MESSAGE
DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D'ORIENT
Noêl
1999
CONSEIL DES PATRIARCHES
CATHOLIQUES D'ORIENT
"Voici, Je
fais toutes choses nouvelles" (Ap
21, 5)
6ème
Lettre Pastorale des Patriarches Catholiques d'Orient adressée à
leurs fidèles en Orient et dans la Diaspora
INTRODUCTION
A
nos frères les Evêques, les prêtres, les diacres, les
religieux, les religieuses, et à tous les fidèles: Nous vous
annonçons "une grande joie, qui sera celle de tout le peuple: aujourd’hui
vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville
de David"
(Lc
2,10-11).
La
Bonne Nouvelle
1. Avec cette Bonne Nouvelle nous commençons notre sixième Lettre
Pastorale que nous vous adressons à la suite de notre neuvième
Congrès, tenu au siège du Patriarcat Maronite à Bkerké,
du 3 au 6 novembre 1999, accueillis par S.B. le Patriarche Nasrallah Boutros
Sfeir, et avec la participation de tous les Patriarches Catholiques d’Orient.
Bien que nous soyons peut-être déjà habitués
à entendre ces paroles de la Bonne Nouvelle, elles gardent cependant
une signification particulière, non seulement parce que cette Lettre
vous est adressée à l’approche de Noël, mais aussi
parce qu'elle paraît à la veille du Grand Jubilé de
l'an 2000 après la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ
et le mystère de sa glorieuse Incarnation.
Jésus-Christ
est lui-même la Bonne Nouvelle, toujours le même et toujours
nouveau, au long des siècles. Nous le portons dans nos cœurs, dans
nos personnes et nos communautés, afin qu’il devienne en nous une
source d’eau vive qui féconde notre vie et y renouvelle notre joie,
notre vie et notre engagement.
Esprit
de la Lettre
2. L’esprit de la Lettre s’inspire du verset de l’Apocalypse inséré
dans notre titre: "Voici, je fais l’univers nouveau" (Ap
21,5). C’est l’Esprit-Saint qui renouvelle la face
de la terre (cf. Ps 104,30),
la face de nos Eglises et de chacun de nous. Celui qui est nouveau, avant
toute chose, est Jésus-Christ lui-même. Et c’est l’Esprit-Saint (cf.
Jn 16,13) qui nous éclaire afin que nous en
saisissions le mystère d’une façon toujours croissante (cf.
1Co 12,3), jusqu’à parvenir à la "plénitude
du Christ" (Eph 4,13). Jésus-Christ
est le "nouveau" de Dieu dans le monde de l’humanité. Après
deux mille ans de notre histoire, nous ne cessons de méditer ce
grand mystère, afin d’y trouver "du neuf et du vieux" (Mt
13,52), et afin de renouveler notre foi et notre joie.
Ce qui est nouveau aussi, c’est ce que nos Eglises s’efforcent de vivre
dans l’avenir, à la lumière de notre foi en Jésus-Christ,
de notre histoire passée et de notre contexte social actuel. Ce
qui est nouveau, enfin, c’est ce que l’Esprit éveille dans
nos Eglises: c’est ce désir d’agir ensemble afin de préparer
l’avenir; d’où le titre de la Lettre: "Ensemble vers l’avenir".
Dans cet esprit de renouveau, nous regardons vers l’avenir avec joie et
espérance, libres de toute peur, de tout découragement, car
le Seigneur nous dit: "Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte" (Mt
14,27).
Particularité
de cette Lettre
3.
Nous avons pris l’habitude, frères et fils bien-aimés, de
vous adresser, après chaque Congrès, une Lettre Pastorale
sur le sujet de notre méditation et de notre étude. Cette
Lettre diffère des précédentes, pour plusieurs raisons:
Premièrement, le Grand Jubilé imprègne de plus en
plus nos consciences et suscite toute sorte d’initiatives dans nos diverses
Eglises. Nous espérons que toutes ces initiatives profiteront au
bien spirituel de toutes nos Eglises, et par elles à toutes nos
sociétés. Deuxièmement, le premier Congrès
des Patriarches et des Evêques Catholiques du Moyen-Orient vient
d’avoir lieu en mai dernier: ce fut un pas courageux et unique dans la
vie de nos Eglises Catholiques en Orient. Troisièmement, tous les
participants ont exprimé le désir de traduire les idées
partagées en réalisations concrètes et tangibles:
ainsi la pensée devient action et vie dans nos Eglises.
Tout
cela donne à notre Lettre un cachet particulier, et en fait une
introduction à une action spécifique de l’Eglise dans les
prochaines décennies du troisième millénaire. Nous
essayons dans cette Lettre de recueillir les fruits de la collaboration
qui s’est manifestée d’une façon progressive entre nos Eglises
Catholiques, à plus d’un niveau, durant les décennies passées,
afin d’en faire une action méthodique et constante dans notre pastorale
d’ensemble. Nous vous invitons à prendre en considération
ces directives pratiques, afin qu’elles soient notre guide à tous
pour l’avenir et un stimulant pour prendre les initiatives opportunes en
tout domaine.
Contenu
et divisions de la Lettre
4. Toutes ces circonstances constituent le contenu de cette Lettre. Nous vous
invitons à les méditer avec nous, afin que nous puissions
y découvrir ensemble la volonté de Dieu sur nous, dans le
moment historique important que nous vivons, et afin que nous puissions
nous conformer à cette volonté avec générosité,
soutenus par un véritable esprit de foi, d’espérance et de
charité.
Dans
la première partie, nous méditerons sur le Grand Jubilé
de l’an 2000, qui doit être un nouveau point de départ pour
notre vie d’Eglise, pour notre vocation et notre mission.
Dans
la deuxième partie, nous reviendrons au Premier Congrès des
Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient, nous arrêtant
à ses diverses significations ecclésiales: nous voudrions
les affermir dans nos Eglises, et en faire un nouvel esprit qui nous inspirera
dans l’avenir.
