MESSAGE DES
PATRIARCHES CATHOLIQUES D'ORIENT
Pâques 1999
Le Mouvement Œcuménique
"Que Tous Soient Un" (Jn17,21)
5ème Lettre Pastorale des Patriarches Catholiques d'Orient
adressée à leurs fidèles, En Orient et dans la Diaspora
INTRODUCTION
1. A nos frères les
évêques, les prêtres, les religieux, les religieuses
et à tous les fidèles de nos Eglises dans nos divers diocèses
et dans les pays de la Diaspora. «A vous grâce et paix de par
Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ» (Ep 1,1).
Le Christ est ressuscité,
oui, il est vraiment ressuscité. C'est dans la joie pascale que
nous vous adressons cette lettre sur l'œcuménisme, demandant au
Seigneur ressuscité de porter nos regards vers le Haut, où
dans la contemplation de sa gloire, nous puissions contempler aussi les
origines de notre unité. Qu'ainsi, pleins de la joie pascale, et
de l'espérance ravivée en nous par la Résurrection,
nous puissions marcher sincèrement vers elle.
Nous nous réjouissons,
par ailleurs, et nous rendons grâce à Dieu de voir que nos
fidèles prennent toujours plus vivement conscience de l'importance
de l'unité des chrétiens, dans notre vie spirituelle et pastorale.
Cette nouvelle ouverture et l'engagement résolu qui en découle
nous paraissent être un don précieux accordé par Dieu,
le Père des Lumières, à son Eglise, qui est appelée
à poursuivre aujourd'hui, dans chacun de nos diocèse, la
mission salvifique de son Fils.
2.L'œcuménisme
aujourd'hui
L'unité se
fait encore plus pressante pour nos Eglises en raison du fait que tous
les chrétiens ensemble nous constituons, un «petit troupeau»
(cf. Lc 12,32) dans la région du Moyen-Orient, où Dieu le
Père nous a envoyés afin de continuer la mission rédemptrice
de son Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ. Si nous voulons que le
témoignage que nous rendons à cette mission soit crédible
aux yeux de nos frères croyants, musulmans, juifs, et tous ceux
parmi lesquels il veut que nous vivions, il faut que notre témoignage
soit un. De même, notre service dans la société humaine,
au sein de laquelle nous vivons, ne peut être authentique, fécond
et efficace que dans la mesure où nous parvenons à unir nos
pauvres forces et nos moyens réduits. Bien plus, notre présence
même et notre avenir dans cette partie du monde dépendront
en grande partie de notre capacité à unir nos efforts, devenant
«un seul cœur et un seul esprit» (Ac 2: 44-45), afin de faire
face ensemble aux questions soulevées aujourd'hui, telles la justice
et la paix, l'émigration des chrétiens, les relations interreligieuses,
l'intégration sociale et culturelle dans nos sociétés,
et toutes sortes de questions communes avec lesquelles se trouve confronté
notre monde arabe, et nos Eglises avec lui.
3. Efforts
de tous vers l'unité
Tous, hiérarchie,
clergé et fidèles laïcs, nous partageons la même
vision et nous sentons le besoin urgent de l'unité, même si
les approches et les priorités sont parfois différentes.
Nous espérons en tout cas que nos positions soient complémentaires,
tout en étant différentes. Par leurs insistances inlassables,
certains de nos fidèles obligent leurs pasteurs à prendre
ces engagements au sérieux, bien que certaines de leurs revendications
ou méthodes puissent avoir besoin de plus de réflexion, parce
qu'elles ne prennent pas assez en considération toutes les implications
théologiques et les relations véritables entre les Eglises.
Leur désir ardent, par exemple, et leur action constante en faveur
d'une célébration commune de la fête de Pâques
par tous les chrétiens, est en soi quelque chose de positif, bien
que plusieurs obstacles en empêchent la réalisation. Un autre
exemple qui exige une action sérieuse sur la voie de l'unité
est le domaine des mariages mixtes qui provoquent parfois des tiraillements
au sein même de beaucoup de familles chrétiennes. Nous avons
étudié cette question et nous y avons adopté une position
commune, durant notre rencontre à Charfeh au Liban en 1996 avec
certains de nos vénérables frères, les Patriarches
des Eglises Orthodoxes. Il est certain aussi que l'unité chrétienne
ne se réduit pas à ces problèmes seulement; elle comprend
aussi des questions dogmatiques sur lesquelles il faut parvenir à
un accord.
4. Initiatives
œcuméniques aujourd'hui
Nous avons relevé
l'importance de l'unité des chrétiens dès nos premières
rencontres, en 1991 et 1992. Dans notre deuxième lettre pastorale
commune, publiée à Pâques 1992, sous le titre «La
présence chrétienne en Orient. Témoignage et mission»,
nous avons consacré plusieurs pages au dialogue et à la collaboration
œcuméniques. Nous avons dit: «En Orient, nous serons chrétiens
ensemble ou nous ne serons pas» (n. 39). Nous avons recommandé
de prendre les initiatives opportunes dans chaque pays et chaque diocèse.
A l'échelle de tout le Moyen-Orient, dès 1988, nous avons
pris la décision commune que la famille catholique devienne membre
à part entière du Conseil des Eglises du Moyen-Orient (CEMO),
un lieu de rencontre de toutes les Eglises de la région et un instrument
d'échanges entre elles.
5. Orientations
générales
Nos Eglises catholiques
s'efforcent ainsi de vivre aujourd'hui concrètement les grandes
orientations œcuméniques du deuxième Concile du Vatican,
élaborées ultérieurement dans le Directoire pour
l'application des principes et des normes sur l'œcuménisme,
dont une nouvelle édition a été publiée en
1993. Récemment le pape Jean-Paul II a voulu donner un nouvel élan
à la réflexion et à l'action œcuméniques par
sa lettre encyclique Ut unum sint, de mai 1995, qui nous servira
continuellement de source d'inspiration, en plus des témoignages
des Pères de nos Eglises Orientales.
L'Eglise universelle se prépare
aujourd'hui à la célébration du Grand Jubilé
de l'an 2000. Le pape Jean-Paul II a invité à cette occasion
à un effort spécial en vue de l'unité, dans sa lettre
apostolique Tertio millenio adveniente. Nous aussi nous appelons
avec l'Eglise universelle, en communion avec le pape Jean-Paul II et selon
l'esprit des Pères Orientaux, à un engagement et à
une action œcuménique sérieuse en vue de l'unité.
Le pape dit: «L'approche de la fin du deuxième millénaire
nous invite tous à un examen de conscience et à d'utiles
initiatives œcuméniques, afin que nous puissions nous présenter,
lors du grand Jubilé, sinon totalement unis, du moins beaucoup plus
près de surmonter les divisions du deuxième millénaire.
Pour cela – chacun le voit bien – un énorme effort est nécessaire.
Il faut poursuivre le dialogue doctrinal, mais surtout s'engager davantage
dans la prière œcuménique» (n. 34).
Il nous est bon d'écouter,
au début de cette lettre, la voix de notre père St Ignace
d'Antioche, dans sa lettre aux chrétiens de Philadelphie, mettre
les chrétiens en garde contre les divisions: «Soyez tous un
seul cœur non divisé. Dieu ne demeure pas là où il
y a la division et la colère... Je vous supplie de ne rien faire
par esprit de querelle et de vous comporter selon l'enseignement de Dieu...
Evitez les divisions, imitez le Seigneur Jésus comme lui-même
a imité Dieu».
