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Homélie de Pentecôte 4.6.2006
Abbaye Bénédictine Aghia Sion - Jérusalem

Bonne et sainte fête de Pentecôte.
1. Nous célébrons la Pentecôte, l’Esprit Saint qui descend sur les apôtres, et qui continue par eux la présence de Jésus dans l’humanité. Eux, ils ont reçu l’Esprit, comme le leur avait promis Jésus. Eux furent remplis de vie nouvelle et d’une force nouvelle. Avant de recevoir l’Esprit, ils avaient peur ; ils n’avaient pas compris tout ce que Jésus leur avait dit. Jusqu’aux derniers jours en effet avant l’Ascension, ils demandent à Jésus quand le Royaume sera redonné à Israël. Avec l’Esprit, ils comprennent de quel Royaume ils deviennent les citoyens et les annonciateurs. Ce n’est plus un royaume terrestre, comme l’avait dit Jésus devant Pilate : « Mon royaume n’est pas de cette terre ». C’est le royaume de Dieu sur terre, parmi tous les peuples de la terre. Ils n’appartiennent plus à une terre, à une langue ni même à une nation. Ils appartiennent désormais à Dieu et à son œuvre de salut.

2. Après eux, nous tous, nous sommes devenus capables de recevoir l’Esprit qui « tend à la vie et à la paix » comme le dit S. Paul, dans la première lecture que nous venons d’entendre (Rm 8,5-27). L’Esprit de Dieu habite en nous aussi. Et pour cela nous méritons d’être appelés fils de Dieu : « Ceux-là sont fils de Dieu, dit S. Paul, qui sont conduits par l’Esprit de Dieu ». Nous avons en nous désormais, de par notre baptême et par notre Confirmation, l’Esprit qui « atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Enfants et donc héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ ». Nous aussi, comme les apôtres, nous n’appartenons plus à un seul peuple et à un seul pays. Nous aussi, comme eux, nous appartenons à Dieu et à son œuvre de salut. Nos ambitions et nos espoirs ne sont plus liés à un seul peuple, à un seul royaume. Désormais, remplis de l’Esprit, nos joies et nos souffrances sont les joies et les souffrances de toute personne humaine.

3. Aujourd’hui, nous célébrons aussi le centenaire de cette abbaye bénédictine du Mont Sion, qui nous accueille ici aujourd’hui pour recevoir l’Esprit, et qui a animé de ses prières pendant cent ans l’événement et le mystère que nous vénérons. Ici, l’Esprit est descendu sur les apôtres. Ici les moines, venus il y a cent ans, ont continué la prière des apôtres et leur témoignage à la Résurrection et à la présence de l’Esprit dans cette ville, dans laquelle les hommes, au lieu d’entendre la voix de Dieu et d’accueillir l’Esprit de vie et de paix, continuent à suivre les forces de mort en eux. Pour certains dans cette ville de la Pentecôte, malheureusement, jusqu’aujourd’hui, leur vie ne peut se vivre que par la mort ou par l’exclusion des autres. Face à ce drame, les moines ici ont prié, ont repris la prière des générations chrétiennes en ce lieu, et prient aujourd’hui encore afin que les habitants de cette ville, de toute nation, puissent entendre eux aussi, chacun, dans sa langue les merveilles du Seigneur, et se laisser remplir de l’esprit de Dieu qui est liberté et libération pour tous, comme le dit S. Paul : « Vous n’avez pas reçu un Esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur », mais un Esprit dans lequel et par lequel vous vous reconnaissez tous enfants du même Père qui est aux cieux, par lequel tous, vous avez reçu la force de vous adresser au même Père et de lui dire : Abba, Père.

Nous sommes reconnaissants aux moines bénédictins du Mont Sion aujourd’hui pour leur prière et pour leur témoignage à la vie et à l’Esprit dans toute l’Eglise de Jérusalem et devant tous ceux qui portent la guerre et la mort dans leurs âmes. Ce monastère d’ailleurs a été directement touché par le feu de la guerre et est longtemps resté tout près d’un no man’s land, marquant la séparation et l’hostilité, avant de se retrouver au sommet et au cœur la ville, de sa prière et de ses pas trébuchants vers la justice et la paix.

