Méditation de Mgr Pierbattista Pizzaballa : 27ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B, 2021

Par: Cover photo: Phillip Medhurst - Publié le: October 01 Fri, 2021

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3 octobre 2021

27ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B

Avant d’aborder dans le passage de l’Evangile de ce jour, il nous faut faire une remarque préalable.

Jésus, comme nous le savons, est en chemin vers Jérusalem où il donnera sa vie sur la croix pour le salut de tous. Et il ne fera pas ce geste en raison d’une loi qui le lui imposerait. Aucune loi ne peut demander de mourir pour les autres. Seul l’amour peut y inviter. C’est donc seulement par amour que Jésus donnera sa vie.

Dans le passage d’aujourd’hui, certains pharisiens demandent à Jésus si il est licite de répudier sa propre femme (Mc 10,2).

En réalité, la demande est en soi une erreur.

En effet, elle traduit une manière erronée d’utiliser la loi, afin de justifier son propre égoïsme et ainsi ne pas se sentir coupable. Comme si observer une loi pouvoir suffire à recevoir une vie en plénitude !

Jésus répond en redonnant à chaque chose son sens premier et sa véritable dignité. C’est-à-dire en renvoyant à la vocation reçue au commencement (« Mais au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme » – Mc 10,6) et selon laquelle les choses sont resituées dans une logique de don et de réception

Et Jésus agit ainsi pour ressaisir la Loi, que Moïse avant alors donnée à l’homme en raison de sa dureté de cœur (« C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle » Mc 10,5). C’était donc une loi donnée à des personnes incapables d’aimer pour imposer une limite aux dégâts que leur propre dureté aurait pu causer. Ainsi, la loi sur la répudiation était avant tout destinée à limiter le pouvoir de l’homme sur la femme, pour que ce pouvoir ne  puisse pas être exercé de manière arbitraire et absolue. Celui qui voulait répudier sa femme devait alors le faire de manière publique, en assumant la responsabilité de cet acte. Et il devait avoir des motifs réels et avérés pour pouvoir le faire. Mais nous comprenons immédiatement que cette manière de fonctionner ne peut satisfaire pleinement une relation d’amour entre l’homme et la femme. Cette loi est seulement le minimum requis.

Effectivement, Jésus va faire un pas de plus en renvoyant aux fondements du mariage selon le dessein de Dieu. Pour comprendre ce qu’est l’amour dans le couple, il ne suffit pas de se référer à ce qu’une loi permet ou ne permet pas de faire. Il faut revenir à ce qui est écrit dans notre cœur, dans notre ADN, depuis toujours ; à notre vocation originale.

Et c’est bien là qu’il est écrit que aimer signifie s’unir à un autre et devenir ensemble une seule chose (« …Et les deux ne formeront plus qu’une seule chair » – Mc 10,7-8). Et lorsque nous devenons véritablement une seule chose, alors comment peut-il être question de se diviser ?

Quand vraiment on a décidé de laisser son propre passé en arrière afin de faire une chose nouvelle, comment peut-il être question de revenir en arrière ?

Ainsi il ne s’agit plus de loi, mais bien plus de vocation profonde de l’homme. Et lorsque l’homme manque à cette vocation, il manque finalement à lui-même.

Il ne s’agit donc pas tant de penser aux conditions qui rendent possible la répudiation de sa propre femme, mais bien plutôt à celles qui rendent possible à notre cœur d’être transformé, pour ne plus être un cœur endurci et incapable d’aimer.

Il est interessant de voir que, comme dans les passages de l’Evangile des dimanches précédents, il est question de pouvoir et de domination. Le cœur endurci est le cœur de celui qui pense pouvoir exercer un pouvoir sur la vie de l’autre, sans véritablement s’engager à l’aimer. Mais cela n’est pas le dessein original de Dieu sur l’homme.

Mais il y a un pas successif, que Jésus explique, non plus ouvertement et devant tout le monde, mais à ses disciples et à la maison, lorsque ceux-ci l’interrogent de nouveau sur ce point (Mc 10,10). Il s’agit alors de bien comprendre que le sujet en question n’est plus seulement l’homme, comme si la femme pouvait ne pas être prise en considération. Elle aussi, tout comme l’homme, doit être intégralement considérée. Car la création nouvelle, le chemin d’amour nouveau et exigeant que Jésus propose à l’homme, ne peut se réaliser sans l’apport complet de la liberté de chacun des deux: l’homme et la femme. Il n’est pas possible de devenir une seule chose sans cette nouvelle conscience.

Ainsi, selon cette logique, l’amour se situe exactement à l’opposé de toute forme de domination et de pouvoir. Il se réalise au contraire dans le don de la vie, dans une disposition au service de l’autre : c’est ainsi que se réalise vraiment l’homme et que le Règne se fait véritablement proche.

La seconde partie de l’Evangile de ce jour (Mc 10,13-16) peut être lue selon cette même logique. Puisque qu’il n’y a plus de différence de dignité entre l’homme et la femme, il n’y en pas plus entre petits et grands, entre adultes et enfants.

Les disciples se permettent une nouvelle fois d’exercer un pouvoir arbitraire, en éloignant les enfants qui viennent à Jésus. Et Jésus renverse une nouvelles fois la situation : n’entrera dans le Règne, non pas celui qui se permet de commander aux autres ou d’exercer un pouvoir en se sentent immédiatement supérieur à eux, mais bien plutôt celui qui est justement privé de droit, qui n’a ni prestige ni mérite mais qui accueille la vie comme un pur don.

Jésus s’emporte (Mc 10,14) contre les disciples, qui continuent à être sourds aux reproches qui leur ont déjà été faits après la seconde annonce de la Passion (Mc 9,30-32). Ils semblent vouloir continuer à croire que la suite d’un maître aussi notable ne puisse pas ne pas leur garantir une certaine grandeur, toute terrestre.

Le chemin de conversion des disciples est encore long et ce sous-entendu de Jésus reviendra de nouveau dans ce chapitre, avec la demande de Jacques et Jean (Mc 10,35ss) de siéger à la droite et à la gauche de Jésus.

Devant ces disciples là, Jésus pose un geste tout à fait significatif, lorsqu’il accueille avec affection et en les bénissant, les enfants qui viennent à lui (Mc 10,16). Au lieu de leurs manières de grandeur, Jésus propose au contraire un geste de tendresse. Il appartient aux disciples et aussi à nous, de comprendre après cela lequel de ces deux modes de vivre est le plus vrai et le plus fécond.

+Pierbattista