Dans
la troisième partie, nous nous arrêterons aux lignes d’action
définies par ce Congrès, afin d’en faire, pour nos Eglises,
un plan d’action qu’il faudra vivre progressivement dans les différents
domaines de notre vie ecclésiale.
CHAPITRE PREMIER
LE GRAND JUBILE
DE L’AN 2000
Le
Verbe s’est fait chair (Jn 1,14)
5.
Le Grand Jubilé de l’an 2000 nous met tout d’abord devant le grand
mystère de l’Incarnation divine, annoncé par les anges aux
pasteurs, devant la Bonne Nouvelle qui est Jésus Sauveur et le Christ
Seigneur (cf. Lc 2,10-11), résumée
par S. Jean, dans le prologue de son Evangile, par ces paroles concises
et admirables: "Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous,
et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père
comme Fils unique plein de grâce et de vérité" (Jn
1,14). C’est le mystère que les chrétiens
n’ont cessé de méditer, au long des siècles, avec
étonnement, louange et action de grâce. Par l’Incarnation,
Dieu prit l’initiative, vint à la rencontre de l’homme et l’invita
à retourner à son image originelle et authentique et à
la plénitude de son humanité renouvelée dans le Seigneur
Jésus-Christ, "homme parfait et Dieu parfait". Le Verbe Incarné
est le don de Dieu à l’humanité, un don qui a dépassé
toutes ses attentes, tous ses espoirs et tous ses désirs. Dans ce
mystère, Dieu et l’homme se rencontrent. C’est la rencontre de l’éternité
de Dieu avec le temps de l’homme . Par ce mystère, Dieu a sanctifié
le temps et en a fait, avec toutes ses circonstances et ses particularités,
un espace pour notre vocation, notre mission et notre témoignage.
Dieu est entré par le Christ dans notre histoire humaine afin d’en
faire une histoire du salut dont nous sommes les témoins. Car nous
vivons dans l’histoire sans oublier l’éternité, et nous vivons
dans l’éternité sans oublier l’histoire humaine. Par l’Incarnation
"le temps et l’éternité deviennent deux faces d’un unique
projet de salut dont le but est de redonner à l’homme la beauté
de l’image de Dieu".
Et
lorsque nous méditons le mystère de l’Incarnation, nous comprenons
le rôle que Dieu a voulu réserver à la Vierge Marie,
la Mère de Dieu, dans l’admirable économie divine. Elle accepta
ce mystère: "Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon
ta parole" (Lc 1,38), et elle
en fut remplie de joie: "Mon âme exalte le Seigneur et mon Esprit
tressaille de joie en Dieu mon Sauveur"
(Lc
1,46). Elle en fit l’objet de sa méditation:
"Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses les
méditant en son cœur" (Lc 2,19),
et elle le donna au monde: "Elle enfanta son fils premier-né" (Lc
2,7). C’est pourquoi, elle devint l’image de l’Eglise,
qui est, à son tour, une icône mariale: car elle accueille
le mystère de l’Incarnation, s’en réjouit, le médite
et le donne au monde.
Nous
vous invitons, frères et fils bien-aimés, à continuer
avec nous la méditation sur ce mystère éblouissant,
tout au long de cette année du Jubilé, afin qu’il nous remplisse
de sa beauté et nous renouvelle comme individus, comme groupements,
et comme Eglise.
Du
mystère de l’Incarnation à l’Eglise de l’Incarnation
6. Du mystère de l’Incarnation, et des mystères qui y sont organiquement
liés, la Rédemption et la descente du Saint-Esprit, l’Eglise,
corps mystique du Christ, est née. Lorsque nous disons l’Eglise,
nous pensons tout d’abord à nos Eglises d’Orient.
L’Orient
est le lieu choisi par Dieu pour cette manifestation divine singulière,
ce qui fait que nous sommes les premiers concernés par la célébration
du Grand Jubilé. De Nazareth, Bethléem et Jérusalem,
la Bonne Nouvelle se répandit partout. Elle arriva d’abord
à toutes les parties de la Palestine, et de là aux autres
pays de l’Orient où prirent naissance les grands centres de la chrétienté
(Alexandrie, Antioche, Edesse, Nisibe et autres, à côté
de Rome et de Constantinople). Nous savons aussi jusqu’à quel point
le mystère de l’Incarnation fut le centre de la réflexion
chrétienne en Orient: nous rappelons, à titre d’exemple,
les disputes véhémentes sur l’identité du Christ durant
les premières générations chrétiennes en Orient.
Dans ce terroir se formèrent nos Eglises, avec leurs expressions
diverses du même mystère, dans la liturgie, la théologie,
la spiritualité, et toute la tradition. Nous savons tous aussi
comment les chrétiens d’Orient, essayèrent, au long des siècles,
d’expliquer ce mystère à leurs frères et concitoyens
qui ne partageaient pas leur foi, comme le montre le patrimoine arabe chrétien.
A ce propos, nous ne pouvons non plus oublier que la variété
des expressions du même mystère a amené malheureusement
aux diverses divisions, dont nous souffrons aujourd’hui encore. Oui, nos
Eglises sont par excellence les Eglises de l’Incarnation. Elles portent
la marque indélébile du Christ vivant à jamais.