En concentrant la réflexion
sur l'unité de l'Eglise, nous n'entendons nullement nous replier
sur nous-mêmes. En effet, comme le dit le pape Jean-Paul II dans Ut
unum sint: «L'œcuménisme n'est pas qu'une question interne
aux Communautés chrétiennes. Il concerne l'amour que Dieu
porte à l'humanité entière en Jésus-Christ;
faire obstacle à cet amour, c'est l'offenser dans son dessein de
rassembler tous les hommes dans le Christ» (n. 99). Dans ce sens
nous sommes profondément convaincus que la recherche de l'unité
dans le Christ fait partie intégrante de notre vocation chrétienne
et vise un témoignage authentique et un meilleur service de la communauté
humaine moyen-orientale, dans laquelle et pour laquelle Dieu nous a appelé
à vivre.
Plan
de la lettre
6. Nous suivrons
dans notre lettre le plan suivant:
- La richesse de la diversité
de nos traditions et le drame de nos divisions.
- Fondements théologiques
et spirituels de l'œcum-énisme.
- Le dialogue œcuménique.
- L'œcuménisme spirituel.
- Pastorale œcuménique.
- Moyens et instruments œcuméniques.
Conclusion: Notre vocation
œcuménique au Moyen-Orient.
CHAPITRE I
La richesse de la diversité
de nos traditions et le drame de nos divisions
7. Diversité
et unité
Dans notre 4ème
lettre pastorale (Noël 1996), «Le Mystère de l'Eglise
- Je suis la vigne et vous êtes les sarments», nous avons
abondamment parlé de la théologie de l'Eglise et de son histoire
au Moyen-Orient. Nous avons dit ce qu'exige la communion avec la diversité
des traditions au sein de l'Eglise Catholique. Nous voulons dans cette
lettre avoir une vision plus large et parler de la communion et de la diversité
dans toutes les Eglises de notre région.
La présence chrétienne
au Moyen-Orient se distingue, plus qu'ailleurs, par la pluralité
et la diversité des traditions liturgiques, théologiques,
spirituelles et canoniques. Ces traditions font partie de l'identité
et constituent des liens vivants avec les générations des
fidèles qui se sont succédés à travers les
siècles, et par elles les communautés d'aujourd'hui remontent
au témoignage des apôtres. Cette diversité des traditions
constitue une source de grande richesse pour toute l'Eglise. Mais nous
devons confesser aussi que cette diversité est devenue souvent une
cause de repliement sur soi et par suite une source de divisions. Si nous
voulons nous engager dans une véritable action œcuménique,
il nous faut donc accorder la diversité avec l'unité. Elles
sont deux dimensions nécessaires de la vie de l'Eglise: «La
diversité légitime ne s'oppose pas du tout à l'unité
de l'Eglise, elle en accroît même le prestige et contribue
largement à l'achèvement de sa mission».
I. LA DIVERSITÉ ET LA RICHESSE
DES TRADITIONS
8. L'unité
ne supprime pas la diversité
Dans la partie orientale
du bassin méditerranéen, l'annonce de l'Evangile a rencontré
dès le début des peuples, des langues et des civilisations
anciennes d'une grande diversité: Egyptiens, Mésopotamiens,
Grecs, Syriens et Arméniens, etc. Dans ces différentes langues
et cultures les apôtres et leurs successeurs annoncèrent le
mystère du Christ, et les fidèles exprimèrent leur
foi à travers elles. De la sorte, les communautés chrétiennes
ont pris des visages culturels différents et ont créé,
génération après génération, des traditions
propres. La foi s'est incarnée dans les cultures et les a ranimées
d'un nouvel esprit, de même que le Christ s'est incarné dans
notre nature humaine pour la sauver.
Nous avons dit qu'une telle
diversité constitue une grande richesse pour l'Eglise. La raison
en est simple: aucune langue ni aucune culture ne peut prétendre
saisir pleinement le mystère de l'amour de Dieu révélé
dans le Christ et encore moins l'exprimer adéquatement. Chacune
de nos cultures orientales a essayé d'approcher ce mystère
sous un angle propre et selon certaines affinités particulières.
Si toutes ces approches et tous ces accents sont rassemblés en harmonie,
alors l'Eglise dans sa catholicité peut espérer parvenir
à une connaissance plus profonde et à une expression plus
plénière du mystère ineffable.
Pour atteindre tout son sens,
une telle diversité présuppose donc l'unité et la
communion. L'unité, à son tour, ne demande nullement la suppression
de la diversité, bien au contraire, car celle-ci rend possibles
une vie ecclésiale plus riche, une célébration liturgique
plus belle et une annonce plus féconde parce que plus adaptée
à la diversité du genre humain.
II. L'HISTOIRE
DE NOS DIVISIONS
9.
L'Histoire de nos Divisions
Malheureusement, au cours
de l'histoire cette diversité est souvent devenue division, pour
des raisons multiples. Certaines de ces divisions, qui existent encore
aujourd'hui, ont affaibli tragiquement la présence chrétienne
dans notre partie du monde, au point de mettre parfois en danger son avenir.
Il est important de connaître les plus importantes de ces divisions
et d'en évaluer les conséquences, afin de mieux voir la nécessité
et les possibilités de les surmonter. Et cela est chose possible,
si nous le voulons.
10. Le
concile de Jérusalem
Déjà pendant
les premières années de l'Eglise, la diversité entraîne
parfois des tensions dans la communauté de Jérusalem, comme
nous le montrent les Actes des Apôtres (Ac 6, 1-6; 15). Mais l'unité
de cœur et d'âme dans l'Esprit permet de les surmonter. L'assemblée
de Jérusalem (cf. Ac 15), convoquée pour répondre
aux questions soulevées par l'entrée de nombreux disciples
d'origine païenne dans l'Eglise, deviendra le modèle d'autres
assemblées, synodes ou conciles, au plan local, régional
ou universel. C'est dans la concertation, sous la mouvance de l'Esprit,
que la communauté chrétienne trouve la lumière et
la force pour maintenir et faire grandir collégialement la communion.
11. Les
conciles du ve siècle
La plupart des tensions
qui laissèrent une empreinte dans nos Eglises jusqu'aujourd'hui
se passèrent au Vème siècle. Alors des vérités
fondamentales de la foi étaient en jeu, comme la divinité
du Christ ou la vérité de l'Incarnation. Certains conciles
œcuméniques, convoqués pour restaurer et affermir l'unité,
ont abouti à des divisions. Souvent des causes non dogmatiques –
philosophiques, culturelles, politiques, sociales – ont contribué
considérablement à rendre la réconciliation impossible.
Deux conciles œcuméniques surtout ont provoqué la division
des Eglises qui dure aujourd'hui encore: le concile d'Ephèse en
431 et le concile de Chalcédoine en 451.
Le concile d'Ephèse,
en 431, a défini l'unité de la personne du Christ, Fils de
Dieu et Fils de Marie, contre les enseignements attribués à
Nestorius. Ce concile a également affirmé que Jésus-Christ
est Dieu et homme en une seule personne. Il est donc en même temps
le fils de Dieu, et le fils de la Vierge Marie. C'est pourquoi, le concile
a consacré le titre de «Theotokos» ou «Mère
de Dieu» pour Marie. Pour des raisons multiples, l'Eglise de Perse
n'a pas pu participer à ce concile et n'en a eu qu'une connaissance
partielle et tardive. Par conséquent, elle ne l'a pas accepté
et par là s'est trouvée séparée des autres
Eglises. C'est pourquoi cette Eglise a été longtemps désignée
comme «nestorienne», alors qu'elle n'accepte pas cette appellation
et se présente maintenant comme «l'Eglise assyrienne d'Orient».
Le concile de Chalcédoine,
de 451, a eu des suites encore plus tragiques pour les Eglises du Moyen-Orient.
Il a défini que, dans le Christ, il y a deux natures, la nature
humaine et la nature divine, dans l'unité d'une seule personne,
le Verbe de Dieu, deuxième personne de la Trinité. Toutefois,
le terme «nature» n'avait pas la même signification pour
toutes les écoles théologiques de l'époque. Les nuances
entre les termes grecs (physis pour «nature», prosopon et hypostasis pour «personne») n'étaient pas
les mêmes dans les termes correspondants en syriaque (kyana,
«nature» et knoma et farsofa, «personne»).
