MESSAGE DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D’ORIENT

Noêl 1999
CONSEIL DES PATRIARCHES CATHOLIQUES D’ORIENT
« Voici, Je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5)
6ème Lettre Pastorale des Patriarches Catholiques d’Orient adressée à leurs fidèles en Orient et dans la Diaspora

1.INTRODUCTION
2.La Bonne Nouvelle
3.Esprit de la Lettre
4.Particularité de cette Lettre
5.Contenu et divisions de la Lettre 

CHAPITRE PREMIER

LE GRAND JUBILE DE L’AN 2000
6.Le Verbe s’est fait chair
7.Du mystère de l’Incarnation à l’Eglise de l’Incarnation
8.Le mystère de l’Incarnation et les exigences du présent et de l’avenir
9.Appel à la prière, à la méditation et à l’action
10.Les Lettres Pastorales
11.Ensemble vers le troisième millénaire

CHAPITRE DEUXIÈME

LE PREMIER CONGRÈS DES PATRIARCHES ET DES ÉVÊQUES

T:
L’ÉVÉNEMENT ET LA SIGNIFICATION
12.L’événement
13.L’événement et son contexte
14.L’événement et sa signification
15.Conversion et pénitence
16.Connaissance mutuelle
17.Ouverture
18.La communion
19.Un signe d’espérance

CHAPITRE TROISIÈME

PLAN D’ACTION POUR L’AVENIR
20.De l’espérance à l’action21.Les recommandations du Congrès
22.Premièrement: Identité de nos Eglises catholiques orientales et la coordination entre elles.
23.Deuxièmement: La vie de l’Eglise
24.Troisièmement: L’engagement apostolique pastoral
25.Quatrièmement: le dialogue
26.Cinquièmement: Le service social, l’éducation et les moyens de communication sociale
27.Sixièmement: Les droits de l’homme

CONCLUSION

28.Joie et  espérance

INTRODUCTION
A nos frères les Evêques, les prêtres, les diacres, les religieux, les religieuses, et à tous les fidèles: Nous vous annonçons « une grande joie, qui sera celle de tout le peuple: aujourd’hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David »
(Lc 2,10-11).

La Bonne Nouvelle
1. Avec cette Bonne Nouvelle nous commençons notre sixième Lettre Pastorale que nous vous adressons à la suite de notre neuvième Congrès, tenu au siège du Patriarcat Maronite à Bkerké, du 3 au 6 novembre 1999, accueillis par S.B. le Patriarche Nasrallah Boutros Sfeir, et avec la participation de tous les Patriarches Catholiques d’Orient. Bien que nous soyons peut-être déjà habitués à entendre ces paroles de la Bonne Nouvelle, elles gardent cependant une signification particulière, non seulement parce que cette Lettre vous est adressée à l’approche de  Noël, mais aussi parce qu’elle paraît à la veille du Grand Jubilé de l’an 2000 après la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ et le mystère de sa glorieuse Incarnation.

Jésus-Christ est lui-même la Bonne Nouvelle, toujours le même et toujours nouveau, au long des siècles. Nous le portons dans nos cœurs, dans nos personnes et nos communautés, afin qu’il devienne en nous une source d’eau vive qui féconde notre vie et y renouvelle notre joie, notre vie et notre engagement.

Esprit de la Lettre
2. L’esprit de la Lettre s’inspire du verset de l’Apocalypse inséré dans notre titre: « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap 21,5). C’est l’Esprit-Saint qui renouvelle la face de la terre (cf. Ps 104,30), la face de nos Eglises et de chacun de nous. Celui qui est nouveau, avant toute chose, est Jésus-Christ lui-même. Et c’est l’Esprit-Saint (cf. Jn 16,13) qui nous éclaire afin que nous en saisissions le mystère d’une façon toujours croissante (cf. 1Co 12,3), jusqu’à parvenir à la « plénitude du Christ » (Eph 4,13). Jésus-Christ est le « nouveau » de Dieu dans le monde de l’humanité. Après deux mille ans de notre histoire, nous ne cessons de méditer ce grand mystère, afin d’y trouver « du neuf et du vieux » (Mt 13,52), et afin de renouveler notre foi et notre joie. Ce qui est nouveau aussi, c’est ce que nos Eglises s’efforcent de vivre dans l’avenir, à la lumière de notre foi en Jésus-Christ, de notre histoire passée et de notre contexte social actuel. Ce qui est nouveau, enfin, c’est  ce que l’Esprit éveille dans nos Eglises: c’est ce désir d’agir  ensemble afin de préparer l’avenir; d’où le titre de la Lettre: « Ensemble vers l’avenir ». Dans cet esprit de renouveau, nous regardons vers l’avenir avec joie et espérance, libres de toute peur, de tout découragement, car le Seigneur nous dit: « Ayez confiance, c’est moi, soyez sans crainte » (Mt 14,27).

Particularité de cette Lettre
3.  Nous avons pris l’habitude, frères et fils bien-aimés, de vous adresser, après chaque Congrès, une Lettre Pastorale sur le sujet de notre méditation et de notre étude. Cette Lettre diffère des précédentes, pour plusieurs raisons: Premièrement, le Grand Jubilé imprègne de plus en plus nos consciences et suscite toute sorte d’initiatives dans nos diverses Eglises. Nous espérons que toutes ces initiatives profiteront au bien spirituel de toutes nos Eglises, et par elles à toutes nos sociétés. Deuxièmement, le premier Congrès des Patriarches et des Evêques Catholiques du Moyen-Orient vient d’avoir lieu en mai dernier: ce fut un pas courageux et unique dans la vie de nos Eglises Catholiques en Orient. Troisièmement, tous les participants ont exprimé le désir de traduire les idées partagées en réalisations concrètes et tangibles: ainsi la pensée devient action et  vie dans nos Eglises.

