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Conflit au Proche-Orient. « La puissance militaire ne mettra pas fin au conflit ». Pour le patriarche latin de Jérusalem, si Israël reste dans une logique de violence, ses ennemis augmenteront. Interview de Mgr Michel Sabbah, Patriarche latin de Jérusalem.

Apparu le: vendredi 21/07/2006 La Croix

warQuel est votre sentiment après plusieurs semaines d'affrontements à Gaza et au Liban ?

Mgr Sabbah : La violence ne fait qu'engendrer la violence et n'apportera aucune solution. L'extraordinaire force militaire israélienne est absolument inutile pour apporter aux Israéliens la paix et la sécurité. Il faudrait changer de vision et de moyens, tout simplement parler avec les gens. S'il y a violence, c'est qu'il y a une cause, celle de l'occupation militaire israélienne des Territoires palestiniens. Tant que les Israéliens priveront un peuple de sa liberté, il y aura toujours des réactions de violence et de terrorisme. Il faut mettre fin à cette occupation pour permettre à Israël et à toute la région de vivre dans la paix et la sécurité. Israël n'y croit pas et pense que les Palestiniens sont essentiellement des terroristes. Peut-être qu'il faut encore du temps pour que de nouveaux dirigeants israéliens comprennent que la puissance militaire ne mettra pas fin au conflit. Ariel Sharon avait commencé à le concevoir au bout de cinq ans, en se retirant de Gaza. Ehoud Olmert retombe dans les premières erreurs de Sharon. Toute cette violence ne produira que plus de morts, de destructions et de rancune des deux côtés. Dans deux semaines, quand on arrêtera les bombardements du Liban, on s'apercevra qu'aucun progrès n'aura été réalisé. Cette action militaire ne fait que donner plus de prestige au Hezbollah dans le monde arabe. La Syrie peut désarmer le Hezbollah et la pression devrait se faire sur la Syrie. Dans toute cette violence, la personne humaine est écrasée, que ce soit à Gaza ou en Israël.

- Le Hamas et le Hezbollah n'acceptent pas l'existence d'Israël. N'est-ce pas un obstacle à la recherche d'un règlement ?

- Yasser Arafat et Mahmoud Abbas ont reconnu Israël et ils n'ont rien obtenu. L'Autorité palestinienne a reconnu Israël et veut la paix. Pourquoi ne pas négocier avec elle ? Une fois qu'un accord aura été conclu par Israël avec l'Autorité palestinienne, le Hamas finira par suivre. Le succès du Hamas résulte précisément du fait qu'Israël a affaibli ceux qui soutenaient la négociation. Il est irréaliste de vouloir faire disparaître le Hamas et le Hezbollah. C'est la situation d'oppression qui fait naître et prospérer ces mouvements. La puissance militaire n'y mettra pas fin. Je suis convaincu que la majorité des Palestiniens veut toujours faire la paix avec les Israéliens.

- Que pensez-vous de l'attitude de la communauté internationale, en particulier des États-Unis et de l'Europe ?

- Il y a un silence et un alignement sur la position israélienne. Personne n'a le courage de dire non à Israël pour son bien et son salut. La communauté internationale devrait tenir à Israël un langage de vérité en lui disant qu'il y a un autre chemin à suivre pour être reconnu et vivre en paix et en sécurité. Si Israël reste dans cette violence, ses ennemis finiront par augmenter, dans le monde arabe comme dans le monde occidental. Continuer à se faire des ennemis n'est pas un moyen de se sauver. Les Israéliens doivent parler avec les Palestiniens. Ce qui ne pourra pas se faire tout de suite n'empêche pas de trouver un accord. La puissance militaire ne suffira pas à sauver un peuple. Depuis cinquante ans, l'expérience l'a montré : Israël a gagné toutes les guerres, mais ni la paix, ni la sécurité.

- Comment réagissez-vous au fait que les roquettes et missiles du Hezbollah ont fait des victimes parmi les Arabes israéliens ?

- Je condamne toutes ces actions qui ne respectent pas la dignité de la personne humaine. Les deux côtés sont en train de tuer, sans accorder la moindre valeur à l'homme, que ce soit les morts israéliens, palestiniens ou libanais. Aucune des parties en présence ne résoudra le problème de cette façon.

Recueilli par François d'ALANÇON (à Haïfa)

 

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