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Remise des insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur au Patriarche latin de Jérusalem S.B. Michel Sabbah

Discours du Consul Général de France, Alain Rémy
6 Novembre 2006

consul

Béatitude,

          Messeigneurs,
          Mesdames et messieurs,
Nous sommes ici réunis ce soir pour honorer Sa Béatitude Michel Sabbah, Patriarche latin de Jérusalem. 

« Le pays en quête de Dieu finira-t-il par rencontrer Dieu ? »

Ce cri, cet appel vibrant, c'est vous, Michel Sabbah qui l’avez lancé, renouvelant ainsi votre message de paix et l'opposition absolue de l'Église à la violence. Car justice et réconciliation sont au cœur de vos préoccupations.

Monseigneur Michel Sabbah vous êtes devenu une figure emblématique des catholiques de Terre Sainte, des Palestiniens dans leur ensemble et de cette ville trois fois sainte. Évêque palestinien, patriarche latin de Jérusalem, en charge de fidèles répartis sur la Jordanie, la Palestine, Israël et Chypre, vous devez exercer, vous avez exercé, votre mission dans un contexte particulièrement complexe.
 
Permettez-moi de retracer ici les grandes étapes de votre parcours. 

« L’enfant de Nazareth »

" Enfant de Nazareth ", ville de la Galilée, vous êtes né le 1er mars 1933. Très tôt, vous êtes confronté au conflit israélo-arabe. Séminariste à Beit Jala au moment de la guerre de 1948, vous vous trouvez du côté palestino-jordanien de la ligne d’armistice et ne serez autorisé qu’une seule fois  en près de vingt ans à visiter votre famille, pendant. Retenu toutefois à Jérusalem lors du conflit  de juin 1967, vous obtiendrez une carte de résident de cette ville, vous permettant une plus grande – même si relative - liberté de circulation dans la région.

Prêtre à 22 ans, ordonné en 1955, vous allez exercer votre ministère en Jordanie et à Jérusalem, en passant en 1968 par Djibouti, alors française, où vous êtes envoyé comme professeur de langue arabe.

Nommé curé d’une grande paroisse d’Amman en 1970, vous y arrivez en août quand se précisent les incidents jordano-palestiniens qui déboucheront sur " Septembre noir ". Vous remettez dès 1980 un pied dans votre chère terre palestinienne en accédant à la présidence de l’université de Bethléem.

Vous êtes nommé fin 1987 patriarche latin de Jérusalem, quelques semaines donc après le déclenchement de la première Intifada.

Votre nomination constitue un événement, un tournant, un symbole. En effet, depuis la restauration du Patriarcat latin de Jérusalem le 23 juillet 1847 et l’arrivée du premier patriarche Mgr Joseph VALERGA, le 17 janvier 1848, le Vatican nomme pour la première fois un prélat  palestinien à ce poste à la fois prestigieux, lourd et exposé. Je n’ai pas entendu dire qu’il ait eu à le regretter.

Y auront contribué, votre stature intellectuelle, votre talent de pasteur, curé d’une grande paroisse, votre connaissance des langues - outre l’arabe et l’hébreu, cinq des principales langues européennes occidentales - vos qualités de philologue ayant été couronnées par un doctorat à l’université parisienne de la Sorbonne.

C’est ainsi que le 6 janvier 1988 vous êtes consacré évêque et le 14 janvier, 140 ans presque jour pour jour après le premier de vos prédécesseurs, vous êtes intronisé au Saint Sépulcre.

Nul répit ne vous est accordé, alors que vous prenez vos fonctions dans un contexte bouleversé par la première intifada. Les paroisses que vous sillonnez au cœur du conflit vous donnent une conscience aiguë des difficultés quotidiennes et de l'injustice.

Vous inscrivez, très vite, votre action dans le sillon tracé par le Concile Vatican II qui a établi qu’il était de la mission de l’Église de "porter un jugement moral, même en des matières qui touchent le domaine politique, quand les droits fondamentaux de la personne humaine ou le salut des âmes l’exigent, en utilisant tous les moyens, et ceux-là seulement qui sont conformes à l’Évangile et en harmonie avec le bien de tous, selon la diversité des temps et des situations " (Gaudium et Spes).

Pasteur responsable, vous ne cessez de parler aux chrétiens pour encourager, soutenir, consoler et montrer le chemin de la justice. « Le patriarche n'est pas un homme politique, je vous cite, il n'a d'autre moyen que la prière et la parole pour appeler à la justice et à la fin de l'occupation militaire».

Vous exercez avec courage et lucidité le magistère de la parole, une parole de Foi et d’Espérance, dans un monde qui semble devenu sourd aux appels à la raison.

