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Fête de l’Annonciation à Nazareth
25 mars 2007

(Traduction de l’arabe)

1. Salutations et prières pour la paroisse, pour tous les habitants de la ville, chrétiens et musulmans. Salut au Nonce Apostolique, Mgr Antonio Franco, aux évêques, aux curés, religieux, et religieuses ; aux autorités civiles.

2. La fête de l’Annonciation nous invite à renouveler en nous,  par l’intercession de la Vierge Marie la pleine de grâce,  la joie et l’acceptation de la vie, espérances et épreuves et tout ce qui y est facile ou difficile.
L’Ange dit à Marie : réjouis-toi, ne crains pas. Il lui dit aussi : l’Esprit Saint descendra sur toi et la puissance du Très Haut te remplira. Et, rien n’est impossible à Dieu.
Et Marie dit : qu’il me soit fait selon ta parole.

Ecarter la peur, rester dans la joie, être remplis de l’Esprit de Dieu et de sa puissance : tout cela doit se réaliser en nous aussi, afin que nous puissions remplir la mission que Dieu nous a confiée. La mission de Marie est universelle, elle est la mère du Verbe Incarné et Sauveur du monde ; la nôtre est plus limitée ; chacun de nous a en effet une mission, limitée à soi-même, à sa famille, à sa ville, à son Eglise.

3. Avant-hier, vendredi, il y eut un Congrès, ici, à Nazareth, pour le catéchisme. Y prirent part patriarche, évêques, religieux, religieuses, directeurs et directrices des écoles chrétiennes, des parents et des élèves. Le but ? Réfléchir sur la mission de l’école chrétienne et la place de l’éducation religieuse en elle. Le Congrès fut conclu dans le cadre du Plan pastoral général suivi par toutes les Eglises catholiques dans cette année et qui a pour thème : la catéchèse et la paroisse.

Ici, je voudrais clarifier deux concepts : la paroisse et la catéchèse.
La paroisse est une assemblée de croyants. Assemblée, pour vivre sa foi ensemble ; elle partage la même foi, les mêmes prières, et s’organise telle une famille unie. Le lien d’unité est sa foi en Dieu et l’amour de ses membres, les uns pour les autres. La paroisse est une famille. Il peut certes arriver que certains paroissiens ne sentent pas qu’ils sont dans la paroisse membres de famille. A cela je dis, de la transformation de la paroisse en une famille, dans laquelle chacun et chacune se sent vraiment appartenir à une famille, toute la paroisse est responsable, et tous les paroissiens individuellement. Mais il faut savoir aussi que la paroisse n’est pas un assemblage d’égoïsmes et d’individualismes, mais un rassemblement de frères et de soeurs qui portent chacun et chacune les soucis de l’autre.

Deuxième remarque en ce qui concerne la paroisse : la paroisse n’est pas une structure refermée sur elle-même. Cela est important à savoir et comprendre. La paroisse est comme la famille, elle est refermée sur ses enfants pour les aider à mieux croire et vivre, mais elle reste avec cela ouverte sur toute la ville, dont elle partage la vie et dans laquelle elle prend sa place et remplit son rôle. La foi chrétienne ne fait pas des gens isolés et ne crée pas des communautés ou des confessions fermées sur elles-mêmes. Elle crée des familles pleines de vie et d’amour, ouvertes sur toute personne humaine, car l’amour chrétien n’a aucune barrière ou frontière, ni de religion, ni de nationalité,  ni toute autre barrière. . .

La catéchèse ou l’éducation religieuse doit procurer à tout paroissien la nourriture de l’esprit. Et cela, c’est aussi la responsabilité de toute la paroisse, le curé, la maison, l’école et toutes les structures paroissiales… Donner la nourriture spirituelle à tous est un effort commun auquel tous contribuent sous le guide de la tête, i.e. le curé. Certaines structures dans la paroisse peuvent avoir peur de perdre leur indépendance, surtout les écoles. Ce devoir commun (procurer ensemble à tous la nourriture de l’esprit) impose à tous et chacun une attitude de collaboration, avec le même guide, le curé, sans qu’aucune structure n’ait peur de perdre son indépendance. La question s’est posée : les écoles chrétiennes dans notre paroisse remplissent-elles leur mission ? Ici, nous rappelons à toutes nos écoles chrétienne que le diocèse a fait appel à diverses congrégations et les a invitées à ouvrir des écoles pour une mission à remplir dans la paroisse et dans la ville. Elles ont donc un mandat, et c’est à la lumière de ce mandat, qu’elles doivent réviser leur fonctionnement. Nous voulons certes que nos écoles soient parmi les premières en tout domaine de connaissances naturelles, et en tout service ; nous voulons qu’elles soient au service de toute personne humaine, puisque l’amour chrétien, comme nous l’avons dit, n’a pas de limite confessionnelle ; mais nous voulons aussi et tout d’abord, que nos écoles soient les premières dans la catéchèse et l’éducation religieuse de nos enfants. Nous demandons à Dieu que ce Congrès puisse avoir des résultats, et puisse marquer un tournant dans la prise de conscience de chacun et de chaque institution dans la société et dans l’Eglise.

