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News from the Latin Patriarchate

Mgr Fouad Twal :
« Je veux semer la joie de vivre »

 

Mgr Fouad Twal : « Je veux semer la joie de vivre »

Le 21 juin, Mgr Fouad Twal sera intronisé nouveau Patriarche latin de Jérusalem. Formé à Rome dans la diplomatie vaticane, puis appelé à revenir à la vie pastorale comme archevêque de Tunis, le futur Patriarche de Jérusalem veut mettre l’accent sur les fondements spirituels de la vie chrétienne, et spécialement la joie, celle de vivre dans le Christ. Pour Mgr Twal en effet, c’est avant tout la qualité de la vie évangélique qui donnera à l’Eglise de Terre Sainte de ne pas être écrasée par la croix qu’elle porte, et d’aller de l’avant.

Qui êtes-vous, Mgr Twal ?

Je suis le numéro 5 d’une famille de 9 enfants, de la famille Twal de Jordanie. J’ai fait mes études au séminaire de Beit Jala, puis j’ai travaillé cinq ans au Patriarcat comme vicaire avant d’être envoyé à Rome pour faire mes études en Droit canon et en Droit international à l’Université pontificale du Latran.
La Secrétairerie d’Etat m’a repéré et a pensé que je pourrais rendre service. Elle a donc demandé au Patriarche Beltritti s’il voulait bien détacher le jeune prêtre que j’étais, pour l’intégrer à l’Académie pontificale ecclésiastique [1]. J’y ai passé deux années de spécialisation. J’étais l’unique arabe de l’Académie, et tous me regardaient de façon un peu « spéciale ». Un jour ils m’ont demandé : « Comment êtes-vous arrivé ici ? » En plaisantant, j’ai répondu : « Peut-être a-t-on pensé que je possédais un puits de pétrole ?… »

Où vous a mené cette carrière diplomatique au service du Saint-Siège ?

J’ai commencé en 1976 comme Chargé d’Affaires en Amérique centrale, au Honduras. Je ne savais pas le moindre mot d’espagnol. Mais c’était justement une des raisons pour lesquelles j’avais été envoyé là-bas : apprendre la langue. J’y ai passé six ans. Ce fut une belle expérience, parfois difficile cependant. J’avais en charge la Nonciature du Honduras. Dans le même temps, Mgr Pietro Sambi était Chargé d’Affaires au Nicaragua [2] .

Au Honduras, parallèlement à mes fonctions, j’ai rendu service dans la paroisse la plus pauvre du pays, mais vraiment belle. Je me souviens de ma première messe en espagnol. Elle était un peu catastrophique, du fait de la langue. A la fin, une vieille dame vient me voir et me demande « ¿Eres turco ? Tu es turc ? » « Non, non, je suis arabe. » En effet, en Amérique centrale, on appelait « los Turcos » tous les Arabes originaires du Moyen-Orient, parce qu’ils arrivaient autrefois avec des documents ottomans.
J’ai également accompagné la communauté arabe d’origine palestinienne, célébrant pour eux baptêmes, mariages et funérailles.
Malgré la charge diplomatique, je n’ai jamais coupé avec la vie pastorale. J’aime le contact avec les gens.

Après le Honduras ?

Ce fut le retour au Vatican, à la Secrétairerie d’État, de 1982 à 1985, où l’on m’a confié la charge des 19 pays africains francophones. La Secrétairerie d’État, ce fut pour moi une belle expérience de l’universalité de l’Église. Les problèmes du monde entier aboutissent là. Le Saint-Siège essaie ensuite d’apporter des réponses et des solutions. Pendant ces trois années, j’ai pu expérimenter la sagesse du Saint-Siège et sa patience. Rien n’est urgent. Rien. Les dossiers peuvent bien arriver estampillés « Urgent », ils sont étudiés dans le calme, en profondeur.
J’ai fait la connaissance de beaucoup de personnes du monde entier, d’Afrique bien sûr, mais aussi des pays arabes. J’ai également rencontré des présidents étrangers. Cela m’a vraiment ouvert à la dimension mondiale et universelle de l’Église.
De là j’ai été nommé au Caire. Le Vatican voyait Le Caire comme une capitale susceptible de réunir le monde arabe, le continent africain et l’Europe. Mais nous sommes en 1985, et du fait de la visite de Sadate en Israël (en 1977), presque tous les pays arabes boycottent encore plus ou moins l’Égypte. Cette situation politique n’a pas permis à la Nonciature du Caire de jouer le rôle que le Saint-Siège espérait lui voir jouer dans les pays arabes.