Tout cela fut cause d'une confusion et de nombreux malentendus qui amenèrent
à la division lorsque plusieurs Eglises apostoliques refusèrent
d'accepter les textes de ce concile, comme les Eglises arménienne,
syrienne, copte et éthiopienne. Elles furent alors qualifiées
de «monophysites», parce qu'elles tenaient à garder
l'expression «une nature», à savoir «une est la
nature incarnée du Verbe de Dieu». Cependant ces Eglises refusent
ce qualificatif et se nomment aujourd'hui «Eglises orientales orthodoxes».
12. Le
schisme entre l'orient et l'occident
Au XIe siècle
eut lieu le grand schisme entre les deux Eglises de Constantinople et de
Rome (en 1054). Ce fut l'aboutissement d'un long processus d'éloignement
réciproque et d'une ignorance mutuelle grandissante. L'Orient et
l'Occident chrétiens étaient devenus étrangers l'un
pour l'autre et faisaient partie de deux mondes culturels et politiques
différents. En Orient, l'empire de Byzance ou Constantinople, de
culture grecque, remplaça l'ancien empire romain, et en Occident
se forma un nouvel empire romain de culture romaine latine. Suite à
cela, des traditions ecclésiales différentes se formèrent
en Orient et en Occident. Elles pouvaient être acceptées réciproquement
comme complémentaires, mais les circo-nstances culturelles et politiques
rendirent cela impossible. Les diversités des traditions furent
considérées comme étant irréconciliables et
devinrent causes de division.
13. La
réforme
Au XVIe siècle, la
grande Réforme en Occident avec Martin Luther divisa l'Occident
entre le catholicisme et le mouvement protestant qui donna à son
tour naissance à des Eglises de structures différentes: Eglises
anglicanes, luthériennes, réformées, presbytériennes,
etc. L'Eglise au Moyen-Orient resta jusqu'au XIXe siècle à
l'abri de ce mouvement.
14.
Diverses tentatives pour rétablir l'unité
A la fin du XIIIe siècle
et jusqu'au XVe siècle, il y eut des tentatives pour rétablir
l'unité entre les Eglises divisées. Les principales furent
les conciles de Lyon II (1274) et de Florence (1439) pour rétablir
l'unité entre les deux Eglises catholiques et orthodoxes. Mais elles
n'aboutirent pas aux résultats espérés.
Certaines de ces tentatives
aboutirent à la naissance des Eglises orientales catholiques, tendant
à rapprocher les points de vue et à agir sérieusement
pour rétablir l'unité voulue par Jésus Christ pour
son Eglise. Ainsi, face à chaque Eglise orthodoxe existe aujourd'hui
une Eglise orientale catholique en communion avec l'Eglise de Rome. Nous
avons bien conscience que cette existence catholique orientale a causé
de nouvelles difficultés dans les rapports entre les Eglises. C'est
pourquoi, nous ne cessons d'agir et de prier humblement afin que la volonté
de Dieu s'accomplisse en nous, sur les diverses voies dans lesquelles il
nous a placés. Seule l'Eglise maronite est restée entièrement
catholique et n'a jamais rompu la communion avec Rome. L'Eglise latine
est présente au Moyen-Orient depuis de longs siècles, surtout
à travers l'envoi de prêtres, religieux et religieuses. Puis
peu à peu des communautés et une Eglise locale de rite latin
se sont constituées, en particulier en Terre Sainte.
15.
Les eglises protestantes au moyen-orient
C'est surtout à partir
du XIXe siècle que les Eglises et Communautés issues de la
Réforme ont entrepris des missions au Moyen-Orient, recrutant leurs
fidèles parmi ceux des Eglises orientales, multipliant ainsi les
Eglises en Orient et les divisions. Ces Eglises prennent part elles aussi
aujourd'hui à l'action œcuménique par diverses initiatives
particulières ou communes.
16.
Conclusion de l'exposé historique
Ainsi se sont constituées
peu à peu les Eglises telles que nous les connaissons aujourd'hui
au Moyen-Orient. Cette vue d'ensemble rapide de l'histoire est nécessaire
pour savoir comment se sont constituées les Eglises, et à
comprendre la nature des relations qui existent entre elles. L'esprit œcuménique
exige de nous aujourd'hui de regarder notre passé avec courage,
franchise et humilité, afin d'ouvrir la porte de la réconciliation
et de la solidarité fraternelle dans le présent et dans l'avenir,
avec l'espoir d'arriver un jour, avec la grâce de Dieu, à
la réalisation de la communion complète entre nous, selon
la prière de Jésus: «Qu'ils soient tous un»
(Jn 17,21).
III. LES CONSÉQUENCES GRAVES
DE NOS DIVISIONS
17. Au
cours de l'histoire
Les divisions qui ont suivi
le concile d'Ephèse (431) et surtout celui de Chalcédoine
(451) ont exercé une influence profonde et de longue portée
sur l'histoire de nos Eglises chrétiennes au Moyen-Orient. Les historiens
arabes musulmans remarquent eux aussi que les divisions entre les chrétiens
ont facilité la conquête musulmane dans la région.
Voyant dans ces divisions
un danger pour l'unité de leur empire, les empereurs byzantins essayaient
d'imposer, par la force si nécessaire, un seul dogme: ils confirmèrent
les décisions du Concile de Chalcédoine et l'imposèrent
aux chrétiens de Syrie et d'Egypte qui l'avaient rejeté.
De ce fait, l'aversion pour Byzance ne faisait que grandir dans ces deux
pays, au point qu'une grande partie de la population était prête
à accueillir favorablement les armées musulmanes, afin d'être
libéré des persécutions impériales. D'autre
part, après la conquête, les gouvernants musulmans tendaient
à accorder un traitement favorable à ces communautés
non chalcédoniennes, par rapport aux communautés qui confessaient
le même dogme que l'empereur de Byzance et par-là étaient
facilement suspectes de connivence avec l'ennemi.
18. Diminution
du nombre des fidèles
Pendant les siècles
suivants, ces divisions furent la cause de la diminution du nombre des
chrétiens et les amenèrent à devenir de plus en plus
minoritaires dans le monde musulman arabe. La division et l'isolement des
diverses Eglises les affaiblirent et les empêchèrent d'adopter
une attitude solidaire pour faire respecter leur dignité et leurs
droits, en particulier à l'époque de l'empire ottoman. Leur
situation en devenait de plus en plus faible et vulnérable. La présence
chrétienne disparut presque entièrement de certaines régions.
A partir du XIXe siècle, commença l'émigration qui
continue aujourd'hui encore, jusqu'à devenir, dans ces dernières
décades, un phénomène alarmant.
19. L'absence
de l'unité un obstacle au témoignage
La présence chrétienne
d'aujourd'hui est tributaire de cette histoire remplie de divisions, de
drames et de souffrances. Il n'est que trop évident que le manque
d'unité entre nous reste un très lourd handicap dans l'effort
de donner un nouveau dynamisme à cette présence. Souvent
les différentes Eglises coexistent dans les mêmes villes ou
villages. Voulant chacun servir sa communauté au mieux dans tous
les domaines, chacun de nous cherche à avoir ses écoles,
ses clubs de jeunes, ses dispensaires, ses centres sociaux, etc. Les mêmes
institutions ou services se multiplient ainsi, alors que la population
et les ministres sacrés eux-mêmes se réduisent de plus
en plus. Les dépenses se multiplient inutilement et, malgré
le grand nombre des institutions, celles-là n'arrivent pas à
répondre aux besoins légitimes des fidèles, à
cause du manque de ressources et de personnel. Une collaboration pratique
dans ces domaines offrirait des avantages indéniables.