4. A chaque Pentecôte, nous prions pour que l’Esprit Saint renouvelle la face de  notre terre et de notre société, afin qu’il renouvelle les cœurs, les rende capables de vérité, d’unité, basée sur la dignité égale de tous les êtres humains, dans un pays, dominé à la fois par le mystère de Dieu et par le conflit entre les hommes.

Dans cette terre de la Rédemption, de la réconciliation de Dieu avec les hommes, nous ne cessons de vivre dans une situation permanente d’injustice qui cause la mort à la fois à l’opprimé et à celui qui exerce l’injustice, et qui pourrait croire, qu’en maintenant l’injustice, il offre un sacrifice à Dieu. La Pentecôte nous dit que nous ne pouvons pas nous contenter de voir la mort, l’injustice, et continuer à regarder en silence ou avec indifférence. Il y a dans cette terre, dans cette ville sainte, une injustice politique à laquelle il faut mettre fin, une injustice qui fait naître d’autres injustices et qui introduit la personne humaine dans un cycle de violence et d’inhumanité, malgré toutes les présentations polies et justificatrices des différentes parties, malgré des désirs vrais et justifiés de toutes les parties : sécurité, retour de la liberté, fin de l’occupation. Pour que la terre se repose, redevienne terre de rédemption, pour que la communauté internationale se repose, pour arriver à la sécurité, nous avons besoin, nous les croyants, de nous laisser remplir de l’Esprit de Dieu et de ne pas résister à l’Esprit en préférant nous taire ou plaire aux hommes dans le mal du conflit qu’ils mènent.

5. Les apôtres étaient en prière. Ils avaient peur de leur concitoyens et co-religionnaires. Ils avaient suivi un « innovateur ». Autour de la Vierge Marie et dans la présence de Dieu ils s’étaient réfugiés loin de la poursuite des hommes. L’Esprit Saint descendit sur eux, sous forme de langues de feu. « Tous furent remplis de l’Esprit Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer ».

« Or il y avait, demeurant à Jérusalem, dit le Livre es Actes, des hommes dévots de toutes les nations qui sont sous le ciel… Ils dirent : nous les entendons publier dans notre langue les merveilles de Dieu ».

Aujourd’hui encore il y a à Jérusalem des hommes dévots de toutes les nations et de différentes religions, des hommes et des femmes, qui eux aussi vivent de l’Esprit, et qui  avec leurs prières préviennent le mal de ceux qui mènent le combat contre l’Esprit et contre l’homme. Des hommes dévots qui voudraient entendre l’Eglise de Jérusalem, les Eglises de Jérusalem, « publier les merveilles de Dieu », parlant de la justice et de l’égalité de tous dans cette terre, devant Dieu et devant les hommes.

Aujourd’hui encore, l’Eglise de Jérusalem, dans sa diversité, continue à parler plusieurs langues et porte plusieurs mentalités. Cette diversité a besoin d’être remplie de l’Esprit afin qu’elle n’exprime pas les intérêts, les égoïsmes et les points de vue humains. Elle a besoin de l’Esprit de la Pentecôte afin que, dans ses diverses langues et mentalités, elle puisse raconter seulement, aujourd’hui encore, « les merveilles de Dieu ».

Frères et sœurs, pour cela nous prions ce matin, afin que l’Esprit nous remplisse comme il a rempli les apôtres et afin que nous soyons obéissants à l’Esprit comme eux, et afin que nous puissions transformer, comme eux, nos diverses langues et cultures en un chant unique qui laisse entendre et voir les merveilles de Dieu et afin que notre parole soit pour tous une source de vie et de capacité d’accueillir l’Esprit de Dieu. Amen.

 

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