ne peut y avoir de véritable œcuménisme. Au plan des personnes, cela se traduit par le renouveau du cœur, le renoncement à soi, l'humilité et la douceur dans le service, la générosité fraternelle à l'égard des autres. Chacun est appelé à se reconvertir plus radicalement à l'Evangile: «Que les fidèles se souviennent tous qu'ils favoriseront l'union des chrétiens, bien plus, qu'ils la réaliseront, dans la mesure où ils s'appliqueront à vivre plus purement selon l'Evangile».

57. Conversion de la personne et de la communauté
Ce n'est pas seulement le chrétien qui doit se convertir personnellement, le Concile Vatican II appelle aussi à une conversion communautaire. L'encyclique Ut unum sint le réaffirme avec force: «Ce ne sont pas seulement les péchés personnels qui doivent être remis et surmontés, mais aussi les péchés sociaux, pour ainsi dire les "structures" mêmes du péché, qui ont entraîné et peuvent entraîner la division et la confirmer».

58. Nous reconnaissons que nous avons péché
Cette conversion porte plus spécialement sur les péchés contre l'unité: «L'unité des chrétiens est possible, à condition que nous soyons humblement conscients d'avoir péché contre l'unité et convaincus de la nécessité de notre conversion». Elle entraînera tout un changement de nos attitudes à l'égard des autres: «On prend conscience de certaines exclusions qui blessent la charité fraternelle, de certains refus de pardonner, d'un certain orgueil, de l'enfermement dans la condamnation des 'autres' de manière non évangélique, d'un mépris qui découle de présomptions malsaines». Chaque Eglise ou communauté devra discerner comment ses péchés ont pu jouer un rôle de division dans son histoire, et à quelle Eglise elle a causé un dommage par son péché. Elle doit s'efforcer ensuite, avec la grâce divine, de parvenir au pardon et à la réconciliation.

59. Conversion dans tous les domaines de la vie
La conversion personnelle et communautaire devra se traduire en renouveau de la vie des Eglises, où «se trouve certainement le ressort du mouvement vers l'unité». Et un tel effort de renouveau devra porter sur tous les domaines de la vie et de l'apostolat de l'Eglise: «mouvement biblique et liturgique, prédication de la parole de Dieu, catéchèse, apostolat des laïcs, nouvelle forme de la vie religieuse, spiritualité du mariage, doctrine et activité de l'Eglise en matière sociale». Dans ce sens, tous les efforts de nos Eglises orientales catholiques auront une portée œcuménique, surtout nos efforts dans les domaines de la théologie, de la liturgie et de la spiritualité.

60. La prière
Faisant elle aussi partie de l'œcuménisme spirituel, la prière mérite une mention spéciale, car en elle le chrétien et la communauté ecclésiale se trouvent en présence de Dieu, se soumettant à sa volonté et implorant sa lumière et sa force. Le Concile Vatican II décrit la prière comme «l'âme de tout le mouvement œcuménique» et «un moyen très efficace pour demander la grâce de l'unité».

Cela est vrai même de la prière personnelle: «Du dialogue intime et personnel que chacun doit entretenir avec le Seigneur par la prière, la préoccupation de l'unité ne peut être exclue. C'est seulement de cette manière, en effet, qu'elle fera pleinement et réellement partie de notre vie et des devoirs qui nous reviennent dans l'Eglise».

Toutes nos traditions ecclésiales possèdent des prières pour l'unité dans leurs liturgies, ce qui prouve que nos Eglises n'ont jamais cessé de prier pour l'unité et ont porté cette préoccupation quotidiennement, jusque dans l'Eucharistie. Nous invitons à remettre pleinement en valeur la signification de ces prières, comme expression de la dimension œcuménique de la liturgie, et afin que cet esprit reste vivant en nous et nous porte au rétablissement de l'unité avec nos frères.

