Méditation de Mgr Pizzaballa : XXIXe Dimanche du Temps Ordinaire, Année A, 2020

Publié le: October 15 Thu, 2020

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18 octobre 2020

XXIXe dimanche du temps ordinaire, année A

Après les trois paraboles que nous avons entendues ces derniers dimanches, dans lesquelles Jésus invite ses auditeurs à réfléchir sur leur refus du Royaume de Dieu alors qu’il s'est approché d'eux, les Pharisiens n'abandonnent pas, et cherchent le moyen de mettre Jésus en difficulté, pour trouver un motif d’accusation.

Avec ce passage commence une série de discussions entre Jésus et ses adversaires racontées dans le chapitre 22 de l’Evangile de Matthieu. Dans l'épisode d'aujourd'hui, nous trouvons une diatribe avec les sadducéens (Mt 22, 23-33), une avec un docteur de la loi (Mt 22, 34-40) et enfin à nouveau avec les pharisiens (Mt 22, 41-46). Les sujets abordés sont les plus divers, mais d'une certaine manière, ils concernent tous la question de l'interprétation des Écritures Saintes.

Dans l'Évangile d'aujourd'hui (Mt 22, 15-21), les Pharisiens envoient leurs disciples vers Jésus, avec des partisans d’Hérode, pour l'interroger sur le paiement des impôts ; et ceux-ci, après un préambule inutile et ridiculement flatteur, interroge Jésus : est-il permis ou non de payer l’impôt à César (Mt 22, 17) ?

Le sujet, apparemment simple, est particulièrement épineux et soulève plusieurs questions.

La première, comme nous le disions, est l'interprétation de la loi : les interlocuteurs abordent la question en se demandant s'il est légal ou non de payer des impôts, c'est-à-dire si la loi le permet ou non. Nous trouvons le même mot dans Mt 14, 4, lorsque Jean le Baptiste dit à Hérode qu'il n'est pas autorisé à garder la femme de son frère auprès de lui.

La deuxième raison pour laquelle la question est épineuse est parce qu’elle concerne l'argent, une question qui a toujours été délicate, même au temps de Jésus.

Et la troisième raison réside dans le fait que l'on entre sur le terrain de la politique, et ce pour un peuple qui est sous occupation étrangère.

Alors religion, argent, politique : trois éléments délicats en soi, à plus forte raison s'ils sont traités ensemble.

Comment Jésus réagit-il ?

Il me semble que Jésus répond en disant qu'il y a trois façons d'être dans le monde.

Le premier est de donner à César un pouvoir absolu, de payer des impôts en le considérant comme une divinité. En effet, la diffusion par les Romains de pièces à l'effigie de César dans les territoires de l'empire était un moyen non seulement d'exercer la domination, mais aussi de favoriser le culte de l'empereur.

La seconde est de ne pas donner de pouvoir à César, de ne pas le reconnaître, et donc de ne pas payer l’impôt, d'enfreindre la loi, de fomenter la révolution.

Et il y a une troisième voie, celle qui reconnaît à César le pouvoir qu'il a sur les choses, et à Dieu le pouvoir qu'il a sur la vie, sachant qu'ils (César et Dieu) exercent le pouvoir d'une manière très différente.

La véritable révolution, semble dire Jésus, n'est pas d'abord celle de ceux qui ne paient pas d'impôts injustes, mais celle de ceux qui ne s'accommodent pas du pouvoir, celle de ceux qui ne l'utilisent pas pour leurs propres intérêts.

C'est précisément ce que feront les prêtres, les Pharisiens et en général les dirigeants du peuple, quand, pour mettre Jésus à mort, ils utiliseront le pouvoir de César, et mettront Jésus entre les mains de ce pouvoir qui leur cause aujourd’hui tant de problèmes.

La vraie révolution est la liberté intérieure de celui qui sait que sa vie vient de Dieu, et qu'il la remet entre ses mains ; il ne craint donc aucun pouvoir temporel, pas même le pouvoir violent de l'occupation étrangère, car celui qui est libre sait que personne n'a vraiment de pouvoir sur la vie, sauf celui à qui on donne le pouvoir de l'avoir.

Le pouvoir temporel, même lorsqu'il s'agit d'un pouvoir bienveillant, ne peut être l'horizon ultime de l'homme, son tout : il ne donne pas la vie, et en fin de compte il ne peut même pas l'enlever, à moins que nous lui en donnions le pouvoir, en renonçant à notre liberté.

+Pierbattista