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News from the Latin Patriarchate

Très Saint Père

1. Nous sommes heureux de venir à Rome dans cette période de l’Année qui respire encore la grâce de Noël et du Nouvel An, pour souhaiter à Votre Sainteté une année nouvelle pleine des grâces du Seigneur

Nous représentons des pays différents : la Terre Sainte avec ses trois pays, Israël, Palestine et Jordanie, et les pays voisins de la Terre Sainte, Chypre, Egypte, Iraq, Syrie, Liban, toutes terres d’histoire biblique, plus les pays du Golfe, le Koweit, les Emirats Arabes Unis, le Qatar,  le Bahrein, le Sultanat de Oman, le Yemen, l’Arabie Séoudite et enfin la Corne d’Afrique, Djibouti et la Somalie.

Un trait commun unit tous ces pays : les chrétiens, disciples de Jésus-Christ vivent leur foi dans des pays arabes musulmans. Un trait particulier distingue la Terre Sainte, Palestine et Israël, les chrétiens, disciples de Jésus Christ, se trouvent à la fois partie d’une société arabe musulmane et d’une société israélienne juive.

2. Les pays du Golfe (Koweit, Emirats, Qatar, Bahrein, Oman, Yemen et Arabie) ont en commun une caractéristique : tous les chrétiens dans ces pays, nombreux, plus d’un million, seulement en Arabie, sont des hôtes et des étrangers, non citoyens, venus pour contribuer au développement et au bien-être de ces pays, riches par leurs ressources naturelles, surtout le pétrole, et devenus centres de commerce mondial. Au Koweit et dans les Emirats, les hôtes et les étrangers sont devenus, de beaucoup, plus nombreux que les habitants du pays. Tous ces pays, dont les habitants originaires sont à 100% musulmans, veulent bien garder leur identité religieuse et culturelle, malgré l’ouverture internationale dont eux-mêmes ont besoin pour leur propre développement. Certains, le Koweit, les Emirats, Qatar, Bahrein et Oman admettent une liberté religieuse relative et surveillée, aux employés et ouvriers chrétiens, venus soit des pays arabes du Moyen-Orient, soit de l’Inde, des Philippines, de l’Europe ou de tout autre coin du monde. Ils admettent la construction des églises, des écoles chrétiennes tenues par des religieuses, et dont les élèves sont chrétiens provenant de différents pays, ou musulmans de différents pays ou originaires du pays. L’Arabie Séoudite, parmi ces pays ne cesse de se trouver enfermée dans un concept dogmatique, selon lequel elle se définit être toute entière « une mosquée », qui n’admet donc aucune autre présence de religion différente. Il semble cependant qu’il y ait des signes de changement, ce qui donnerait un traitement humain et digne, du point de vue religieux, à tous les hôtes et les étrangers chrétiens qui travaillent au service de tout le pays.

A noter que les chrétiens dans ce pays sont catholiques, en majorité, et aussi orthodoxes et protestants. Les autres Eglises ou communautés ont aussi lieux de culte et écoles.

Parmi les communautés chrétiennes de ces pays, la vie chrétienne est très florissante ; le clergé est religieux, carmes au Koweit, surtout capucins dans les autres pays, sauf les salésiens et religieuses de Madre Teresa au Yemen ; les équipes de laïcs engagés sont nombreux et font un travail merveilleux de préparation aux sacrements, première communion, pénitence, confirmation et mariage.

Les défis à confronter sont : le manque ou la limitation de la liberté religieuse, la vie de consommation, le désir du gain matériel, la tentation de négliger ou même d’abandonner sa propre religion, et l’oppression des faibles, surtout de femmes étrangères qui sont nombreuses engagées dans un travail domestique. Mais, à côté de ces aspects négatifs, un grand témoignage chrétien se vit par le clergé comme par les laïcs, dans ces pays qui les accueillent dans leurs espaces humains et géographiques.

3. Dans la corne d’Afrique, à Djibouti, la petite communauté chrétienne, vit dans une paix et dans un calme relatif. Toutefois, il faut beaucoup de temps pour que cette petite communauté chrétienne puisse se sentir chez soi, dans le pays, et dans ses petites paroisses. La Somalie est toujours livrée à une grande instabilité politique et militaire. La présence chrétienne y est très réduite. Des chrétiens continuent cependant à aimer ce pays et à prier pour sa stabilité.