Tout cela donne à notre Lettre un cachet particulier, et en fait une introduction à une action spécifique de l’Eglise dans les prochaines décennies du troisième millénaire. Nous essayons dans cette Lettre de recueillir les fruits de la collaboration qui s’est manifestée d’une façon progressive entre nos Eglises Catholiques, à plus d’un niveau, durant les décennies passées, afin d’en faire une action méthodique et constante dans notre pastorale d’ensemble. Nous vous invitons à prendre en considération ces directives pratiques, afin qu’elles soient notre guide à tous pour l’avenir et un stimulant pour prendre les initiatives opportunes en tout domaine.

Contenu et divisions de la Lettre
4. Toutes ces circonstances constituent le contenu de cette Lettre. Nous vous invitons à les méditer avec nous, afin que nous puissions y découvrir ensemble la volonté de Dieu sur nous, dans le moment historique important que nous vivons, et afin que nous puissions nous conformer à cette volonté avec générosité, soutenus par un véritable esprit de foi, d’espérance et de charité.

Dans la première partie, nous méditerons sur le Grand Jubilé de l’an 2000, qui doit être un nouveau point de départ pour notre vie d’Eglise, pour notre vocation et notre mission.

Dans la deuxième partie, nous reviendrons au Premier Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient, nous arrêtant à ses diverses significations ecclésiales: nous voudrions les affermir dans nos Eglises, et en faire un nouvel esprit qui nous inspirera dans l’avenir.

Dans la troisième partie, nous nous arrêterons aux lignes d’action définies par ce Congrès, afin d’en faire, pour nos Eglises, un plan d’action qu’il faudra vivre progressivement dans les différents domaines de notre vie ecclésiale.

CHAPITRE PREMIER
LE GRAND JUBILE DE L’AN 2000

Le Verbe s’est fait chair (Jn 1,14)
5.  Le Grand Jubilé de l’an 2000 nous met tout d’abord devant le grand mystère de l’Incarnation divine, annoncé par les anges aux pasteurs, devant la Bonne Nouvelle qui est Jésus Sauveur et le Christ Seigneur (cf. Lc 2,10-11), résumée par S. Jean, dans le prologue de son Evangile, par ces paroles concises et admirables: « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). C’est le mystère que les chrétiens n’ont cessé de méditer, au long des siècles, avec étonnement, louange et action de grâce. Par l’Incarnation, Dieu prit l’initiative, vint à la rencontre de l’homme et l’invita à retourner à son image originelle et authentique et à la plénitude de son humanité renouvelée dans le Seigneur Jésus-Christ, « homme parfait et Dieu parfait ». Le Verbe Incarné est le don de Dieu à l’humanité, un don qui a dépassé toutes ses attentes, tous ses espoirs et tous ses désirs. Dans ce mystère, Dieu et l’homme se rencontrent. C’est la rencontre de l’éternité de Dieu avec le temps de l’homme . Par ce mystère, Dieu a sanctifié le temps et en  a fait, avec toutes ses circonstances et ses particularités, un espace pour notre vocation, notre mission et notre témoignage. Dieu est entré par le Christ dans notre histoire humaine afin d’en faire une histoire du salut dont nous sommes les témoins. Car nous vivons dans l’histoire sans oublier l’éternité, et nous vivons dans l’éternité sans oublier l’histoire humaine. Par l’Incarnation « le temps et l’éternité deviennent deux faces d’un unique projet de salut dont le but est de redonner à l’homme la beauté de l’image de Dieu ».

Et lorsque nous méditons le mystère de l’Incarnation, nous comprenons le rôle que Dieu a voulu réserver à la Vierge Marie, la Mère de Dieu, dans l’admirable économie divine. Elle accepta ce mystère: « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38), et elle en fut remplie de joie: « Mon âme exalte le Seigneur et mon Esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur »
(Lc 1,46). Elle en fit l’objet de sa méditation: « Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses les méditant en son cœur » (Lc 2,19), et elle le donna au monde: « Elle enfanta son fils premier-né » (Lc 2,7). C’est pourquoi, elle devint l’image de l’Eglise, qui est, à son tour, une icône mariale: car elle accueille le mystère de l’Incarnation, s’en réjouit, le médite et le donne au monde.

Nous vous invitons, frères et fils bien-aimés, à continuer avec nous la méditation sur ce mystère éblouissant, tout au long de cette année du Jubilé, afin qu’il nous remplisse de sa beauté et nous renouvelle comme individus, comme groupements, et comme Eglise.

Du mystère de l’Incarnation à l’Eglise de l’Incarnation
6. Du mystère de l’Incarnation, et des mystères qui y sont organiquement liés, la Rédemption et la descente du Saint-Esprit, l’Eglise, corps mystique du Christ, est née. Lorsque nous disons l’Eglise, nous pensons tout d’abord à nos Eglises d’Orient.

L’Orient est le lieu choisi par Dieu pour cette manifestation divine singulière, ce qui fait que nous sommes les premiers concernés par la célébration du Grand Jubilé.  De Nazareth, Bethléem et Jérusalem, la Bonne Nouvelle se répandit partout. Elle  arriva d’abord à toutes les parties de la Palestine, et de là aux autres pays de l’Orient où prirent naissance les grands centres de la chrétienté (Alexandrie, Antioche, Edesse, Nisibe et autres, à côté de Rome et de Constantinople). Nous savons aussi jusqu’à quel point le mystère de l’Incarnation fut le centre de la réflexion chrétienne en Orient: nous rappelons, à titre d’exemple, les disputes véhémentes sur l’identité du Christ durant les premières générations chrétiennes en Orient. Dans ce terroir se formèrent nos Eglises, avec leurs expressions diverses du même mystère, dans la liturgie, la théologie, la spiritualité, et toute la tradition. Nous savons tous aussi  comment les chrétiens d’Orient, essayèrent, au long des siècles, d’expliquer ce mystère à leurs frères et concitoyens qui ne partageaient pas leur foi, comme le montre le patrimoine arabe chrétien. A ce propos, nous ne pouvons non plus oublier que la variété des expressions du même mystère a amené malheureusement aux diverses divisions, dont nous souffrons aujourd’hui encore. Oui, nos Eglises sont par excellence les Eglises de l’Incarnation. Elles portent  la marque indélébile du Christ vivant à jamais.