Homme de conviction et de courage

Homme de conviction, vous n'hésitez pas à prendre des positions engagées. Homme de dialogue, vous vous  efforcez par tous les moyens d'établir des liens et des ponts.
 
Le premier Noël arrive (1988). L'Intifada sévit, et avec elle son cortège de violences. Les habitants de Bethléem ne veulent pas se priver de la joie d'accueillir leur patriarche dans la ville de la Nativité. D’emblée, vous décidez d'innover en prononçant une homélie. Qui fera date.

C'est la première d’une longue série. Le Patriarche interpelle : « nous disons à ceux qui ont recours à la violence en Terre sainte que les frontières sûres sont les cœurs sûrs et que ni la technologie ni la violence ne peuvent offrir de frontières sûres ».
 
L'année suivante, vous continuerez de vous adresser directement aux Israéliens : « permettez aux deux peuples de se retrouver, de se réconcilier et de s'aimer. Changez de méthode. Cultiver la peur n'est pas une voie de salut ; et user de la violence ne peut rien résoudre. Seuls la justice et l'amour peuvent sauver ».

Outre vos homélies, vous adressez régulièrement aux fidèles de votre communauté des lettres pastorales : « La Foi en Terre Sainte » en 1988, « Appelez la paix sur Jérusalem » en 1990, ou « comment Lire la Bible au pays de la Bible », et « Recherche la paix et poursuis-la », en 1998.

« La beauté de la Paix »

La "beauté de la paix", In pulchritudine pacis en latin, Fi baha'i s-salam en arabe. C’est la devise que vous avez choisie. Permettez-moi de m’y arrêter. Nous sommes le 7 décembre 1987, vous venez d’être informé de votre nomination comme patriarche.

Je ne dévoile pas un secret d’Etat en disant que ce jour-là, dans la première lecture du bréviaire, vous êtes tombé sur ce verset : « la paix sera le fruit de la justice, […] mon peuple demeurera dans la beauté de la paix ». Parole du prophète Isaïe, cette devise exprime ce qui sera l'axe central de votre mission : rechercher la paix dans cette terre meurtrie.

Cette paix ne peut être atteinte que si la justice l’emporte. Tel est le message récurrent de vos lettres pastorales et de vos homélies, relayées, au-delà des fidèles, vers tous les hommes de bonne volonté.

Vous êtes le militant infatigable de la coexistence de deux Etats, israélien et palestinien, vivant en paix et en sécurité. « Une seule chose peut donner la sécurité à Israël, assurez-vous : l'amitié du peuple palestinien. » Une amitié qu'Israël n'obtiendra qu'en rendant au peuple palestinien « sa liberté et sa terre ».

La paix donc, un mot qu'il est difficile de prononcer en Terre sainte. Je vous cite à nouveau : « L'Eglise essaie d'élever la voix. Elle n'est pas toujours comprise. Elle est facilement classée pro-palestinienne, anti-israélienne. De fait, l'Eglise, chrétienne et palestinienne, a le souci du Palestinien comme de l'Israélien. »

 Des paroles que vous associez à des actes, comme lorsque vous prenez part à une marche pacifique d'un millier de Chrétiens et Musulmans, pour protester contre la construction du mur de séparation à Aboud. L’olivier que vous avez planté ce jour-là est un symbole. 

"Avec notre foi et notre amour, nous exigeons le retrait de ce mur, dites-vous. Nous affirmons que c'est une erreur et une attaque contre nos terres et nos propriétés, une erreur et une attaque contre les liens amicaux entre les deux peuples (...) Dans votre foi et votre amour, vous trouverez un guide dans vos actions politiques. On peut dire que l'amour est un langage inconnu à la politique, mais l'amour est possible malgré tout ce que nous vivons de mauvais, nous le rendrons possible !"

Le dialogue entre les Églises

En 1987, votre arrivée à la tête du patriarcat correspond au début d'une période d'intensification des liens entre les Églises de Jérusalem. Vous êtes l’un des initiateurs de ce rapprochement.

D'ailleurs, dès votre première lettre pastorale, en août 1988, vous mettez en valeur le dialogue, qui est une des caractéristiques de ce diocèse et de ce pays, qui compte une si grande variété de communautés religieuses et culturelles.

Avant la fixation d'un rythme régulier de rencontres, les chefs religieux avaient déjà conduit des actions ponctuelles. Le 24 janvier 1988 - le patriarche n'est ordonné que depuis deux semaines - les Églises de Jérusalem publient un premier texte, le premier acte officiel d'ailleurs signé par le nouveau patriarche. Il s'agit d'un appel à l'action et à la prière en faveur de la paix et de la justice et à la solidarité chrétienne vis-à-vis des victimes de toutes sortes. Je le cite : « Nous prenons position avec la vérité et la justice contre toute forme d'injustice et d'oppression. Nous sommes du coté de ceux qui souffrent et qui sont opprimés. Nous sommes du coté des réfugiés et des déportés, de ceux qui sont dans la détresse et victimes de l'oppression, nous sommes du coté de ceux qui connaissent les larmes et le deuil, des pauvres et des affamés".