61. Prière œcuménique commune
«Sur la route œcuménique de l'unité, la priorité revient certainement à la prière commune» de frères et sœurs qui ne sont pas dans une parfaite communion. Elle est «une expression authentique des liens par lesquels les catholiques demeurent unis avec les frères dans toute Eglise», «une expression et une confirmation de l'unité». En effet, «si, malgré leurs divisions, les chrétiens savent toujours plus s'unir dans une prière commune autour du Christ, alors se développera leur conscience des limites de ce qui les divise en comparaison de ce qui les unit». On veillera donc à ce que les nombreuses réunions œcuméniques comportent le plus souvent possible la prière et qu'elle en soit en quelque sorte le sommet. La semaine de prière pour l'unité des chrétiens, qui est célébrée chaque année en janvier ou vers la Pentecôte, est une expression privilégiée de ce devoir de la prière œcuménique en même temps qu'une occasion propice pour développer la conscience œcuménique des fidèles.

62. Connaissance mutuelle et solidarité vécue
«La communion de prière amène à porter un nouveau regard sur l'Eglise et sur le christianisme». Ce changement de regard fait partie de la conversion à l'Evangile: «Il faut passer d'une position d'antagonisme et de conflit à une position où l'un et l'autre se reconnaissent mutuellement comme des partenaires». Il favorise une nouvelle découverte des richesses présentes dans les autres Eglises et Communions: «La perception que l'Esprit agit dans les autres Communautés chrétiennes, la découverte d'exemples de sainteté, l'expérience des richesses illimitées de la communion des saints, la mise en relation avec des aspects insoupçonnés de l'engagement chrétien».

63. Nous invitons
Nous invitons nos prêtres et nos fidèles à vouloir mieux connaître et aimer les traditions théologiques, liturgiques et spirituelles des autres Eglises, afin de pouvoir s'en nourrir. Cela exige une longue éducation jusqu'à pouvoir sentir les sentiments et les réactions en nous et chez les autres. En nous fondant sur la communion déjà existante et continuellement enrichie par les rencontres, il nous faut éveiller un souci omniprésent de solidarité. Nous devons tendre à nous sentir concernés par les joies et les peines, les réussites et les échecs des autres, et à «porter les fardeaux les uns des autres» (Ga 6,2). Cela devra se traduire par des actes très concrets: participer aux fêtes et aux deuils, s'intéresser tout ce qui se passe dans les autres communautés, être prêts à offrir nos services quand ils sont souhaités, etc. Ainsi la communion partielle grandira pas à pas et aidera à surmonter les anciens antagonismes, les idées toutes faites et les souvenirs douloureux du passé. Le pape Jean-Paul II décrit bien cette dynamique quand il dit: «Toute la vie des chrétiens est ainsi marquée par la préoccupation œcuménique et ils sont appelés à se laisser comme former par elle».

Chapitre V
Une pastorale œcuménique

64. Une pastorale œcuménique
Si le dialogue est l'instrument par excellence de l'œcuménisme et la prière, avec la conversion du cœur, son âme, c'est dans la pastorale qu'il doit prendre corps pour en transfigurer les acteurs et renouveler les méthodes. Déjà en décembre 1979, au retour de sa visite au Patriarcat œcuménique à Istanbul, le pape Jean-Paul II dit que le dialogue fraternel «doit devenir une composante nécessaire à l'intégrité des programmes pastoraux d'un côté comme de l'autre». Il le répète dans Ut unum sint: «L'œcuménisme, le mouvement pour l'unité des chrétiens, n'est pas un appendice quelconque qui s'ajoute à l'activité traditionnelle de l'Eglise. Au contraire, il fait partie intégrante de sa vie et de son action, et il doit par conséquent pénétrer tout cet ensemble et être comme le fruit d'un arbre qui, sain et luxuriant, grandit jusqu'à ce qu'il atteigne son plein développement».

65. Une vision nouvelle
Tout notre travail pastoral devra se fonder sur le principe que l'Eglise est une communion dans la foi, les sacrements et le service de la charité. Il visera à mener à sa plénitude la communion réelle, bien qu'imparfaite encore, qui existe déjà entre l'Eglise catholique et les autres Eglises et Communautés ecclésiales.

Ceci vaut en premier lieu pour les Eglises orthodoxes, puisque nous les reconnaissons comme Eglises sœurs, étant donné qu'elles ont «la profession de foi apostolique, la participation aux mêmes sacrements, surtout à l'unique sacerdoce célébrant l'unique sacrifice du Christ, et la succession apostolique des évêques». Déjà le Pape Paul VI en avait conclu que les chefs des Eglises catholiques et orthodoxes doivent «se reconnaître mutuellement et se respecter comme pasteurs de la partie du troupeau du Christ qui leur est confiée».

