Mgr Pizzaballa : " Nous ne devons pas envisager l'Eucharistie comme une formule magique. L'union avec le Christ n'annule pas notre humanité "

Par: Saher Kawas / LPJ - Publié le: March 05 Thu, 2020

Mgr Pizzaballa : " Nous ne devons pas envisager l'Eucharistie comme une formule magique. L'union avec le Christ n'annule pas notre humanité " Available in the following languages:

JERUSALEM - En raison de l'éruption du nouveau coronavirus dans différentes parties du monde, notamment en Terre Sainte, et afin de prévenir l'infection et la propagation de ce virus, Mgr Pierbattista Pizzaballa, Administrateur Apostolique du Patriarcat Latin de Jérusalem, a publié une lettre dans laquelle il formule un certain nombre de mesures de précaution à observer lors de la célébration des messes. Une démarche similaire a également été entreprise dans de nombreux diocèses catholiques du monde entier afin de contenir la propagation du virus. Cependant, certaines critiques et certaines accusations ont été formulées. Dans un entretien accordé au Bureau Média du Patriarcat,  Mgr Pizzaballa répond aux interrogations des fidèles et dissipent certains malentendus.

 

1. Certaines personnes semblent voir dans la Communion (qui est le Corps et le Sang du Christ) une forme d'immunité au Coronavirus, une sorte de magie. Cette considération est-elle légitime ?

 

Absolument pas !

 

Bien sûr, la célébration eucharistique et la Communion sont la plus haute forme de prière pour nous, les Chrétiens, et la manière la plus puissante de s'unir à Jésus. Et cela nous donne une force spirituelle et aussi humaine. Il n'y a aucun doute à ce sujet. Nous ne pouvons pas vivre sans l'Eucharistie.

Cependant, nous ne devons pas envisager l'Eucharistie comme une formule magique. L'union avec le Christ n'annule en rien notre humanité sous toutes ses formes, y compris nos fragilités. Comment expliquez-vous, sinon, que la communion ne guérisse pas les malades ? Comme je l'ai dit plusieurs fois, la Communion donne de la force et du réconfort, mais ne nous soustrait pas à notre humanité. Dans les Sacrements, nous recevons la grâce de Dieu, mais nous restons humains.

Dieu nous a confié la création, la vie dans le monde. Cela signifie que, avec la grâce de Dieu, avec la force que nous recevons de l'Eucharistie, nous devons travailler à rendre notre monde meilleur et plus sûr.

En conclusion, la Communion, le Saint Corps et le Sang du Christ, nous rend plus forts dans la foi et dans la vie, mais ne nous immunise pas du tout contre notre humanité, y compris contre les maladies.

Je ne comprends vraiment pas les polémiques sur ce sujet.

 

Je dois dire que les instructions que j'ai données sont très limitées. Cela a mis beaucoup de gens en colère, tandis que d'autres n'ont pas apprécié le fait que ces instructions aient été limitées dès le départ. Dans d'autres parties du monde, l'Église a même interdit la célébration publique des messes, l'échange du signe de paix, toutes les activités publiques, les assemblées, etc…

 

Nous ne devons pas oublier que nous recevons des millions de pèlerins dans nos églises. Nous assisterons probablement dans les prochaines semaines à une chute spectaculaire de leur nombre mais, quoi qu'il en soit, il est sage de rester prudent. Nous ne connaissons pas l'identité des personnes, ni d'où ils viennent. Ils rencontrent nos communautés, assistent et participent aux messes dans certaines de nos églises. Il est impossible de prévoir tous ces mouvements. Les autorités nous demandent d'être prudents, et il serait irresponsable de notre part de ne pas relayer cet avertissement.

 

2. Quelle est la position par défaut de l'Église lorsqu'il s'agit de recevoir la Communion ? Doit-elle être reçue à la main ou sur la langue ?

 

Il n'y a pas d'instruction commune dans l'Église catholique. Toute région ecclésiastique décide en fonction de la culture et de la tradition. Dans notre Église, la tradition est de recevoir la Communion sur la langue. Dès que cette situation aura pris fin, nous continuerons certainement à suivre cette tradition. Il n'y a aucune raison de la changer.

 

3. Que diriez-vous aux personnes qui disent que changer la pratique liturgique de la réception de la Communion sur la langue, même si cela est autorisé sous certaines conditions comme l'apparition d'un virus, est un signe de manque de foi ?

 

Dans le musée de la Custodie de Terre Sainte, il y a encore des pinces visibles (voir la photo) utilisées par le prêtre lors des pestes pour donner la communion aux victimes de la peste. Cela constitue-t-il un manque de foi ? Bien sûr que non. C'était de la prudence, un moyen de ne pas contaminer les autres.

La foi ne remplace pas la raison. Dieu nous a donné un cerveau, une intelligence à utiliser et à développer afin de préserver notre vie et celle des autres qui nous sont confiés. Utiliser notre intelligence n'est pas contraire à la foi. La foi sans raison est comme une âme sans corps. Nous avons besoin des deux.

 

4. Quelle est la meilleure façon de recevoir la Communion par la main ? Les fidèles doivent-ils la recevoir dans la main gauche ou dans la main droite ? Doivent-ils la prendre avec l'autre main ou la mettre directement dans sa bouche ?

 

Oui, c'est la meilleure façon. Le prêtre la met dans une main et les fidèles la mettent dans la bouche avec l'autre.

 

5. La lettre contenant les directives parlait de recevoir la communion à la main, et non du calice, et de vider les bénitiers. Qu'en est-il de l'offrande du signe de paix ?

 

Nous avons discuté de ce sujet. La situation évolue très rapidement, ce virus est très contagieux et les instructions des autorités sont mises à jour quotidiennement. Nous allons voir comment cela évolue ici et, en fonction de ce qui est dit, nous mettrons à jour les instructions que nous avons données.

 

6. La Semaine sainte arrive le mois prochain, quelles sont les inquiétudes ? Comment l'Église se prépare-t-elle à vivre cette période dans un contexte d’épidémie ?

 

C'est une source d'inquiétude, bien sûr. Nous attendons de voir comment la situation évolue. Il est encore trop tôt pour prendre une décision. Notre situation, comparée à celle d'autres pays, est bien meilleure, et j'espère qu'aucune mesure particulière ne sera nécessaire. Mais nous suivrons l'évolution au jour le jour et nous discuterons et écouterons avant de prendre toute décision.