20. Unité
de cœur et de parole
Dans un autre domaine aussi,
le besoin de la solidarité se fait sentir: face à nos problèmes
communs nous avons besoin de coordonner nos cœurs et nos voix. L'Eglise
entière (i.e. toutes les Eglises) deviendrait ainsi plus forte,
plus respectée et plus efficace dans nos sociétés,
et elle faciliterait même la tâche à nos différentes
autorités civiles lorsqu'elles ont à traiter avec les demandes
et les droits des Eglises.
Toutes nos Eglises, heureusement,
commencent à prendre conscience de cette réalité pénible.
Tous nous voudrions sincèrement y porter remède, afin de
fortifier la solidarité et l'union entre nous. Nous devons dire
qu'une certaine solidarité existe déjà aujourd'hui,
bien que la tâche reste difficile. Le chemin de l'union et de la
solidarité est long et pénible. Mais nous avons commencé
à y marcher, et la grâce de Dieu pourra nous confirmer dans
cette marche et dans la sincérité de nos intentions.
Ecoutons aussi St Basile
le Grand nous exhorter à l'unité: «Ce qu'est le bien
de la paix, qu'est-il besoin de le dire à des fils de la paix? Donc,
puisque cette grande chose, admirable et digne d'être recherchée
avec empressement par tous ceux qui aiment le Seigneur, est en danger désormais
d'être réduite à un simple nom[?], je pense qu'il convient
à ceux qui servent le Seigneur en toute vérité et
sincérité d'avoir comme unique but de leurs efforts de ramener
à l'unité les Eglises qui ont été divisées
entre elles par tant de fractions et de tant de façons.[...] En
effet rien n'est autant le propre du chrétien que de travailler
à la paix; aussi le Seigneur nous a-t-il promis pour cela une très
grande récompense».
21. L'émigration
des chrétiens
La tendance des chrétiens
à l'émigration, qui a commencé depuis un certain temps
et qui ne cesse de continuer, pour des raisons politiques, économiques
et sociales semblables dans chacun de nos pays, exige aussi que les efforts
pour y faire face soient efficacement unifiés. Les initiatives isolées
sont souvent insuffisantes et parfois même produisent l'effet contraire.
Nos Eglises et les Eglises du monde, sont d'accord pour proclamer bien
haut combien il serait regrettable de voir disparaître les chrétiens
de cette partie du monde, qui a vu naître l'Eglise et est au point
de départ de son extension à travers le monde. Malgré
cela, il faut reconnaître, que les visions et les efforts déployés
en ce domaine pour faire face à ce danger restent insuffisants.
Il faut dire aussi que nos frères musulmans eux-mêmes, dans
certains pays arabes, voient l'existence historique des chrétiens
et leur présence parmi eux de façon positive. Ils sont certains
que cette présence fortifie la convivialité entre chrétiens
et musulmans et profite à tous, à eux comme à nous,
dans nos patries arabes.
22.
La collaboration dans le domaine pastoral
Qui plus est, même
dans le domaine pastoral nous sentons de plus en plus le besoin d'une collaboration
œcuménique. Suite à l'émigration ou aux déplacements
vers les villes, la présence des chrétiens dans certaines
régions du Moyen-Orient est devenue tellement clairsemée
qu'il est pratiquement impossible pour chaque Eglise d'assurer un ministère
régulier auprès de ses fidèles, étant donné
le manque de prêtres et les grandes distances. Cet état de
choses risque encore d'accélérer le mouvement de départ
des familles chrétiennes restantes. Nous voyons que les circonstances
elles-mêmes, la nécessité de sauvegarder l'Eglise du
Christ et le ministère auprès de nos fidèles exigent
une plus grande collaboration pastorale, afin de pouvoir répondre
aux différents besoins des fidèles. Ceci exige de nous de
nouvelles dispositions et un engagement commun afin de commencer une réflexion
théologique et pastorale. Cela présuppose aussi la reconnaissance
mutuelle du ministère ordonné et des sacrements célébrés.
Nous sommes là vraiment au cœur de l'œcuménisme.
CHAPITRE II
Les fondements théologiques
de l'œcumenisme
23. La
reconnaissance de nos fautes ravive le sens du devoir
Nous avons parlé jusqu'ici
de notre histoire passée. Il faut connaître notre histoire,
nos racines, et les graves divisions qui en ont résulté entre
nos Eglises en Orient. Cependant il n'est pas permis d'en rester là.
La découverte du scandale et du contre-témoignage inhérents
à ces divisions doit raviver en nous le sens du devoir de travailler
pour le rétablissement de l'unité dans le Christ et de chercher
les voies les plus appropriées pour y parvenir, compte tenu des
circonstances historiques, géographiques et sociales dans lesquelles
nos Eglises sont appelées à vivre. Nous devons ranimer la
réflexion théologique afin d'arriver à une nouvelle
vision dans notre action ecclésiale et dans notre manière
de comprendre les relations entre les Eglises. L'œcuménisme est
une exigence tant de la théologie que de la spiritualité
et de la pastorale.
I. LA DIVISION, UN SCANDALE
ET UN CONTRE-TÉMOIGNAGE
24.
La Division, un Scandale et un COntre-Témoignage
La division des chrétiens
est contraire à la fois à l'être et à la mission
de l'Eglise. En effet, l'Eglise est le signe et l'instrument privilégié
au service du plan salvifique de Dieu, qui veut rassembler dans l'unité
tous ses enfants dispersés (cf. Jn 11,52) et ramener toutes choses
sous un seul chef, le Christ Jésus (cf. Ep 1,10). Nous avons longuement
médité sur ce thème dans notre lettre pastorale «Mystère
de l'Eglise». L'Eglise est donc appelée à être
et à vivre d'abord elle-même ce qu'elle a mission d'annoncer
et de communiquer au monde.
25. La
division est contraire à l'être de l'eglise
L'être même
de l'Eglise est communion (koinonia), i.e. une vie spirituelle commune
entre plusieurs personnes. Cette communion n'est pas une simple question
d'entente ou d'affection purement humaine, elle est réellement fondée
sur ce que le Christ a demandé à son Père pour ses
disciples: «Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi
et que je suis en toi, qu'ils soient en nous eux aussi, afin que le monde
croie que tu m'as envoyé» (Jn 17,21). La communion mystérieuse
du Père avec le Fils, dans l'Esprit, est le modèle et la
source de la communion de l'Eglise. Participant à la vie divine,
qui est communion de par son être même, les chrétiens
constituent ensemble une communion qui est à l'image de la divine
Trinité.
Dans la théologie
de saint Paul, tout est ordonné vers cette unité: «Il
n'y a qu'un Corps et qu'un Esprit, comme il n'y a qu'une espérance
au terme de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule
foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est
au-dessus de tous, par tous et en tous» (Ep 4,4-6). C'est pourquoi
il exhorte les chrétiens d'Ephèse, et à travers eux
les chrétiens de tous les lieux et de tous les temps, à mener
une vie digne de leur vocation: «En toute humilité, douceur
et patience, supportez-vous les uns les autres avec charité; appliquez-vous
à conserver l'unité de l'Esprit par ce lien qu'est la paix»
(Ep 4,1-3).
Toute division, par conséquent,
est en contradiction avec la vocation chrétienne à l'unité
et avec la communion que l'Eglise est appelée à être,
avec l'unité trinitaire pour source et modèle.
26. La
division est contraire à la mission de l'eglise
La division est tout autant
contraire à la mission de l'Eglise, appelée à poursuivre
l'œuvre du Christ. L'Eglise n'est pas communion pour elle-même. Sa
communion dans le Christ est à la gloire du Père et au service
du Royaume. La Constitution dogmatique du concile Vatican II exprime cette
vérité en ces termes: «L'Eglise est, dans le Christ,
en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire à la fois le
signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité
de tout le genre humain». Comment peut-elle remplir cette mission,
si elle est elle-même divisée ? Le signe perd son sens et
le témoignage de l'Eglise sa crédibilité.