Vous voilà de retour dans le monde arabe ?

Non, parce que j’ai ensuite été nommé en Allemagne, en 1988. J’ai découvert dans ce pays une Eglise forte, vraiment forte, riche et fière d’elle-même, et en même temps une Eglise extrêmement généreuse. J’ai pu exercer mon allemand en participant à la vie pastorale d’une petite paroisse proche de la Nonciature. Après deux ans et demi, en 1990, nouveau départ pour l’Amérique latine, avec cette fois comme destination le Pérou. À Lima, il y avait des milliers et des milliers d’Arabes palestiniens de Beit Jala, de Beit Sahour, de Bethléem. Et j’étais très content d’être leur curé. J’ai vraiment aimé faire de la pastorale avec eux, être à leur côté tant à l’église qu’au club palestinien où avaient lieu toutes sortes d’activités sportives, culturelles, etc. J’ai gardé des liens avec un grand nombre d’entre eux, et quand ils viennent en Palestine visiter leur famille, ils passent me saluer. L’évêque de Lima me disait : « Mais comment va-t-on faire après votre départ pour cette communauté ? » En effet, j’étais déjà Conseiller de la Nonciature.

Vous étiez donc promis à un poste de Nonce ?

Oui, ce devait être l’étape suivante. Mais c’est alors, en 1992, qu’arrive de Rome cette nouvelle : le Saint-Père m’a nommé évêque de Tunis. Il m’a nommé, mais en même temps il me demande mon avis. Là, je n’ai pas compris. J’étais sur le point d’être nommé Nonce. Mon nom circulait pour la Nonciature du Koweït, qui devait être séparée de la Nonciature d’Irak après la Guerre du Golfe. Je n’ai pas compris pourquoi, après toutes ces années passées au service diplomatique, on me faisait revenir au service pastoral, mais je me suis dit qu’il fallait accepter de ne pas comprendre, et j’ai dit oui. Plus tard, j’ai compris le dessein du Saint-Siège : pastoral et politique. Pastoral : il y avait un poste vacant à Tunis depuis deux ou trois ans, et un diocèse doit avoir un évêque ; politique, car le Saint-Siège voulait un évêque arabe sur un siège où tant d’évêques français s’étaient succédés [3] . De plus, la Prélature de Tunisie faisait toujours partie de l’Église française d’outre mer, alors que le pays était devenu indépendant en 1956. Le Saint-Siège voulait donc y installer un évêque arabe, parlant la même langue et ayant la même tradition culturelle. On m’avait parlé d’une mission de trois, quatre ans. Et j’y suis resté treize ans. J’ai fait venir huit communautés religieuses, apportant du sang neuf. Nous avons beaucoup travaillé, restaurant la cathédrale, toutes les églises, couvents et maisons. Avant mon départ, le gouvernement a restitué l’église de Djerba, prise durant la guerre d’indépendance, pour le service des fidèles.

Monseigneur, on sait que le régime politique tunisien n’est pas toujours facile. Lors de votre épiscopat, l’aspect politique a-t-il été présent, a-t-il été fort ?

Il a été fort. Mais il faut savoir traiter avec les régimes arabes. Dans le monde arabe, nous avons une certaine approche des relations, et à la fin j’étais très bien accepté. Au point qu’une demie heure avant de quitter la Tunisie, on m’a téléphoné pour me dire : « Le président Ben Ali veut vous voir avant votre départ ». J’ai dû changer mon billet pour aller le rencontrer.
En Tunisie, je me suis rendu compte combien les pays arabes sont opposés au terrorisme. Tous les six mois, les Ministres de l’Intérieur des pays membres de la Ligue Arabe se rencontraient en Tunisie pour coordonner leur travail et lutter contre les fanatismes. C’est cette attention à la sécurité qui a notamment permis à la Tunisie de développer le tourisme comme elle l’a fait. Je garde un bon souvenir de Tunis et des autorités tunisiennes.