Le
mystère de l’Incarnation et les exigences du présent et de
l’avenir
7. Notre manière traditionnelle de comprendre le mystère
de l’Incarnation est un trait fondamental de nos Eglises Orientales. Elle
nous invite à continuer la méditation sur ce mystère
dans les circonstances présentes de cette partie du monde. Dans
cette méditation, nous nous arrêtons aux trois aspects
suivants:
- a. L’action
œcuménique: Dans le passé nous nous sommes disputés
au sujet de l’identité de Notre-Seigneur Jésus-Christ et
sur le mystère de son Incarnation. Mais nous savons aussi que depuis
des années, les Eglises en général et les Eglises
d’Orient en particulier ont essayé de dialoguer, afin de combler
le fossé creusé entre elles et afin de rechercher ensemble
des formules qui expriment la même foi en la personne de Jésus-Christ,
des formules qui les unissent et les invitent à se rencontrer. Nous
espérons que le Grand Jubilé sera pour nous en Orient l’occasion
de donner un nouvel élan et un nouvel impact à ces dialogues
œcuméniques: puissions-nous ainsi découvrir, par la lumière
de Dieu et de son Esprit-Saint, que les diverses expressions du mystère
du Christ se complètent sans se contredire, exprimant chacune tel
ou tel aspect du mystère insondable, qu’aucune description ne peut
limiter et dont elle ne peut mesurer la profondeur. C’est pourquoi
nous éviterons toute rigidité, tension, ou polémique
stérile, méditant avec esprit d’humilité et d’adoration
le mystère manifesté par Dieu dans la plénitude des
temps, ‘pour nous et pour notre salut’ (Credo). Cet effort œcuménique
reste un des plus grands défis pour l’Eglise dans le troisième
millénaire.
- b. Eglises
de l’Incarnation ici et maintenant: Nous avons mentionné les grands
centres du Christianisme nés dans le passé en Orient autour
du mystère de l’Incarnation. Ce sont les centres qui ne cessent
de nourrir nos Eglises par leur pensée, leur patrimoine et leur
richesse. Mais nous ne pouvons pas rester prisonniers du passé.
Ces grandes capitales chrétiennes du passé ne nous isolent
pas; au contraire elles nous introduisent aux capitales actuelles de nos
pays, Le Caire, Bagdad, Damas, Beyrouth, Amman, Jérusalem, et autres,
où Dieu nous appelle aujourd’hui à vivre le mystère
de l’Incarnation. Ceci nous invite à plus d’insertion dans nos sociétés,
avec toutes leurs circonstances présentes, afin que nous y soyons
des témoins du mystère qui ne cesse de nous interpeller,
nous et tout homme en tout lieu et en tout temps.
- c. Les
nouvelles significations du mystère de l’Incarnation: L'Incarnation
est un mystère dont nous ne pouvons mesurer les profondeurs ni épuiser
toutes les significations. Dieu nous appelle à découvrir
les nouveaux aspects et les nouvelles dimensions du mystère ancien
et nouveau, en toute époque de notre histoire, à la lumière
de notre histoire présente au Moyen-Orient. Quels sont les aspects
de ce mystère que Dieu nous appelle à approfondir dans cette
époque présente afin de répondre aux exigences du
temps présent, à ses défis et à ses appels?
Comment sommes-nous appelés aujourd’hui à nous incarner à
l’exemple du Christ et dans quels domaines? Nous avons déjà
médité avec vous sur ces questions dans notre deuxième
Lettre Pastorale . Nous vous invitons à y retourner, car elles revêtent
maintenant, à l’occasion du Grand Jubilé de l’an 2000, un
nouveau sens et une importance particulière.
Appel
à la prière, à la méditation et à l’action
8. Vous voyez ainsi, frères et fils bien-aimés, que le Grand
Jubilé ne peut pas se limiter à des célébrations
extérieures. Il est au contraire nécessaire d’accompagner
ces célébrations et de les soutenir par des temps forts de
silence, de prière, de méditation et de réflexion.
Nous vous invitons tous, individus et groupes, à prendre des initiatives
spirituelles en ce sens. Au seuil du troisième millénaire
de notre histoire, nous sommes dans les temps propices, dans lesquels l’Esprit-Saint
veut nous manifester la volonté de Dieu sur nous dans les différents
domaines de notre vie d’Eglise. Le Grand Jubilé est une grâce
particulière que Dieu nous accorde. Il nous invite à méditer
sur tous ses aspects et ses exigences, à l’assimiler et à
en vivre. Vous savez que nous vivons dans une phase historique importante,
même décisive, qui contient beaucoup de défis,
de difficultés, de nouveautés, d’appels et d’espérances.
Au milieu de tout cela, nous nous trouvons devant des choix à faire,
des décisions à prendre et des actions qui conviennent à
ce moment historique. Nous avons donc un besoin urgent de nous arrêter,
de faire silence, de penser, de méditer, de prier et d’entrer au
plus profond de nous-mêmes, individus et groupes, afin que
Dieu nous inspire ce qui est bien pour nos Eglises. Notre modèle
en cela est la Vierge Marie qui méditait tout en son cœur (cf.
Lc 2,19), afin d’assimiler ce qui se passait en elle
et autour d’elle, afin de découvrir la volonté de Dieu sur
elle et de rentrer dans le plan divin du salut. Ces moments de silence
et de recueillement nous enrichiront et feront naître dans nos Eglises
des énergies nouvelles d’action pour le service du Royaume.
Les
Lettres Pastorales
9. Nous avons pris l’habitude, depuis la fondation de notre Conseil, de vous
adresser des Lettres Pastorales sur des sujets que nous avons tenus
pour importants. Nous avons essayé dans ces Lettres, d’un côté,
d’être attentifs à vos besoins, à vos soucis et à
vos attentes, et, de l’autre, d’écouter la voix de Dieu en nous
et en vous. Le but de ces Lettres, comme nous avons dit dans notre deuxième
Lettre, est d’ouvrir avec vous "une porte pour la réflexion, l’échange
et la consultation. Si cela se fait, cela ne peut que susciter des initiatives
pratiques, grâce auxquelles peu à peu, nous verrons se cristalliser
la nature de notre présence et de notre témoignage pour la
gloire de Dieu et le service de tous les hommes". Malheureusement ces Lettres
ne parvinrent pas suffisamment à tous les fidèles, par défaut
de communication dans nos Eglises. Nous vous invitons, à l’occasion
du Grand Jubilé à y retourner; elles pourraient nous aider
tous à continuer la réflexion sur ces sujets, afin de trouver
notre chemin vers le troisième millénaire. Nous sommes certains
que nous y trouverons des éléments de réflexion capables
d’illuminer notre chemin pour plus d’insertion et d’engagement.