Quant aux Eglises et Communautés ecclésiales issues de la Réforme protestante il reste entre nous des différences plus grandes qui touchent la foi. Mais il y a également entre nous une base commune qui nous invite au respect mutuel, et à une action conjointe dans les domaines religieux et social.

66. Des attitudes nouvelles basées sur la nouvelle vision
Les grandes orientations pour un travail pastoral œcuménique avec les Eglises orthodoxes nous sont données dans les divers accords communs auxquels l'Eglise catholique est parvenue avec elles: en particulier, l'accord pastoral entre l'Eglise catholique et l'Eglise syrienne orthodoxe de 1984, les divers textes qui ont été publiés dans le cadre des dialogues théologiques avec l'Eglise copte orthodoxe et l'Eglise grecque orthodoxe, le document commun signé lors de la rencontre de Charfeh au Liban en 1996 par les Patriarches catholiques du Moyen-Orient et les Patriarches grec et syrien orthodoxes d'Antioche. C'est pourquoi, il est important pour nous d'assimiler ces textes et d'étudier leurs implications concrètes.

67. La coordination entre les chefs des eglises
C'est pourquoi nous appelons tous nos pasteurs et nos fidèles à s'efforcer de promouvoir la consultation mutuelle et la collaboration partout où cela est possible. En particulier, dès que notre activité pastorale touche des fidèles appartenant à d'autres Eglises, il faudra veiller à en informer les responsables de ces Eglises et, si possible, travailler en coordination avec eux. Ainsi grandira et se fortifiera l'esprit fraternel et la confiance réciproque. Le principe fondamental qui nous guidera, sera d'agir ensemble tout en restant fidèle au dogme de la foi et aux lois de l'Eglise.

68. Le problème du prosélytisme
Il est clair que l'œcuménisme a pour but de restaurer l'unité visible entre les Eglises existantes, sans vouloir les absorber les unes dans les autres. Les représentants des Eglises catholique et orthodoxe l'affirment d'un commun accord à leur réunion de Balamand au Liban en 1993: «Dans l'effort pour rétablir l'unité il ne s'agit pas de rechercher la conversion des personnes d'une Eglise à l'autre pour assurer leur salut. Il s'agit de réaliser ensemble la volonté du Christ pour les siens et le dessein de Dieu sur son Eglise par une commune recherche entre les Eglises d'un plein accord sur le contenu de la foi et ses implications».

C'est pourquoi, nous devons respecter, dans notre pastorale, l'appartenance des chrétiens à leurs Eglises, sans nous efforcer de les faire passer d'une Eglise à l'autre. Il faut plutôt les aider à découvrir et à promouvoir leur mission dans leur propre Eglise.

Le problème des passages de fidèles d'une Eglise à l'autre est un problème dont souffrent aujourd'hui toutes les Eglises. C'est une question qui reste confuse, source de suspicion mutuelle et cause de tensions et de manque de confiance entre les Eglises, en particulier au Moyen-Orient, où les Eglises vivent côte à côte et où leurs fidèles se trouvent ensemble dans divers domaines de la vie quotidienne.

69. Etude commune pour eclaircir cette question
 Nous sommes tous d'accord pour refuser cette méthode dans le travail pastoral, i.e. le passage des personnes d'une Eglise à l'autre, pour une offre d'avantages matériels, sociaux ou culturels. Cependant la question a deux aspects importants. D'une part, il faut à tout prix respecter la liberté des consciences –l'un des droits les plus fondamentaux de la personne humaine– qui comprend aussi la liberté d'appartenance ecclésiale et la liberté de passer d'une Eglise à l'autre, si une personne arrive librement à un tel choix dans sa recherche de Dieu et de la vérité. Mais s'il est nécessaire de respecter la liberté de conscience du fidèle, il n'est pas permis d'exploiter son ignorance ou la simplicité de sa foi, ou sa faiblesse ou toute autre circonstance, pour dire qu'il s'agit d'un cas de liberté de conscience. Un tel comportement serait une violation de cette liberté.