Avez-vous en Tunisie rencontré une communauté chrétienne palestinienne ?

Non, ni palestinienne ni arabe. Tous nos fidèles étaient étrangers. Certains viennent du Moyen-Orient pour raison d’affaires. Mais on ne peut pas parler d’une communauté chrétienne arabe locale.

Arrive alors en 2005, la nouvelle de votre nomination comme coadjuteur de Jérusalem ?

Oui. A cette nouvelle, l’unique question qui me soit venue en tête fut : « Pourquoi si tôt ? » En effet, la mission de Mgr Sabbah devait encore durer deux ans et demi. Deux ans et demi, c’est long. Mais ils ont servi. On progresse dans la connaissance de l’Eglise locale, de la situation. On voit les points forts et les points faibles, on se prépare spirituellement et pastoralement en rencontrant les prêtres, les évêques, les paroisses.

Vous avez longtemps été en dehors du pays et vous dites que ces deux ans et demi ont été utiles pour évaluer la situation. Qu’avez-vous découvert de nouveau dans le diocèse du point de vue religieux et politique ?

Du point de vue religieux, j’ai été très content de découvrir le nombre des communautés religieuses : une trentaine d’hommes et plus de 70 de femmes. Douze communautés contemplatives, c’est admirable, c’est une force spirituelle sur laquelle je m’appuie et m’appuierai fortement. Du point de vue pastoral et spirituel, c’est une grande richesse.
J’ai été heureux aussi de constater que désormais les prêtres du Patriarcat et les franciscains en charge de paroisses dans le diocèse font leur retraite spirituelle mensuelle ensemble. C’est nouveau. Comme je l’ai dit au Custode, c’est beau que tous les curés, engagés dans la même pastorale, soient unis ainsi. Chaque année, les prêtres du Patriarcat font également une retraite commune avec les prêtres melkites et maronites. Là aussi, c’est un beau témoignage d’unité de l’Eglise catholique, dans la diversité des rites. Quant à la situation politique, le mur de séparation, que j’ai vu construire, m’a choqué. Dans mes premières années de sacerdoce, j’ai servi en Jordanie, mais aussi à Ramallah. Il n’y avait pas cette tension. Certes, il y avait les Juifs d’un côté, les Arabes de l’autre, mais pas cette tension.
Je n’ai pas assisté aux deux soulèvements que l’on a appelés Intifada. Mais de retour, j’en vois les conséquences. Je vois aussi les efforts qui sont faits de tous les côtés. J’ai eu au Patriarcat des visites de citoyens des Territoires, mais aussi des autorités locales, des dirigeants politiques. Je remarque que l’on fait beaucoup de discours, de promesses, d’interventions, et en même temps, je vois que nous n’avançons pas beaucoup. La situation est à peu près toujours la même.

À propos de politique, Monseigneur, quelle dimension prendra-t-elle dans votre mission ?

Moi, j’aime davantage faire l’évêque.J’aime souligner l’aspect pastoral et spirituel de notre Patriarcat, de nos paroisses, de nos paroissiens, des communautés religieuses et des pèlerins qui nous arrivent. Certes, je ne peux pas oublier que tout ce qui touche l’homme touche l’Eglise. La politique me concerne dans la mesure où elle affecte la vie des hommes, leur dignité et leur sécurité.
Mais je veux faire bien attention. Nous avons trois ou quatre groupes de croyants devant nous. Des chrétiens et des non chrétiens, juifs et musulmans. Parmi les chrétiens, il y a des chrétiens jordaniens, des chrétiens palestiniens (ce sont ceux qui souffrent le plus), des chrétiens européens qui sont sur place pour nous aider, travailler, étudier ou pèleriner, et il y a aussi des chrétiens israéliens arabes ou d’origine juive. Tous ces groupes ne partagent pas la même sensibilité, y compris dans leur vision du conflit. De là la difficulté à parler. Car l’évêque est l’évêque de tous, absolument tous. Ou nous voulons que le discours touche tout le monde, ou nous privilégions un groupe - ce qui est le plus facile - ou nous faisons autant de discours que de groupes, ce qui n’est pas possible. Mais si vous voulez toucher ensemble juifs, musulmans, chrétiens, jordaniens, palestiniens, chypriotes, européens… alors il faut penser chaque virgule. Je mesure bien la complexité de l’intervention, que ce soit pour un discours ou pour un sermon.