Ensemble
vers le troisième millénaire
10. C’est ainsi, frères et fils bien-aimés, que nous nous orientons
vers le troisième millénaire. Nous sommes certains que Dieu
nous prépare un chemin de gloire. Mais le chemin de gloire ne peut
être qu’un chemin de croix aussi, car nos Eglises sont marquées
par la marque de la Pâque glorieuse. S. Paul dit de son expérience
spirituelle, qu’il oublie le chemin parcouru, qu’il va droit
de l’avant, afin d’atteindre le but (cf. Ph 3,13-14).
Cette vitalité spirituelle vécue par S. Paul est une invitation
pour nous tous à assimiler le passé afin de préparer
l’avenir. La vitalité spirituelle qui nous a rendus dans le passé
capables de surmonter des époques historiques diverses, nous aidera
aussi à rentrer ensemble dans l’avenir avec une foi vivante, une
espérance ardente et un amour toujours renouvelé. Jésus-Christ
est le Seigneur des temps, de l’univers et de l’histoire: il peut, par
la force de son Esprit, nous rendre capables d’agir "pour préparer
le printemps nouveau d’une vie chrétienne" dans nos pays, un printemps
que nous ne pouvons construire qu’ensemble. CHAPITRE
DEUXIÈME
LE PREMIER CONGRÈS
DES PATRIARCHES ET DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DU MOYEN-ORIENT:
L’ÉVÉNEMENT
ET LA SIGNIFICATION L’événement
11. Parler de l’avenir nous amène à la deuxième partie
de notre Lettre, qui est le Congrès des Patriarches et des Evêques
Catholiques du Moyen-Orient, tenu au Liban du 9 au 20 mai 1999. Il a rassemblé
tous les Patriarches et les Evêques Catholiques, en plus des représentants
du Saint-Siège, des Eglises de l’Afrique du Nord, de Turquie et
d’Iran, de quelques Conférences épiscopales, des Eglises-sœurs,
comme des laïcs, hommes et femmes, et des représentants des
moyens de communication sociale, le tout aux environs de 260 personnes,
venues de différents pays. Ce Congrès vient immédiatement
dans le cadre des initiatives préparatoires à l’an 2000,
dans le but "de consolider les rapports entre les Eglises selon une tradition
ancienne qui reliait les Eglises les unes aux autres par des synodes régionaux
pour étude, consultation et collaboration" .
Ce
Congrès fut tenu sous le signe de la vie, car il a pris pour devise
le verset évangélique: "Je suis venu pour qu’ils aient la
vie, et qu’ils l’aient surabondante" (Jn 10,10).
Le communiqué final rappelle cette devise affirmant que le Père,
en Jésus-Christ et par la force de l’Esprit-Saint, "nous a apporté
la vie abondante et nous a appelés à jouir de cette vie".
Le communiqué ajouta que Dieu a accordé cette vie à
nos Eglises tout au long de leur histoire, par le moyen de leurs patrimoines
divers dont elles se nourrissent encore, par le mérite de "nos martyrs,
de nos saints et de nos Pères". C’est la vie que Dieu continue à
nous donner aujourd’hui dans nos Eglises "afin que la vie nouvelle brille
en elles".
L’événement
et son contexte
12. Ce Congrès n’a pas été un événement
isolé ou en marge de la vie. Il s’insère plutôt dans
le cadre d’une orientation générale de nos Eglises Catholiques
dans la région, qui a pour but de créer de nouveaux liens,
de nouvelles occasions de rencontre et de collaboration. En plus des structures
traditionnelles de communion (tel le synode de chaque Eglise), d’autres
structures virent les jours qui rassemblent les Eglises catholiques,
telles les Assemblées des Patriarches et des Evêques dans
chaque pays (Syrie, Egypte, Liban, Iraq, Terre Sainte et autres),
et le Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient. L’entrée de
la famille catholique dans le Conseil des Eglises du Moyen-Orient a créé
de nouveaux liens et une nouvelle collaboration avec toutes les Eglises-sœurs
et les communautés chrétiennes en Orient. Les Eglises Catholiques
ont pris aussi plusieurs initiatives dans le même sens, dont, par
exemple, le Congrès des jeunes au niveau du Moyen-Orient, le Congrès
pour les laïcs et autres rencontres convoquées par l’Eglise
elle-même ou par les mouvements et les diverses entités. Le
Synode pour le Liban fut dans ce contexte une initiative importante prise
par l’Eglise universelle. Le Congrès des Patriarches et Evêques
Catholiques du Moyen-Orient fut comme un couronnement de toutes ces initiatives,
une continuation et un nouveau stimulant pour plus d’initiatives dans l’avenir.
Nous mentionnons toutes ces formes, afin de remercier Dieu pour tout ce
qu’il fait pour son Eglise et afin d’agir ensemble pour rentrer dans cette
nouvelle dynamique, y devenir partie prenante et la faire croître.
