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Fête de la Présentation de Notre Seigneur au Temple
Co-cathédrale du Patriarcat latin
Lundi 2 février 2009

Chers Frères religieux,
Chères Soeurs religieuses,
Chers Frères et soeurs laïcs consacrés,
Chers amis,

Bienvenue!

Nous sommes rassemblés aujourd'hui pour fêter la Présentation de Notre Seigneur au Temple et pour nous émerveiller de l'offrande que, dès les premiers jours de sa vie, Jésus fait à son Père. Avec le juste Syméon, nous prenons dans nos bras l'enfant Jésus, nous bénissons Dieu de ce que “nos yeux ont vu le salut qu'il préparait à la face de tous les peuples”! Avec la prophétesse Anne, nous annonçons la joie à tous ceux “qui attendent la délivrance de Jérusalem”!
Nous sommes également rassemblés aujourd'hui pour fêter tous ceux qui, à l'image du Seigneur Jésus, se sont consacrés - ou plutôt ont été consacrés par Dieu - pour Lui appartenir corps et âme, entièrement et sans retour, et par là d'être signes pour l'Eglise et pour le monde, de la radicalité de l'Amour de Dieu qui “seul suffit” à combler une vie. Bonne fête à vous tous! Merci pour le don de vous-mêmes!  
Pour méditer sur ce mystère de la vie consacrée, j'ai choisi de m'appuyer sur le document que la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique a publié en 2002 et qui porte le titre : Repartir du Christ. Un engagement renouvelé de la vie consacrée. C'est un document actuel qui se propose d'aider les personnes consacrées à suivre les grandes orientations du Magistère et à prendre un nouveau départ dans l’Espérance, enracinées dans une vie spirituelle basée sur la Parole de Dieu et sur l’Eucharistie, afin d’être témoin de l’Amour du Christ pour l’humanité.

I. La vie consacrée est présence de la charité du Christ au sein de l'humanité
Comment la vie consacrée est-elle présence de la charité du Christ? Par la mission qu'elle a reçue, par ses engagements divers et par les formes toujours nouvelles qu'elle prend pour répondre aux besoins des hommes : sa simple existence dans la gratuité de la prière et de l'intercession pour le monde, le service des plus pauvres et des plus abandonnés, le dialogue œcuménique ou interreligieux, et toutes les autres manières dont elle accomplit le “service de la charité”. L'Église – et moi-même aujourd'hui – redit aux personnes consacrées sa confiance en l'Esprit qui suscite les charismes “au service de la plénitude de la reconnaissance et de la réalisation de l'Évangile de Jésus-Christ” (n° 10).
Mais la charité du Christ, pour rayonner au dehors, doit d'abord être vécue entre les personnes consacrées, à l'intérieur des communautés. Et c'est souvent là que le défi est le plus ardu! Car vous le savez bien : il est plus facile d'exercer la charité envers un étranger ou un hôte que l'on rencontre pour la première et unique fois qu'envers les frères et soeurs qui vivent chaque jour à nos côtés... Demandons donc à l'Esprit Saint lui-même de nous enseigner la charité. Alors cette charité débordera au dehors! 
Il est si important que nos communautés, spécialement ici en Terre Sainte, continuent de donner ce témoignage des premières communautés chrétiennes dont on disait : “Voyez comme ils s’aiment !”.      
 
