Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 22ème dimanche du Temps Ordinaire, année B, 2021

Publié le: August 26 Thu, 2021

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29 août 2021

22ème dimanche du Temps Ordinaire, année B

 Ce dimanche voit la reprise de la lecture de l’Evangile selon Saint Marc.

Le passage d’aujourd’hui est comme une frontière. En effet, il se trouve entre les deux multiplications des pains. Et immédiatement après notre texte, Jésus sortira des frontières d’Israel et se rendra en terre païenne, en terre “impure”. C’est justement pour eux, pour les païens, que la seconde multiplication des pains aura lieu.

Le texte évangélique de ce jour semble donc nous préparer à ce passage. Et il le fait en nous posant une question : Qu’est ce qui est impur ? Qu’est ce qui nous éloigne de Dieu ?

Cette occasion se présente à Jésus par le biais d’une question qui lui est posée par les pharisiens et les scribes. Ceux-ci viennent de Jérusalem, c’est-à-dire du lieu saint par excellence. Ces personnes, gardiennes de la tradition et de la Loi, sont scandalisées devant le peu d’observance des prescriptions rituelles de la part des disciples de Jésus. Ils exigent donc une explication sur ce comportement (Mc 7,5).

Pour eux, la frontière entre le pur et l’impur semble claire et évidente. Est pur celui qui observe minutieusement les prescriptions et les préceptes colportés par les pères. Un tel critère avait évidement un avantage de taille : il y avait un critère externe, clair et facilement vérifiable pour établir qui était juste et qui ne l’était pas. Et ce critère consistait justement dans l’observance des lois et des préceptes des pères.

En revanche, Jésus renvoie son auditoire à un autre critère. Il veut conduire ceux qui l’écoute à un autre niveau qui, à vrai dire, se trouvait déjà dans l’intention des lois antiques mais avait été oublié. L’intention des lois de pureté extérieure avait, outre un rôle social important, l’objectif de rappeler au croyant la nécessité de la pureté du cœur. Et c’est à cela que Jésus renvoie dans le passage d’aujourd’hui.

Jésus fait une distinction entre traditions et commandements. Les prescriptions viennent des hommes, les commandements de Dieu. L’observance de ces prescriptions peut être adaptée et mesurée, l’obéissance aux commandements non. Les prescriptions, en tant que fins en elles-mêmes, donnent une certaine sécurité et peuvent nous faire tomber dans la présomption de faire les choses par nous-mêmes. Les commandements nous mettent en chemin, nous rendent libres et nous ouvrent à Dieu.

Au final, le commandement vient toucher le cœur de l’homme et ses motivations profondes alors que les traditions en restent à la surface des choses.

Le risque est bien celui d’observer une grande quantité de préceptes tout en pensant d’être, pour cette raison, proche de Dieu. Le danger serait alors de ne pas se rendre compte que le cœur est loin, comme dit Jésus en citant le prophète Isaïe (Mc 7,6-7).

Les traditions humaines peuvent devenir des excuses pour éviter d’observer l’unique commandement capable de donner sens et plénitude à la vie de l’homme : le commandement de l’amour. Mais il y a quelque chose de plus : en donnant à l’homme l’illusion d’être juste, les traditions humaines peuvent l’empêcher de regarder son propre cœur et de voir que du plus profond de ce cœur vient le mal.

C’est justement sur ce point précis que porte le second enseignement de Jésus : pour dire que le cœur de l’homme – et de tout homme, sans aucune distinction – est sujet à toute possibilité de mal. Ce n’est pas ce qui nous est extérieur qui nous porte au péché mais bien à l’intérieur de nous que réside une sorte d’inclination à l’égoïsme. La frontière entre pur et impur réside là. Et c’est pourquoi un culte extérieur ne suffit pas, comme ne suffit pas le respect des observances pour faire approcher ce cœur du Seigneur.

Comme cela arrive souvent dans l’Evangile de Marc, Jésus ne dit pas comment le cœur peut être guéri, quelle thérapie serait nécessaire pour recouvrer la santé.

Ceci peut sans doute s’expliquer. En effet, le premier pas pour être guéri est celui de reconnaitre d’être malade, sans s’illusionner sur le fait que les gestes extérieurs ne suffisent pas pour guérir ce cœur : la guérison doit être plus profonde.

Mais c’est seulement cette conscience qui prépare le cœur à accueillir le passage que Jésus fera immédiatement après, en terre païenne. Il s’agit d’accueillir la grâce du salut qui me rejoint là où moi, le premier, et non les autres, je suis impur et païen. Il nous faut accepter que le Seigneur nous rejoigne à nos frontières, et d’abord à mes propres frontières, à mes propres éloignements de Dieu. Car ce n’est qu’ainsi que le Règne se fait véritablement proche (Mc 1,15).

C’est de cette manière qu’arrive le passage qui guérit notre cœur : il nous faut passer de l’observance à l’obéissance. En effet, si l’observance de certains préceptes ne possède pas le pouvoir de nous libérer de nous-mêmes et de la solitude qui nous enferme – et c’est bien cela qui rend le cœur malade – l’obéissance, en revanche, nous place dans une relation avec Celui qui a la vie et qui veut nous la donner. C’est le choix de vivre du don, de nous nourrir de ce pain sur lequel nous avons largement insisté lors des précédents dimanches, qui nous place au cœur d’un cercle vertueux de charité et de gratuité, qui est la véritable et unique guérison du cœur de l’homme.

+ Pierbattista