L’événement
et sa signification
13. Ce Congrès est un grand signe dans la marche de nos Eglises
Catholiques. Pour la première fois, depuis leur naissance, nos Eglises
se rencontrent à ce niveau. Sans doute, cet événement,
et le contexte dans lequel il a eu lieu, est un signe des temps qui mérite
que nous nous y arrêtions pour lire et découvrir la richesse
de sa signification et les horizons d’avenir qu’il ouvre devant nous. Le
communiqué final en a indiqué quelques aspects: "Ce Congrès
nous a permis de vivre avec joie une expérience spirituelle et ecclésiale
profonde, dans le cadre de nos prières et cérémonies
communes. Il nous a renseignés sur la situation de nos Eglises,
et grâce aux délibérations et recommandations auxquelles
nous sommes parvenus, nous avons envisagé la création d’organismes
chargés d’assurer le suivi et la coordination du travail". "Nous
rendons grâce à Dieu pour les grâces reçues durant
ce congrès, et pour les rencontres et les moments passés
ensemble. Selon le mot de l’Ecriture: ‘Voyez qu’il est bon, qu’il est doux
d’habiter en frères tous ensemble’ (Ps 133,1)
" . A notre tour nous nous sommes arrêtés,
dans notre neuvième Congrès, sur ces divers aspects dont
vous trouvez les échos dans le communiqué final. Nous voulons
dans cette Lettre les énumérer et les développer afin
qu’ils restent un signe qui marque notre vie d’Eglise.
Conversion
et pénitence
14. Le Communiqué final du Congrès des Patriarches et des Evêques
voit que le Jubilé pour nous est "une occasion propice pour un repentir
sincère qui se traduit par un retour à Dieu et un pardon
mutuel, par un enracinement plus profond dans le Christ qui est le chemin,
la vérité et la vie. Vivant de son Esprit, nous nous en inspirerons
pour nous renouveler et témoigner de lui". Nos Eglises ont souvent
vécu dans le passé sur des chemins parallèles plutôt
que complémentaires. Nous nous sommes abandonnés à
l’esprit de rivalité, à des suspicions et à des intérêts
personnels opposés. La pénitence est un changement de direction,
et nous voyons que nos Eglises marchent sur le chemin de l'unité,
de la complémentarité et de la collaboration, dépassant,
dans leurs rapports mutuels, les diverses difficultés dont nous
avons tous subi les conséquences néfastes et destructrices.
Nous ne pouvons que voir dans cette nouvelle orientation une réponse
à l’appel du Christ à l’unité "afin que le monde croie" (cf.
Jn 17,11. 21-26), et à l’appel réitéré
et insistant de S. Paul à l’unité de la communauté
des croyants (cf. v.g. Ph 2,2-5; 1Co 1,10-16).
Connaissance
mutuelle
15. Nos Eglises vivent souvent les unes à côté des autres
plus qu’elles ne vivent les unes avec les autres. Les Eglises Catholiques
se sont réjouies, durant le Congrès, de la connaissance mutuelle
qu’elles ont eue, grâce aux interventions sur les différentes
Eglises dans toutes les régions du Moyen-Orient. Cette connaissance
fut une joyeuse surprise pour plusieurs. Elle éveilla en nous plus
d’estime et de respect mutuel. Les Congressistes écoutèrent
avec attention et intérêt les interventions de quelques petites
Eglises, humbles dans leurs capacités humaines et matérielles,
dont nous avions peu de connaissance, telles les Eglises d’Iran, de Turquie
et de l’Afrique du Nord. Cela nous a aidés à sortir de notre
isolationnisme et à élargir les frontières de nos
préoccupations et l’objet de notre communion. Nous voulons leur
réaffirmer ici notre amour et notre amitié. Nous voulons
nous efforcer à augmenter entre nous la communion et la communication,
dans la foi, l’action, les soucis et les espérances. Nous sommes
décidés, selon toutes nos possibilités, à ouvrir
la porte pour plus de collaboration missionnaire avec les Eglises de ces
régions.
Ouverture
16. Par ce Congrès, les Eglises Catholiques n’entendaient pas se replier
sur elles-mêmes et penser à leurs propres intérêts.
Elles l’ont voulu afin qu’il soit une occasion de s’ouvrir, de diverses
manières, selon la tradition des Eglises, depuis des années.
Cette ouverture s’est manifestée sur trois niveaux complémentaires:
le premier, l’ouverture œcuménique à toutes les Eglises-sœurs
et aux diverses communautés ecclésiales. Ce sujet a été
l’un des thèmes de réflexion préparés pour
le Congrès et a été rappelé par le Communiqué
final. Le deuxième est l’ouverture aux autres religions dans un
esprit de dialogue, "afin de purifier notre mémoire historique,
et de poursuivre un dialogue constructeur et une coopération sincère
pour bâtir une société où le pluralisme et la
liberté religieuse soient respectés". Le troisième
est l’ouverture aux sociétés dans lesquelles vivent nos Eglises
et la solidarité avec elles, essayant d’être proches
des pauvres, des nécessiteux, et attentifs aux questions de la paix,
de la justice et des droits de l’homme.
Les
Eglises catholiques ont compris que le choix de l’œcuménisme, du
dialogue interreligieux et de la solidarité avec les sociétés
est un choix indispensable pour l’avenir. C’est ce choix qui garantit
la construction d’Eglises vivantes qui témoignent et de sociétés
saines, dans lesquelles tous les membres soient égaux.
La
communion
17. La profonde communion ecclésiale vécue par tous a été
le trait saillant et le fruit le plus important de ce Congrès. Vous
vous rappelez, frères et sœurs, que notre Lettre Pastorale, le "Mystère
de l’Eglise», a insisté d’une façon particulière
sur le sens de la communion et la nécessité d’y réfléchir.
Dans ce Congrès, ce sens est devenu un événement visible
et un fait tangible, dans lequel tous ont touché du doigt cette
profonde communion par-delà la diversité des rites, des structures
et des orientations théologiques et spirituelles. Les congressistes
ne se contentèrent pas seulement de vivre la communion pour un moment:
un véritable désir d’un partage concret est né chez
eux, afin que la communion devienne une réalité permanente,
une collaboration et une coordination dans les divers domaines. Cette communion,
qui est partage, collaboration et coordination, ne demande pas l’annulation
de la particularité de chaque Eglise. Elle demande que nos particularités
ne soient pas un obstacle à notre rencontre et notre collaboration,
mais une aide et un enrichissement mutuel.