Le mystère de l’Incarnation et les exigences du présent et de l’avenir
7. Notre manière traditionnelle de comprendre  le mystère de l’Incarnation est un trait fondamental de nos Eglises Orientales. Elle nous invite à continuer la méditation sur ce mystère dans les circonstances présentes de cette partie du monde. Dans cette méditation, nous nous arrêtons aux  trois aspects suivants:

  • a. L’action œcuménique: Dans le passé nous nous sommes disputés au sujet de l’identité de Notre-Seigneur Jésus-Christ et sur le mystère de son Incarnation. Mais nous savons aussi que depuis des années, les Eglises en général et les Eglises d’Orient en particulier ont essayé de dialoguer, afin de combler le fossé creusé entre elles et afin de rechercher ensemble des formules qui expriment la même foi en la personne de Jésus-Christ, des formules qui les unissent et les invitent à se rencontrer. Nous espérons que le Grand Jubilé sera pour nous en Orient l’occasion  de donner un nouvel élan et un nouvel impact à ces dialogues œcuméniques: puissions-nous ainsi découvrir, par la lumière de Dieu et de son Esprit-Saint, que les diverses expressions du mystère du Christ se complètent sans se contredire, exprimant chacune tel ou tel aspect du mystère insondable, qu’aucune description ne peut limiter et  dont elle ne peut mesurer la profondeur.  C’est pourquoi nous éviterons toute rigidité, tension, ou polémique stérile, méditant avec esprit d’humilité et d’adoration  le mystère manifesté par Dieu dans la plénitude des temps, ‘pour nous et pour notre salut’ (Credo). Cet effort œcuménique reste un des plus grands défis pour l’Eglise dans le troisième millénaire.
  • b. Eglises de l’Incarnation ici et maintenant: Nous avons mentionné les grands centres du Christianisme nés dans le passé en Orient autour du mystère de l’Incarnation. Ce sont les centres qui ne cessent de nourrir nos Eglises par leur pensée, leur patrimoine et leur richesse. Mais nous ne pouvons pas rester prisonniers du passé. Ces grandes capitales chrétiennes du passé ne nous isolent pas; au contraire elles nous introduisent aux capitales actuelles de nos pays, Le Caire, Bagdad, Damas, Beyrouth, Amman, Jérusalem, et autres, où Dieu  nous appelle aujourd’hui à vivre le mystère de l’Incarnation. Ceci nous invite à plus d’insertion dans nos sociétés, avec toutes leurs circonstances présentes, afin que nous y soyons des témoins du mystère qui ne cesse de nous interpeller, nous et tout homme en tout lieu et en tout temps.
  • c. Les nouvelles significations du mystère de l’Incarnation: L’Incarnation est un mystère dont nous ne pouvons mesurer les profondeurs ni épuiser toutes les significations. Dieu nous appelle à découvrir les nouveaux aspects et les nouvelles dimensions du mystère ancien et nouveau, en toute époque de notre histoire, à la lumière de notre histoire présente au Moyen-Orient. Quels sont les aspects de ce mystère que Dieu nous appelle à approfondir dans cette époque présente afin de répondre aux exigences du temps présent, à ses défis et à ses appels? Comment sommes-nous appelés aujourd’hui à nous incarner à l’exemple du Christ et dans quels domaines? Nous avons déjà médité avec vous sur ces questions dans notre deuxième Lettre Pastorale . Nous vous invitons à y retourner, car elles revêtent maintenant, à l’occasion du Grand Jubilé de l’an 2000, un nouveau sens et une importance particulière.

Appel à la prière, à la méditation et à l’action
8. Vous voyez ainsi, frères et fils bien-aimés, que le Grand Jubilé ne peut pas se limiter à des célébrations extérieures. Il est au contraire nécessaire d’accompagner ces célébrations et de les soutenir par des temps forts de silence, de prière, de méditation et de réflexion. Nous vous invitons tous, individus et groupes, à prendre des initiatives spirituelles en ce sens. Au seuil du troisième millénaire de notre histoire, nous sommes dans les temps propices, dans lesquels l’Esprit-Saint veut nous manifester la volonté de Dieu sur nous dans les différents domaines de notre vie d’Eglise. Le Grand Jubilé est une grâce particulière que Dieu nous accorde. Il nous invite à méditer sur tous ses aspects et ses exigences, à l’assimiler et à en vivre. Vous savez que nous vivons dans une phase historique importante, même décisive, qui contient  beaucoup de défis, de difficultés, de nouveautés, d’appels et d’espérances. Au milieu de tout cela, nous nous trouvons devant des choix à faire, des décisions à prendre et des actions qui conviennent à ce moment historique. Nous avons donc un besoin urgent de nous arrêter, de faire silence, de penser, de méditer, de prier et d’entrer au plus profond de nous-mêmes, individus et  groupes, afin que Dieu nous inspire ce qui est bien pour nos Eglises. Notre modèle en cela est la Vierge Marie qui méditait tout en son cœur (cf.  Lc 2,19), afin d’assimiler ce qui se passait en elle et autour d’elle, afin de découvrir la volonté de Dieu sur elle et de rentrer dans le plan divin du salut. Ces moments de silence et de recueillement nous enrichiront et feront naître dans nos Eglises des énergies nouvelles d’action pour le service du Royaume.

