Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 18ème dimanche du Temps ordinaire, Année B, 2021

Publié le: July 27 Tue, 2021

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1 Août 2021

18ème dimanche du Temps ordinaire, Année B

Chaque don porte en lui des questions.

Quand nous avons en notre possession quelque chose que nous avons acheté, cela ne suscite pas en nous réflexions ou interrogations : nous l’avons acheté, nous savons d’où il vient, ce qu’il vaut, à quoi il sert …

Mais quand quelqu’un nous donne quelque chose, nous commençons à nous poser des questions. Et encore plus quand le cadeau est gratuit, inattendu, alors que nous n’avions même pas eu le temps de le désirer.

Chaque don fait référence à un autre, se réfère à ceux qui nous l’ont donné: pourquoi l’ont-ils fait? Qui est-il? Que voulait-il me dire?

Dimanche dernier, nous avons vu le don de Jésus à la foule rassasiée par le pain si bien qu’il en reste après.

Tout le reste du chapitre 6 de saint Jean récapitule les questions que ce don a soulevées et, à travers elles, nous pouvons tenter de comprendre ce que ce don signifie et quel est ce pain.

Habituellement, nous désignons ce chapitre sous le vocable de « discours » de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm. En réalité, ce n’est pas un discours, mais un dialogue qui découle des questions soulevées dans la foule par le don du pain. Ce n’est pas un monologue, parce que Dieu ne fait jamais de monologues.

Dans d’autres parties de l’Evangile, Jésus se plaint quand les gens ne posent pas de questions, ne réagissent pas, et sont comme cette génération ne danse pas au son de la flûte; et ne pleure pas lorsqu’une lamentation est chantée (Lc 7, 31-35).

Nous devons donc apprendre à nous poser des questions et surtout des questions justes comme nous le voyons dans l’Evangile d’aujourd’hui.

Immédiatement après la multiplication du pain, les disciples montent dans la barque et se dirigent vers l’autre rive. Jésus ne va pas immédiatement avec eux, mais il les atteint dans la nuit, avec le lac dans une tempête, marchant sur l’eau (Jn 6,16-21).

Les gens sont stupéfaits : s’il n’est pas monté dans la barque, comment est-il arrivé de l’autre côté?

Ceci est la première question – une question qui dit leur stupeur face à ce seigneur merveilleux et mystérieux, ce maître insaisissable. Jésus se sauve face à ceux qui cherchent à le faire roi (Jean 6:15), mais échappe aussi à la prétention que l’on peut avoir de tout savoir sur Lui, de Le posséder, de Le contrôler.

Jésus affirme que cette demande n’est pas ajustée, parce qu’ils cherchent à ne pas le connaître, mais à le posséder – pour s’assurer la présence de ce prophète capable de les rassasier.

Ils ne cherchent pas Jésus, mais cherchent du pain; ou plutôt, ils ne cherchent pas Jésus parce qu’ils ne cherchent que du pain. Bref, ils sont satisfaits du pain sans aller plus loin.

La vraie question est n’est donc pas celle de la foule: « Rabbi, comment êtes-vous venu ici ? » (Jn 6, 25), mais est cachée dans les plis de la réponse de Jésus: « Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes mais parce que vous avez mangé » (Jn 6, 26). La bonne question est alors de nous demander ce que nous recherchons quand nous cherchons Jésus.

C’est la question qui traverse l’Évangile de Jean du début à la fin. Jésus s’adressa d’abord aux disciples de Jean le Baptiste, qui quittèrent leur premier maître pour Le suivre (Jn 1, 38), puis il la répète à Marie de Magdala qui crie le chercher parmi les morts (Jn 20, 15).

Mais l’homme ne sait pas ce qu’il cherche, et souvent il ne sait même pas qu’il y a quelque chose d’autre que pain, c’est-à-dire d’autre que lui-même.

Jésus veut nous amener au-delà de nous-mêmes.

C’est pourquoi Jésus fait naître dans ses interlocuteurs une nouvelle faim, et les invite à chercher une nourriture qui nourrit une vie qui ne meurt pas: « Travaillez non pas pour la nourriture qui se perd mais pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle » (Jn 6, 27).

Quel est ce pain? C’est ce que « vous donnera le Fils de l’Homme » (Jn 6, 27).

On pourrait dire que le pain qui demeure dans la vie éternelle est la vie de Dieu qui nous en fait don: nous nous rassasions du don de Dieu, et ce don est la vie même de Jésus, il est le vrai Pain de vie (Jean 6, 35).

Parmi ses interlocuteurs, certains se mettent à penser qu’il y a quelque chose à faire pour avoir ce pain (Jn 6,28), mais il n’en est rien: le terme de don est répété à maintes reprises dans les versets précédents, presque martelé. Seul ce qui est un don peut véritablement nous nourrir et ce pain, que Jésus a multiplié, est là pour dire que Dieu lui-même est un don, et que nous ne pouvons vraiment vivre qu’en nous nourrissant de Son don.

Se nourrir de Lui est le seul travail que l’on nous demande de faire, et ce travail s’appelle la foi (Jn 6,29); c’est «seulement» croire en Lui, aller à Lui, avoir confiance en ce don capable de nourrir en profondeur notre faim de vie et d’amour. Il s’agit seulement d’entrer dans une nouvelle perspective de la Vie, du point de vue du Royaume, dans lequel la Vie est donnée librement.

C’est la première étape de ce chapitre 6 de Jean, dans lequel Jésus commence à parler d’un autre pain et d’une autre faim: un pain qui n’est que don et une faim qui n’est satisfaite que par l’accueil de la Vie.

+Pierbattista