4. Dans les autres pays du Moyen-Orient, Egypte, Iraq, Syrie, Liban, Jordanie, Palestine et Israël, les chrétiens sont du pays, citoyens nés dans le pays, avec une présence chrétienne internationale, plus ou moins importante dans l’un ou l’autre pays, celle d’abord des religieux et religieuses, puis surtout celle d’ouvriers domestiques, philippins ou séri-lankais. Il s’agit de communautés de langue et de culture arabe, et, en Israël, avec la communauté arabe, il y a la communauté d’expression hébraïque.

Une autre caractéristique, importante aussi, nous nous trouvons, dans tous ces pays, à travailler avec d’autres Eglises des différents rites orientaux, catholiques ou orthodoxes, de même qu’avec des communautés protestantes. Nos Eglises latines veulent servir et prier. Il est vrai que le rite, l’ethnie, la langue liturgique du rite, ont  été des facteurs importants pour conserver la foi, et le sont encore, dans nos pays du Moyen-Orient. Nos Eglises latines, dont le rite est seulement une forme et un moyen de prière plus qu’une appartenance ethnique ou linguistique, sont un  signe de l’universalité de l’Eglise dans ces pays qui furent pour un temps les grandes Eglises, nombreuses par leurs fidèles,  par leurs saints, leurs  ermites et leurs moines.

La collaboration entre toutes les Eglises s’améliore, de jour en jour, grâce aux Assemblées des Patriarches et Evêques dans chaque pays (Terre Sainte, Syrie, Egypte, Iraq, Liban), au Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient qui réunit les sept patriarcats catholiques, et enfin le Conseil des Eglises du Moyen-Orient, qui réunit les quatre familles, la famille grecque orthodoxe (Patriarcats des Jérusalem, Antioche, Alexandrie, et l’archevêché de Chypre), la famille orthodoxe orientale (catholicos arménien de Antélias (Liban), patriarche syriaque d’Antioche et patriarche copte d’Alexandrie), la famille catholique (les sept patriarcats catholiques :Alexandrie, Antioche pour les maronites, les melkites et les syriaques,  Babel des chaldéens, le Patriarcat arménien et le Patriarcat latin de Jérusalem), et la famille protestante (anglicane, luthérienne, presbytérienne, en plus de différentes communautés en Egypte réunis sous le nom du « Synode du Nil »).

Nos œuvres sont la catéchèse, dans les écoles, ou dans les groupements de jeunes et d’adultes, et pour les jeunes des écoles du gouvernement. La Pastorale tend à se coordonner de plus en plus grâce aux Assemblées épiscopales mentionnées. Toutefois, il nous faut encore des efforts pour arriver à un amour qui fait de nous tous, et de nos rites, non seulement des cadres internes de croissances, mais des instruments d’unité et des véritables disciples du Christ.

5. Nous sommes chrétiens dans nos pays dont les citoyens sont musulmans, la majorité, ou chrétiens. La religion domine la société. L’Islam est la religion de l’Etat. Les Constitutions cependant reconnaissent l’égalité des citoyens sans discrimination du point de vue religieux. Nous jouissons d’une liberté religieuse, de vivre, de construire nos églises et nos écoles. Nous sommes également bien agréés dans nos sociétés musulmanes. Parfois, un système d’alliances tribales assez ancien, en Jordanie surtout, rapproche tribus musulmanes et chrétiennes entre elles face à une alliance d’autres tribus …. Ce qui fait que le point de démarcation, dans certains cas, n’est pas la religion, mais l’appartenance tribale. Dans la vie publique, une présence chrétienne est garantie par une distribution de postes à des représentants chrétiens (députés, ministres…). Des incidents arrivent cependant à caractère confessionnel. Ceux mis le plus en  relief par les medias internationales sont ceux de l’Iraq, vu la confusion qui règne encore dans le pays, de l’Egypte (coptes et musulmans) et de la Palestine, vu le manque de sécurité dans la société palestinienne, due à la situation politique interne et externe, occupation militaire, manque d’indépendance, vide d’autorités, d’où formation de mafias….