Un
signe d’espérance
18. Les Eglises et les fidèles, dans nos pays, font face à des
défis et des difficultés multiples qui portent certains au
pessimisme et au découragement. Ce Congrès a été
un grand signe d’espérance, à la veille du troisième
millénaire. C’est pourquoi nous avons voulu réaffirmer dans
le communiqué final de notre neuvième Congrès que
cette rencontre "a diffusé dans tous les fidèles tranquillité,
joie et espérance".
Plusieurs
ont découvert que nos Eglises, malgré leurs limites et leurs
difficultés, sont des Eglises vivantes. L’Esprit agit en elles,
et grâce à lui, elles sont capables de faire face aux changements,
aux innovations et aux défis. Avec cette espérance constante
et renouvelée, éveillée par l’Esprit en nous, nous
marchons, tranquilles, vers le troisième millénaire, sans
nous abandonner à la peur et à la confusion. Nous mettons
plutôt notre confiance en Dieu qui nous a promis de rester avec nous,
par le Christ et le Saint-Esprit, jusqu’à la fin des siècles (cf.
Mt 28,20).
CHAPITRE TROISIÈME
PLAN D’ACTION
POUR L’AVENIR
De
l’espérance à l’action
19. Le Congrès des Patriarches et des Evêques a traité
plusieurs sujets. Certains ont remarqué que la quantité des
sujets exposés pouvait nuire à la profondeur. Cependant,
dans ce premier Congrès, le but fut d’avoir une vue d’ensemble compréhensive
sur les sujets qui nous concernaient, dans l’espoir d’y retourner petit
à petit dans l’avenir et de les approfondir. Avec cette vue d’ensemble,
il y eut aussi, et ceci est très important, le désir exprimé
par tous de passer à l’action, afin de répondre à
la question instamment posée: "Et après? Quels sont les résultats
concrets?". Nous avons de nouveau mentionné ce désir dans
notre Communiqué final: "Seule, la poursuite persévérante
et de longue haleine des propositions du Congrès garantit de transformer
ce dernier en réalité palpable dans la vie de nos Eglises".
Il revient donc aux Eglises de réfléchir sur ces propositions
et "de les traduire en vie concrète dans l’avenir". Il est
certain que ce désir de passer à l’action est un signe que
nous devons comprendre et auquel il faut répondre. Ainsi seulement,
nos Eglises seront-elles une demeure confortable et accueillante pour leurs
fils et filles, et pour tous ceux qui recourent à elles.
Les
recommandations du Congrès
20. Ce désir s’est manifesté d’une façon concrète
dans les 84 propositions ou recommandations, couvrant les divers domaines
de la vie ecclésiale et pastorale. Sans doute elles présentent
un programme très vaste. Nous les rappelons dans cette troisième
partie de notre Lettre parce que nous sommes convaincus de leur importance,
et parce que nous sommes décidés à nous y engager
dans l’avenir. Il est certain que nous ne pourrons pas tout faire en une
seule fois, car les directives données demandent une action de longue
haleine. Mais nous mettrons tous nos efforts, dans les prochaines décennies
du troisième millénaire, à les appliquer progressivement,
sur une base concrète, sûre et bien étudiée.
Nous
résumons, dans les paragraphes qui suivent, les six chapitres de
ces propositions, en essayant de les rassembler selon le contenu, d’en
faire une base pour l’action de notre Conseil dans l’avenir, et pour la
création des structures et des instances dans l’Eglise, depuis la
base jusqu’au sommet. Le Congrès est d’un côté un point
d’arrivée et de l’autre un point de départ. Nous sommes tous
responsables d’en assurer l'application et la continuité, selon
une méthode d’action et une programmation commune, afin d’agir selon
les lignes d’action proposées, d’une façon progressive et
constante.
Premièrement:
Identité de nos Eglises catholiques orientales et la coordination
entre elles.
21. Nos Eglises Catholiques dans cette région sont orientales par leurs
racines et leur patrimoine apostolique, patristique, liturgique, et spirituel.
D’un côté ce patrimoine est commun avec les Eglises Orthodoxes,
et, de l’autre, nos Eglises Catholiques sont en communion avec l’Eglise
Universelle Catholique Romaine. Elles portent, avec la diversité
de leurs traditions et de leurs expressions de la foi, les valeurs chrétiennes
évangéliques vivantes. La fidélité à
nos patrimoines riches et diversifiés s’impose. Ils sont la base
nécessaire de tout renouveau. Mais il faut aussi créer les
structures qui garantissent la continuité et la coopération
entre nos Eglises d’Orient.
- 1. Insister
sur notre patrimoine oriental à travers les instituts de formation
théologique et spirituelle et les activités pastorales à
différents niveaux, et approfondir la connaissance de la pensée
théologique patristique commune et du patrimoine arabe chrétien,
et les mettre au service de nos Eglises dans leur contexte présent.
- 2. Instituer
une structure d’exécution qui dépende du Conseil des Patriarches
Catholiques et soit en rapport avec les Synodes des différentes
Eglises Catholiques. Former aussi une Union des Conseils des Patriarches
et des Evêques Catholiques se trouvant actuellement dans les pays
du Moyen-Orient, et un comité conjoint qui coordonnerait le travail
pastoral dans les pays où se trouvent des Eglises différentes.
- 3. Faire
de sorte que l'autorité des Patriarches s'étende à
tous leurs fidèles, où qu'ils se trouvent.
Deuxièmement:
La vie de l’Eglise
22. Au seuil du troisième millénaire, nos Eglises sont invitées
à suivre un parcours spirituel renouvelé et à témoigner
du Christ dans un monde en perpétuel changement, nécessitant
une nouvelle évangélisation. Le Congrès a insisté
sur la nouvelle évangélisation qui s’appuie sur le témoignage
évangélique des individus et des diverses institutions d’Eglise.