Comment l'Eglise pourrait-elle
annoncer la communion qui est «avec le Père et avec son Fils
Jésus Christ» (cf. 1 Jn 1,3), si ses membres ou les pasteurs
des Eglises locales ne sont pas unis sur la vérité de cette
communion ni concordants dans la manière de la vivre ? Si leur union
doit être signe de la vérité de la mission du Fils,
leur division est un obstacle pour la foi de ceux auxquels elle est envoyée
(cf. Jn 17, 21-23).
Comment l'Eglise pourrait-elle
être signe et instrument de l'unité du genre humain avec Dieu
et en lui-même, si les chrétiens ne sont pas capables de surmonter
entre eux les différences de nationalités, de cultures, de
langues, dans la proclamation de la Bonne Nouvelle et dans la construction
d'une société humaine plus fraternelle et plus juste, dans
la paix? Le sel risque de perdre sa saveur (cf. Mt 5,13).
La voix de St Jean Chrysostome
nous invite à dépasser les interprétations humaines
des réalités divines que nous portons en nous: «Nous
avons été tous baptisés dans un seul Esprit, pour
n'être qu'un seul corps, juifs et grecs, esclaves ou hommes libres».
Ces paroles signifient: «Ce qui a fait que nous soyons un seul corps,
ce qui nous a régénérés, c'est le seul Esprit:
l'un n'a pas été baptisé dans un esprit, l'autre dans
un autre. Non seulement celui qui baptise est un, mais encore ce en vue
de quoi, c'est-à-dire, ce pour quoi il a été baptisé,
est un. En effet, ce n'est pas pour que nous soyons des corps différents
que nous avons été baptisés, mais pour que nous gardions
scrupuleusement entre nous le souci de rester unis dans un seul corps.
Si donc un seul Esprit nous unit et nous assemble en un seul corps, pourquoi,
dans ces conditions fais-tu valoir à tort et à travers la
différence? Si tu prétextes que les membres sont nombreux
et différents, sache que c'est justement cela qui est admirable,
et que ce qui fait l'excellence du corps, c'est que les membres nombreux
et différents forment un seul tout».
II. LA COMMUNION DÉJÀ
EXISTANTE
27. Un
désir croissant d'unité
Nous pouvons considérer
le désir croissant de nos Eglises de rétablir l'unité
entre tous les disciples du Christ, comme un appel divin qui nous est adressé
et une grâce spéciale qui nous est accordé. C'est ainsi
que le Concile Vatican II s'est exprimé au début du décret
sur l'œcuménisme, Unitatis redintegratio. Il fonde l'engagement
œcuménique sur «une ecclésiologie lucide et ouverte
à toutes les valeurs ecclésiales présentes chez les
autres chrétiens».
28. Des
éléments de vérité et de sainteté
Dans la constitution sur
l'Eglise, Lumen gentium, le Concile affirme d'abord que l'Eglise
catholique croit avoir été gardée dans la fidélité
et l'unité, malgré les crises souvent graves qui l'ont secouée
et les manques de fidélité de certains de ses ministres ou
de ses membres: «L'unique Eglise du Christ, dont nous professons
dans le symbole l'unité, la sainteté, la catholicité
et l'apostolicité, est présente dans l'Eglise catholique,
gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques
qui sont en communion avec lui». Mais en même temps le Concile
s'ouvre aux autres chrétiens en reconnaissant que, «en dehors
de l'ensemble organique qu'elle forme, on trouve de nombreux éléments
de sanctification et de vérité, qui, en tant que dons propres
à l'Eglise du Christ, portent à l'unité catholique».
Le décret sur l'œcuménisme
en déduit: «Par conséquent, ces Eglises et ces Communautés
séparées elles-mêmes, même si nous croyons qu'elles
souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de
signification et de valeur dans le mystère du salut. En effet, l'Esprit
du Christ ne refuse pas de se servir d'elles comme de moyens du salut,
dont la vertu dérive de la plénitude même de grâce
et de vérité qui a été confiée à
l'Eglise catholique».
29. Une
communion réelle, bien qu'imparfaite
C'est sur ces éléments
communs de sanctification et de vérité, que le pape Jean-Paul
II, dans son encyclique Ut unum sint, fonde l'idée d'une
communion réelle déjà existante, bien qu'encore imparfaite:
«Les éléments de sanctification et de vérité
présents dans les autres Communautés chrétiennes,
à des degrés différents dans les unes et les autres,
constituent la base objective de la communion qui existe, même imparfaitement,
entre elles et l'Eglise catholique. Dans la mesure où ces éléments
se trouvent dans les autres Communautés chrétiennes, il y
a une présence active de l'unique Eglise du Christ en elles. C'est
pourquoi le Concile Vatican II parle d'une communion réelle, même
si elle est encore imparfaite».
30. La
communion existante source de vie nouvelle
Il est bon de prendre conscience
des richesses qui sont présentes et agissent au-delà des
frontières visibles de l'Eglise catholique: «Nombreux sont
en effet ceux qui tiennent en honneur la Sainte Ecriture comme règle
de vie et de foi, manifestent un zèle religieux sincère,
croient avec amour en Dieu, Père tout-puissant, et dans le Christ,
Fils de Dieu et Sauveur, sont marqués du Baptême qui les unit
au Christ, bien plus, reconnaissent et reçoivent d'autres sacrements
dans leurs propres Eglises ou Communautés ecclésiales. Plusieurs
parmi eux possèdent même l'épiscopat, célèbrent
la sainte Eucharistie et entourent de leur piété la Vierge,
Mère de Dieu. À cela s'ajoute la communion dans la prière
et les autres biens spirituels, bien mieux, en quelque sorte, une véritable
union dans l'Esprit Saint, puisque c'est lui qui, par ses dons et ses grâces,
opère en eux aussi par sa puissance sanctifiante et en a fortifié
certains jusqu'à l'effusion du sang. Ainsi l'Esprit suscite dans
tous les disciples du Christ un désir et une action qui tendent
à l'union pacifique de tous en un seul troupeau sous un seul Pasteur,
selon le mode décidé par le Christ».
Ces liens de communion sont
particulièrement intimes et forts avec les Eglises orthodoxes, «puisque
ces Eglises, bien que séparées, ont de vrais sacrements –
principalement, en vertu de la succession apostolique, le sacerdoce et
l'Eucharistie». Ainsi, le Concile a pu déclarer à leur
sujet que, «par la célébration de l'Eucharistie du
Seigneur dans ces Eglises particulières, l'Eglise de Dieu s'édifie
et grandit».
II. CROÎTRE DANS
LA COMMUNION PARTIELLE EXISTANTE
31. Appartenance
commune au christ
C'est de cette reconnaissance
du degré de communion déjà existant que partent les
dialogues œcuméniques, afin d'élargir les bases de la rencontre
et de faire croître la communion jusqu'à sa plénitude.
Depuis le Concile Vatican II, les relations entre les Eglises et Communautés
ecclésiales ont permis de faire des progrès remarquables,
dont la communion ecclésiale s'est trouvée profondément
enrichie. «La conscience de l'appartenance commune au Christ s'approfondit.
[?] La "fraternité universelle" des chrétiens est devenue
une ferme conviction œcuménique».
32. De
la communion partielle a la communion parfaite
Avec le pape Jean-Paul II,
dans son encyclique Ut unum sint, il est donc possible de constater:
«Les progrès déjà accomplis dans notre connaissance
mutuelle et les convergences doctrinales atteintes ont pour conséquence
un approfondis-sement affectif et effectif de la communion; mais ils ne
peuvent satisfaire la conscience des chrétiens qui confessent l'Eglise
une, sainte, catholique et apostolique. Le but ultime du mouvement œcuménique
est le rétablissement de la pleine unité visible de tous
les baptisés».
