stemma logo

Home news
Archives News

 

 

News from the Latin Patriarchate

Mes frères, mes soeurs,
Nous célébrons aujourd’hui la journée de la Vie Consacrée. Nous offrons l’Eucharistie pour remercier le Seigneur de ce don fait à l’Eglise et au monde, comme à chacun et à chacune d'entre nous. Nous le remercions de nous avoir choisis, nous, pour être porteurs d’une grâce spéciale pour l’Eglise et la société. Nous sommes des intercesseurs pour tout homme, et ce quelle que soit sa religion ou sa nationalité. Intercesseurs, ici en Terre Sainte, nous le sommes aussi pour tous les pèlerins, afin qu’ils accueillent la grâce que Dieu leur offre à l’occasion de leur pèlerinage.  
La fête de la Présentation de Jésus au temple est aussi la fête de Marie, sa mère. Choisie par Dieu, bénie entre toutes les femmes, mère du Verbe Incarné, elle se soumet elle aussi à la loi de Moïse. Elle doit se purifier après la naissance de Jésus. Une coutume conservée jusqu’aujourd’hui dans certaines de nos paroisses : après quarante jours, la maman se présente à l’église pour accomplir le rite de la purification et recevoir la bénédiction de l’Eglise pour elle et pour son enfant.
Quant au premier-né, selon la loi de Moïse, il est la propriété de Dieu, non de ses parents. Il doit donc être soit consacré, soit immolé, soit racheté. C’est ainsi que la loi de Moïse imposait aux parents de racheter leur premier-né par l’immolation d’un animal. Pour les pauvres - c'était le cas de la Sainte Famille, l’Evangile nous l'indique - il suffisait d’offrir ou d’immoler une paire de colombes.
A l’occasion de ce rite légal habituel survint un événement de la plus grande importance dans l’histoire du salut : la rencontre de Jésus, le Messie de Dieu, avec deux vieillards de l’Ancien Testament, Siméon et Anne. Une rencontre de la nouvelle et de la première alliance, après celle déjà faite entre Jean le Baptiste et Jésus avant leur naissance, lors de la visitation de Marie à Elisabeth.
Cette fête est aussi la fête de la lumière, comme l'exprime Siméon : “Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations, et gloire de ton peuple Israël”.
Dans sa prophétie, Siméon salue la mission de Jésus et de Marie, sa mère, et fait deux prédictions. La première concerne Jésus : “Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël, et il sera un signe en butte à la contradiction”. La deuxième concerne Marie : “Et toi-même, une épée te transpercera l’âme”.
A la lumière de cette Parole de Dieu, nous méditons sur notre consécration, et sur notre consécration ici, en Terre Sainte.
Jésus est signe de contradiction, cause de chute et de relèvement pour beaucoup, et la consécration de Marie signifie qu'elle connaîtra la souffrance. Notre vie, à nous qui sommes consacrés à Dieu, sera semblable à celle de Jésus et de Marie : signe de contradiction et marquée par la souffrance. Jésus, prêchant le Royaume, fut cause de chute et de relèvement pour beaucoup. Nous, signes de contradiction, nous serons cause de salut ou de mort pour beaucoup, selon la manière dont nous vivrons notre consécration. Si nous l’acceptons entièrement, totalement, nous serons cause de salut pour beaucoup. Si nous la limitons, si nous la réduisons, nous serons peut-être cause de mort pour certains.
Nous sommes signes de contradiction dans notre société chrétienne elle-même. Pour nous, comme pour nos frères et soeurs chrétiens, les défis sont nombreux. Car les critères de vie donnés par Jésus dans les Béatitudes - thème de l’Evangile d’hier, quatrième dimanche de l’année - sont autant de défis permanents dans la vie de tout chrétien : le sens de la pauvreté, de la possession, de l’argent, du partage ; la douceur et la miséricorde ; les persécutions et les difficultés de la vie quotidienne ; la pureté du coeur qui permet de voir Dieu ; enfin la paix à faire - et ici elle est à faire - par les gouvernants du pays et les politiciens, mais aussi par chaque chrétien, engagé dans les exigences de la justice, du pardon, de la réconciliation et de toute action qui mène à la paix, afin que nous méritions d’êtres les enfants de Dieu. Et puis il y a le commandement de l’amour qui,  dans nos communautés, n’est pas ce qu'il y a de plus facile à vivre au quotidien… Tous ces défis doivent faire partie de notre labeur quotidien, de notre prière quotidienne.
Consacrés à Dieu, ce n’est pas pour nous-mêmes seulement que nous avons reçu cette grâce. Toute grâce donnée par Dieu est donnée pour soi-même et pour les autres. Présents devant Dieu, nous portons avec nous toute notre société, ses soucis et ses souffrances, le bien et le mal qu'elle contient.
Et les autres, ce ne sont pas seulement les membres de notre communauté ou de notre institution ; il faut toujours refaire l’effort de sortir de soi - de soi-même comme de son institut - pour se reconnaître consacrés et responsables de toutes les personnes humaines, de tous les enfants de Dieu. L’amour de Dieu, l’amour de Jésus ne se limite pas aux chrétiens. Il embrasse toute personne humaine, le chrétien, le juif, le musulman et le druze, le Palestinien et l’Israélien. A nous surtout, consacrés à Dieu, mais aussi à tout chrétien, Jésus dit : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait". Il s'agit de sortir de soi pour pouvoir voir Dieu, et pour pouvoir grandir, devenir grand et parfait comme Dieu lui-même. Or c’est dans et avec les autres que nous rencontrons Dieu et que nous pouvons devenir parfaits comme lui. Chacun et chacune a sa mission, son service au sein de l’école et de la paroisse, dans les études et les oeuvres sociales. Mais à tout cela il y a un au-delà : Dieu, et toutes les créatures de Dieu. Il s'agit d'accompagner les souffrances et les joies de tous, et de mener tous et toutes à "la Vie en abondance" que Dieu veut nous donner.
Siméon et Anne vivaient leur consécration dans la maison de Dieu, au Temple. Pour nous, la maison de Dieu, ce sont nos couvents, certes, mais plus largement c’est toute la Terre Sainte et toute la ou les société(s) de cette terre sainte, les diverses religions, les diverses nationalités, les deux peuples qui l’habitent et les pèlerins du monde entier.
Renouvelant aujourd’hui notre consécration, nous renouvelons sa signification : un don pour nous et pour les autres. Et les autres, ce sont tous les enfants de Dieu, au-delà de notre communauté et de nos couvents. Nous sommes appelés à une vie incommode, faite de défis et de peines, mais aussi soutenue par la joie et l’espérance que le Seigneur nous accorde. Si nous acceptons de la vivre, alors nous serons, comme le dit Siméon et comme nous le dit Jésus, “lumière pour éclairer les nations”. Amen.

+ Michel Sabbah, Patriarche

 

Home Page