D'autre part, le deuxième aspect concerne les Eglises qui ont de nombreuses institutions telles que les écoles, les hôpitaux, les maisons pour orphelins ou personnes âgées, etc. fréquentés par des fidèles d'autres Eglises. Notre principe d'action est ici clair et précis: nous ne refusons nos services matériels ou spirituels à personne, chaque fois que nous pouvons servir et aider. Mais nous refusons aussi l'exploitation du besoin d'un fidèle pour faire pression sur sa conviction religieuse. Il n'est pas permis d'exploiter les services offerts pour inciter les personnes à sortir de leurs Eglises. Toute aide possible sera offerte en tout domaine spirituel ou matériel; et cette aide aura atteint son but véritable quand elle amènera le fidèle à découvrir sa propre mission et à croître dans l'Eglise où Dieu l'a appelé et lui a donné sa grâce.

Dans tous les cas, un dialogue commun en ce domaine devra préciser les cas individuels de même que les principes généraux que les Eglises doivent suivre.

70. Vers une collaboration véritable
Nous nous laisserons toujours guider par les orientations données par le pape Jean-Paul II dans sa lettre Ut unum sint. Pour lui les relations entre les chrétiens «prévoient et demandent dès maintenant toutes les collaborations pratiques possibles à divers niveaux, pastoral, culturel, social et aussi dans le témoignage du message de l'Evangile». La collaboration entre chrétiens possède une double valeur: d'une part, elle exprime de façon vivante l'union qui existe déjà entre eux et leur communion fraternelle et, d'autre part, elle est «une véritable école d'œcuménisme, c'est une voie dynamique dans le sens de l'unité. L'unité d'action mène à la pleine unité dans la foi. La collaboration entre chrétiens est en outre» aux yeux du monde un témoignage commun et «une annonce, qui révèle le visage véritable du Christ». Et cela est très important pour notre présence et notre vocation au Moyen-Orient.

71.Orientations du directoire œcuménique
 Le Directoire œcuménique décrit les différents domaines dans lesquels cette collaboration est possible: dans la traduction et la lecture de la Bible, l'unification des textes liturgiques, la catéchèse, l'enseignement supérieur au niveau des séminaires et universités, le dialogue avec les religions, les médias, la vie sociale et culturelle, etc. Ainsi, à titre d'exemple, dans notre accord patriarcal de Charfeh (1996) nous avons déjà projeté la rédaction d'un texte commun pour l'enseignement religieux dans les écoles gouvernementales. D'autres possibilités de collaboration sont mises en œuvre dans le cadre du Conseil des Eglises du Moyen-Orient – comme la traduction arabe commune du Notre Père et du Symbole de foi de Nicée-Constantinople – ou toute autre initiative entre les différentes Eglises de la région.

72. Dans le domaine de la liturgie et des sacrements
Dans le domaine de la collaboration liturgique ou de la participation aux sacrements, l'absence de communion parfaite demeure un facteur central qui continue à diviser nos Eglises. Il est d'importance primordiale de toujours respecter la vision théologique de chaque Eglise en ce domaine, jusqu'à ce que vienne l'heure où la volonté divine veut nous unir, afin d'offrir ensemble une seule Eucharistie. Les Eglises voient aujourd'hui que l'absence d'unité dans la foi empêche la communion dans les sacrements. Toute communion est entre deux personnes ou deux communautés et suppose donc le libre accord des deux parties. Et quand il s'agit de la communion sacramentelle, il ne s'agit jamais d'une personne isolée: chaque baptisé est membre d'une communion ecclésiale. Par conséquent, comme le dit le pape Jean-Paul II: «On ne doit jamais perdre de vue la dimension ecclésiologique de la participation aux sacrements, surtout celle de la Sainte Eucharistie».

Dans l'accord de Charfeh, nous avons prévu de nouvelles possibilités pour la célébration de mariages mixtes entre catholiques et orthodoxes, de même que nous avons tracé ensemble les grandes lignes pour résoudre les difficultés soulevées par les fêtes de première communion dans les écoles catholiques. L'accord pastoral signé en 1984 par le pape Jean-Paul II et le patriarche Zakka Iwas Ier rend possible une réception réciproque des sacrements de la pénitence, de l'Eucharistie et de l'onction des malades en cas d'absence d'un prêtre d'une des deux communautés. Il faut donc être attentifs à ces directives, afin de les appliquer dans le respect mutuel et avec la prudence requise. D'autres possibilités s'ouvriront peut-être dans un avenir pas trop éloigné, mais nous avons encore besoin d'avantage de réflexions et d'études communes.