Cette prise de parole commune a encore donné naissance cet été, au cours de la  nouvelle vague de violences au Sud Liban, à un texte collectif. Il fait écho à celui de 1994 sur la « Signification de Jérusalem pour les Chrétiens ». Vous lancez donc un appel solennel pour que cette ville, chère aux trois religions monothéistes, soit vraiment le signe de la présence de Dieu et de sa paix parmi tous les peuples. Un appel renouvelé en septembre avec la proposition de doter Jérusalem d’un statut à la mesure de son héritage et de sa vocation. 

L’Eglise locale

Michel Sabbah vous veillez sur une communauté de plus de 72.000 fidèles dispersés sur quatre pays. Du fait que la situation dans les Territoires occupés est à la fois dramatique et  médiatisée, votre mission y est d'abord celle d'un pasteur qui souhaite soutenir les chrétiens dans leur foi et voir s'épanouir son Église dans la société dans laquelle elle se trouve.

« S'affirmer chrétien, je vous cite encore, être chrétien authentique dans la société dans laquelle nous vivons est un combat perpétuel, spirituel, moral et psychologique. Il ne s'agit pas d'avoir peur. Il ne faut pas prendre la fuite. Ces moments difficiles doivent être un point de départ pour un nouveau combat. Jusqu'à ce que l'on s'affirme. En acceptant ce sens de la vie et du combat, les chrétiens prendront conscience de leur propre dignité et seront plus forts. »

La visite historique de Jean-Paul II

Comment ne pas évoquer le voyage historique du Pape Jean-Paul II en Terre Sainte à l’occasion du Jubilé de l’an 2000 ? Celui-ci a tant contribué au rapprochement entre les peuples et les confessions de la région, prolongeant la démarche initiée ici même par Paul VI.

Cette visite et les gestes symboliques extrêmement forts qui l’ont accompagnée resteront longtemps gravés dans les mémoires, de même que le rare unanimisme qui les a accueillis.

Votre rôle a été déterminant dans la genèse et l’organisation de cette visite dont tous ici gardent un souvenir fort empreint d’émotion. 

Le Patriarche et la France

Béatitude, vous êtes un ami sincère de notre pays. Nous vous savons profondément attaché à la France. Vous savez maintenir des liens très forts entre ce Consulat général et le Patriarcat.

Nous connaissons et nous apprécions votre attachement à la langue française. Vous en êtes un ardent défenseur, soucieux qu’elle soit encore enseignée dans les écoles du patriarcat et plus spécialement au séminaire patriarcal de Beit Jala pour que les prêtres de votre diocèse connaissent la culture française et parlent notre langue.

Vous multipliez pour différentes occasions vos voyages en direction de la France où vous avez acquis une véritable notoriété par votre engagement pour la paix.

Vos interventions y sont appréciées et ouvrent l’esprit des français aux problématiques que vivent les habitants de cette terre.
 
Vous avez été reçu dernièrement par le président de la République monsieur Jacques Chirac dans le cadre du 150ème anniversaire de l’Oeuvre d’Orient. Et demain, à nouveau vous vous rendrez à Paris ou vous aurez l’occasion de vous entretenir avec le Ministre des affaires étrangères Monsieur Douste-Blazy.

C’est en mai 1995 que vous avez été nommé au grade de Commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur et décoré en ce lieu même par le Ministre français des affaires étrangères de l’époque, M. Hervé de Charette.

A l'heure où le conflit israélo-palestinien se durcit et où de nouvelles vagues de violences s'abattent sur le pays, vous délivrez aussi le meilleur des encouragements : l'espérance.

Simplement, mais avec force, vous faites entendre votre voix. Une voix que, dans le vacarme actuel des armes, il est bon et utile d'écouter, de méditer : “L'amour est possible”.

C’est le parcours exceptionnel qui a été le vôtre en des temps si troublés, que le Président de la République a voulu distinguer en vous élevant à la dignité de Grand Officier de l’Ordre national de la légion d’Honneur.

Je suis profondément heureux et honoré aujourd’hui de vous remettre cette très haute distinction, en ce siège de votre église, au milieu de ces hauts dignitaires, de vos fidèles et de vos amis, de vos fidèles amis que nous sommes tous.

X X X

« Béatitude, au nom du Président de la République nous vous remettons les insignes de Grand Officier le la Légion d’Honneur ».

 

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