L’équilibre ou le déséquilibre des rapports dans nos pays du Moyen-Orient tient à des critères confessionnels, soit entre musulmans et musulmans ou entre musulmans et chrétiens : tel est le cas de l’Iraq, entre shiites et sunnites, et entre islamistes et chrétiens ; tel est les cas des multiples confessions au Liban ; tel est le cas en Terre Sainte. La Syrie a un caractère particulier vu l’ordre imposé par le régime à toute la société. Critères confessionnels, cela veut dire, un long cheminement qui exige une nouvelle éducation d’ouverture et de compréhension de l’autre, différent par sa religion, identique par son appartenance à la même patrie. Durant ce cheminement, il restera toujours des sages, des ignorants, des irresponsables et des médiateurs pour éteindre le feu à peine allumé. 

A tout cela, il faut ajouter le phénomène de l’extrémisme, provoqué à la fois, par la réduction de la religion à un instrument de résistance politique, et par le sentiment d’être opprimé dans son propre pays, et qui pousse à prendre les moyens extrêmes et violents pour se libérer. La lutte contre le terrorisme et l’extrémisme doit prendre en compte, outre la lutte armée, les oppressions imposées aux peuples, à leurs identités culturelles ou religieuses, et à leurs aspirations. Moins de luttes armées et plus d’éducation de la personne humaine partout, chez soi et chez les autres.  

6. En Terre Sainte, nous n’oublions pas la Custodie de Terre Sainte, ni l’île de Chypre, à langue, religion et culture grecque, et de nouveau la Communauté hébraïque. La Custodie de Terre Sainte est la plus ancienne présence latine dans le pays, avec le mandat particulier du Saint-Siège de veiller sur la garde des Lieux Saints, au nom de toute l’Eglise Catholique. Elle contribue aussi au travail pastoral et social que nécessite la société de la Terre Sainte.
 
7. Dans la Terre Sainte, il faut bien le répéter, devant Votre Sainteté, la présence chrétienne aujourd’hui souffre d’une situation de précarité due à un refus des Autorités israéliennes d’accorder les visas et les  permis de séjours nécessaires pour le clergé et le ministère nécessaire de l’Eglise. Beaucoup d’efforts furent faits à Jérusalem et ici, à Rome. Beaucoup d’approches. Il y eut beaucoup de promesses aussi. Mais jusque maintenant, l’Eglise est menacée de la même précarité en ce domaine. Une menace que nous vivons et que nous espérons pouvoir prendre fin.

Parlant de cette mesure négative de la part de l’Etat d’Israël, il est juste de reconnaître les efforts faits par les autorités israéliennes pour l’attention portée en ces jours passés à la célébration des fêtes de Noël à Bethléem et à Nazareth, comme dans les réceptions données à cette occasion par M. Peres, le Président de l’Etat et M.Olmert, premier ministre.

La même reconnaissance va aux deux autres pays de notre diocèse, Jordanie et Palestine, pour les mêmes célébrations religieuses, et pour les rapports excellents en général avec l’Eglise.

8. Tous nos pays du Moyen-Orient passent par une phase de maturation et d’instabilité politique. Dans trois de nos pays, Iraq, Liban et Terre Sainte, la situation est explosive.

La paix de toute la région dépend de celle de la Terre Sainte. Et, dans la Terre Sainte la paix dépend de planifications humaines. Mais, après plus d’un siècle de conflit, l’attention du croyant se porte vers l’identité essentielle de cette Terre, terre de Dieu, où il s’est révélé, terre donc de salut et d’accueil pour tous, terre à vocation universelle .Dieu s’y est révélé dans son Verbe Eternel fait homme, né à Bethléem. Cette révélation restera le mystère, avec lequel les hommes lutteront, comme Jacob avec l’ange de Yahweh, sans le savoir, mais aussi sans pouvoir arriver à un dénouement de paix et de vie aux habitants de cette terre. Les croyants rentrent dans cette vision du mystère ; ils mettent la paix dans les mains de Dieu, mais en même temps, ils continuent à agir, à résister au mal de la guerre, du conflit, de l’occupation militaire, de la violence et de toute oppression de toute personne humaine.

9. Saint-Père, en Terre Sainte, avec mes frères les Evêques de la CELRA, mais aussi au nom des membres de l’Assemblée des Ordinaires de Terre Sainte (AOCTS), nous vous renouvelons notre invitation à venir, pèlerin, à la terre du Seigneur, avec l’espérance que les obstacles sur cette voie du pèlerinage, soient tous écartés.

Saint-Père, Merci.     

 

 

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