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Jeudi Saint au Saint Sépulchre
20 mars 2008
Homélie

Mes frères les évêques, les prêtres, frères et soeurs
Le Seigneur nous donne, chaque année, ici, la grâce de célébrer la Pâques avec lui sur les mêmes lieux où il l’a célébrée lui-même avec ses disciples, dans cette ville sainte de Jérusalem, qui est pour nous à la fois, la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste à laquelle nous aspirons.

Nous, évêques et prêtres, nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de la première ordination, instituée dans le cadre du rite pascal du Premier Testament. Après le repas prescrit, Jésus prit le pain puis le calice plein de vin. Il dit: ceci est mon corps et ceci est mon sang pour la nouvelle alliance. Faites cela en mémoire de moi. L’institution fut suivie, après un dernier entretien de Jésus avec ses disciples, par la prière à Gethsémani que les évangélistes disent avoir été une agonie, avant la mort sur la croix, qui s’acheva quelques heures après. Voilà notre anniversaire.

L’évangile que nous lisons aujourd’hui, du chapitre XV de Saint Jean, ne nous raconte pas l’Institution du Sacrement, mais plutôt les dernières recommandations de Jésus et les différentes réactions encore simplement humaines des apôtres. Jésus nous donna un exemple: le lavement des pieds, indication pour ses apôtres et pour nous, le long des siècles, qui nous dit que nous sommes envoyés pour servir et non pour être servis. Qui nous dit de rester humbles dans nos positions dans l’Eglise et la société, renvoyant tous nos mérites à la grâce gratuite du Seigneur qui nous a choisis. Il nous donna aussi le commandement de l’amour de Dieu et de toutes les créatures de Dieu; et dans ce pays, nous devons toujours nous le rappeler, c’est un commandement qui s’adresse à tous nos rapports avec tous les habitants de cette terre de toute religion et de tout comportement, humain, inhumain parfois, des modérés comme des extrémistes.

Jésus pria aussi, dans les dernières heures de sa vie pour l’unité de ses disciples, afin que nous comprenions que l’union de tous les croyants en Jésus-Christ est une question à remettre toujours devant Dieu, et qui doit elle aussi passer  par l’amour gratuit. C’est une question de vérité.  Mais tout ce qui ne passe pas par l’amour et par l’action de Dieu même, ne peut que rester des efforts humains et stériles. Et, dans cette Eglise de Jérusalem, autant que dans l’Eglise universelle, la question de l’unité s’impose à nous, de même que les voies de l’unité indiquées par le Christ, comme dernier commandement: la prière, l’amour et l’imitation du Christ qui est un avec le Père. “Qu’ils soient un comme moi et toi nous sommes un”. Jésus nous avait dit aussi: “Soyez parfaits et saints comme votre Père céleste est saint et parfait”.

Et s’il nous l’a dit, cela veut dire que cela est possible, et si parfois nos faiblesses nous empêchent de nous engager dans cette imitation de Dieu même, nous nous rappelons la parole donnée à Saint Paul, qui a ressenti lui aussi sa faiblesse. Dieu lui dit: ma grâce te suffit. La grâce de Dieu est toujours là pour nous soutenir dans notre marche difficile et dans l’imitation aussi difficile de la sainteté même de Dieu. Dans l’histoire de l’Eglise, beaucoup de saints y sont parvenus. Et comme le dit Saint Augustin, ce que d’autres ont pu faire, nous aussi, nous pouvons le faire. A nous de reprendre en main notre sacerdoce et de le remettre chaque jour devant Dieu afin de remplir dans notre monde la mission qui nous est confiée.

Ce que Dieu avait dit au prophète Jérémie, il nous le redit chaque jour. A nous de nous le méditer et de le prendre au sérieux: “J’ai placé mes paroles en ta bouche, dit Dieu à Jérémie. Je t’établis parmi les nations et les royaumes, pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir, pour bâtir et planter”. Les peuples et les royaumes sont tous les peuples de cette terre, et toute personne humaine que Dieu met sur notre route, avec toutes leurs difficultés. “Pour exterminer et démolir”, d’abord le mal en nous-mêmes, afin que la puissance de Dieu puisse agir par nous et nous rende capables de démolir le mal de la haine, des divisions et de la mort qui dévore cette terre sainte. “Pour bâtir et planter”, pour s’engager dans l’Eglise et dans toutes nos sociétés, afin de prendre part à la construction qui y est requise de la vie, de la justice et de la paix. Afin de ne pas voir les autres haïr et tuer, et rester spectateurs de loin, et dire c’est une question des autres, qui ne nous concerne pas, prétendant nous renfermer dans nos rites et liturgies.

Jésus nous dit: faites ceci en mémoire de moi. Sa mémoire, c’est la croix, c’est la mort, par laquelle nous sommes invités à passer chaque jour. Et pour cela, être prêts à passer chaque jour par le feu purificateur,  comme nous le dit Saint Pierre dans sa première épître, le feu à la fois de la grâce de Dieu et de tout événement tragique dans nos sociétés. Chaque jour nous sommes des annonciateurs de la mort, de la croix, et de la Résurrection, et à tous, par delà les frontières de nos petites communautés, de nos presbytères et de nos couvents.

Frères et Soeurs, nous célébrons aujourd’hui notre anniversaire. C’est une occasion de joie, parce qu’elle est la mémoire de la grâce qui nous est donnée, et celle de l’amour de Dieu pour nous. Mais elle est aussi mémoire de la mort par laquelle nous devons passer pour donner la vie à notre monde.
Nous allons renouveler nos promesses sacerdotales, notre fidélité à Dieu, à l’Eglise et à nos sociétés ici en Terre Sainte et à toute l’humanité.  Jésus lava les pieds de ses apôtres, afin que nous en comprenions le sens et afin de l’appliquer dans notre vie et dans notre sacerdoce. Il nous donna le commandement de l’amour, commandement simple en soi, mais commandement difficile, qui nous rappelle toutes les tragédies humaines, au plan individuel comme au niveau des peuples. Et, il pria. Il nous enseigna le Notre Père, au Mont des Oliviers. Mais il nous enseigna à prier aussi, à Gethsémani, et sur la croix, ici, au Calvaire, afin que notre prière devienne comme sa prière, et comme la sienne puisse devenir un instrument de salut pour nous-mêmes et pour le monde.

Je vous souhaite, frères évêques et prêtres, aujourd’hui rassemblés dans cette vénérable Basilique des lieux de la Rédemption, un anniversaire de sainteté et de sacerdoce fidèle, dans l’imitation du Père et du Christ, son Verbe Eternel, qui nous envoie jour après jour, afin de continuer son oeuvre de salut sur la terre.  Amen.

+ Michel Sabbah, Patriarche  

 

 

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