«De cette unité
fondamentale, mais partielle, il faut maintenant passer à une unité
visible, nécessaire et suffisante, qui s'inscrive dans la réalité
concrète, afin que les Eglises réalisent véritablement
le signe de la pleine communion dans l'Eglise une, sainte, catholique et
apostolique, qui s'exprimera dans la concélébration eucharistique».
CHAPITRE
III
Le dialogue œcuménique
33. Dialogue
de la vérité et de la charité
Le dialogue, sous toutes
ses formes, occupe une place privilégiée au cœur de la grande
tâche œcuménique. Dans les relations entre catholiques et
orthodoxes, il est devenu coutume de distinguer entre le dialogue de la
charité et le dialogue de la vérité. Les deux sont
nécessaires. Le dialogue de la charité était une condition
indispensable pour préparer le dialogue de la vérité.
Il est toutefois tout aussi indispensable que le dialogue de la charité
accompagne le dialogue de la vérité, pour le soutenir et
le nourrir, lui donner une âme et lui permettre de surmonter les
limitations et les réticences trop humaines.
34. Dialogue
de la vérité
Le dialogue de la vérité
au sens strict ou dialogue théologique désigne communément
l'étude méthodique, menée en commun par des délégués
des diverses Eglises, de la vérité révélée
et de ses nombreuses formes d'expression et de mise en pratique. Son but
est de surmonter les préjugés et les malentendus hérités
du passé et de parvenir, si possible, à une intelligence
commune du mystère chrétien, avec des diversités des
traditions qui peuvent à première vue paraître irréconciliables.
35. Dialogue
des consciences
Mais, selon les expressions
utilisées par le pape Jean-Paul II dans Ut unum sint, le
dialogue ne se limite pas à un «échange d'idées»;
il est aussi un «échange de dons» et est appelé
à devenir un «dialogue des consciences», à se
transformer en un «dialogue de la conversion». Le dialogue
est donc, au fond, une forme de vie, «il implique la personne humaine
tout entière: c'est aussi un dialogue d'amour».
I. NATURE ET MÉTHODE
DU DIALOGUE THÉOLOGIQUE
36. Le
dialogue théologique
Jésus-Christ
est «la Voie, la Vérité et la Vie» (Jn 14, 6).
Il nous a révélé le mystère de l'amour de Dieu
pour l'humanité. Le dialogue théologique, qui a pour but
de nous découvrir cette vérité sublime, joue un rôle
fondamental et irremplaçable dans la recherche de l'unité
chrétienne.
Dans le dialogue théologique,
nous nous plaçons ensemble face aux divergences réelles qui
concernent la foi. Cette recherche commune exige de nous, en premier lieu,
d'éliminer les jugements, les paroles et les attitudes, hérités
du passé, qui ne correspondent pas en vérité et en
justice à ce que croient et vivent les Eglises. Le dialogue s'efforcera
ensuite, de faire croître la confiance, l'ouverture et l'acceptation
mutuelle, dans la confrontation des divers points de vue, afin de surmonter
les divergences qui font obstacle à la pleine communion. Une attention
spéciale est accordée aux différentes formulations
utilisées dans les traditions respectives, car certains termes apparemment
opposés peuvent recouvrir en réalité un contenu identique.
Pour cela le dialogue devra toujours se faire en plein respect de la grandeur
du mystère de Dieu révélé dans le Christ, mystère
que l'intelligence humaine ne pourra jamais saisir pleinement et qu'aucun
langage humain ne pourra exprimer adéquatement. Par conséquent,
des expressions humaines apparemment contradictoires peuvent parfois être
des tentatives différentes mais fidèles au mystère
et acceptables pour tâcher d'exprimer un mystère à
jamais indicible.
37. Une
meilleure connaissance de l'autre
Le dialogue théologique
animé d'un tel esprit peut alors mener à des découvertes
inattendues d'une grande richesse. Non seulement il permettra «une
connaissance plus conforme à la vérité et une estime
plus juste de la doctrine et de la vie de chaque communauté»,
mais encore il ouvrira la voie à des intuitions plus profondes de
la vérité révélée elle-même. Le
pape Jean-Paul II le dit ainsi: «Le dialogue œcuménique, qui
incite les parties impliquées à s'interroger, à se
comprendre et à s'expliquer mutuellement, permet des découvertes
inattendues. Les polémiques et les controverses intolérantes
ont transformé en affirmations incompatibles ce qui était
en fait le résultat de deux regards scrutant la même réalité,
mais de deux points de vue différents. Il faut trouver aujourd'hui
la formule qui, saisissant cette réalité intégralement,
permette de dépasser les lectures partielles et d'éliminer
des interprétations erronées».
38. Dialogue
des experts et de l'eglise entière
Ce dialogue est en premier
lieu le travail d'experts, de théologiens bien ancrés dans
leur propre tradition et ouverts aux approches des autres, mais il convient
que toute la communauté ecclésiale, pasteurs et fidèles,
soit informée du programme, de la méthode et des résultats
du dialogue. En effet, tout vrai dialogue œcuménique doit être
mené au nom de l'Eglise.
II. LES PRINCIPAUX ACQUIS
DU DIALOGUE ŒCUMÉNIQUE
39.
Les Principaux Acquis
Notre engagement œcuménique
au service de la pleine unité est fortement encouragé et
consolidé par les progrès considérables accomplis
dans les relations entre les Eglises au cours du dernier demi-siècle.
C'est pourquoi il est important de connaître les fruits les plus
prometteurs des efforts entrepris dans ce domaine, aussi bien au niveau
de l'Eglise universelle qu'au niveau de notre région du Moyen-Orient
en particulier.
40. Avec
l'eglise orthodoxe
De grandes figures comme
les papes Jean XXIII et Paul VI et le patriarche œcuménique Athénagoras
Ier ont su ouvrir de nouveaux chemins de retrouvailles et de reconnaissance
mutuelle entre l'Eglise catholique et l'Eglise orthodoxe. La rencontre
historique et inoubliable entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras
Ier à Jérusalem, en janvier 1964, marque vraiment un nouveau
départ et restera pour toujours l'image vivante de l'idéal
poursuivi, l'icône anticipée de la pleine communion recherchée.
La levée des anathèmes
de 1054, devenus le symbole du schisme entre Rome et Constantinople, qui
eut lieu dans les derniers jours du Concile Vatican II, le 7 décembre
1965, exprima solennellement le changement profond dans les rapports et
les attitudes. Cet acte ecclésial fut à la fois «une
purification de la mémoire historique, un pardon réciproque
et un engagement solidaire pour la recherche de la communion».
Les nombreux échanges
de visites entre papes et patriarches, les diverses rencontres entre évêques,
théologiens, prêtres et fidèles, dans le cadre de ce
qu'on a pris l'habitude d'appeler le dialogue de la charité, ont
changé peu à peu le regard que les deux Eglises portent l'une
sur l'autre. C'est dans ce sens que le pape Paul VI put déclarer,
lors de sa visite au Patriarcat œcuménique à Istanbul en
juillet 1967: «Maintenant, après une longue période
de division et d'incompréhension réciproque, le Seigneur
nous donne de nous redécouvrir comme Eglises sœurs, malgré
les obstacles qui furent dressés entre nous».