Les Lettres Pastorales
9. Nous avons pris l’habitude, depuis la fondation de notre Conseil, de vous adresser des Lettres Pastorales  sur des sujets que nous avons tenus pour importants. Nous avons essayé dans ces Lettres, d’un côté, d’être attentifs à vos besoins, à vos soucis et à vos attentes, et, de l’autre, d’écouter la voix de Dieu en nous et en vous. Le but de ces Lettres, comme nous avons dit dans notre deuxième Lettre, est d’ouvrir avec vous « une porte pour la réflexion, l’échange et la consultation. Si cela se fait, cela ne peut que susciter des initiatives pratiques, grâce auxquelles peu à peu, nous verrons se cristalliser la nature de notre présence et de notre témoignage pour la gloire de Dieu et le service de tous les hommes ». Malheureusement ces Lettres ne parvinrent pas suffisamment à tous les fidèles, par défaut de communication dans nos Eglises. Nous vous invitons, à l’occasion du Grand Jubilé à y retourner; elles pourraient nous aider tous à continuer la réflexion sur ces sujets, afin de trouver notre chemin vers le troisième millénaire. Nous sommes certains que nous y trouverons des éléments de réflexion capables d’illuminer notre chemin pour plus d’insertion et d’engagement.

Ensemble vers le troisième millénaire
10. C’est ainsi, frères et fils bien-aimés, que nous nous orientons vers le troisième millénaire. Nous sommes certains que Dieu nous prépare un chemin de gloire. Mais le chemin de gloire ne peut être qu’un chemin de croix aussi, car nos Eglises sont marquées par la marque de la Pâque glorieuse. S. Paul dit de son expérience spirituelle, qu’il oublie le chemin parcouru,  qu’il  va droit de l’avant, afin d’atteindre le but (cf. Ph 3,13-14). Cette vitalité spirituelle vécue par S. Paul est une invitation pour nous tous à assimiler le passé afin de préparer l’avenir. La vitalité spirituelle qui nous a rendus dans le passé capables de surmonter des époques historiques diverses, nous aidera aussi à rentrer ensemble dans l’avenir avec une foi vivante, une espérance ardente et un amour toujours renouvelé. Jésus-Christ est le Seigneur des temps, de l’univers et de l’histoire: il peut, par la force de son Esprit, nous rendre capables d’agir « pour préparer le printemps nouveau d’une vie chrétienne » dans nos pays, un printemps que nous ne pouvons construire qu’ensemble. CHAPITRE DEUXIÈME
LE PREMIER CONGRÈS DES PATRIARCHES ET DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES DU MOYEN-ORIENT:
L’ÉVÉNEMENT ET LA SIGNIFICATION L’événement
11. Parler de l’avenir nous amène à la deuxième partie de notre Lettre, qui est le Congrès des Patriarches et des Evêques Catholiques du Moyen-Orient, tenu au Liban du 9 au 20 mai 1999. Il a rassemblé tous les Patriarches et les Evêques Catholiques, en plus des représentants du Saint-Siège, des Eglises de l’Afrique du Nord, de Turquie et d’Iran, de quelques Conférences épiscopales, des Eglises-sœurs, comme des laïcs, hommes et femmes, et des représentants des moyens de communication sociale, le tout aux environs de 260 personnes, venues de différents pays. Ce Congrès vient immédiatement dans le cadre des initiatives préparatoires à l’an 2000, dans le but « de consolider les rapports entre les Eglises selon une tradition ancienne qui reliait les Eglises les unes aux autres par des synodes régionaux pour étude, consultation et collaboration » .
Ce Congrès fut tenu sous le signe de la vie, car il a pris pour devise le verset évangélique: « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient surabondante » (Jn 10,10). Le communiqué final rappelle cette devise affirmant que le Père, en Jésus-Christ et par la force de l’Esprit-Saint, « nous a apporté la vie abondante et nous a appelés à jouir de cette vie ». Le communiqué ajouta que Dieu a accordé cette vie à nos Eglises tout au long de leur histoire, par le moyen de leurs patrimoines divers dont elles se nourrissent encore, par le mérite de « nos martyrs, de nos saints et de nos Pères ». C’est la vie que Dieu continue à nous donner aujourd’hui dans nos Eglises « afin que la vie nouvelle brille en elles ».

L’événement et son contexte
12. Ce Congrès n’a pas été un événement isolé ou en marge de la vie. Il s’insère plutôt dans le cadre d’une orientation générale de nos Eglises Catholiques dans la région, qui a pour but de créer de nouveaux liens, de nouvelles occasions de rencontre et de collaboration. En plus des structures traditionnelles de communion (tel le synode de chaque Eglise), d’autres structures  virent les jours qui rassemblent les Eglises catholiques, telles les Assemblées des Patriarches et des Evêques dans chaque pays  (Syrie, Egypte, Liban, Iraq, Terre Sainte et autres), et le Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient. L’entrée de la famille catholique dans le Conseil des Eglises du Moyen-Orient a créé de nouveaux liens et une nouvelle collaboration avec toutes les Eglises-sœurs et les communautés chrétiennes en Orient. Les Eglises Catholiques ont pris aussi plusieurs initiatives dans le même sens, dont, par exemple, le Congrès des jeunes au niveau du Moyen-Orient, le Congrès pour les laïcs et autres rencontres convoquées par l’Eglise elle-même ou par les mouvements et les diverses entités. Le Synode pour le Liban fut dans ce contexte une initiative importante prise par l’Eglise universelle. Le Congrès des Patriarches et Evêques Catholiques du Moyen-Orient fut comme un couronnement de toutes ces initiatives, une continuation et un nouveau stimulant pour plus d’initiatives dans l’avenir. Nous mentionnons toutes ces formes, afin de remercier Dieu pour tout ce qu’il fait pour son Eglise et afin d’agir ensemble pour rentrer dans cette nouvelle dynamique, y devenir partie prenante et la faire croître.

