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INTERVIEW – A l’occasion d’une conférence donnée le 12 octobre dernier à l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem par Charles-Edouard Guilbert-Roed, doctorant en Histoire de l’Architecture, l’histoire de l’évolution de l’Edicule du Saint-Sépulcre de Jérusalem a été mise en valeur grâce à une recherche sur les copies de ce petit édifice. Ces dernières constituent un patrimoine exceptionnel qui permet d’étudier la réception du Saint-Sépulcre hors de la Terre Sainte depuis l’époque byzantine.

Pourquoi avez-vous décidé de faire une recherche sur les copies de la Tombe du Jésus ?

C’est tout petit que j’ai découvert une copie de l’Edicule du Saint-Sépulcre au Sanctuaire de Notre-Dame du Chêne à Vion dans Sarthe, car c’est dans cette région que j’ai passé une partie de mon enfance. Mais ce n’est que des années plus tard que j’ai découvert la richesse d’un tel lieu. Etudiant à la Sorbonne en Histoire de l’Art et de l’Architecture, j’ai toujours été sensible au Patrimoine, et particulièrement celui religieux. Pendant cette période d’étude, j’ai eu la chance de servir pour la Cathédrale Notre-Dame de Paris, aussi connue pour conserver des reliques la Passion, elles-mêmes gardées par les chevaliers de l’Ordre du Saint-Sépulcre. C’est auprès de la Couronne d’Epines que j’ai compris que l’étude de l’architecture des copies du Saint-Sépulcre pouvait être un vecteur de compréhension de la spiritualité de ce Tombeau, de la Foi, et de cet intérêt porté aux Lieux Saints. Après la visite du Patriarche latin de Jérusalem Sa Béatitude Fouad Twal à Notre Dame de Paris en 2009, j’ai décidé de m’investir pour mieux connaitre les chrétiens de ce Patriarcat. Engagé auprès des jeunes de l’Ordre du Saint-Sépulcre, il m’a été confié d’organiser les retraites spirituelles. Il m’est apparu tout naturel d’organiser ces événements auprès de ce tombeau de Notre-Dame du Chêne que je connaissais bien. Puis, c’est après trois mois de travail auprès de l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem en 2014, et avec une compréhension accrue de la réalité du Tombeau à Jérusalem, que j’ai décidé d’entamer une recherche sur ces copies.

Selon vous, quelle était la raison de la construction de ces copies du tombeau du Jésus ?

Actuellement en Doctorat d’Histoire de l’Architecture, j’ai donc décidé en parallèle de mes recherches d’étudier l’existence d’autres copies dans le monde, et peu à peu de nouvelles copies sont apparues afin de former aujourd’hui un véritable corpus. Il existe en effet des recherches sur des copies, mais personne n’avait encore réalisé un corpus général sur la question. Le mystère de la résurrection, central dans la Foi, est par exemple à l’origine de démarches spirituelles qui ont mené à la construction de grottes avec une pierre ronde, ou à l’édification d’une copie de l’édicule qui protège le Tombeau du Christ. A ce jour, avec le corpus et les sources, il est possible d’identifier plusieurs origines à la construction de ces copies. L’accès en pèlerinage à ce tombeau vide afin d’être témoin de la résurrection est à l’origine de la construction de nombreuses copies. Les pèlerins ne pouvant pas aller en Terre Sainte se voient en effet offrir la possibilité d’effectuer la même démarche de Foi en allant prier dans une copie de ce même tombeau. En plus de la démarche de pèlerinage, on peut également relever la question dévotionnelle, initiée particulièrement avec la création des stations du chemin de croix afin de méditer les mystères de Jésus. La Liturgie est aussi au centre de la construction de ces copies, car elles constituent des outils pour la Semaine Sainte et permettent de vivre comme dans les écritures du Vendredi Saint à Pâques. Enfin, de nombreuses copies sont construites en tant que sépultures dans un cimetière public. Le modèle de l’Edicule est en effet reproduit afin d’accueillir des personnes défuntes et avec l’idée, peut-être, obtenir par ce tombeau l’assurance de la résurrection.

Combien d’exemplaires y a-t-il ? Quelles sont les périodes dans lesquelles ils ont été construits ? Quels sont les différents styles architecturaux ?

A ce jour, mes recherches ont permis d’identifier près de 130 copies des Edicules du Saint-Sépulcre, et d’autres restent encore à découvrir. La construction d’une copie du tombeau correspond à la reproduction architecturale à l’échelle 1 de l’Edicule tel qu’il a été à Jérusalem. L’édicule y a connu quatre formes, une première byzantine, une seconde présente à partir de 1012 puis la troisième à partir de 1555, et enfin l’Edicule que nous connaissons à partir de 1810. Aujourd’hui les trois premières formes ont disparu physiquement, mais grâce à leurs copies il est possible de les retrouver grandeur nature. Ainsi ces copies sont une véritable richesse, permettant de connaitre la réception du Tombeau mais aussi de mieux le comprendre. Dans le corpus que j’ai présenté lors de la conférence à l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem le 12 octobre dernier, les copies ont été réalisées entre le Xème et le XXème siècle. Avec presque mille ans de chronologie, ces copies ont connu des évolutions et leurs styles a aussi évolué en fonction du lieu où elles ont été construites. De façon général, il est possible de classer les copies en fonction de l’original voulant être copié, soit un édifice de style byzantin, roman, gothique, celui actuel et un dernier de libre interprétation de l’original que j’ai appelé style fantaisie.

