Méditation du Patriarche Pierbattista Pizzaballa : 23ème Dimanche du Temps Ordinaire, année B, 2021

Publié le: September 02 Thu, 2021

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5 septembre 2021 

23ème Dimanche du Temps Ordinaire

Dans le récit de guérison que la liturgie de ce jour nous propose, ce qui frappe immédiatement ce sont les gestes de Jésus : il conduit le sourd-muet à l’écart, lui met les doigts dans les oreilles, lui touche la langue avec sa salive, émet un soupir et prononce une parole (Mc 7,33-34).

Mais pourquoi ces gestes sont-ils nécessaires pour guérir ce malade ?

On trouve en effet d’autre épisodes dans lesquels Jésus guérit de manière beaucoup plus sobre, en étendant la main sur les personnes ou en prononçant une parole simple. Dans ce passage les gens lui demandent de poser la main sur le malade, comme il l’a déjà fait. Mais Jésus accomplit une sorte de liturgie, brève et intense, dans laquelle la composante corporelle et physique se trouve particulièrement mise en valeur.

À vrai dire, ces gestes renvoient au récit de la Création de l’homme (Gn 2,7). Ils renvoient au moment où Dieu forme de ses mains sa créature. Il la façonne avec l’eau et la terre qu’il a créés et souffle dans ses narines une haleine de vie. C’est ainsi que l’homme devient véritablement un vivant.

C’est d’ailleurs la réaction des gens présents, qui confirme ce lien dans notre récit, entre guérison et création. Les personnes qui sont témoins de cette action prodigieuse de Jésus s’exclament : “Il a bien fait toutes choses : il a fait entendre les sourds et parler les muets” (Mc 7,37). Cette réaction constitue un rappel évident au refrain qui scande les jours de la création et au terme desquels il est répété : “Dieu vit que cela était bon”.

Le thème de la nouvelle création est en fait cher à l’évangéliste Marc. C’est sous cet angle qu’il lit le sens de la mission du Fils de Dieu parmi les hommes : un nouveau commencement, une nouvelle vie apportée par Jésus et donnée à tous.

Et ceci peut se voir immédiatement, au début de l’évangile, dans les tentations de Jésus au désert. En effet, à la différence des autres synoptiques, Marc ne s’arrête pas aux tentations particulières. En revanche, il ajoute un détail capital : “Jésus était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient” (Mc 1,13). Ceci constitue la possibilité, de la part de l’homme nouveau, de vivre une vie réconciliée avec toute la création (les bêtes sauvages), et en pleine communion avec le monde de Dieu (les anges).

Ceci constitue donc la vie nouvelle que Jésus est venu restaurer : une vie de pleine communion. Dieu, au commencement, a créé l’homme “ouvert”, c’est-à-dire en relation, en écoute, en dialogue. Il l’a créé capable d’amitié. C’est le péché qui a renfermé l’homme en lui-même et dans ses propres peurs.

Et le sourd-muet est la figure par excellence de l’homme tombé, un homme fermé en lui-même, incapable de relation avec Dieu et avec les autres. À ce propos, il faut aussi remarquer que, à la différence des autres malades de l’Evangile, ce n’est pas lui qui s’adresse à Jésus. Ce sont les autres qui le feront en criant vers le Seigneur son besoin de salut. Car c’est exactement cela qui manque au sourd-muet : la capacité à crier et à demander de l’aide. C’est pourtant le premier pas et la porte ouverte vers la relation qui sauve. C’est donc pour cela que ce sourd-muet a besoin que les autres le portent devant le Seigneur et prient pour lui (Mc 7,32).

Ainsi nous comprenons pourquoi les gestes de Jésus sont nécessaires : ils sont la première forme de contact, la plus simple et la plus immédiate pour celui qui a perdu la capacité d’écouter et de parler. C’est l’action de toucher de Jésus qui rend l’homme de nouveau capable d’écouter, de nouveau capable d’une relation entière.

Et l’on comprend aussi la raison de cette parole de Jésus : “Effata !”, qui signifie littéralement “ouvre toi complètement, entièrement !”

L’homme malade de solitude et d’isolement à cause du péché est un homme renfermé sur lui-même. Et cet homme retrouve la vie dès qu’il s’ouvre, dès qu’il s’ouvre au don de la Parole qui le met en relation. C’est la nouvelle création.

Une dernière remarque: le terme que l’on traduit par “sourd”, indique en réalité un homme qui a des difficultés à parler. Ce terme apparaît seulement ici dans le Nouveau Testament, et une seule fois dans l’Ancien Testament, dans le livre d’Isaïe (Is 35,6, que nous avons en première lecture). Dans Isaïe, l’œuvre de salut du Seigneur – qui redonne la vue aux aveugles, fait entendre les sourds et parler les muets – était destinée au peuple élu et énoncée dans un contexte de menace et de châtiment envers les peuples païens (Is 34).

Ici, bien au contraire, le destinataire est justement un païen, dans le territoire duquel Jésus s’est aventuré et où il rencontre l’accueil et l’ouverture. La nouvelle création est donc bien pour tous, sans distinction. Et le toucher de la main du Seigneur rejoint quiconque a besoin de vie.

+ Pierbattista