4. Frères et Sœurs, nous méditons la joie donnée par Dieu à cette ville aujourd’hui et de laquelle il a rempli l’être d’une humble fille de notre ville. Nous méditons les paroles de l’ange adressées à Marie. Elles sont redites à nous : ‘Réjouissez-vous ; ne craignez pas’. A nous, elles sont redites aujourd’hui, car tous parlent de notre petit nombre, ce qui, pour plusieurs, est une source de crainte et d’anxiété. Cependant nous disons : si nous avons la foi, nous croyons que les sources de la force ne sont pas toutes matérielles. Premièrement, la puissance de Dieu est au-dessus de toute puissance. Deuxièmement, toute personne a la force de la matière, mais aussi celle de l’esprit. Nous ne méprisons pas la force du corps, nous l’utilisons autant que nous pouvons, mais nous la purifions et lui mettons des limites, et nous mettons le doigt sur le mal qu’elle produit parfois.

Avec la force de l’esprit, nous pouvons construire ; nous pouvons nous dresser face à toute oppression ou agressivité. L’ange dit à Marie: « réjouis-toi ; ne crains pas ». Jésus nous dira plus tard : « ne craignez pas ; j’ai vaincu le monde ». C’est pourquoi, nous disons qu’une foi authentique compense le nombre et rend le croyant grand et nombreux, même s’il est peu nombreux ou même seul dans sa société.

Certes, cela n’est pas si simple que cela. La vie est trop complexe pour la transformer aussi simplement en source de joie permanente. Toutefois, nous devons savoir que c’est par notre foi que nous nous mettons sur le chemin de la vie, sur lequel, nous continuerons à rencontrer, naturellement, vie et mort, accueil et refus, des choses faciles et des choses difficiles.

Dans notre société, il y a un pluralisme religieux, qui est source de tant de barrières, d’amour et de haine, d’accueil et de refus mutuel, de tensions implicites ou explicites. S’y ajoute le grand conflit entre les deux nationalités qui ne cessent de cherche à sortir de la voie de la mort dans laquelle nous sommes tous coincés, et dans lequel se déroule notre vie quotidienne.

En ce qui concerne le pluralisme, en tant que chrétiens, nous avons notre vision : toute personne humaine, croyante ou incroyante, est créature de Dieu et objet de son amour et de sa Providence. A l’exemple de Dieu nous nous comportons et nous portons de l’estime à l’égard de toute personne humaine. Nous aimons toute personne humaine et nous essayons petit à petit d’éliminer les barrières inconscientes imposées à chacun de nous par le pluralisme religieux, essayant de redevenir ainsi des personnes humaines égales devant un seul Dieu, Créateur de tous et aimant de tous. Chacun et chacune restera fidèle à sa religion mais, avec sa fidélité, il essaiera de faire de sa foi un principe d’amour et d’accueil non un principe de refus, d’hostilité ou d’agression.

En ce qui concerne, le grand conflit et l’occupation de la terre qui nous est imposée,  nous disons qu’il faut commencer par écarter la grande barrière qu’est la peur et la méfiance  qui nous empêche de sortir de la voie de la mort. La voie de la vie commence par des actions de vie et non par des actions de mort. Il faut donc arrêter toutes les actions de mort, la haine, le massacre des personnes, la démolition des maisons, la détention des prisonniers etc… Alors s’ouvrira la voie de la paix. Prétendre imposer la mort à l’autre partie déjà sous occupation jusqu'à ce qu’elle se résigne, se soumette et dise : je n’en peux plus, je suis mort, venez faisons la paix, c’est là une voie qui gardera la paix toujours lointaine sinon impossible. Car la paix ne se fait pas avec les morts, mais avec des vivants qui résistent et réclament leurs droits.

5. Avec tout cela, nous regardons la Vierge Marie, la pleine de grâce. Nous célébrons l’Annonciation, qui est une fête pour le monde entier, pour les millions de pèlerins qui croient au mystère de cette ville. Mais c’est une fête pour nous aussi qui vivons ici : notre vie de chaque jour doit être un pèlerinage à la sainteté de notre ville, une prière et une quête de Dieu. Nous sommes proches et pèlerins permanents, mais en même temps, l’oubli, la négligence et les nombreux soucis, font de nous des pèlerins éloignés et nous empêchent de donner l’attention nécessaire à la sainteté qui nous entoure. Frères et Soeurs, la fête aujourd’hui et cet endroit nous appellent et nous disent que notre vie doit devenir un cheminement rempli de l’Esprit de Dieu et de sa puissance, de sa joie et de sa lumière, et de l’amour de Dieu et de tous les hommes.

« Ici le Verbe de Dieu s’est fait chair, ici nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme fils unique, plein de grâce et de vérité… et de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce » (Jn 1,14 et 16).

Oui, nos âmes, nos maisons, notre ville sont pleines de soucis et de problèmes. Notre pays est en conflit et vit dans le sang, la peur et la terreur. Avec tout cela nous voulons entendre ce que nous dit l’évangile aujourd’hui : « Nous avons tous reçu grâce sur grâce ». Nous avons donc en nous la force suffisante afin de vaincre tout mal qui nous entoure. Demandons à Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie, de nous accorder le courage et la joie de vivre. Amen.

 

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