L’événement et sa signification
13. Ce Congrès est un grand signe dans la marche de nos Eglises Catholiques. Pour la première fois, depuis leur naissance, nos Eglises se rencontrent à ce niveau. Sans doute, cet événement, et le contexte dans lequel il a eu lieu, est un signe des temps qui mérite que nous nous y arrêtions pour lire et découvrir la richesse de sa signification et les horizons d’avenir qu’il ouvre devant nous. Le communiqué final en a indiqué quelques aspects: « Ce Congrès nous a permis de vivre avec joie une expérience spirituelle et ecclésiale profonde, dans le cadre de nos prières et cérémonies communes. Il nous a renseignés sur la situation de nos Eglises, et grâce aux délibérations et recommandations auxquelles nous sommes parvenus, nous avons envisagé la création d’organismes chargés d’assurer le suivi et la coordination du travail ». « Nous rendons grâce à Dieu pour les grâces reçues durant ce congrès, et pour les rencontres et les moments passés ensemble. Selon le mot de l’Ecriture: ‘Voyez qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble’ (Ps 133,1)  » . A notre tour nous nous sommes arrêtés, dans notre neuvième Congrès, sur ces divers aspects dont vous trouvez les échos dans le communiqué final. Nous voulons dans cette Lettre les énumérer et les développer afin qu’ils restent un signe qui marque notre vie d’Eglise.

Conversion et pénitence
14. Le Communiqué final du Congrès des Patriarches et des Evêques voit que le Jubilé pour nous est « une occasion propice pour un repentir sincère qui se traduit par un retour à Dieu et un pardon mutuel, par un enracinement plus profond dans le Christ qui est le chemin, la vérité et la vie. Vivant de son Esprit, nous nous en inspirerons pour nous renouveler et témoigner de lui ». Nos Eglises ont souvent vécu dans le passé sur des chemins parallèles plutôt que complémentaires. Nous nous sommes abandonnés à l’esprit de rivalité, à des suspicions et à des intérêts personnels opposés. La pénitence est un changement de direction, et nous voyons que nos Eglises marchent sur le chemin de l’unité, de la complémentarité et de la collaboration, dépassant, dans leurs rapports mutuels, les diverses difficultés dont nous avons tous subi les conséquences néfastes et destructrices. Nous ne pouvons que voir dans cette nouvelle orientation une réponse à l’appel du Christ à l’unité « afin que le monde croie » (cf.  Jn 17,11. 21-26), et à l’appel réitéré et insistant de S. Paul à l’unité de la communauté des croyants (cf.  v.g. Ph 2,2-5; 1Co 1,10-16).

Connaissance mutuelle
15. Nos Eglises vivent souvent les unes à côté des autres plus qu’elles ne vivent les unes avec les autres. Les Eglises Catholiques se sont réjouies, durant le Congrès, de la connaissance mutuelle qu’elles ont eue, grâce aux interventions sur les différentes Eglises dans toutes les régions du Moyen-Orient. Cette connaissance fut une joyeuse surprise pour plusieurs. Elle éveilla en nous plus d’estime et de respect mutuel. Les Congressistes écoutèrent avec attention et intérêt les interventions de quelques petites Eglises, humbles dans leurs capacités humaines et matérielles, dont nous avions peu de connaissance, telles les Eglises d’Iran, de Turquie et de l’Afrique du Nord. Cela nous a aidés à sortir de notre isolationnisme et à élargir les frontières de nos préoccupations et l’objet de notre communion. Nous voulons leur réaffirmer ici notre amour et notre amitié. Nous voulons nous efforcer à augmenter entre nous la communion et la communication, dans la foi, l’action, les soucis et les espérances. Nous sommes décidés, selon toutes nos possibilités, à ouvrir la porte pour plus de collaboration missionnaire avec les Eglises de ces régions.

Ouverture
16. Par ce Congrès, les Eglises Catholiques n’entendaient pas se replier sur elles-mêmes et penser à leurs propres intérêts. Elles l’ont voulu afin qu’il soit une occasion de s’ouvrir, de  diverses manières, selon la tradition des Eglises, depuis des années. Cette ouverture s’est manifestée sur trois niveaux complémentaires: le premier, l’ouverture œcuménique à toutes les Eglises-sœurs et aux diverses communautés ecclésiales. Ce sujet a été l’un des thèmes de réflexion préparés pour le Congrès  et a été rappelé par le Communiqué final. Le deuxième est l’ouverture aux autres religions dans un esprit de dialogue, « afin de purifier notre mémoire historique, et de poursuivre un dialogue constructeur et une coopération sincère pour bâtir une société où le pluralisme et la liberté religieuse soient respectés ». Le troisième est l’ouverture aux sociétés dans lesquelles vivent nos Eglises et la solidarité avec elles,  essayant d’être proches des pauvres, des nécessiteux, et attentifs aux questions de la paix, de la justice et des droits de l’homme.

Les Eglises catholiques ont compris que le choix de l’œcuménisme, du dialogue interreligieux et de la solidarité avec les sociétés est un choix indispensable pour  l’avenir. C’est ce choix qui garantit la construction d’Eglises vivantes qui témoignent et de sociétés saines, dans lesquelles tous les membres soient égaux.

