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Homélie de Pâques
16.4.2006

1.       Le Christ est ressuscité.  Heureuse et sainte fête de Pâques à vous tous, frères et sœurs ici présents. A vous pèlerins venus de toutes les Eglises. A vous tous, fidèles dans tout notre diocèse, en Palestine, Israël, Jordanie et Chypre. Pour tous les habitants de cette terre, chrétiens, juifs, musulmans et druzes, nous demandons à Dieu que la grâce de la Résurrection puisse  être une bénédiction et une source de paix, de protection contre toute oppression, et de courage pour faire face à tous les défis dans la vie difficile de cette Terre Sainte. A vous, peuple juif, qui fêtez la Pâques, nous prions que la Pâques soit pour vous et pour tous une source de paix, de justice, et de réconciliation.

          Frères et Sœurs, devant le tombeau vide, ici à Jérusalem, avec les générations passées des croyants, avec tous les croyants dans toute l’Eglise, avec joie nous réaffirmons notre foi : Le Christ est ressuscité, oui il est vraiment ressuscité.

Avec joie nous écoutons le récit de la Résurrection et les paroles de l’ange aux femmes qui revenaient au tombeau pleurer le Christ après sa mort : « Ne craignez point. Vous cherchez le Crucifié. Il est ressuscité comme il l’avait dit » (Mt 28, 5-6). Nous aussi, nous cherchons le Crucifié, qui nous a aimés et s’est livré pour nous. Nous cherchons le Crucifié, nous croyons qu’il est ressuscité et nous voulons voir en cette terre la gloire de la Résurrection.

          Nous avons toujours besoin dans ce pays d’entendre la parole de Dieu nous dire : Ne craignez pas. Car il y a tellement de raisons pour craindre et se sentir faibles et abandonnés. La Parole de Dieu nous soutient et nous rappelle Celui en qui nous avons cru. Elle nous dit aujourd’hui : « Ne craignez pas. J’ai vaincu le monde ». Vous aussi, vous pouvez maintenant vaincre le mal dans votre vie.

          Nous avons renouvelé durant la Semaine passée notre foi en Jésus Crucifié. Nous la renouvelons aujourd’hui : Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus Christ, ici mort et ressuscité, pour nous et pour notre salut.

          Nous cherchons le Christ Ressuscité pour recevoir de lui le salut donné à ses apôtres, et par eux au monde entier et à notre terre aussi : « Paix à vous ». La paix qui se répète ici facilement sur les lèvres et reste un but difficile à atteindre. Mais, comme il a rencontré les disciples d’Emmaüs, dans leur fatigue et découragement, nous croyons, qu’un jour, Jésus viendra à notre rencontre en tout point de cette terre. Sa paix viendra, elle rencontrera tous les cœurs de tous ceux qui la recherchent, de tous ceux qui se seront purifiés, et se seront rendus prêts à accepter la vocation de cette terre, lieu de Rédemption et de réconciliation pour tous.
 
2.       Oui, de nos jours aussi, au milieu de nos difficultés, ici, Jésus vient à notre rencontre et nous dit : Paix à vous. Vous qui avez peur, qui hésitez, qui ne savez plus où aller ou quoi faire, croyez, car Dieu est fidèle. La vie est difficile. Mais nous savons que la foi peut transporter les montagnes. Elle est source de vie : « Qui croit en moi, dit Jésus, a la vie éternelle » (Jn 6,47). Soyez forts, portez votre croix, et marchez avec patience et persévérance. Vous pouvez tomber de fatigue, sous les épreuves de la vie quotidienne, face à l’avenir toujours incertain. Continuez à marcher. Vous n’êtes pas seul sur la route. Celui qui a dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie » (Jn 14.6), Celui qui a marché dans les ruelles de cette ville et sur les routes de notre terre, Lui-même continue aujourd’hui à marcher avec vous. Pour vous et pour vous remplir de la joie de Dieu, quelles que soient les peines de cette vie, il est Ressuscité dans la gloire.

          La mort et la Résurrection sont un message à vous tous qui souffrez dans ce pays, et qui êtes à la recherche d’une paix qui semble impossible. Vous qui ne voyez le salut que dans la guerre et la mort de l’autre, vous qui tuez, vous qui allez à la mort, qui haïssez, à vous tous, Jésus, ici et aujourd’hui, dit : Paix à vous. « Je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie » (Jn 14,27). La paix que je vous donne, est une paix que vous devez faire, une paix pour tous et une justice pour tous, et une réconciliation avec tous. Une paix qui respecte les propriétés autrui, la terre d’autrui. Une paix qui libère cette terre des critères de la mort et de la guerre et la gouverne pour deux peuples animés par les trois religions. La terre est toute à Dieu et elle est aujourd’hui demeure pour deux peuples. Tout gouverneur devrait reconnaître la volonté de Dieu sur cette terre manifestée dans les phases successives de toute son histoire. Sinon, comme il est arrivé jusqu’aujourd’hui, au lieu de la gouverner, il y sèmera la mort et la destruction.
 
          Célébrer la fête de Pâques à Jérusalem, c’est se remettre devant Dieu et relire l’histoire devant lui, avec sa volonté de sauver ici l’humanité entière. C’est donc accueillir la grâce de Dieu, et comme lui gouverner et agir pour servir tous les enfants de Dieu, et pour faire de cette terre une terre d’accueil pour tous ses enfants, afin qu’elle ne reste pas une terre de mort, de haine et de murs de séparation, sans paix, sans sécurité et sans tranquillité.

3.       La mort, ici, nous l’avons vécue et nous la vivons encore. Mais, ce jour de la Résurrection nous invite à voir Dieu à l’œuvre dans sa création et dans cette terre où il a renouvelé la Création, par la Croix. « Mon Père, dit Jésus, est à l’oeuvre jusqu’à présent et moi j’oeuvre aussi” (Jn 5,17). Nous croyons en cette présence de Dieu qui nous accompagne ; nous portons notre croix, et nous travaillons dans ce pays pour la Résurrection de tous dans le pardon et la réconciliation. Avec St Athanase, évêque d’Alexandrie, nous disons, nous aussi : « la véritable allégresse, l’authentique solennité c’est l’éloignement de nos malheurs » et le grand malheur c’est le refus de la lumière et de la vie. Nous demandons au Christ Ressuscité d’éloigner de nous nos malheurs, ou d’éloigner de nous la faiblesse face aux malheurs, et de nous remplir de son Esprit de force qui nous guide sur le chemin du Calvaire, de la vie et de la Résurrection. Amen.

+ Michael Sabbah, Patriarche

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