II. Le courage d'affronter les épreuves et les défis
Devant les épreuves et les difficultés que traverse la vie consacrée en général, et d'une manière spéciale ici en Terre Sainte, on peut se demander : “Quelle sera à l'avenir la place réservée aux formes traditionnelles de vie consacrée ?” L'Eglise, notamment par la voix du Pape Jean-Paul II, nous a invités à croire que “la vie consacrée a encore une grande histoire à construire avec tous les fidèles” (n° 12).
De tous les défis à relever aujourd'hui, le manque de vocations sacerdotales et religieuses est l'un des plus pressants et des plus exigeants. Les raisons de cette pénurie, vous les connaissez bien :
- manque de foi dans un monde trop sécularisé ;
- manque de bons témoignages et de conviction chez les personnes déjà consacrées ;
- manque d'enfants chez les familles touchées par la sécularisation et la peur de l'avenir.
Comment réagir face à ce manque de vocations?
1. Tout d'abord en étant bien convaincus que la pastorale des vocations sacerdotales et religieuses est de la responsabilité de tous les fils et filles de l'Eglise, quel que soit leur état de vie et leur âge. Tant que l'on pensera que cette question est du ressort des prêtres et des religieuses, considérés comme des “sergents-recruteurs” (comme à l'armée), on ne pourra pas avancer sur cette question.
2. En s'occupant des jeunes.
A ce propos, je pose une question : les prêtres, religieux et religieuses donnent-ils assez envie aux jeunes de tout donner au Christ? Comme le dit le document de la Congrégation : “Les jeunes attendent qu'on leur propose des styles de vie authentiquement évangéliques” (n° 17). Est-ce toujours le cas chez nous?...
En ce qui concerne les vocations sacerdotales, nos prêtres du séminaire ont commencé à passer des soirées avec des jeunes pour leur parler de leur expérience personnelle avec le Seigneur, de leur joie de vivre leur état de consacrés, de leur solidarité avec le monde des pauvres, des persécutés et des déplacés - et hélas les exemples en Palestine ne manquent pas. Il semble que ces soirées de partage et de témoignage portent du fruit et, grâce à Dieu, le séminaire de Beit Jala est plein de jeunes.
De l'autre côté cependant, les vocations féminines en Terre Sainte se font de plus en plus rares... Pourquoi? Je livre cette question à votre réflexion, et je serais heureux de connaître vos réactions, votre diagnostic, mais aussi et surtout vos suggestions sur la manière dont nous pouvons travailler à inverser cette triste tendance.
D'une manière générale, devant les épreuves et les défis, le Seigneur nous appelle à adopter un regard de Foi et d'Espérance, et non à nous laisser aller au pessimisme. Alors la prise de conscience de ces difficultés nous permettra de “prendre un nouveau départ, surtout si nous reconnaissons [dans ces épreuves] le visage du Christ, crucifié et abandonné, qui a choisi d'être solidaire de nos limites” (n° 11). Pour cela, il n'y a qu'un moyen : donner à notre vie spirituelle la première place.

III. La vie spirituelle à la première place
Sur ce point, le Document dit : “Il faut se laisser conduire par l'Esprit à la découverte toujours renouvelée de Dieu et de sa Parole” dans une communion d'amour personnel avec le Christ, centre de la vie et source permanente de toute initiative. “Les vœux confèrent tout leur caractère radical à cette réponse d'amour” (n° 22).
- La Parole de Dieu. Le Synode des évêques, qui a eu lieu à Rome en Octobre dernier avait pour thème : “La parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise.” Nous étions 253 Pères synodaux, sans compter les experts et les invités. Au total 400 personnes se sont réunies pendant trois semaines. Imaginez-vous l'importance de ce thème pour la Terre Sainte, où la Parole de Dieu s'est incarnée, s'est manifestée ! Tout nous parle ici de la Parole de Dieu, même les pierres. Aussi nous revient-il, non seulement de l’approfondir et de nous en nourrir constamment, mais aussi de la faire goûter à nos frères et soeurs de l'Eglise locale, et de donner à ceux qui viennent en Terre Sainte pour un séjour prolongé les moyens d'être rejoint, transpercé, transfiguré par la Parole.
Pour les personnes consacrées, la Parole de Dieu doit être la “première source de toute spiritualité” jusqu'à ce qu'elle devienne une rencontre personnelle et vitale qui interpelle, qui oriente, qui façonne et alimente notre existence et notre mission.
- La prière. Prière et contemplation sont le lieu d'accueil de la Parole de Dieu. Sans elles, il ne peut pas y avoir de regard de foi et “la vie perd progressivement son sens ; le visage des frères devient terne et il est impossible d'y découvrir le visage du Christ ; les événements heureux ou tragiques de l'histoire demeurent ambigus, voire privés d'espérance ; notre mission apostolique et caritative se transforme en activités sociales ou humanitaires qui, sans référence au Christ, n'aboutissent à rien” (n° 25).
La vie consacrée naît et se régénère chaque jour dans la contemplation incessante du visage du Christ, par la liturgie des heures, par l'eucharistie, par l'oraison quotidienne, par la fidélité à notre premier amour et à notre identité de personnes consacrées. Le climat de prière de nos communautés sera un témoignage pour les visiteurs et les pèlerins s’ils y trouvent la ferveur qui les fera repartir différents dans leurs pays.

