Méditation de Mgr Pierbattista Pizzaballa : 29ème Dimanche du temps ordinaire, année B

Par: Cover Photo: ©Lawrence OP - Publié le: October 14 Thu, 2021

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17 octobre 2021

29ème Dimanche du temps ordinaire, année B

Pour la troisième fois, Jésus parle à ses disciples de sa passion. Et pour la troisième fois, ceux-ci témoignent, non seulement de ne pas comprendre, mais aussi d’avoir un cœur très éloigné de ce que Jésus est en train de vivre.

En effet, la scène d’aujourd’hui (Mc 10,35-45), suit immédiatement la troisième annonce de la passion et cette annonce semble produire un effet encore plus discordant que les deux premières. Alors que Jésus s’approche de Jérusalem, les disciples, eux, s’en éloignent.

Arrêterons nous aujourd’hui sur certains passages.

Le premier est celui de la demande des fils de Zébédée : « Ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous » (Mc 10,35). Remarquons que simplement à la première écoute, cette question nous apparaît tout à fait incorrecte. Pourquoi ?

Il me semble que nous pouvons trouver au moins trois motifs à cette tonalité négative que revêt la question. Le premier est lié à l’expression « nous voulons ». En effet, cette expression traduit une vie, une pensée et une écoute qui se placent parallèlement à ceux de Jésus, sans aucune possibilité de rencontre. Si le Fils est celui qui fait la volonté du Père, si les disciples sont bien ceux qui font leur cette même obéissance confiante, Jacques et Jean au contraire sont enfermés dans leur monde et perdus dans leur rêves de grandeur. Ils ont une volonté propre mais qui n’est pas la même que celle de leur Seigneur.

Le second motif tient à la manière d’être devant Jésus, au type de relation que cette question implique, aux attentes que les deux disciples ont du Seigneur. C’est ainsi une conception de Jésus comme quelqu’un qui peut tout pour moi. Comme quelqu’un qui, en pouvant tout, satisfera certainement tous mes besoins et tous mes rêves. En réalité il n’en est pas ainsi. Jésus ne fait jamais cela car il nous aime en nous portant au Père et en nous ouvrant à Lui. Jésus ne nous donne rien qui ne serve pas à ceci, rien qui soit un obstacle à ce dessein, qui est celui de notre salut.

Le troisième motif tient au fait d’être une question qui exclue immédiatement les autres. Jaques et Jean pensent à eux-mêmes, mais d’une manière qui met les autres à part. Ils pensent comme si les autres n’existaient pas.

Mais pourquoi posent-ils cette question ?

La réponse se trouve dans les paroles de Jésus, lorsqu’il dit que, en réalité, ils ne savent pas ce qu’ils demandent. Voilà le problème des disciples : ne pas savoir. Le verbe « savoir » est très important dans la passion. Dans l’Evangile selon Saint Jean, au chapitre 13, toute la passion dépend de ce verbe : « Jésus sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père… » (Jn 13,1) ; et un peu après : « Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains… » (Jn 13,3) ; Jésus sait qui il est, d’où il vient et où il va ; c’est donc en toute connaissance qu’il aime jusqu’au bout, dépose ses vêtements, noue un linge à sa ceinture et lave les pieds de ses disciples.

Au contraire, les disciples ne savent pas que la gloire est la croix.

Il est donc capital de savoir. Il s’agit d’avoir conscience de son propre appel et du don reçu. Il nous faut savoir que cela suffit à la vie et qu’il n’est pas nécessaire d’ajouter autre chose. Et ce don nous le possédons au moment même où nous le partageons, au moment où nous acceptons de nous dépouiller et de nous mettre au service, au moment où la vie se donne, comme Jésus. Voilà la véritable grandeur et cela, il faut le savoir et en être conscient. Autrement nous nous perdrons dans nos rêves de grandeurs, stériles et néfastes.

En réalités, ce sera seulement après la Pâques que les disciples sauront combien ils ont été aimés. Et il le sauront encore plus du fait de n’avoir pas été présents. A la droite et à la gauche du Seigneur crucifié (il faut remarquer que cette expression, « à la gauche et à la droite », ne se trouve, chez Marc, qu’à deux occasions : ici et à la croix), dans sa gloire, ne se trouveront que les deux larrons. C’est seulement à ce moment que les disciples sauront que le don est véritablement gratuit.

Le troisième passage regarde la réponse de Jésus. Alors que les disciples exposent leurs demandes liées à un imaginaire de grandeur, Jésus au contraire utilise des images d’abaissement, de descente et d’immersion. Pour dire que la vraie gloire ne se trouve pas en haut, mais le plus possible en bas, en s’inclinant  aux pieds du frère, dans un humble geste de service. La gloire se rencontre en s’abaissant et en s’oubliant. C’est en fait tout le contraire de ce à quoi on s’attendrait d’un point de vue humain.

Et si le mode de vivre des deux frères exclue et cause des dommages, celui de Jésus créé la communion et conduit à la rencontre. C’est une vie pour les autres et non pour soi même. C’est le prix de la croix.

Nous pouvons rapprocher ce texte au récit des tentations de Jésus dans le désert. Dans ce contexte, Jésus est également mis à l’épreuve et appelé à choisir entre gloire éphémère du monde et celle donnée par le Père. C’est là que Jésus apprendra à demander au Père la gloire véritable. Il le répétera souvent au chapitre 17 de Jean, où la gloire qu’il demande n’appartient pas à la symbolique du pouvoir ou de la suprématie, mais uniquement à celle de l’amour.

+Pierbattista