Pourquoi certaines copies ressemblent à la tombe originale mais d’autres en diffèrent ?

Cela fait partie de mes découvertes sur le sujet. De nombreuses constructions se veulent être une copie d’un Edicule ayant été présent à Jérusalem. Le point commun de ces édifices est la série de colonnes qui entourent l’édifice. Celles-ci sont reproduites à chaque fois, ce qui permet de différencier l’édifice d’une simple chapelle. Les explications probables de ses différences sont certainement une connaissance partielle de l’original, des erreurs dans les échelles, mais surtout une appropriation culturelle du tombeau. Il est ainsi possible de constater que les influences stylistiques sont présentes dans ces copies afin de permettre une meilleure compréhension de celui qui la visite car cet édifice est intégré dans un environnement qui lui est familier. Enfin, il existe des copies qui ne présentent aucune similarité architecturale avec l’édicule original. Celles-ci à mon sens sont aussi très intéressantes, car elles permettent d’imaginer comment l’Edicule à Jérusalem aurait pu être construit au XVIIème ou XVIIIème siècle par exemple s’il avait fallu le reconstruire.

Qui étaient les personnes qui ont initié la construction de ces copies ?

A ce jour l’étude du corpus des copies ne permet pas de donner de conclusion définitive à cette question. D’ores et déjà, nous pouvons constater que divers groupes ont été acteurs dans l’édification de ces édicules. Les premiers sont les Franciscains, Gardiens de Lieux Saints, lesquels sont à l’origine de la création de nombreuses copies en particulier dans les Sacro-Monti. Un certain nombre de couvents franciscains possèdent même en leur sein un Edicule, comme par exemple celui de la Custodie Washington qui conserve aussi une copie du Tombeau de la Vierge, du Dôme de l’Assomption ou encore de la Grotte de la Nativité. Par ailleurs, il est devenu évident qu’une grande partie de ces copies a été réalisée entre la fin du XVIIème siècle et le XVIIIème ; elles sont à l’initiative de Capucins, branches des franciscains après le Concile de Trente, ou de Jésuites. Outre ces communautés religieuses, les acteurs de la construction de copies sont d’anciens pèlerins, des évêques et des particuliers.

La plupart des copies du Saint-Sépulcre existent en Autriche et de Tchéquie. Quelles en seraient les raisons d’après vous ?

L’une de mes grandes découvertes lors de la constitution du corpus, c’est que la majorité de ces copies d’Edicules a été construite pendant la Contre-Réforme dans les anciens royaumes de Bohême, d’Autriche, et sur les possessions de la famille Habsbourg. Aujourd’hui, ces copies se situent en Tchéquie, Allemagne, Autriche, Pologne, Slovaquie, Slovénie. D’autres copies ont été référencées en France, Belgique, Italie, Russie, Ukraine, Canada, Etats Unis d’Amériques, Géorgie et également à Jérusalem !

Y a-t-il des copies d’autres lieux sacrés importants dans le monde ?

Il est en effet possible de créer un parallèle avec la grotte de Massabielle. Comme le tombeau du Christ, un élan de construction de répliques de cette grotte de Lourdes est visible. Après la promulgation du Dogme de l’Immaculée Conception en 1854, le message de Lourdes en 1858 devient un vecteur spirituel très important au XIXème siècle et encore aujourd’hui. Il est possible de voir ainsi une copie de la grotte de Lourdes au Vatican. A ce jour s’il est encore trop tôt dans la recherche pour faire un lien déterminant sur les motivations entre les copies des grottes de Lourdes et les copies des Edicules, il est cependant possible de constater qu’il s’agit de la même dynamique de reproduction d’un lieu saint. En ce qui concerne les copies du Saint-Sépulcre, on peut observer aujourd’hui encore de nouvelles réalisations. Une copie au Canada très fidèle à l’Edicule actuel a ainsi été réalisée au Sanctuaire Notre Dame du Cap, grâce à l’initiative du Bienheureux Fréderic Janssome O.F.M, qui fût dix ans Vicaire Custodial et vingt-huit ans commissaire de Terre Sainte au Canada. Avec le corpus à présent établis, il est possible de constituer un véritable réseau de copies d’Edicules. Qu’ils soient situés dans des églises, des monastères ou chez des particuliers, un nombre significatif de ces édifices continue de servir pour des pèlerinages ou des liturgies de la Semaine Sainte. Ces lieux sont de vrais témoins du mystère de la Résurrection et peuvent être un outil spirituel ou liturgique. Par ailleurs l’approfondissement de cette recherche permettra une meilleure compréhension de ce phénomène de construction, et se veut aussi être un outil pour la préservation de ces lieux. Ces tombeaux vides sont des liens forts qui permettent d’unir tous les fidèles dans le monde auprès du tombeau de Jérusalem.

Propos recueillis par Saher Kawas

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