Leur travail pour nourrir la foi par une connaissance plus profonde du
mystère du Christ a pour but de promouvoir la foi des fidèles
d'une appartenance confessionnelle héritée et d'une pratique
superficielle, à une foi consciente, responsable et vivante.
- 4. Pour
une nouvelle évangélisation: établir un projet catéchéstique
élargi, qui anime la foi au milieu des changements actuels;
porter le clergé, les religieux, les religieuses, ainsi que les
laïcs à exécuter ce projet, conformément aux
exigences du temps présent et aux besoins prioritaires des fidèles,
en ayant recours aux méthodologies et aux moyens d’action modernes.
- 5. L’Education
religieuse: soutenir et développer le Comité Catholique de
Catéchisme dépendant du Conseil des Patriarches Catholiques
d’Orient
- 6. L’Ecriture
Sainte: Soutenir la Ligue Biblique Catholique existant au Moyen-Orient,
et renforcer toute initiative qui a pour but la distribution de la Bible,
son étude et sa méditation. Travailler à une
traduction unifiée pour l’usage liturgique.
- 7. La
Liturgie: renouveler la vie liturgique de sorte qu’elle soit une vraie
célébration du salut divin, et cela par la fidélité
au patrimoine et par l’écoute aux exigences des temps modernes,
et soutenir ce renouvellement par les moyens opportuns (publications ou
autres) qui facilitent la participation active, vivante et féconde
des fidèles. S’efforcer à préparer des spécialistes
en liturgie et des animateurs liturgiques dans les diocèses et les
paroisses. Dans ce domaine, il faut tendre aussi à unifier le Credo
et le Notre Père dans les Eglises Catholiques.
- 8. L’esprit
missionnaire: encourager et accroître les vocations missionnaires,
et écouter les besoins des Eglises qui demandent notre aide (Afrique
du Nord, par ex.)
- 9. Action
pastorale: prendre soin de l’action pastorale, insister sur la formation
théologique, utiliser les moyens modernes opportuns, utiliser la
langue que comprennent notre temps et notre société. Créer
un comité pastoral commun afin de coordonner les efforts des
diverses paroisses existant dans la même région .
Troisièmement:
L’engagement apostolique pastoral
23. Tous les fils de l’Eglise, évêques, prêtres, religieux,
religieuses et laïcs, sont appelés à contribuer à
édifier l’Eglise du Christ, chacun selon l’originalité de
sa vocation et de sa mission. Dieu distribue les charismes, en Jésus-Christ,
par la force de l’Esprit-Saint, à toutes les catégories des
fidèles. Si chacun utilisait son don pour l’édification commune,
sous la responsabilité des Evêques, nous arriverions à
une action apostolique et pastorale commune et efficace, pour le service
du Royaume.
- 10. La
relation entre les Congrégations religieuses et les Evêques
et la relation entre les Congrégations elles-mêmes: trouver
la structure convenable pour la collaboration entre Evêques et Congrégations
religieuses, et faire participer les Congrégations, d’une façon
ou de l’autre, dans les actions et les structures des Conseils des Patriarches
et des Evêques Catholiques de chaque pays. Encourager la coordination
entre les Unions religieuses au niveau du Moyen-Orient afin d’échanger
les expériences, distribuer les forces, activer l’action pastorale
et répondre, autant que possible, aux appels des pays en besoin,
dans le monde arabe et ailleurs.
- 11. Les
laïcs: activer le rôle des laïcs dans nos Eglises d’une
façon sérieuse et véritable; créer les conseils
dont parlent les codes canoniques de l’Eglise, après une préparation
sérieuse et profonde.
- 12. La
famille: consacrer un soin particulier à la famille; assurer une
action continue et suivie avec elle, moyennant la création d’un
institut au niveau du Moyen-Orient pour les études pastorales surtout
sur la famille; créer dans chaque diocèse ou paroisse
un organisme qui s’occupe de la famille et de la préparation au
mariage.
- 13. La
femme: développer le soin pastoral de la femme afin qu’elle prenne
sa place et son rôle dans la famille, la société et
l’Eglise et, sur la base de sa mission spécifique, activer sa participation
dans l’Eglise et son rôle dans les centres de responsabilité
et de décision; renforcer le rôle de la femme consacrée
dans l’action pastorale, apostolique et administrative de l’Eglise.
- 14. La
jeunesse: prendre soin de la jeunesse, l’inviter à participer dans
la vie de l’Eglise et l’encourager à s’engager dans les diverses
institutions et mouvements pour les laïcs; organiser des rencontres
de jeunes au niveau du Moyen-Orient.
- 15. L’émigration:
créer un organisme spécial pour prendre soin des fidèles
afin de limiter leur émigration; suivre les émigrés
afin de les aider à conserver leur identité de foi et d’Eglise,
en collaboration et coordination avec les Eglises d’accueil .
Quatrièmement:
le dialogue
24. Le choix du dialogue est un choix fait par nos Eglises; nous en avons longuement
parlé dans notre deuxième Lettre Pastorale . Malgré
les difficultés et les défis multiples, nous sommes décidés
à suivre cette voie du dialogue, car elle est importante pour
nos Eglises, pour tous les chrétiens en Orient, et pour toutes nos
sociétés. Nous avons déjà parcouru un long
chemin dans les diverses formes du dialogue: il nous faut poursuivre le
travail commencé et continuer à prendre les moyens concrets
et pratiques qui le soutiennent et en font une réalité qui
s’affirme de plus en plus avec le temps.