- L'Eucharistie. La célébration eucharistique quotidienne est le lieu privilégié de la rencontre avec le Seigneur. C'est d'elle que naît cette spiritualité de communion entre Dieu et les hommes, dont le monde a tant besoin aujourd'hui. Nous y puisons la capacité d'aimer et de pardonner, de donner notre vie les uns pour les autres dans l'accueil, le service et la prière. “Notre propre consécration religieuse elle-même assume une structure eucharistique : elle est un total don de soi, étroitement associé au sacrifice eucharistique” (n° 26). Nous savons que nos Eucharisties sont des lieux d’adoration et de ressourcement qui doivent exprimer le sens de la transcendance sacrée de Dieu. Sans doute avez-vous remarqué que l'Eglise - surtout depuis l'encyclique de Jean-Paul II sur l'Eucharistie - encourage de plus en plus les fidèles – et davantage encore les communautés religieuses – à adorer le Saint Sacrement, à passer de longs moments en contemplation et en conversation devant Jésus-Hostie. Quelle meilleure école du don de soi que de contempler le Corps très saint de celui qui “m'a aimé et s'est livré pour moi” (Ga 2, 20)?
- La réconciliation. Ici à Jérusalem nous avons un Conseil des Institutions interreligieuses, où figurent des chefs religieux juifs, musulmans et chrétiens. Même à un niveau international, on commence à nous  prendre en considération et à demander  notre avis sur les évènements que nous vivons. Notre prochaine rencontre était prévue le 22 janvier, mais à cause des événements de Gaza, elle a été suspendue. Or, lors de ces rencontres, nous chrétiens sommes les seuls à parler de pardon et de réconciliation. Forts de l'enseignement et de l'exemple de Notre Seigneur qui, sur la croix, a pardonné à tous les hommes, ce ministère du pardon et de la réconciliation est confié à l'Eglise d'une manière unique et irremplaçable. “Aujourd'hui il y a besoin de proposer au monde et avec force, ce ministère de la réconciliation confié par Jésus-Christ à son Église” (n° 27). Ici, en Terre Sainte, ce ministère de la réconciliation est sans doute encore plus vital qu'ailleurs... Pour prendre un exemple récent et particulièrement douloureux, il nous faut lire les événements qui se sont passés à Gaza avec le regard et la compassion du Christ pour tous ses enfants morts, pour tous ses enfants blessés ou infirmes pour le restant de leurs vies, pour tous ses enfants dont l’âme est défigurée par la haine, le désir de vengeance, la violence, pour toutes ces familles si nombreuses décimées par le désastre de la guerre et qui manquent de tout... Oui, il nous faut repartir du Christ pour nous convertir jusque dans nos sentiments mêmes pour qu’ils deviennent les sentiments du Christ. Alors, à n’en pas douter, la fécondité de notre prière et de nos vies deviendra mystérieusement, auprès de ces populations blessées, révélation du pardon et de la miséricorde de Jésus pour chacune d’elles.
- Témoins de la fraternité universelle. En Terre Sainte où coexistent ensemble les trois religions monothéistes et les 13 Eglises chrétiennes de différents rites, la vocation des personnes consacrées, venues du monde entier, est d'être témoins de la spiritualité de communion surtout “quand le monde d'aujourd'hui est déchiré par la haine ethnique ou la folie homicide” (n° 28). La formation de communautés multiculturelles et internationales, appelées à “entretenir le sens de la communion entre les peuples, les races et les cultures” par l'enrichissement mutuel que constituent les différences, devient lieu d'entraînement pour l'intégration et l'inculturation, et témoignage de l'universalité du message chrétien (n° 29).
- La place des laïcs et la collaboration entre les différents états de vie. Le Document invite les “instituts [à] répondre à la demande des laïcs de participer à leurs idéaux charismatiques.” Les laïcs ne veulent plus partager seulement des responsabilités dans la gestion des œuvres, mais aspirent “à vivre des aspects et des moments spécifiques de la spiritualité et de la mission de l'Institut. On demande donc une formation appropriée des personnes consacrées et des laïcs pour une collaboration réciproque et enrichissante” (n° 31). Les mouvements apostoliques de laïcs consacrés peuvent être la réponse à ce besoin.
Concertation et collaboration confiantes doivent aussi s'exercer au niveau de la pastorale diocésaine dans le respect des diverses vocations, dans l'harmonisation entre l'élément charismatique et l'élément hiérarchique qui doivent être vécus au service de l'Église dans la réciprocité d'une charité mutuelle (n° 32).
Sur ce point précis, certaines communautés nouvelles qui regroupent différents états de vie peuvent faire bénéficier l'Eglise locale de leur expérience de collaboration entre prêtres et laïcs, unis dans la même mission, chacun selon sa vocation propre. Comme à l'intérieur d'une famille, les différents états de vie sont merveilleusement complémentaires ; ils s'éclairent et s'enrichissent mutuellement. Lorsqu'ils collaborent dans la Charité, la confiance et le respect mutuel, prêtres, personnes consacrées et laïcs révèlent l'Amour de Dieu avec une force et une plénitude plus grandes.
 