La communion
17. La profonde communion ecclésiale vécue par tous a été le trait saillant et le fruit le plus important de ce Congrès. Vous vous rappelez, frères et sœurs, que notre Lettre Pastorale, le « Mystère de l’Eglise», a insisté d’une façon particulière sur le sens de la communion et la nécessité d’y réfléchir. Dans ce Congrès, ce sens est devenu un événement visible et un fait tangible, dans lequel tous ont touché du doigt cette profonde communion par-delà la diversité des rites, des structures et des orientations théologiques et spirituelles. Les congressistes ne se contentèrent pas seulement de vivre la communion pour un moment: un véritable désir d’un partage concret est né chez eux, afin que la communion devienne une réalité permanente, une collaboration et une coordination dans les divers domaines. Cette communion, qui est partage, collaboration et coordination, ne demande pas l’annulation de la particularité de chaque Eglise. Elle demande que nos particularités ne soient pas un obstacle à notre rencontre et notre collaboration, mais une aide  et un enrichissement mutuel.

Un signe d’espérance
18. Les Eglises et les fidèles, dans nos pays, font face à des défis et des difficultés multiples qui portent certains au pessimisme et au découragement. Ce Congrès a été un grand signe d’espérance, à la veille du troisième millénaire. C’est pourquoi nous avons voulu réaffirmer dans le communiqué final de notre neuvième Congrès que cette rencontre « a diffusé dans tous les fidèles tranquillité, joie et espérance ».
Plusieurs ont découvert que nos Eglises, malgré leurs limites et leurs difficultés, sont des Eglises vivantes. L’Esprit agit en elles, et grâce à lui, elles sont capables de faire face aux changements, aux innovations et aux défis. Avec cette espérance constante et renouvelée, éveillée par l’Esprit en nous, nous marchons, tranquilles, vers le troisième millénaire, sans nous abandonner à la peur et à la confusion. Nous mettons plutôt notre confiance en Dieu qui nous a promis de rester avec nous, par le Christ et le Saint-Esprit, jusqu’à la fin des siècles (cf. Mt 28,20).

CHAPITRE TROISIÈME
PLAN D’ACTION POUR L’AVENIR

De l’espérance à l’action
19. Le Congrès des Patriarches et des Evêques a traité plusieurs sujets. Certains ont remarqué que la quantité des sujets exposés pouvait nuire à la  profondeur. Cependant, dans ce premier Congrès, le but fut d’avoir une vue d’ensemble compréhensive sur les sujets qui nous concernaient, dans l’espoir d’y retourner petit à petit dans l’avenir et de les approfondir. Avec cette vue d’ensemble, il y eut aussi, et ceci est très important, le désir exprimé par tous de passer à l’action, afin de répondre à la question instamment posée: « Et après? Quels sont les résultats concrets? ». Nous avons de nouveau mentionné ce désir dans notre Communiqué final: « Seule, la poursuite persévérante et de longue haleine des propositions du Congrès garantit de transformer ce dernier en réalité palpable dans la vie de nos Eglises ». Il revient donc aux Eglises de réfléchir sur ces propositions et « de les traduire en vie concrète dans  l’avenir ». Il est certain que ce désir de passer à l’action est un signe que nous devons comprendre et auquel il faut répondre. Ainsi seulement, nos Eglises seront-elles une demeure confortable et accueillante pour leurs fils et filles, et pour tous ceux qui recourent à elles.

Les recommandations du Congrès
20. Ce désir s’est manifesté d’une façon concrète dans les 84 propositions ou recommandations, couvrant les divers domaines de la vie ecclésiale et pastorale. Sans doute elles présentent un programme très vaste. Nous les rappelons dans cette troisième partie de notre Lettre parce que nous sommes convaincus de leur importance, et parce que nous sommes décidés à nous y engager dans l’avenir. Il est certain que nous ne pourrons pas tout faire en une seule fois, car les directives données demandent une action de longue haleine. Mais nous mettrons tous nos efforts, dans les prochaines décennies du troisième millénaire, à les appliquer progressivement, sur une base concrète, sûre et bien étudiée.

Nous résumons, dans les paragraphes qui suivent, les six chapitres de ces propositions, en essayant de les rassembler selon le contenu, d’en faire une base pour l’action de notre Conseil dans l’avenir, et pour la création des structures et des instances dans l’Eglise, depuis la base jusqu’au sommet. Le Congrès est d’un côté un point d’arrivée et de l’autre un point de départ. Nous sommes tous responsables d’en assurer l’application et la continuité, selon une méthode d’action et une programmation commune, afin d’agir selon  les lignes d’action proposées, d’une façon progressive et constante.

Premièrement: Identité de nos Eglises catholiques orientales et la coordination entre elles.
21. Nos Eglises Catholiques dans cette région sont orientales par leurs racines et leur patrimoine apostolique, patristique, liturgique, et spirituel. D’un côté ce patrimoine est commun avec les Eglises Orthodoxes, et, de l’autre, nos Eglises Catholiques sont en communion avec l’Eglise Universelle Catholique Romaine. Elles portent, avec la diversité de leurs traditions et de leurs expressions de la foi, les valeurs chrétiennes évangéliques vivantes. La fidélité à nos patrimoines riches et diversifiés s’impose. Ils sont la base nécessaire de tout renouveau. Mais il faut aussi créer les  structures qui garantissent la continuité et  la coopération entre nos Eglises d’Orient.

  • 1. Insister sur notre patrimoine oriental à travers les instituts de formation théologique et spirituelle et les activités pastorales à différents niveaux, et approfondir la connaissance de la pensée théologique patristique commune et du patrimoine arabe chrétien, et les mettre au service de nos Eglises dans leur contexte présent.
  • 2. Instituer une structure d’exécution qui dépende du Conseil des Patriarches Catholiques et soit en rapport avec les Synodes des différentes Eglises Catholiques. Former aussi une Union des Conseils des Patriarches et des Evêques Catholiques se trouvant actuellement dans les pays du Moyen-Orient, et un comité conjoint qui coordonnerait le travail pastoral dans les pays où se trouvent des Eglises différentes.
  • 3. Faire de sorte que l’autorité des Patriarches s’étende à tous leurs fidèles, où qu’ils se trouvent.

