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Homélie de Sa Béatitude
Fouad Twal
Patriarche latin de Jérusalem
Homélie du nouvel an 2009
1 janvier 2009

Chers Pères et Sœurs, Chers amis,

je vous souhaite la bienvenue en cette Con- cathédrale; ensemble, tout en remerciant le Seigneur pour tous les bienfaits et les grâces reçus en 2008, nous Le prions de nous accorder une nouvelle année pleine de paix, de bonne santé et de communion ecclésiale.

Chaque année le Pape nous envoie un Message, en occasion de la célébration de la Journée Mondiale de la Paix et qui, cette année, porte le titre : Combattre la pauvreté, construire la Paix. Dans ce message le Saint Père commence par écarter les soi-disant causes démographiques de la pauvreté, car la population humaine, en soi, est une richesse (n. 3), puis parle:

  • des maladies pandémiques, dont certains se servent pour conditionner « les aides économiques à la mise en œuvre de politiques contraires à la vie » (n. 4),
  • des préjudices pour les enfants, dus à l’affaiblissement de la famille (n. 5),
  • du désarmement (n. 6) et de la crise alimentaire (n. 7) et du fait que la mondialisation élimine des barrières, rapproche les peuples, mais que cela ne suffit pas à créer « les conditions d’une véritable communion » (n. 8).

Comme vous avez certainement noté, les paragraphes 9 à 12 sont les plus novateurs dans le domaine de la doctrine sociale de l’Église:

Le commerce, facteur de développement (n°9)

On retrouve ici ce que Jean-Paul II avait déjà parfaitement expliqué dans Centesimus Annus, à savoir le fait que le commerce international, est un puissant facteur de développement pour les pays émergents et de croissance pour tous. La question essentielle, posée par le pape, est celle de l’accès au marché mondial, c'est-à-dire du protectionnisme des pays riches, surtout en matière agricole. On ne rappellera jamais assez, que le protectionnisme est, non seulement un mauvais calcul, mais avant tout, une forme d’égoïsme, qui prive les pays pauvres d’un puissant moteur de développement.

Dans le numéro 10, le Pape analyse d’une manière scientifiquement inattaquable, le rôle de la finance dans l’investissement, donc du développement. Au moment où, dans la crise financière actuelle, certains sont tentés de condamner la finance elle-même, et non ses dérives, il est essentiel de rappeler qu’il n’y a pas d’économie de marché sans finance et que celle-ci, lorsqu’elle est bien utilisée et comprise, est un puissant facteur de progrès économique. C’est, comme le dit le pape, un « pont entre le présent et l’avenir ».

La création de valeurs : une obligation (n°11)

Le pape rappele le rôle central des institutions. L’activité économique ne se déroule pas dans un vide juridique et la qualité des institutions est essentielle pour le développement : sans état de droit, sans droits de propriété bien définis, sans respect des contrats, l’économie n’est qu’une jungle.

Ensuite, prolongeant Jean-Paul II qui avait critiqué l’État providence, Benoît XVI condamne « les politiques fondées sur l’assistance », qui ont conduit à de nombreux échecs. Suit un appel à « investir dans la formation des personnes, investir en capital humain, ce qui est reconnu par tous comme le principal facteur de développement. Benoît XVI rejoint ici les développements les plus récents de la science économique; Il rejoint la « culture de l’initiative » qui met l’accent sur l’homme créateur, qui ne peut créer, que s’il est libre de ses initiatives.

Enfin, Benoît XVI réduit à néant, les critiques adressées à l’Église, qui verrait l’économie comme un jeu à somme nulle, la lutte contre la pauvreté ,ne reposant que sur le partage : le pape affirme au contraire l’importance de la création de richesses nouvelles, pour le bien de tous (« la création de valeurs ») : l’économie est donc vue comme un jeu à somme positive. Pour pouvoir partager, il faut commencer par créer et la seule redistribution de ce qui existe, ne supprimera pas la pauvreté ; il faut d’abord la croissance et le développement.

Le rôle premier de la société civile (n°12)

L’insistance sur les initiatives économiques et le rôle de la société civile, mettra du baume, au cœur de tous ceux qui ne cessent d’expliquer , que ce sont les personnes, les entreprises, les initiatives qui créent des richesses pour le bien de tous. C’est particulièrement vrai en matière de solidarité, ou les aides officielles centralisées, atteignent rarement leur but, alors que la richesse de l’action de la société civile, se situe au plus près des personnes. Cela ne fait pas disparaître l’État, mais crée des synergies entre marchés, société civile et États, chacun à sa place.

Pauvreté : d’abord changer les hommes (n°13)

Que la mondialisation, comme toute réalité humaine, ait besoin d’être gérée avec sagesse et de reposer sur des hommes sages, est une évidence. La lutte contre la pauvreté doit évidemment être prioritaire, et elle passe par les moyens rappelés ci-dessus par le pape: commerce extérieur, capital humain, institutions, initiatives, société civile.

Mais, au-delà, l’essentiel est bien d’ordre spirituel et mo0ral. C’est en développant les vertus humaines et chrétiennes, en s’appuyant sur une éthique forte, que les hommes feront évoluer l’économie dans une bonne direction. C’est, au-delà des nécessaires techniques et institutions, le cœur de l’homme qu’il faut d‘abord toucher et convertir, pour construire « la civilisation de l’amour ».

Chers amis, l'année civile s'est terminée le 31 décembre. C'est le temps des bilans. Que nous l'ayons voulu ou non, le Christ s'est présenté à nous au cours de l'année 2008. Il a pris de multiples visages, celui de l'amitié, celui de la solidarité, celui de la paix, celui de l'espérance. Et aussi parfois celui de la souffrance, le visage de l'inquiétude, celui de la peur et de l'angoisse devant notre impuissance d'arrêter la machine infernale de la mort. Le Christ désormais porte les traits de tous ces visages heureux et malheureux. Il nous ressemble. C'est à quelqu'un comme nous, que nous confions la marche de notre vie en cette année nouvelle.

En ce premier jour de l'année, consacré à la Sainte Vierge, mère de Dieu, nous prions notre Patronne de Palestine, de protéger ce pays avec tous ses habitants, d'arrêter la guerre sauvage déjà déchaînée, d'instaurer la paix entre les peuples et de protéger toutes nos familles humaines et religieuses.

A vous tous, ici présents, aux membres de vos congrégations et communautés et à tous les hommes de bonne volonté, va notre gratitude, notre bénédiction et l'assurance de nos prières, pour tout le bien que vous faites. Je compte beaucoup sur votre soutien spirituel et sur votre amitié.

Bonne, sainte et heureuse nouvelle année. Amen.

+ Fouad Twal
Patriarche latin de Jérusalem

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