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News from the Latin Patriarchate

Mgr Fouad Twal : « Jérusalem est la clé de la paix dans le monde »

De passage en France, Mgr Fouad Twal, patriarche latin de Jérusalem, appelle à la solidarité internationale pour construire une paix durable - 08/03/2009

La Croix : Comment votre diocèse se remet-il de la guerre à Gaza ?
Mgr Fouad Twal : Après la guerre, c’est parfois pire que la guerre. Les besoins de la reconstruction sont immenses. Pour ma part, je suis très frappé par la profonde volonté de survie des Palestiniens à Gaza, qu’ils soient membres du Hamas ou du Fatah. Tous ont été victimes de la violence.

Lorsque tous les accès de Gaza ont été fermés, ces hommes ont dû creuser, parfois à mains nues, des tunnels pour faire venir des vivres et aussi des armes. Creuser sous terre pour pouvoir survivre… J’admire cette volonté de survie.

Par ailleurs, nous avons vu se manifester la solidarité du monde entier, en particulier de la France et de l’Europe. Sous toutes les formes : lettres, mails, prières, chapelets, heures d’adoration et aussi un soutien matériel et financier. Nous avons été très touchés par ces gestes, qui nous ont beaucoup aidés à surmonter la crise.

Qu’attendez-vous du président américain Barack Obama ?
De lui, comme de la France et de l’Europe, j’attends qu’ils jouent un véritable rôle politique. Il nous faut un véritable agenda politique pour aboutir à la cessation de l’occupation, à l’établissement de deux États. À Charm-El-Cheikh, ce fut très positif de voir tous ces gouvernements travailler avec nous à la reconstruction. Et les États-Unis, avec Hillary Clinton, ont bien compris qu’il fallait faire quelque chose.

Nous demandons à la France d’utiliser son amitié avec Israël pour nous permettre une vie plus paisible, plus calme. Car seuls ses amis peuvent parler avec Israël. La France doit jouer un rôle plus politique en Terre sainte. Ayez le courage dire les choses telles qu’elles sont, pour le bien de tous. Vous ne devez pas laisser le monopole de l’action politique aux Américains.

Il n’y aura jamais de paix pour un peuple sans l’autre. Nous savons tous que Jérusalem est la clé de la paix dans le monde. Nous sommes tous, Palestiniens et Israéliens, à la fois dans l’attente, dans l’impasse et dans l’espérance.

Faut-il parler avec le Hamas ?
Personne ne croit qu’Israël n’a pas de contacts directs avec le Hamas. Un véritable dialogue constructif ne peut pas s’en tenir à un dialogue entre amis. Pourquoi ne pas parler avec ses ennemis ? Il faut bien casser l’inimitié…

Comment analysez-vous le résultat des élections israéliennes ?
Je n’ai pas aimé la dimension guerrière de cette période. Par ailleurs, le peuple israélien est plus divisé que jamais. Mais Benyamin Netanyahou, qui est intelligent, n’ose pas constituer un gouvernement d’extrême droite qui ne serait soutenu ni par l’Europe, ni par l’Amérique.

En Israël, l’oxygène que les gens respirent, c’est la peur. Peur d’eux-mêmes, du monde, du passé, du présent, de l’avenir. Face à cette peur, il nous faut des gens courageux capables de poser des gestes courageux pour la paix, la dignité, et la justice. Mais en ce moment, personne n’ose. Pourtant, la paix vaut la peine de faire des sacrifices.

À quels sacrifices les Israéliens devraient-ils consentir ?
Cesser l’occupation, comprendre que tous les peuples ont droit à la même dignité, à la paix, à la sécurité. Après soixante ans d’existence, de violences, de guerres, où est le résultat positif ? Il faut bien s’interroger : avons-nous suivi le bon chemin, pris les moyens opportuns ? C’est le moment de changer de méthode, de ne pas se confier seulement à la force militaire.

Quel rôle pouvez-vous jouer ?
Notre Église est minoritaire, entre deux grandes masses juive et musulmane. Nous tentons de faire entendre notre voix, d’annoncer ce qui peut être utile à tout le monde, de dénoncer ce qui ne va pas.

Qu’attendez-vous de la prochaine visite de Benoît XVI en Terre sainte ?
La région est certes difficile. Et le moment de cette visite est, lui aussi, difficile… Pour cette visite, nous sommes en train de construire un programme équilibré. Le pape célébrera l’eucharistie sur la place de la Nativité à Bethléem. Il passera par le mur de séparation, qui est un scandale pour le monde entier. Et il se rendra dans un camp de réfugiés palestiniens à Bethléem.

Des personnalités palestiniennes ont manifesté leur crainte d’une récupération politique, par les Israéliens, de cette visite…
Cette crainte est normale. Les autorités politiques jordaniennes, palestiniennes, juives, vont vouloir profiter de cette visite : chacun voudra sa part du gâteau ! Pour nous, cette visite est avant tout pastorale. Nous ferons tout notre possible en ce sens, notamment à propos du dialogue entre les treize Églises chrétiennes locales.

Nous souhaitons que le pape lance un appel en faveur de la paix et de la justice, selon la position constante du Saint-Siège. Et j’espère que, dans le sillage du Saint-Père, de nombreux pèlerins viendront en Terre sainte. Nous serons notamment très heureux de recevoir les centaines de jeunes Français attendus en juillet prochain.

Les chrétiens fuient-ils toujours la Terre sainte ?
Aujourd’hui, tous, juifs, chrétiens, musulmans, partent. Mais, comme nous sommes une petite minorité, nous sommes affectés par le départ de chacun de nos membres. La Terre sainte sans les chrétiens perdrait quelque chose de son identité. Mais le Christ nous a dit qu’il serait avec nous jusqu’à la fin des temps. Là est notre espérance et notre courage. Nous ne devons jamais perdre cette dimension spirituelle, en revenir à l’Évangile, ne jamais perdre espoir.

Les autorités israéliennes sont réticentes à délivrer des visas aux acteurs de l’Église…
C’est une grave question pour nous. Notre juridiction couvre la Jordanie, la Palestine, Israël : nous avons besoin de circuler librement, à l’occasion des funérailles, des mariages, des ordinations. Pourquoi les autorités israéliennes ont-elles si peur de l’Église ?

Nous sommes pourtant un élément de réconciliation, de dialogue, de modération. Nous aidons à la paix. J’espère qu’ils auront le courage de revenir sur leurs positions, de ne plus empêcher la liberté religieuse, la liberté du culte. Pour le bienfait de tous. Et aussi pour la bonne image d’un État israélien qui se dit démocratique.
Recueilli par Frédéric MOUNIER

Source: La Croix

 

 

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