Deuxièmement: La vie de l’Eglise
22. Au seuil du troisième millénaire, nos Eglises sont invitées à suivre un parcours spirituel renouvelé et à témoigner du Christ dans un monde en perpétuel changement, nécessitant une nouvelle évangélisation. Le Congrès a insisté sur la nouvelle évangélisation qui s’appuie sur le témoignage évangélique des individus et des diverses institutions d’Eglise. Leur travail pour nourrir la foi par une connaissance plus profonde du mystère du Christ a pour but de promouvoir la foi des fidèles d’une appartenance confessionnelle héritée et d’une pratique superficielle, à une foi consciente, responsable et vivante.

  • 4. Pour une nouvelle évangélisation: établir un projet catéchéstique élargi, qui anime  la foi au milieu des changements actuels; porter le clergé, les religieux, les religieuses, ainsi que les laïcs à exécuter ce projet, conformément aux exigences du temps présent et aux besoins prioritaires des fidèles, en ayant recours aux méthodologies et aux moyens d’action modernes.
  • 5. L’Education religieuse: soutenir et développer le Comité Catholique de Catéchisme dépendant du Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient
  • 6. L’Ecriture Sainte: Soutenir la Ligue Biblique Catholique existant au Moyen-Orient, et renforcer toute initiative qui a pour but la distribution de la Bible, son étude et sa  méditation. Travailler à une traduction unifiée pour l’usage liturgique.
  • 7. La Liturgie: renouveler la vie liturgique de sorte qu’elle soit une vraie célébration du salut divin, et cela par la fidélité au patrimoine et par l’écoute aux exigences des temps modernes, et soutenir ce renouvellement par les moyens opportuns (publications ou autres) qui facilitent la participation active, vivante et féconde des fidèles. S’efforcer à préparer des spécialistes en liturgie et des animateurs liturgiques dans les diocèses et les paroisses. Dans ce domaine, il faut tendre aussi à unifier le Credo et le Notre Père dans  les Eglises Catholiques.
  • 8. L’esprit missionnaire: encourager et accroître les vocations  missionnaires, et écouter les besoins des Eglises qui demandent notre aide (Afrique du Nord, par ex.)
  • 9. Action pastorale: prendre soin de l’action pastorale, insister sur la formation théologique, utiliser les moyens modernes opportuns, utiliser la langue que comprennent notre temps et notre société. Créer un comité pastoral commun afin de coordonner les efforts des  diverses paroisses existant dans la même région .

Troisièmement: L’engagement apostolique pastoral
23. Tous les fils de l’Eglise, évêques, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, sont appelés à contribuer à édifier l’Eglise du Christ, chacun selon l’originalité de sa vocation et de sa mission. Dieu distribue les charismes, en Jésus-Christ, par la force de l’Esprit-Saint, à toutes les catégories des fidèles. Si chacun utilisait son don pour l’édification commune, sous la responsabilité des Evêques, nous arriverions à une action apostolique et pastorale commune et efficace, pour le service du Royaume.

  • 10. La relation entre les Congrégations religieuses et les Evêques et la relation entre les Congrégations elles-mêmes: trouver la structure convenable pour la collaboration entre Evêques et Congrégations religieuses, et faire participer les Congrégations, d’une façon ou de l’autre, dans les actions et les structures des Conseils des Patriarches et des Evêques Catholiques de chaque pays. Encourager la coordination entre les Unions religieuses au niveau du Moyen-Orient afin d’échanger les expériences, distribuer les forces, activer l’action pastorale et répondre, autant que possible, aux appels des pays en besoin, dans le monde arabe et ailleurs.
  • 11. Les laïcs: activer le rôle des laïcs dans nos Eglises d’une façon sérieuse et véritable; créer les conseils dont parlent les codes canoniques de l’Eglise, après une préparation sérieuse et profonde.
  • 12. La famille: consacrer un soin particulier à la famille; assurer une action continue et suivie avec elle, moyennant la création d’un institut au niveau du Moyen-Orient pour les études pastorales surtout  sur la famille;  créer dans chaque diocèse ou paroisse un organisme qui s’occupe de la famille et de la préparation au mariage.
  • 13. La femme: développer le soin pastoral de la femme afin qu’elle prenne sa place et son rôle dans la famille, la société et l’Eglise et, sur la base de sa mission spécifique, activer sa participation dans l’Eglise et son rôle dans les centres de responsabilité et de décision;  renforcer le rôle de la femme consacrée dans l’action pastorale, apostolique et administrative de l’Eglise.
  • 14. La jeunesse: prendre soin de la jeunesse, l’inviter à participer dans la vie de l’Eglise et l’encourager à  s’engager dans les diverses institutions et mouvements pour les laïcs; organiser des rencontres de jeunes au niveau du Moyen-Orient.
  • 15. L’émigration: créer un organisme spécial pour prendre soin des fidèles afin de limiter leur émigration;  suivre les émigrés afin de les aider à conserver leur identité de foi et d’Eglise, en collaboration et coordination avec les Eglises d’accueil .

Quatrièmement: le dialogue
24. Le choix du dialogue est un choix fait par nos Eglises; nous en avons longuement parlé dans notre deuxième Lettre Pastorale . Malgré les difficultés et les défis multiples, nous sommes décidés à suivre cette voie du dialogue,  car elle est importante pour nos Eglises, pour tous les chrétiens en Orient, et pour toutes nos sociétés. Nous avons déjà parcouru un long chemin dans les diverses formes du dialogue: il nous faut poursuivre le travail commencé et continuer à prendre les moyens concrets et pratiques qui le soutiennent et en font une réalité qui s’affirme de plus en plus avec le temps.

