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Dimanche des Rameaux 2009
Homélie de S.B. Fouad Twal
Patriarche latin de Jérusalem

Chers Frères et Sœurs,
En ce Dimanche des Rameaux et de la Passion, nous sommes invité à acclamer le Seigneur, comme l’a fait avant nous la foule tout au long du trajet de Betphagé jusqu’ici. Avant de connaître sa Passion, le Seigneur a vécu ce moment de gloire.

Jésus entre à Jérusalem sans armes ni  troupes, sans murs de séparation ni postes de contrôle. Il entre en toute simplicité, monté sur un âne, accomplissant la prophétie de Zacharie : “Dites à la fille de Sion : voici ton Roi qui vient vers toi, modeste, il monte une ânesse” (Za 9, 9).
Beau est le cri de la foule, que nous avons répété tout au long de notre route : “Hosanna au fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Saigneur!”

Ce cri n’a pas plu aux autorités locales et aux pharisiens ; il a créé une  agitation, et les jours suivants les incidents vont se multiplier.

Aujourd’hui débute une grande semaine, la semaine de la Folie divine et de son contraire, la folie des hommes. Aujourd’hui, nous avons comme un résumé de la Semaine sainte, depuis l’entrée triomphale de Jésus jusqu’à sa mort et sa mise au tombeau.

Aujourd’hui nous pouvons nous aussi acclamer avec nos palmes le Sauveur du monde et chanter ensemble : “Hosanna au Fils de Dieu”. Aujourd'hui nous pouvons aussi pleurer, verser des larmes de repentir devant sa mort, verser des larmes d’émotion quand nous l’entendons dire : “Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.”

L’entrée à Jérusalem correspond à l’accomplissement de la mission de Jésus, à cette “heure” fatidique dont Jésus parle souvent dans l’Evangile. Jérusalem, qui signifie “fondation de paix”, devient aujourd’hui ville du drame. Aujourd'hui elle accueille le Christ avec des cris de triomphe, et quelques jours plus tard elle se moque de ce Roi de dérision qui n’arrive pas à porter sa croix, de ce Christ au visage défiguré par la souffrance.

La Semaine sainte qui commence aujourd’hui  est une invitation à suivre Jésus et, comme lui, à entrer courageusement dans la ville et dans la société. Ecoutons ses paroles, regardons ses gestes ; contemplons l’amour qui va exploser dans cette ville sainte et martyrisée pour créer un monde nouveau d’hommes, de femmes, de saints livrés à Dieu. Laissons-nous instruire par son exemple, afin de pouvoir nous aussi soutenir ceux qui sont écrasés par l’injustice, le manque de liberté et l’hypocrisie humaine (Is 50, 4).

La Passion du Christ est une épreuve dans laquelle le Seigneur rejoint nos propres souffrances et nous entraîne vers la Résurrection. Rejeté, trahi, cloué sur la croix, Jésus domine la ville, domine le monde pour rendre à l’homme son vrai visage de Fils de Dieu. Seul l’Amour peut expliquer tous les événements ramassés dans ce Dimanche des Rameaux. C’est l’Amour qui s’exprime sous toutes ses formes au cours de la Passion, de la mort et de la Résurrection. Il n’y a pas d’autre explication.

Le pèlerinage à Jérusalem est toujours d’actualité. Tous les pèlerins et les visiteurs sont les bienvenus. Le Saint-Père lui-même viendra nous visiter, et sa visite est une bénédiction pour nous tous.

Comme les Apôtres, nous avons du mal à nous mettre en route avec les exigences de notre foi. Nous avons parfois peur de la croix et du sacrifice, nous avons peur de la foule déchaînée : trahison d’un disciple, trahison d’un public, trahison des autorités, reniement de Pierre... il n’y a rien d’étrange en cela. Nous savons nous-mêmes combien les foules sont versatiles, combien elles peuvent changer, et cela non seulement au niveau politique mais aussi à tous les niveaux de la vie, même religieuse ou familiale. Les amis d’hier ne sont pas nécessairement ceux d’aujourd’hui ni de demain. Dans cette vie, tout peut arriver, même de la part de ceux à qui l'on a fait du bien.

Jésus entre dans sa Passion à cause de la foule et pour la foule qu’il veut sauver. Dans les étroites rues de Jérusalem, la foule enthousiaste manifeste son amour-passion, son admiration pour le Fils de David, sans peur ni des juifs ni des Romains. Mais cette même foule est capable d’exprimer une autre passion : une passion folle de haine, de destruction et de mort. Oui, elle est vraiment passionnée. Plus rien ne l’arrête : - Crucifie-le! Tue-le! Il n’est plus des nôtres, il est incapable de se sauver Lui-même! La  foule l’a acclamé, la foule Le tue. Voilà les hommes et leur passion.

O Jésus, que ta passion nous sauve de nos passions!

+ Fouad Twal, Patriarche

 

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