41. Des
eglises sœurs
Cette vision d'Eglises sœurs
a inspiré toute la marche du dialogue théologique, annoncée
en 1979. Les travaux de la Commission mixte internationale pour le dialogue
se sont révélés féconds, au point que le pape
Jean-Paul II et le patriarche œcuménique Bartholomée Ier
ont pu déclarer ensemble au terme de la visite de ce dernier à
Rome en 1995: «[Le dialogue] a donné naissance à une
conception sacramentelle commune de l'Eglise, soutenue et transmise dans
le temps par la succession apostolique. Dans nos Eglises, la succession
apostolique est fondamentale pour la sanctification et l'unité du
peuple de Dieu. Considérant que dans chaque Eglise locale se réalise
le ministère de l'amour divin et que de telle façon l'Eglise
du Christ manifeste sa présence opérante en chacune d'elles,
la Commission mixte a pu déclarer que nos Eglises se reconnaissent
comme Eglises sœurs, responsables ensemble de la sauvegarde de l'Eglise
unique de Dieu, dans la fidélité au dessein divin, de façon
tout à fait particulière en ce qui concerne l'unité».
42. Avec
les anciennes eglises d'orient
Sous des formes très
diverses, l'Eglise catholique a également renoué des relations
fraternelles avec les anciennes Eglises d'Orient, qui n'ont pas accepté
les formules dogmatiques des conciles d'Ephèse (431) ou de Chalcédoine
(451), dans le domaine de la christologie.
Lors de la visite à
Rome de plusieurs patriarches des Eglises orientales orthodoxes, dites
aussi non chalcédoniennes, le pape a signé avec eux des déclarations
communes, affirmant la foi commune de leurs Eglises en Jésus Christ,
vrai Dieu et vrai homme, parfait dans sa divinité et parfait dans
son humanité. Les désaccords christologiques, qui avaient
été à l'origine des anciennes divisions, sont reconnus
comme ayant diverses causes, dont la principale fut la différence
des expressions linguistiques. Ainsi, il a été mis fin à
quinze siècles de malentendus.
Une semblable déclaration
commune a été signée par le pape Jean-Paul II et Mar
Denkha IV, patriarche de l'Eglise assyrienne d'Orient, en novembre 1994.
43. Entre
l'eglise orthodoxe et les anciennes eglises d'orient
Un accord christologique
a également été atteint entre l'Eglise grecque orthodoxe
(chalcédonienne) et les Eglises orientales orthodoxes (non chalcédoniennes),
c'est-à-dire les Eglises arménienne, copte, éthiopienne
et syrienne orthodoxes, grâce aux travaux des commissions théologiques
des deux traditions, qui y ont travaillé d'abord de manière
non officielle, de 1964 à 1971, puis de manière officiellement
mandatée, de 1985 à 1993. Toutefois cet accord n'a pas encore
été adopté officiellement par les autorités
compétentes de toutes ces Eglises.
44. Responsabilité
de nos eglises
Nous voyons maintenant qu'il
est de notre devoir, à nous les Eglises du Moyen-Orient, d'étudier
avec une attention particulière les textes et le contenu de ces
accords christologiques, étant donnée que nous coexistons
tous dans la même région, et que nous y sommes tous appelés
à porter un témoignage commun au Christ au milieu de croyants
musulmans et juifs.
45. Avec
les eglises et communautés ecclésiales d'occident
Depuis le Concile Vatican
II, l'Eglise catholique a aussi multiplié les contacts avec diverses
Eglises et communautés issues de la réforme. Des dialogues
bilatéraux officiels ont été établis avec les
Anglicans, les Luthériens, l'Alliance mondiale des Réformés,
les Méthodistes, les Disciples du Christ, etc. C'est surtout avec
les Anglicans et les Luthériens que des textes théologiques
communs de grande richesse ont pu être publiés sur le mystère
de l'Eglise, l'autorité, l'eucharistie, la justification, etc.
46. Avec
le conseil œcuménique des eglises
L'Eglise catholique a en
même temps développé une étroite collaboration
avec le Conseil œcuménique des Eglises, en particulier à
travers le Groupe mixte de travail et grâce à sa participation
aux travaux de la Commission Foi et Constitution. Le texte sur le Baptême,
l'Eucharistie et le Ministère, publié en 1982, est sur ce
point certainement le fruit le plus riche, marquant des convergences impressionnantes
entre toutes les grandes confessions chrétiennes.
III. RÉCEPTION
DES RÉSULTATS DU DIALOGUE THÉOLOGIQUE
47. Participation
de toute l'eglise dans le dialogue
Nous avons déjà
dit que les résultats des dialogues théologiques ne peuvent
pas être réservés aux seules commissions de spécialistes,
et qu'ils doivent être communiqués à l'Eglise et «devenir
un patrimoine commun». Ces résultats doivent faire l'objet
«d'un sérieux examen qui doit impliquer le peuple de Dieu
dans son ensemble, de diverses manières et en fonction des différentes
compétences. Evêques, prêtres, fidèles laïcs
ayant tous reçu l'onction de l'Esprit Saint doivent être intégrés
dans cette réception, chacun selon son charisme et sa place propre
dans l'Eglise, afin d'arriver à un consensus fidelium».
La réception de ces
résultats ne consiste pas dans un acte ponctuel, ni se limite à
une décision de la plus haute autorité, une fois pour toutes.
C'est un long processus de discernement et d'assimilation progressive des
décisions prises, une croissance commune dans la reconnaissance
mutuelle et la communion, qu'accomplit toute l'Eglise, sous la responsabilité
de la hiérarchie et avec l'assistance de l'Esprit Saint. Elle demandera
que l'ouverture œcuménique devienne une dimension constante de toute
la vie des Eglises, en particulier de toute la pastorale.
IV. LES EGLISES DU MOYEN-ORIENT
ET LE DIALOGUE THÉOLOGIQUE
48.
Les Eglises Du Moyen-Orient
Nos Eglises du Moyen-Orient
voient que le dialogue théologique au sens strict est de leur compétence
et de leur devoir. Nous souffrons parfois dans nos Eglises catholiques
et orthodoxes du manque de personnes et des moyens. C'est pourquoi notre
contribution dans ce domaine reste modeste. Mais nous devons mentionner
ici les initiatives entreprises par les deux Eglises d'Antioche, grecque
melkite catholique et grecque orthodoxe, et les deux Eglises de Babel,
chaldéenne catholique et assyrienne d'Orient.
Nous savons que la façon
concrète dont certaines vérités ou exigences théologiques
ou canoniques sont vécues par nos Eglises catholiques a des répercussions
profondes sur le dialogue théologique autour de ces mêmes
vérités. Par exemple, la question de la primauté dans
l'Eglise et la communion avec le successeur de Pierre sur le siège
de Rome. Le pape Jean-Paul II lança un appel pressant dans son encyclique Ut
unum sint, afin de l'aider, «par un dialogue fraternel et patient»,
à «trouver une forme de l'exercice de la primauté ouverte
à la situation présente, mais sans renoncement aucun à
l'essentiel de sa mission». Il renouvela cet appel, lors de sa rencontre
avec les Patriarches Catholiques d'Orient, le 29 septembre 1998.
49. Les
traditions des eglises particulières
Comment pouvons-nous concilier
la diversité de nos anciennes traditions et de nos droits particuliers
avec cette communion ? Quels sont les meilleurs moyens d'intégrer
synodalité et primauté ? Une recherche continue du sens de
l'Eglise dans nos traditions orientales et occidentales à la fois,
et du contenu de nos traditions patriarcales peuvent ouvrir de nouvelles
portes dans le cadre de la communion catholique: telle est notre véritable
contribution dans le dialogue théologique. Nous exhortons nos fils
à s'engager dans cette recherche afin d'aider l'Eglise catholique
en Orient et dans le monde à respirer avec ses deux poumons, oriental
et occidental, comme le demande le pape Jean-Paul II.
Il est clair que ces aspects
font déjà partie du dialogue de la charité, car il
n'est pas possible de tracer une frontière nette entre celui-ci
et le dialogue de la vérité. St Jean dit: «Qui fait
la vérité vient à la lumière» (Jn 3,
21).