En ce qui concerne la fête de Pâques, afin de répondre aux désirs des fidèles de toutes les Eglises catholiques et orthodoxes, nous avons étudié cette question avec nos vénérables frères les Patriarches de différentes Eglises dans notre région. De sérieuses difficultés se sont manifestées dans certaines Eglises qu'il est difficile de surmonter. C'est pourquoi la liberté a été donnée à ceux qui peuvent unifier les fêtes de le faire, selon les circonstances qu'ils vivent dans leur pays, en signe de rapprochement et de préparation de l'unité désirée. Toutefois il faut, en cela, respecter l'identité, le patrimoine et la tradition de chaque Eglise.

73. Autres domaines de collaboration
En attendant, un vaste domaine de collaboration reste ouvert dans les différents services, tels que la construction et l'utilisation d'églises, la construction d'écoles ou d'hôpitaux, là où le besoin se fait sentir, les projets de développement social ou d'aide aux nécessiteux, la construction de logements, l'utilisation de la presse et d'autres médias, etc. Il est d'importance capitale de faire face ensemble au problème de l'émigration, avec tous les moyens dont nous pourrions disposer. Ensemble nous devons œuvrer pour la justice et la paix, pour une participation active et juste des chrétiens dans la vie publique de leur pays. Ensemble nous devons traiter nos questions d'Eglises avec les autorités compétentes. Ensemble enfin nous devons étudier nos rapports avec nos frères musulmans et juifs.

Chapitre VI
Moyens et instruments œcuméniques

74. Moyens et instruments œcuméniques
Tout cela a besoin de commissions mixtes de travail. Mais avant tout, nous avons besoin d'un esprit nouveau capable d'assimiler et de mettre en pratique les orientations et les accords proposés par les divers organismes de dialogue mondiaux ou locaux.

75. Le Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient
Depuis sa création en 1991, notre Conseil s'est penché sur les questions auxquelles nos Eglises catholiques sont affrontées au Moyen-Orient. En même temps, dans nos congrès annuels, nous avons abordé les problèmes les plus importants qui concernent notre présence en tant que chrétiens en général et en tant que catholiques en particulier. Nous vous avons adressé, chers fidèles, plusieurs lettres pastorales, dans lesquelles nous vous avons communiqué le résultat de nos réflexions dans tous ces domaines.

Nous avons toujours pris à cœur le développement des relations avec nos frères les Patriarches orthodoxes. Ainsi, depuis quatre ans, le premier jour de nos réunions est consacré à une rencontre entre catholiques et orthodoxes. Nous tenons fortement à continuer cette réflexion fraternelle commune avec les Eglises orthodoxes sœurs et appelons nos pasteurs à suivre eux aussi la même voie de la rencontre et de la réflexion commune, dans le but d'une mise en pratique concrète, dans les éparchies, de tous les principes et de tous les accords que nous avons évoqués dans cette lettre.

76. Les Conseils des Patriarches et des Evêques Catholiques dans chaque pays
Les circonstances et les possibilités œcuméniques sont très différentes d'un pays à l'autre. C'est pourquoi il est du devoir des Conseils des Patriarches et des Evêques catholiques dans chaque pays de poursuivre cette mission œcuménique et de prendre les initiatives qu'ils jugent opportunes.Nous demandons que des commissions soient constituées dans ce but, là où elles n'existent pas encore, ou qu'elles soient réactivées là où elles existent, afin que l'Eglise puisse s'acquitter fidèlement du témoignage qui lui est demandé dans ce domaine.

77. Le Conseil des Eglises du Moyen-Orient
Ce Conseil a été fondé en 1974, sous l'impulsion de chrétiens zélés qui voulaient répondre à l'appel et à la prière du Christ pour l'unité de son Eglise (Jn 17,21). Il comprenait à ce moment-là les Eglises orthodoxes et protestantes et était l'aboutissement de longs efforts qui remontent jusqu'à 1925. L'Eglise catholique avec ses sept patriarcats en est devenue membre à part entière en 1988-1989.

