Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 14ème dimanche du Temps Ordinaire, Année B, 2021

Par: Cover photo: National Gallery of Ireland - Publié le: July 01 Thu, 2021

Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 14ème dimanche du Temps Ordinaire, Année B, 2021 Available in the following languages:

4 juillet 2021

14ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B

L’Evangile d’aujourd’hui est riche en points d’interrogations.

Les questions sont au nombre de cinq et condensées en deux versets. Ce sont celles des habitants d’un lieu très familier à Jésus, sa patrie, et donc très probablement Nazareth.

Jésus entre dans la synagogue et commence à enseigner. Ceci suscite tout d’abord l’étonnement (Mc 6,2), puis le scandale (Mc 6,3). Les questions se situent là, entre étonnement et scandale. En fait, ce sont justement des questionsqui transforment l’étonnement en scandale.

Si nous les lisons avec attention, nous nous rendons compte qu’elles sont des questions tout à fait particulières et ceci pour au moins deux raisons.

Tout d’abord, ce sont des questions qui ne cherchent pas vraiment de réponse. Ce sont des questions qui portent déjà en elles-mêmes une réponse. Elles savent déjà tout ou recueillent les choses qui se savent déjà : qui est Jésus, d’où vient-il, ce que fait son père, qui sont les membres de sa famille…en soi, elles ne se trompent pas et sont respectueuses de la situation objective. Mais elles ne sont pas des questions qui « ouvrent » et portent au-delà de ce qui se sait déjà. Ce sont des questions qui ne se mettent pas à l’écoute, ou plutôt qui n’écoutent qu’elles-mêmes et ne viennent pas d’un désir plus profond de connaître.

C’est ainsi que les questions des habitants de Nazareth repoussent cette nouveauté inattendue qui a fait irruption dans leur vie, au cœur de quelque chose de déjà connu et de déjà établi : rien ne peut arriver de nouveau.

Cette attitude de fermeture et d’incapacité à aller au-delà de la question constitue une trahison de la question elle-même. L’homme est un être plein de questions, mais il n’est pas toujours en mesure d’aller jusqu’au fond du questionnement. Il n’est pas toujours capable d’assumer le risque d’entrer dans une réalité inexplorée qui peut transformer la vie. Il préfère rester dans l’équilibre qu’il s’est lui-même construit et qui lui donne une certaine sécurité et ne l’expose pas au danger de devoir changer.

Les questions des habitants de Nazareth sont aussi particulières en ce sens où elles ne s’adressent à personne : Jésus est là avec eux, devant eux, et il les interpelle avec sa Parole. Mais eux n’entrent pas en dialogue et ne s’ouvrent pas à la rencontre. Ils ne lui adressent pas vraiment leurs interrogations. Il en aurait été tout autrement si les questions avaient été posées directement à Jésus. Cela aurait ouvert la voie à la rencontre et ainsi au salut. Cela les aurait sauvés de leur monologue. Cela aussi représente une trahison. L’homme est fait pour la rencontre, pour le dialogue et la relation. Dieu entre dans la vie de l’homme avec une parole qui est une question, autrement dit un appel qui demande une réponse. Et lorsque l’homme sort de cette dynamique il se replie et se referme sur lui-même : il se trahit lui-même.

Mais Jésus aussi pose des questions dans l’Evangile.

Nous nous arrêterons seulement sur la dernière, qui est une question dramatique. Sur la croix, au moment le plus sombre de sa vie, Jésus n’a plus qu’une question : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,34). Lui aussi, comme les habitants de Nazareth, se trouve à l’intérieur d’une réalité inexplicable, qu’il ne peut pas comprendre seul. Mais le force de Jésus provient justement de cette relation au Père. C’est une relation dans laquelle il y a une place pour chaque question, pour chaque fragment de vie. Dans cette relation rien n’est exclu et donc tout peut être sauvé.

Les habitants de Nazareth, en revanche, se ferment au salut puisqu’ils se ferment à la relation. L’Evangile précise justement qu’ils étaient profondément choqués : ils tiennent cet homme pour un gêneur, un danger pour leurs convictions et pour leurs certitudes. C’est pourquoi ils le refusent.

Il est curieux que ceci arrive justement aux personnes qui l’avait connu de plus près et qui l’avaient vu grandir. Connaître Jésus n’est pas synonyme de savoir ce qu’il fait ou même connaître les siens. Le connaître c’est lui présenter ses propres questions, en particulier les plus profondes et les plus problématiques, y compris celles que nous avons le plus de mal à accepter. C’est tourner vers lui notre propre désir, nos interrogations de salut, comme cela avait été le cas dans l’Evangile de dimanche dernier avec la femme hémorroïsse et la fille de Jaïre.

Il s’agit d’imiter Jésus dans sa demande « inacceptable » au Père : car dans cette question sont comprises toutes celles de l’homme.

Sur ce chemin de connaissance personne ne peut se dire avantagé ou désavantagé. Quelqu’un peut éventuellement se dire désavantagé s’il s’est arrêté à ce qu’il connait déjà et qu’il s’en contente. Celui-ci n’accueille pas le défi de partir du manque qui l’habite, de ses propres soifs souvent douloureuses. Il est cet homme qui n’accepte pas de reconnaitre son manque et d’avoir besoin de recevoir.

Celui-ci se coupe de lui-même de la rencontre, comme cela avait été le cas pour les habitants de Nazareth où Jésus « ne pouvait accomplir aucun miracle, et il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi » (Mc 6,5-6).

Ce n’est pas un hasard si seuls les malades se sont ouverts au don de Jésus. C’est plutôt la confirmation de tout ce qui vient d’être dit. Celui qui n’a plus rien à perdre, plus rien à quoi s’agripper ni sur quoi s’établir, alors celui-là peut s’ouvrir à un don qui renouvelle la vie.

+ Pierbattista