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Message de Pâques
23.3.2008

Frères et Soeurs,
Le Christ est ressuscité. Bonne et sainte fête de Pâques.
C’est ma dernière Pâque avec vous. Ayant atteint l’âge de 75 ans, je prends bientôt ma retraite. Mais, comme je l’ai déjà dit dans ma dernière Lettre Pastorale, je continuerai à vous accompagner de mes prières et à partager avec vous vos joies et vos peines, dans cette ville sainte de Jérusalem. Et, avec toute personne de bonne volonté, je continuerai à agir pour la justice et la paix, afin que cette terre et tous ses habitants retrouvent la sécurité et la tranquillité, dans la présence du Dieu Tout-Puissant, plein d’amour et de miséricorde. J’assure de ma prière et de mon amitié tous les fidèles de toutes nos Eglises de Jérusalem, ainsi que tous les croyants des différentes religions présents sur cette terre : juifs, musulmans, chrétiens, druzes, et la communauté des Baha’i,
Le Christ est ressuscité. Je demande à Dieu de remplir vos coeurs de la joie et de l’espérance de la Résurrection. Nous vivons tous sur une terre sainte, terre de la Révélation de Dieu à l’humanité, terre de Rédemption et de réconciliation des peuples entre eux et avec Dieu, Dieu qui écoute et pardonne. Et pourtant, malheureusement, cette terre demeure une terre de sang, ignorante de sa vocation et incapable de l’accueillir.
Ces dernières semaines, les événements de Gaza et les centaines de victimes faites depuis le début du siège imposé à plus d’un million d’habitants, les jeunes victimes de ce récent attentat perpétré dans une Yeshiva de Jérusalem, les incursions incessantes des militaires israéliens dans les villes palestiniennes malgré les accords avec l’Autorité Palestinienne, et le meurtre de nombreux jeunes, dont les quatre jeunes de Bethléem tués il y a une semaine à l’intérieur de leur foyer, tout cela n’est qu’une spirale de violence inhumaine et inutile, de quelque côté qu'elle provienne. D’ailleurs, le simple constat des faits montre que cette violence n’a pas établi la sécurité voulue. Cette violence inhumaine et inutile est une atteinte à la dignité humaine, celle de celui qui tue comme celle de celui qui est tué.
Tout cela est contraire à la vie nouvelle que nous célébrons avec la fête de Pâques. Les Etats, les personnes, les Israéliens et les Palestiniens, après plus d’un siècle de conflit et de violence, doivent se rendre compte qu'aujourd'hui les armées ne parviennent plus à défendre leurs peuples. Elles les exposent au contraire à plus de violence, de peur et d’insécurité, car les faibles et les opprimés eux aussi sont forts et arrivent à défier les puissants de ce monde. Il est temps de tirer les leçons de l’histoire et de rentrer dans les voies de Dieu ; il est temps pour les Etats et les responsables politiques d’accepter leur vocation : construire les sociétés, et non de les démolir. Or la violence démolit, elle ne construit pas. De plus, en nous créant, Dieu a donné à chacun de nous une part de sa bonté, nous rendant tous capables de construire des sociétés dans lesquelles tous se reconnaissent frères et soeurs, créatures du même Dieu, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs. Et la violence n’est pas la bonne voie pour atteindre ce but. Nous sommes tous créatures du même Dieu un et unique qui nous appelle à devenir saints et parfaits comme lui. (Mt 5:48).
A côté de cela, il existe aussi cependant dans les deux sociétés, israélienne et palestinienne, des centaines de milliers de personnes qui crient: Paix! Paix!, et qui aspirent à la ‘paix maintenant’. De la même manière il existe aussi, et des deux côtés, des extrémistes, prisonniers de leurs idéologies, qui pensent pouvoir ou devoir tuer leur frère, au nom de Dieu, alors que Dieu leur dit à tous: Aime ton prochain comme toi-même.
Nous avons besoin de chefs capables de faire la paix, car elle est l’unique moyen d'imposer une limite à l’extrémisme et de commencer une véritable action en faveur de la sécurité. Dire que la paix est un risque que l’on ne peut pas prendre revient à dire que nous allons rester dans les voies de la violence et de la mort. Aux chefs de choisir entre les deux, la paix ou l’extrémisme qui monte et cause toujours plus d’insécurité. Nous avons besoin de chefs prêts à payer de leur vie le prix de la paix, non de chefs qui donnent l'ordre de tuer et d’assassiner, et envoient les autres tuer ou être tués.
Le Christ est ressuscité. C'est dans ces circonstances toujours plus difficiles pour notre terre et pour la région - et nous voulons mentionner dans ce message le meurtre de l’archevêque de Mossoul en Iraq, ainsi que la vie de tous les Iraqiens, devenue, depuis le début de la guerre, une tragédie permanente -, dans ces circonstances difficiles nous célébrons la Pâque à Jérusalem, et nous vous exhortons, vous frères et soeurs, et vous tous hommes et femmes de bonne volonté, à ne pas faiblir devant les forces de la mort à l'oeuvre chez nous. Saint Paul nous dit: “Vous n’avez pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte” (Rm 8,15), mais l’esprit de Dieu, pour être forts de la force de Dieu et de son amour.
Pâques est la célébration du triomphe du Christ sur la mort et le péché. A tous Dieu accorde cette grâce de pouvoir vaincre le mal en lui-même et en ceux qui l’entourent. Il nous accorde à tous la force de pouvoir transformer la rancune et la mort en confiance, en amitié et en vie abondante, fruit de la Résurrection.
Nous croyons en Dieu. Il est bon, et sa bonté finira par l’emporter sur le mal des hommes qui ne cessent de dire : Nous construisons et nous voulons la sécurité, alors qu’ils ne cessent de réduire la sécurité à un mirage. Il est temps de prendre de nouvelles mesures de sécurité qui respectent la personne humaine et l'acheminent vers la paix, non vers la mort.
Frères et Soeurs, je termine ma mission comme Patriarche. C’est le dernier message que je vous adresse en cette qualité. Et, comme je l’ai dit plus haut, je continuerai à prier et à marcher avec vous dans les voies ardues de la justice et de la paix, et dans les voies de la sainteté exigée par Dieu dans ce pays pour tous ses habitants et pour tous ceux qui le gouvernent. A tous, je souhaite la Résurrection, une vie nouvelle pleine de l’Esprit de Dieu, de sa force et de son amour.
Le Christ est ressuscité. Bonne et sainte fête de Pâques.

+ Michel Sabbah, Patriarche
Jérusalem - 17 mars 2008

 

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