V. LA RÉCEPTION
DANS LES EGLISES DU MOYEN-ORIENT
50.
La Réception Dans Les Eglises du Moyen-Orient
Nous avons dit que le dialogue
doit «impliquer le peuple de Dieu dans son ensemble». C'est
pourquoi nos Eglises du Moyen-Orient doivent pleinement assumer cette responsabilité,
à tous les niveaux et dans tous les domaines de leur vie. Les textes
ou accords qui sont le fruit du dialogue théologique et qui doivent
faire l'objet d'un tel processus de réception sont nombreux et divers
quant à leur origine et quant à leur nature.
51. Les
documents officiels
Viennent en premier lieu
les textes officiels de l'Eglise catholique, à commencer par les
textes du Concile Vatican II qui a ouvert une ère nouvelle pour
l'œcuménisme catholique. Le Directoire pour l'application des principes
et des normes sur l'œcuménisme, publié dans une édition
révisée en 1993, en est le prolongement direct, de même
que meilleur guide dans l'effort d'appropriation. L'encyclique Ut unum
sint, du pape Jean Paul II (mai 1995) est venue confirmer la réception
des orientations œcuméniques de Vatican II, en même temps
qu'elle prend acte des acquis des différents dialogues qui ont été
engagés depuis lors. Bien d'autres textes du pape ou d'instances
catholiques reproposent ces mêmes orientations en fonction de circonstances
nouvelles; parmi les plus importants l'Exhortation apostolique post-synodale,
«Une espérance nouvelle pour le Liban» (mai 1997).
52. Les
accords bilatéraux
D'autre part, au cours des
mêmes décennies, de nombreux textes œcuméniques d'accord
ou de convergence ont été produits, tant dans les dialogues
bilatéraux, c'est-à-dire entre l'Eglise catholique et une
autre Eglise – avec les Orthodoxes, les Anglicans, les Luthériens,
etc. –, que dans les dialogues multilatéraux, où plusieurs
Eglises ou traditions sont engagées ensemble, par exemple dans le
cadre du Conseil Œcuménique des Eglises, au plan mondial, ou du
Conseil des Eglises du Moyen-Orient, au plan régional.
53. Autres
documents importants
Concrètement, au
Moyen-Orient, ce sont évidemment les textes qui concernent les relations
entre Catholiques et Orthodoxes qui devront avant tout être pris
en considération. Les principales questions traitées dans
les textes et les accords qui concernent le dialogue théologique
avec l'Eglise orthodoxe de tradition byzantine sont les suivantes: en premier
lieu, nous sommes des Eglises sœurs. Cette vision doit faire partie intégrante
de notre ecclésiologie. Deuxièmement, les sacrements sont
les mêmes et la «conception sacramentelle de l'Eglise»
nous est commune. Troisièmement, les orientations pratiques de la
Commission internationale pour le dialogue contenues dans le document final
de la réunion de Balamand, en 1993, sont à connaître
et à mettre en pratique. Il est essentiel aussi de comprendre que,
sur ces points, il ne s'agit pas seulement ni d'abord de règles
pratiques d'action, mais de principes théologiques et ecclésiologiques
fondamentaux.
54. Application
des accords
Les accords christologiques
entre l'Eglise catholique et les Eglises syrienne, copte et arménienne
orthodoxes comportent des implications profondes pour nos Eglises. Cela
signifie que les principales raisons de la séparation au Ve siècle
n'existent plus. Il est clair aujourd'hui que les Eglises catholiques et
orthodoxes se mettent à travailler ensemble afin de poursuivre ces
accords et de les mettre en pratique. Il faudrait pour cela créer
des commissions mixtes de travail.
-
CHAPITRE
IV
L'œcuménisme spirituel
55. L'œcuménisme
spirituel
Le souci et la recherche
de l'unité font partie de l'être même du chrétien
aussi bien que de celui de l'Eglise. Le pape Jean-Paul II y revient à
plusieurs reprises: «L'unité, que le Seigneur a donnée
à son Eglise et dans laquelle il veut que tous soient inclus, n'est
pas secondaire, elle est au centre même de son œuvre. Elle ne représente
pas non plus un attribut accessoire de la communauté des disciples.
Au contraire, elle appartient à l'être même de cette
communauté». L'Eglise est donc appelée à être
œcuménique au plus profond d'elle-même et elle devra s'y laisser
convertir et former à travers les relations avec les autres baptisés
et leurs communautés. Nous rappelons de nouveau ce que le pape Jean-Paul
II a dit: il faut que le dialogue œcuménique aille au-delà
du dialogue des idées, pour devenir un dialogue d'échange
de dons, un dialogue des consciences, et par suite un dialogue qui conduise
à la conversion.
Le décret sur l'œcuménisme
du Concile Vatican II utilise dans ce sens l'expression «œcuménisme
spirituel», qui englobe la rénovation de l'Eglise, la conversion
du cœur, la sainteté de vie, la prière, la connaissance mutuelle.
56. Conversion
et renouveau
Le Concile Vatican
II appelle avant tout à la conversion intérieure sans laquelle
il ne peut y avoir de véritable œcuménisme. Au plan des personnes,
cela se traduit par le renouveau du cœur, le renoncement à soi,
l'humilité et la douceur dans le service, la générosité
fraternelle à l'égard des autres. Chacun est appelé
à se reconvertir plus radicalement à l'Evangile: «Que
les fidèles se souviennent tous qu'ils favoriseront l'union des
chrétiens, bien plus, qu'ils la réaliseront, dans la mesure
où ils s'appliqueront à vivre plus purement selon l'Evangile».
57. Conversion
de la personne et de la communauté
Ce n'est pas seulement le
chrétien qui doit se convertir personnellement, le Concile Vatican
II appelle aussi à une conversion communautaire. L'encyclique Ut
unum sint le réaffirme avec force: «Ce ne sont pas seulement
les péchés personnels qui doivent être remis et surmontés,
mais aussi les péchés sociaux, pour ainsi dire les "structures"
mêmes du péché, qui ont entraîné et peuvent
entraîner la division et la confirmer».
58. Nous
reconnaissons que nous avons péché
Cette conversion porte plus
spécialement sur les péchés contre l'unité:
«L'unité des chrétiens est possible, à condition
que nous soyons humblement conscients d'avoir péché contre
l'unité et convaincus de la nécessité de notre conversion».
Elle entraînera tout un changement de nos attitudes à l'égard
des autres: «On prend conscience de certaines exclusions qui blessent
la charité fraternelle, de certains refus de pardonner, d'un certain
orgueil, de l'enfermement dans la condamnation des 'autres' de manière
non évangélique, d'un mépris qui découle de
présomptions malsaines». Chaque Eglise ou communauté
devra discerner comment ses péchés ont pu jouer un rôle
de division dans son histoire, et à quelle Eglise elle a causé
un dommage par son péché. Elle doit s'efforcer ensuite, avec
la grâce divine, de parvenir au pardon et à la réconciliation.
59. Conversion
dans tous les domaines de la vie
La conversion personnelle
et communautaire devra se traduire en renouveau de la vie des Eglises,
où «se trouve certainement le ressort du mouvement vers l'unité».
Et un tel effort de renouveau devra porter sur tous les domaines de la
vie et de l'apostolat de l'Eglise: «mouvement biblique et liturgique,
prédication de la parole de Dieu, catéchèse, apostolat
des laïcs, nouvelle forme de la vie religieuse, spiritualité
du mariage, doctrine et activité de l'Eglise en matière sociale».
Dans ce sens, tous les efforts de nos Eglises orientales catholiques auront
une portée œcuménique, surtout nos efforts dans les domaines
de la théologie, de la liturgie et de la spiritualité.
60. La
prière