IV. Témoins de l'amour
“Quand on repart du Christ, la spiritualité de communion devient une solide et robuste spiritualité de l'action” (n° 34). La mission doit être “un service de la dignité de la personne dans une société déshumanisée” (n° 35). On doit ainsi chercher à “déraciner les causes qui donnent naissance au besoin”, à agir sur les structures de péché, à “intervenir partout où il existe des situations critiques”, à faire le lien entre les marginaux et la pastorale ordinaire. Même des charismes qui semblaient périmés “acquièrent une nouvelle vigueur en ce monde qui connaît la traite des femmes ou le trafic des enfants esclaves, les enfants des rues, les enfants soldats, ou le massacre collectif des civils, etc.”
Cet apostolat a pour but :
• l'annonce du Christ aux peuples dans le souci du respect des cultures et des valeurs spécifiques de chaque peuple (n° 37), avec tact, respect, joie de partager le don de Dieu et de s'ouvrir aux richesses des autres cultures et religions pour savoir y “recueillir les semences du Verbe dans lesquelles elles trouvent des valeurs précieuses pour leur vie et pour leur mission” (n° 44). En Terre Sainte, il est  particulièrement important de développer cet aspect, aussi bien pour nous laisser transformer le regard par le Christ, que pour laisser le Christ se dévoiler à nos frères musulmans et juifs.
• le service de la vie “même dans les expériences les plus difficiles de la vie et de la mort humaines” avec un amour de préférence pour les plus pauvres et les plus abandonnés ;
• la diffusion de la vérité en favorisant la naissance de “milieux imprégnés d'esprit évangélique, de liberté, de justice et d'amour, dans lesquels on aide les jeunes à croître en humanité sous la direction de l'Esprit…” ;
• l'ouverture aux grands dialogues contemporains.

Conclusion
En cette fête de la Présentation du Seigneur au Temple, demandons à l'Esprit Saint de nous renouveler dans le don de nous-même, de rajeunir et de rafraîchir en nos coeurs ce premier amour pour le Seigneur, celui qui nous a fait “tout quitter pour Le suivre”!
Demandons à la Vierge Marie, à saint Joseph, à saint Syméon et à sainte Anne de nous apprendre à vivre comme consacrés à Dieu en accueillant le Seigneur Jésus dans nos bras, en le contemplant longuement et en le donnant aux autres, à tous les autres, afin qu'Il devienne toujours davantage “lumière pour éclairer les nations”!
Amen. 

 

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