Et comment envisagez-vous d’affronter cette difficulté ?

Par le spirituel ! On pourra dire que c’est le plus facile, mais c’est aussi le rôle de l’Église de tirer les hommes vers le haut.

Mais vous allez être sollicité sur un message politique. Les journalistes ne se contentent pas du spirituel !

Ah, les journalistes !… Quand j’étais évêque de Tunis, ils m’interrogeaient sur l’Islam. Un jour je leur ai dit « J’attends que quelqu’un m’interroge sur le Christ ». J’attends vraiment qu’on m’interroge sur le Christ, sur l’Église, sur l’essence de notre vie chrétienne, sur notre présence en Terre Sainte. Je vais peut-être décevoir les journalistes sur la politique, mais encore une fois, la politique nous touche tant qu’elle touche à l’homme. Ceci étant, il y a une autre dimension. Et justement, tout ce que nous vivons, y compris les difficultés engendrées par le conflit, doit nous renvoyer à l’Évangile. Nous devons prendre l’Évangile à la lettre. Quand l’Évangile nous parle de la Croix, de la souffrance, quand on voit Jésus tomber… et se relever. Nous devons penser que le disciple n’est pas mieux traité que le maître. Et que nous le suivons sur le chemin qu’il a parcouru avant nous. Mais quand malgré tout nous avançons, quand malgré tout nous trouvons la force de vivre et la joie de vivre, la joie de prêcher, la joie d’annoncer l’Évangile, ce n’est pas en raison des conditions géopolitiques qui nous entourent, car par nature elles sont changeantes : un jour favorables, le lendemain défavorables. Non, cette joie nous vient de l’Évangile. Cette joie nous vient de Celui qui nous a dit : « N’ayez pas peur, je suis avec vous… Je vous donne ma paix, MA paix. » Sa paix qui est sérénité intérieure, qui est joie intérieure, qui est joie de vivre, joie de rencontrer, joie d’accueillir les autres, tous les autres, tels qu’ils sont, avec leurs limites, avec mes limites. Le motif de notre joie n’est pas dans l’amélioration de la situation, le motif de notre joie est dans la rencontre du Christ lui-même par la prière, et dans la rencontre et la solidarité avec les autres.

Si ce n’est pas les journalistes, d’autres vous solliciteront sur le champ politique…

Je suis disposé à rencontrer tout le monde, à recevoir tout le monde. Je n’ai aucun complexe. J’ai passé, je vous le rappelle, dix-huit années dans la vie diplomatique. Ces années m’ont appris quelques petites choses… De plus, elles m’ont ouvert l’esprit, le cœur. Et ni ma foi, ni mon esprit, ni mon cœur, ni ma charité, ni mon amour ne se limitent aux frontières du diocèse. Il faut aimer tout le monde. Tous les citoyens des pays couverts par le diocèse sont mes citoyens. Tous les habitants de Terre Sainte sont les miens, dans un sens. Devant Dieu, devant l’histoire, je me sens responsable de tout le monde. Et en même temps, je connais à 100 % mes limites. Je sais que je ne ferai jamais de miracle, mais je vais semer, je vais travailler avec mes confrères les évêques, avec les prêtres, les religieux et les fidèles laïcs, en laissant les résultats au Bon Dieu… comme Il veut, quand Il veut. Dans la situation actuelle qui est si compliquée, il vaut peut-être mieux aimer plus, prier plus et parler moins, même si cela ne fait pas la joie de nos amis journalistes.

Vous avez parlé de semer… Et qu’allez-vous semer, Monseigneur ?