  • 16. L’engagement œcuménique: insister sur la prière pour l’unité chrétienne, sur la dimension œcuménique dans la formation du clergé, des religieux, des religieuses et des laïcs; soutenir le dialogue de la foi par le dialogue de la charité dans tous les domaines, et surtout dans le domaine du service et du témoignage commun; préciser les caractéristiques de la théologie orientale et encourager les études et les recherches liturgiques avec les Eglises orthodoxes sœurs; faire les pas œcuméniques opportuns et concrets (par exemple, l’unification de la date de Pâques ou autres).
  • 17. Les rapports avec les autres religions: approfondir le rapport sincère avec les concitoyens musulmans à partir de motifs évangéliques, persévérer dans le dialogue islamo-chrétien, donner à ce dialogue une place dans la formation dans les séminaires et les instituts de théologie. De même, développer le dialogue avec le judaïsme dans les circonstances présentes en prenant en considération les exigences de la justice, de la paix, de la réconciliation et les dénominateurs religieux communs.
  • 18. Participation à la citoyenneté: approfondir notre appartenance à nos sociétés contemporaines, encourager l’engagement dans la vie publique en tout domaine, exiger que les chrétiens puissent participer d’une façon complète à la vie de leurs sociétés .

Cinquièmement: Le service social, l’éducation et les moyens de communication sociale
25. Le service social (service de la charité en tant que bienfaisance et développement) est un aspect de la mission de l’Eglise: elle le remplit pour le service de l’homme dans les diverses circonstances de sa vie quotidienne réelle. Ce service social comprend  les divers domaines de l’éducation, de l’enseignement, de la pensée, de la culture, des moyens de communication sociale et autres. Les Eglises voudraient rester attentives à tous ces domaines de la vie de nos sociétés afin de contribuer, par la collaboration de tous ses membres, à édifier une société saine, stable et évoluée.

  • 19. Le service social: rester attentif à  l’enseignement social de l’Eglise, l’étudier et l’appliquer; échanger les expériences, assurer la coordination entre les Eglises du Moyen-Orient dans ce domaine et s’efforcer d’éviter les difficultés propres à ce service; prendre les initiatives pratiques dans tous les domaines et former les fidèles à ce service et à ses exigences.
  • 20. L’éducation et l’enseignement: contribuer à l’effort national dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement; prêter une attention particulière aux pauvres  dans ce domaine; développer nos institutions académiques et éducatives de sorte qu’elles répondent aux exigences de l’homme dans nos sociétés.
  • 21. La pensée et la culture: créer une association de penseurs, d’intellectuels et d’artistes chrétiens au Moyen-Orient; encourager les chrétiens à s’engager dans  la vie intellectuelle, culturelle et scientifique de leurs pays; s’occuper constamment de la culture, vu son  importance dans la vie de l’humanité; développer une pensée théologique qui parle à l’homme de notre région et créer dans ce but une ligue de théologiens du Moyen-Orient.
  • 22. Les moyens de communication: prendre soin des moyens de communication pour leur importance croissante dans le monde d’aujourd’hui et dans nos pays;  suivre et soutenir les moyens de communication chrétiens sous toutes leurs formes dans nos pays; former les consciences à bien employer les différents moyens de communication, et créer des organismes spécialisés pour agir en ce domaine .

Sixièmement: Les droits de l’homme
26. Les droits de l’homme occupent une place de choix dans le monde d’aujourd’hui. Ils se basent, selon la perspective chrétienne, sur le fait que l’homme, individu ou collectivité, est créé à l’image de Dieu. Nous sommes constamment invités à renforcer tout ce qui peut accroître cette image et prévenir tout ce qui peut l’effacer ou la rendre difforme.

  • 23. Les droits de l’homme: appeler au respect de la vie humaine dans toutes ses phases; défendre les droits de l’homme quel qu’il soit et où qu’il soit, surtout les prisonniers, les captifs et les enfants. Etablir et activer les commissions de Justice et Paix au Moyen-Orient et créer des cadres opportuns pour la coordination et la collaboration entre elles, afin qu’elles soient un instrument qui aide les Patriarches et les Evêques à prendre les positions opportunes en ce domaine.

CONCLUSION
Joie et  espérance
27. Nous avons commencé notre Lettre avec la joie de la Bonne Nouvelle, qui, par l’action de l’Esprit-Saint qui fait toutes choses nouvelles, se transforme en nous en une source d’eau vive, féconde notre vie, la renouvelle et nous dirige sur les chemins du présent et de l’avenir. Nous ne pouvons, en concluant cette lettre, que rappeler la vision du Prophète Ezéchiel par laquelle il conclut son livre, la vision des eaux abondantes jaillissant du temple et fécondant la terre tout entière (Ez 47). Le Christ, dont nous célébrons le Jubilé de l’Incarnation est le temple d’où jaillissent les eaux abondantes qui se transforment en nous en fécondité, espérance et vie. Marchons donc ensemble, avec confiance, vers le troisième millénaire « fermes dans la foi, joyeux dans l’espérance, solidaires dans la charité », avec la bénédiction du Dieu Tout-Puissant, Un et Trine, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen.

+ Stéphanos II Ghattas, Patriarche d’Alexandrie pour les Coptes Catholiques

+ Maximos V Hakim, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem, pour les Grecs Melkites Catholiques

+ Nasrallah Cardinal Boutros Sfeir, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient pour les Maronites.

+ Ignace Moussa Daoud Ier, Patriarche d’Antioche pour les Syriens Catholiques

+ Raphael Ier Bidawid, Patriarche de Babylone pour les Chaldéens

+ Nersès Pedros XIX,  Patriarche de Cilicie pour les Arméniens Catholiques

+ Michel Sabbah, Patriarche de Jérusalem des Latins

Conseil des Patriarches Catholiques d’Orient
Noël, 25 décembre 1999