En tant que Patriarches, nous avons tous participé aux travaux de ce Conseil. Nous croyons que notre mission et notre devoir sont d'y être présents fraternellement avec toutes les Eglises de la région. C'est un lieu privilégié où nous pouvons écouter la voix de nos frères et apprendre à mieux nous connaître entre Eglises. Nous y contribuons avec les autres Eglises à une réflexion théologique commune à laquelle le Conseil nous invite et qu'il organise à travers ses différentes sections et commissions. Le but en est de parvenir à un rapprochement entre les Eglises et d'affronter ensemble les mêmes problèmes qui se posent à tous les chrétiens dans cette partie du monde.
 

78. La formation œcuménique
Si nous voulons remplir nos devoirs œcuméniques à l'égard de nos Eglises locales et de l'Eglise universelle, il nous faut mettre en route tout un programme de formation et de préparation des prêtres, des religieux, des religieuses et des fidèles. L'importance de cette formation est confirmée par le Directoire œcuménique qui accorde une place prioritaire à tous ceux qui travaillent dans le ministère paroissial.

Dans cet esprit, nous demandons en premier lieu à nos séminaires d'offrir une préparation œcuménique aux futures générations de nos prêtres, non seulement en leur faisant connaître les textes et les accords œcuméniques, mais surtout en les imprégnant d'un esprit nouveau qui les ouvre aux autres Eglises. Le but est qu'ils connaissent leurs traditions et s'efforcent de les aimer sincèrement. Il est nécessaire de mettre fin à toute rivalité et à toute mentalité confessionnelle fermée, qui regarde l'autre comme un étranger, un inconnu, venant en second lieu pour les services et inférieur en valeur et en dignité. Nous sommes tous égaux devant la grâce de Dieu répandue en nos cœurs. Nous sommes tous appelés à chercher les voies les meilleures pour nous libérer des conséquences néfastes de nos divisions et des attitudes malveillantes qui les entretiennent en chacun de nous.

Il en est de même pour tout notre travail d'éducation. Nous voulons éduquer nos enfants à aimer leur Eglise dans laquelle ils ont reçu la grâce du baptême, à connaître ses traditions et à lui rester fidèles. Mais en même temps nous voulons leur apprendre à s'ouvrir aux autres et à les aimer. Les susceptibilités confessionnelles parmi les fidèles doivent cesser. Tous ensemble nous devons nous reconnaître comme disciples du Christ et comme ses témoins dans notre société humaine, portant un témoignage commun au Dieu un et unique, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

C'est pourquoi le programme de l'enseignement chrétien doit lui aussi être marqué par l'esprit et l'ouverture œcuméniques. Toutes les fois que nous présentons à nos enfants des renseignements sur les autres Eglises, l'approche doit être positive, sans confusion et sans sacrifier la vérité, de nature à faire grandir en eux le véritable esprit de la fraternité chrétienne.

CONCLUSION
Notre vocation et notre responsabilité œcuméniques

79. Notre vocation et notre responsabilité œcuméniques
Eglises nées dans la région où Jésus a proclamé l'Evangile et d'où sont partis les apôtres pour porter le message du salut au monde entier, nous croyons avoir reçu de Dieu une mission spécifique, tant au Moyen-Orient qu'au sein de l'Eglise universelle.

Dans un Moyen-Orient qui, depuis de longues années, est à la recherche de la stabilité et d'une paix véritable, au milieu de tensions internes très contrastées et d'interventions extérieures rivales, nous nous croyons appelés à être pour nos sociétés un signe d'espoir. Le pluralisme des traditions culturelles et religieuses de nos communautés est un reflet des sociétés humaines au sein desquelles le Père nous a placés. Dans la mesure où, avec la grâce de Dieu, nous serons vraiment capables de nous accepter dans la diversité et d'unir notre parole, notre témoignage et notre service, nous pouvons apporter un surcroît d'inspiration et d'entente fraternelle. Le service que nous offrons est un service désintéressé pour le salut de l'homme. Mais notre parole et notre témoignage ne pourront avoir d'échos profonds que dans la mesure où nous sommes capables de surmonter les divisions entre nous, sinon nous ne faisons qu'ajouter au désarroi général.