La joie de vivre ! La joie de vivre en chrétien. La Terre Sainte est un pays qui nous enseigne la patience. Je vous ai dit que quand un dossier arrivait estampillé « Urgent » à la Secrétairerie d’État du Vatican, on prenait toujours son temps. L’Église ne vit pas dans l’urgence, elle a l’éternité devant elle. Dans les services diplomatiques, on se fait parfois le reproche d’avoir parlé trop, ou trop tôt… On ne se fait jamais le reproche d’avoir gardé le silence. C’est vrai aussi que trop de prudence fait courir le risque de la paralysie, et je n’aime pas ça non plus. Il faut allier prudence à parler et courage de le faire. Et connaître ses limites. Devant la complexité de la situation, il faut accueillir, écouter, connaître les points de vue. Il faut surtout confier tout cela au Bon Dieu dans la prière et le silence.

Et dans le champ pastoral qu’allez vous semer ?

J’ai envie de multiplier les contacts avec les prêtres, les paroisses, les fidèles et les communautés religieuses. J’ai envie d’être présent au diocèse. Comme Patriarche de Jérusalem, on est très sollicité à l’extérieur pour des conférences, des célébrations, toutes sortes de rencontres. Je renoncerai à de nombreuses invitations pour être ici, pour accomplir ma tâche d’évêque sur place, pour être avec nos fidèles. Il faudra trouver le courage de dire non, remercier pour les invitations et les décliner en demandant la prière de tous. C’est difficile de dire non. Mais les besoins sur place sont souvent prioritaires.
J’ai l’intention de consacrer du temps aussi bien à la Jordanie qu’à la Palestine et à Israël. La Jordanie est la quille du patriarcat latin : elle rassemble en effet les deux tiers de nos fidèles - dont plus de la moitié sont d’origine palestinienne - et donne au diocèse 80 % de ses séminaristes. Malgré sa stabilité, cette partie du diocèse traverse elle aussi une crise, notamment économique avec l’afflux des réfugiés irakiens. L’émigration chrétienne commence à toucher fortement la population jordanienne elle aussi ; nous devons travailler, ici comme là-bas, à donner de l’espoir, des raisons d’espérer, de rester chrétiens au Moyen Orient.
D’un autre côté, il est bien normal de donner une attention particulière au membre le plus blessé du diocèse : la Palestine. Mais le diocèse patriarcal de Jérusalem, c’est la Palestine, Israël, Chypre et la Jordanie, et il y a des besoins partout. Tous ont également droit à nos prières, à notre amour, à nos projets, comme par exemple la construction de résidences pour les jeunes couples. Dans tout le diocèse, nous devons prévoir, soigner plutôt que guérir.
De mes contacts depuis deux ans et demi avec les prêtres et les fidèles, il est également ressorti un besoin de réformer un peu l’administration même du diocèse. Beaucoup de bien a été fait par mon prédécesseur. Mais le sang neuf va apporter des idées neuves. Dans l’Église, il n’y a pas de clonage. La diversité est une richesse.

Du bédouin sédentarisé au Pasteur nomade

Monseigneur, on a pu lire de vous que vous étiez un Bédouin, qu’en est-il?

Oui et non. Ma tribu était chrétienne bédouine, et c’est grâce à un missionnaire italien, Manfredi, qui les a accompagnés dans leur traversée dans le désert il y 120 ans plus ou moins, que nous avons embrassé le rite latin. Nous étions nomades, puis nous sommes passés au semi nomadisme. Mais nous étions sédentarisés à ma naissance, si bien que je suis né dans une maison avec un toit. Maman, qui m’a vu changer de mission et aller d’un continent à l’autre quand j’étais au service diplomatique du Saint-siège, disait : « Ce gosse est né nomade, nomade il restera. » Mais maintenant, je suis revenu sous la grande tente du patriarcat qui nous protège tous.

Sur les communautés religieuses

Les communautés religieuses sont pour la plupart constituées d’étrangers. Les trouvez-vous suffisamment intégrées au diocèse?