- 16. L’engagement
œcuménique: insister sur la prière pour l’unité chrétienne,
sur la dimension œcuménique dans la formation du clergé,
des religieux, des religieuses et des laïcs; soutenir le dialogue
de la foi par le dialogue de la charité dans tous les domaines,
et surtout dans le domaine du service et du témoignage commun; préciser
les caractéristiques de la théologie orientale et encourager
les études et les recherches liturgiques avec les Eglises orthodoxes
sœurs; faire les pas œcuméniques opportuns et concrets (par exemple,
l’unification de la date de Pâques ou autres).
- 17. Les
rapports avec les autres religions: approfondir le rapport sincère
avec les concitoyens musulmans à partir de motifs évangéliques,
persévérer dans le dialogue islamo-chrétien, donner
à ce dialogue une place dans la formation dans les séminaires
et les instituts de théologie. De même, développer
le dialogue avec le judaïsme dans les circonstances présentes
en prenant en considération les exigences de la justice, de la paix,
de la réconciliation et les dénominateurs religieux communs.
- 18. Participation
à la citoyenneté: approfondir notre appartenance à
nos sociétés contemporaines, encourager l’engagement dans
la vie publique en tout domaine, exiger que les chrétiens puissent
participer d’une façon complète à la vie de leurs
sociétés .
Cinquièmement:
Le service social, l’éducation et les moyens de communication sociale
25. Le service social (service de la charité en tant que bienfaisance
et développement) est un aspect de la mission de l’Eglise: elle
le remplit pour le service de l’homme dans les diverses circonstances de
sa vie quotidienne réelle. Ce service social comprend les
divers domaines de l’éducation, de l’enseignement, de la pensée,
de la culture, des moyens de communication sociale et autres. Les Eglises
voudraient rester attentives à tous ces domaines de la vie de nos
sociétés afin de contribuer, par la collaboration de tous
ses membres, à édifier une société saine, stable
et évoluée.
- 19. Le
service social: rester attentif à l’enseignement social de
l’Eglise, l’étudier et l’appliquer; échanger les expériences,
assurer la coordination entre les Eglises du Moyen-Orient dans ce domaine
et s’efforcer d’éviter les difficultés propres à ce
service; prendre les initiatives pratiques dans tous les domaines et former
les fidèles à ce service et à ses exigences.
- 20. L’éducation
et l’enseignement: contribuer à l’effort national dans le domaine
de l’éducation et de l’enseignement; prêter une attention
particulière aux pauvres dans ce domaine; développer
nos institutions académiques et éducatives de sorte qu’elles
répondent aux exigences de l’homme dans nos sociétés.
- 21. La
pensée et la culture: créer une association de penseurs,
d'intellectuels et d'artistes chrétiens au Moyen-Orient; encourager
les chrétiens à s’engager dans la vie intellectuelle,
culturelle et scientifique de leurs pays; s’occuper constamment de la culture,
vu son importance dans la vie de l’humanité; développer
une pensée théologique qui parle à l’homme de notre
région et créer dans ce but une ligue de théologiens
du Moyen-Orient.
- 22. Les
moyens de communication: prendre soin des moyens de communication pour
leur importance croissante dans le monde d’aujourd’hui et dans nos pays;
suivre et soutenir les moyens de communication chrétiens sous toutes
leurs formes dans nos pays; former les consciences à bien employer
les différents moyens de communication, et créer des organismes
spécialisés pour agir en ce domaine .
Sixièmement:
Les droits de l’homme
26. Les droits de l’homme occupent une place de choix dans le monde d’aujourd’hui.
Ils se basent, selon la perspective chrétienne, sur le fait que
l’homme, individu ou collectivité, est créé à
l’image de Dieu. Nous sommes constamment invités à renforcer
tout ce qui peut accroître cette image et prévenir tout ce
qui peut l’effacer ou la rendre difforme.
- 23. Les
droits de l'homme: appeler au respect de la vie humaine dans toutes ses
phases; défendre les droits de l’homme quel qu’il soit et où
qu’il soit, surtout les prisonniers, les captifs et les enfants. Etablir
et activer les commissions de Justice et Paix au Moyen-Orient et créer
des cadres opportuns pour la coordination et la collaboration entre elles,
afin qu’elles soient un instrument qui aide les Patriarches et les Evêques
à prendre les positions opportunes en ce domaine.
CONCLUSION
Joie et
espérance
27. Nous avons commencé notre Lettre avec la joie de la Bonne Nouvelle,
qui, par l’action de l’Esprit-Saint qui fait toutes choses nouvelles, se
transforme en nous en une source d’eau vive, féconde notre vie,
la renouvelle et nous dirige sur les chemins du présent et de l’avenir.
Nous ne pouvons, en concluant cette lettre, que rappeler la vision du Prophète
Ezéchiel par laquelle il conclut son livre, la vision des eaux abondantes
jaillissant du temple et fécondant la terre tout entière (Ez
47). Le Christ, dont nous célébrons
le Jubilé de l’Incarnation est le temple d'où jaillissent
les eaux abondantes qui se transforment en nous en fécondité,
espérance et vie. Marchons donc ensemble, avec confiance, vers le
troisième millénaire "fermes dans la foi, joyeux dans l’espérance,
solidaires dans la charité", avec la bénédiction du
Dieu Tout-Puissant, Un et Trine, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Amen.
+
Stéphanos II Ghattas, Patriarche d’Alexandrie pour les Coptes Catholiques
+
Maximos V Hakim, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie
et de Jérusalem, pour les Grecs Melkites Catholiques
+
Nasrallah Cardinal Boutros Sfeir, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient
pour les Maronites.
+
Ignace Moussa Daoud Ier, Patriarche d’Antioche pour les Syriens Catholiques
+
Raphael Ier Bidawid, Patriarche de Babylone pour les Chaldéens
+
Nersès Pedros XIX, Patriarche de Cilicie pour les Arméniens
Catholiques
+
Michel Sabbah, Patriarche de Jérusalem des Latins
Conseil
des Patriarches Catholiques d’Orient
Noël,
25 décembre 1999 |