Notre unité pourra alors devenir un signe de l'amour éternel du Père qui veut rassembler tous ses enfants dispersés dans son Fils Jésus. Unis de pensée et de cœur, nous serons, dans la force de l'Esprit Saint, à même de renouveler notre présence dans cette partie du monde et de donner à nos fidèles et à nos pays une nouvelle vision et une nouvelle confiance pour l'avenir.

80. Ecoutons pour conclure la voix de Saint Cyrille d'Alexandrie: «Le Christ, prenant cette unité substantielle de son Père et de Lui-même comme le type et l'exemple d'une indéfectible amitié et de l'harmonie des âmes, veut que nous aussi, d'une certaine façon, nous soyons liés les uns aux autres, à coup sûr par la puissance de cette sainte et consubstantielle Trinité, de sorte que soit reconnu en l'Eglise un seul corps universel, élevé dans le Christ jusqu'à ne constituer, par l'union et la rencontre des deux peuples, qu'un seul tout parfait» (cf. Eph 2,14).

«Afin que nous tendions à cette unité avec Dieu et entre nous, et que nous nous unissions intimement – bien que chacun de nous garde son corps et son âme personnels propres – le Fils unique a trouvé ce moyen, selon la sagesse et le dessein de son Père: un seul corps, le sien évidemment, comblant ses fidèles par la communion sacramentelle, il se les incorpore à lui-même et entre eux. Qui donc en effet diviserait ou écarterait de cette mutuelle et profonde union ceux qui, par l'unique et sacro-saint Corps du Christ, ont été conjoints dans l'unité avec le Seigneur?».

«Si nous sommes membres d'un seul corps entre nous dans le Christ – et non seulement entre nous, mais avec celui, certes, qui est en nous par sa chair – comment ne serions-nous pas tous manifestement Un seul, entre nous et dans le Christ? C'est le Christ qui est le lien et l'unité, lui qui est Dieu-Homme».

«Nous sommes donc tous un, dans le Père, le Fils et l'Esprit Saint, un, dis-je, par l'identité de notre état surnaturel, un par notre conformation filiale et par la communion à la sainte chair du Christ, et par notre participation à l'unique et saint Esprit».

81. A l'approche du deuxième millénaire de la naissance de Jésus, les regards et les cœurs d'un grand nombre de chrétiens à travers le monde se tourneront vers notre région du Moyen-Orient, le berceau de l'Eglise. Si nous, les communautés chrétiennes vivant chaque jour près des lieux où les mystères du salut se sont déroulés, nous savons vivre unis, à l'image de la première communauté chrétienne du livre des Actes des Apôtres, les pèlerins, venant des quatre coins de l'horizon à la recherche des sources de leur foi, pourront s'en retourner chez eux, confirmés et rajeunis dans leur engagement et leur fidélité à la foi.

La recherche de l'unité dans le Christ est une dimension essentielle de notre être chrétien et une condition primordiale de notre mission dans l'Eglise et dans le monde, afin que tous «aient la vie et qu'ils l'aient en abondance» (Jn 10,10). Nous demandons à Dieu de nous aider sur ce chemin vers l'unité, et de nous remplir de son Esprit afin de renouveler nos cœurs et de renforcer notre unité. Nous lui demandons de vous bénir dans votre marche vers lui et dans votre amour de vos frères et sœurs, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

+ Stefanos II GHATTAS, Patriarche d'Alexandrie pour les Coptes Catholiques.

+ Maximos V HAKIM, Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient, d'Alexandrie et de Jérusalem, pour les Grecs Melkites Catholiques.

+ Nasrallah Pierre Cardinal SFEIR, Patriarche d'Antioche pour les Maronites.

+ Ignace Moussa Ier DAOUD, Patriarche d'Antioche pour les Syriens Catholiques.

+ Rafaël Ier BIDAWID, Patriarche de Babylone pour les Chaldéens.

+ Jean-Pierre XVIII KASPARIAN, Patriarche de Cilicie pour les Arméniens Catholiques.

+ Michel SABBAH, Patriarche de Jérusalem pour les Latins.

Conseil des Patriarches Catholiques d'Orient

Pâques 1999

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