Je vous ai dit le bien que je pensais de toutes ces communautés. Cela étant, j’aurais voulu que plus de gens soient engagés dans la pastorale même du diocèse. Il faut reconnaître que beaucoup, par le passé, ont travaillé et semé. Je pense notamment aux Pères de Bétharram, qui ont constitué le clergé du patriarcat avant que ne se lève, grâce à leur travail, des vocations diocésaines locales. En soi, avoir des communautés constituées d’étrangers ne présente pas de problème. Jérusalem est pour l’Eglise universelle. Ce sont nos racines à tous, chrétiens du monde entier. Mais j’appellerai d’autres communautés pour une intégration à la pastorale du diocèse.

Jérusalem église locale et église universelle.

Y a-t-il une tension entre la double réalité de Jérusalem Eglise locale et Eglise universelle?

Je pense que c’est la même réalité. L’Eglise locale n’est pas étrangère à l’Eglise universelle, et vice versa. L’Eglise universelle se trouve très bien dans l’Eglise locale, avec les membres qui la constituent, avec les membres étrangers du clergé, au sein de la Custodie et dans les autres communautés religieuses, qui sont partie intégrante de l’Eglise locale et de l’Eglise universelle. Je ne vois pas d’antagonisme ; au contraire, il y a une complémentarité. C’est une richesse. L’Eglise universelle se trouve très bien en nous et nous nous trouvons très bien dans l’Eglise universelle. Ainsi, quand je voyage en Europe ou ailleurs, je ne me sens pas étranger. Et j’espère que les autres, quand ils viennent me trouver, se sentent chez eux, dans leur maison, dans leur Eglise.

C’est souvent un choc pour des chrétiens occidentaux d’entendre prier notre foi chrétienne en langue arabe…

Heureusement qu’il y a un choc, c’est très bien. J’aime ça. J’aimerais qu’il y ait plus de chocs encore pour que les cœurs et les mentalités s’ouvrent. Si cela choque de rencontrer un évêque, un patriarche arabe et jordanien, je trouve beau ce choc. Et c’est beau que nous puissions communiquer avec tout le monde.

Les rapports avec la Custodie

Avez-vous un message pour la Custodie de Terre Sainte?

Je veux d’abord exprimer ma gratitude à la Custodie et à chacun de ses membres pour tout le bien qu’ils font. Durant ces deux ans, à chaque fois que j’ai eu l’occasion de descendre au Saint-Sépulcre, accompagné des Franciscains qui me « custodient » [4] , qui me gardent, j’étais très content de faire leur connaissance. Mais certainement j’aimerais qu’il y ait encore plus de relation et de collaboration. Je rencontrerai dans ce but les responsables. Mais ils font un travail indispensable, je les admire, les encourage et les remercie de grand cœur. Vraiment, je souhaite plus de collaboration et même plus d’amitié. Je trouve déjà très sympathiques nos prêtres arabes de la Custodie. Ils m’entourent de leurs attentions, et moi de mon affection paternelle.

[1] L’Académie pontificale ecclésiastique, anciennement connue comme l’Académie des nobles ecclésiastiques, est une institution fondée par Clément XI en 1701 ayant pour but de former le corps diplomatique du Saint-Siège. Les élèves sont sélectionnés parmi le clergé diocésain, suite non pas à une candidature, mais à un signalement, généralement par leur évêque, lequel doit en tout état de cause approuver l’admission. Ils doivent être déjà prêtres et titulaires au moins d’un doctorat en droit canonique ou en théologie. En outre, ils doivent maîtriser au moins deux langues étrangères et avoir moins de 30 ans.

[2] Pietro Sambi a été Nonce et Délégué apostolique en Terre Sainte de 1998 à 2005, il est maintenant Nonce à Washington aux États-Unis.

[3] Depuis Mgr Lavigerie et la création d’un évêché en 1884, (restauration ? En effet, Carthage est, au IVe siècle, l’une des plus grandes capitales spirituelles d’Occident) les 7 derniers évêques de Tunis avaient été français.

[4] Le mot Custodie vient du latin « custodire » qui signifie garder, sens que le verbe a toujours aujourd’hui en italien.

 

Propos recueillis par Marie-Armelle Beaulieu

Interview publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur et de la Custodie

 

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